LE SIXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
» SUR LÀ TEMPÉRANCE CHRÉTIKElflE.
Sujet. Alors Jésus prit les sept pains qui lui avaieMl été présentés; et rendant des actions de grâces, U les rompit et les donna à ses disciples pour les dijtribuerf et ils les distribuèrent au peuple.
Le Sauveur du monde , en nourrissant le peuple, noos enseigne la tempérance que nous devons garder «i»«*ft le» repas.
Division. Dans le mystère de la multiplication des x^^ et dans le soin que prend Jésus-Christ de nourrir ces saintes troupes qui l'avaient suivi , il nous apprend à retrancher de la réfection du corps ce qu'il y a de défectueux et de déréglé : première partie. Et ce même Sauveur noof fait encore connaître de quelle sainteté cette réfection da corps est- susceptible , et nous apprend à la perfectionner : deuxième partie.
Première partie. Jésus-Christ nous apprend à retrancher de la réfection du corps ce qu'il y a de delectueux et de déréglé, savoir, l'attachement, l'excès, la délicatesse.
1 . L'attachement, c'est-à-dire une attention trop grande à ce qui regarde le soulagement et l'entretien du corps. Pour corriger ce défaut, Jésus^^hrist mène le peuple qui traîne à sa suite, dans un lieu solitaire, inculte, dàioé de tout; et c'est là en effet que ce peuple , bien di(fêrtat des anciens Juifs, et uniquement attentif à écouter la f»rôle de Dieu^ se laisse conduire sans murmurer, liais
ANALYSES DES SERMONS
combien y «4-0 maînteoaiit dans le christianiMne de «es hommes dpot saint Paal a dit qa*ils font de leur corps leur diTinitë, ne pensant à rien autre chose et ne s*occupant de rien autre chose? Comparons cette insatiable avidité AYee la sobriété de ces religieux dont parle Cassien, et oombatlons cet attachement immodéré, comme saint Augustin nous témoigne lui-même qu'il était sans cesse obligé de le combattre.
2. L'excès. La nature se contente du nécessaire; mais la ooQToitise cherche le superflu. Jésus-Christ ne pensa à la subsistance de ces quatre mille hommes, dont il se IrouTait chargé, que lorsqu'ils furent dans une nécessité extrême : mais aujourd'hui , comme dans tous les autres temps, on ra bien au delà de cette nécessité. De sorte que la parole du Saint-Esprit ne se rérifie que trop en bous , lorsqu'il nous dit que Thomme s'est rendu semblable aux bêtes. Encore les bêtes ont-elles cet avantage , qu'elles s'en tiennent à ce qui leur suffit. Quel opprobre pour nous, et en particulier pour les personnes du sexe, lesquelles se portent maintenant à des intempérances qui leur étaient autrefois inconnues I
3. La délicatesse. JésusClhrist ne nourrit le peuple que de pain. Dieu, remarque l'abbé Rupert, avait fourni aux Israélites dans le désert les mets les plus exquis : Etpluit super eos volaiilia pennata. Mais ce n'était point par un effet de sa libéralité ; c'était plutôt par un cliAtiment de sa justice et pour punir leurs nmrmures. Car il n'est rien de plus dangereux ni de plus pernicieux que cette délicatesse i elle donne des forces à la chair pour se révolter et pour secouer le joug. Aussi les saints en ont-ils eu tant d'horreur : et c'est de là que les conditions les plus relevées et les^plus aisées sont communément les plus corrompues.
Deuxième paetie. Jésus-Christ nous fait encore connaL tre de quelle sainteté la réfection du corps est susceptible , et nous apprend àla perfeetioniier; par où? par labéoédiGtion des viandes et l'action de grâces , par sa présence adorable, et par les œuvres de charité.
1. Par la bénédiction des viandes et l'action de grâces, n bénit les pams et rendit grâces à son Père. 11 est bien juste que nous nous acquittions de l'un et de l'autre devoir, puisque c'est de Dieu que nous recevons notre nourriture. Cest par là que se faisaient distinguer les premiers fidèles , et saint Ambroise observe que ces deux voyageurs à qui le Sauveur des hommes se joignit sur le chemin d'Emmaûs le reconnurent dans la fraction du pahi et à la bénédiction qu'il lui donna avant que de le minger. N'est-il pas étrange qoe nous jouissions des bienfiûts de Dieu sans penser à Dieu et sans le remercier?
2. Par sa présence adorable. Ce fut en la présence de JésusChrist que le peuple prit la nourriture qui lui avait été distnbuée. Dieu est présent partout pour tout voir; maison peut dire qu'il redouble en quelque sorte son attention dans les lieux et dans les rencontres où nous pou- Tons plus aisément nous échapper, comme dans les repas. Cest donc là que nous devons le perdre moins de vue. Les païens eux-mêmes faisaient exposer leurs idoles devant leurs tables , afin que l'idée de ces faux dieux les tint dans une juste modération. Mais parce que nous oublions notre Dieu, tout présentqu'il est, qu'arrive-t-il souvent? Jugeonsen par l'exemple de Balthaxar. Si Dieu n'éclate pas ouverte» ment contre nous, comme il éclata contre ce prince, ses
Jugements secrets n'en sont pas moins redoutables ni mobs funestes.
3. Par les oeuvres de charité. Jésus-Christ fit recueilh'r les restes pour ceux qui pouvaient survenir. AUisi les riches doiventdls entretenir les pauvres du superflu de leurs tables. Saint Louis en nourrissait tous les jours, dans son palais, un ceHam nombre. On laisse périr dans les maisons tant de choses dont les pauvres pourraient se nourrir. On les laisse périr eux-mêmes, et parla on s'expose au triste sort de ce mauvais riche de l'Évangile qui fut enseveli dans l'enfer. Puissions-nous , pour fruit de ce discours , nous aiTranchû* de l'escktvage de nos corps !