‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 204 sur 232 · LE SEPTIÈME DIMAI9CHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE SEPTIÈME DIMAI9CHE APRÈS LA PENTECOTE

scR l'hypocrisie.

Sujet. Jésus dit à ses disciples : Gardez-vous des faux prophètes , qui viennent à vous déguisés en brebis , et qui dans le fond sont des loups ravissants.

Voilà en peu de paroles le caractère des hypocrites : mais du reste ce n'est point tant de notre hypocrisie propre qull s'agit ici que de Thypocrisie d'autrui.

Division. Montrons au libertin combien il est mal fondé, quand, pour se confirmer dans son libertinage et soo désordre , il se sert de Thypocrisie d'autrui, première partie : au chrétien lâche, combien il est faible et coupable dans sa faiblesse, quand il se trouble de l'hypocrisie d'autrui, jusqu'à s'éloigner des voies de Dieu , deuxième partie ; et an chrétien ignorant et simple, combien il est inexcusable devant Dieu lorsqu'il se laisse surprendre à l'hypocrisie d'autrui , troisième partie.

Première PâRTiE. Le liberUn mal fondé, quand, pour se confirmer dans son libertinage et son désoi>dre, il se sert de l'hypocrisie d'autrui. Parce que la vraie piété condamne le libôïin et que c*est un reproche de ses désordres, que fait-il ? il lAche à se persuader que tout ce qui parait piété dans le inonde n'est que fausse piété, ou du moh» n'est qu'une piété très-suspecte. D'où il tire cette conséquence » que les autres ne valent pas mieux que lui , et qu'il n'a qu'à vivre toujours comme il vit. Or ce raisonnement se détruit en deux manières.

1. Quand il n'y aurait point dans lemondede vraie piété. Dieu n'en serait pas moins Dieu, et par conséquent nous ne serions pas moins obligés à le servir ; la loi n'en serait pas moins loi , et par conséquent nous ne serions pas moins obligés de la garder. Nous ne serons pas' jugés sur la conduite des autres, mais sur la nôtre. Exemple de David et de Tobie.

2. Quoi qu'en puissent dire les libertms, il y a encore dans tous les états de vraies vertus; et c'est par malignité que les mondains et les impies ne veulent pas les reconnaître.

DEOxiJEiiE PARTIE. Lo Chrétien lâche et faible, coupaUe dans sa faiblesse quand il se trouble de l'hypocrisie d'autrui jusqu'à s'éloigner des voies de Dieu. Cette tentation a trois pernicieux effets dans les chrétiens lâches et faibles. I. Elle leur imprime une crainte servile de passer dans le monde pour hypocrites et pour faux dévots; et cette crainte leur est un obstacle à l'accomplissement des plus saints devoirs de la religion. 3. Elle produit en eux un dégoût de

ANALYSES DES SERMONS

la piété, fondé, disenl-ils , sur ce que la piété , quoique solide en elle-même, a le malheur d'être sujette à la censure des hommes et à la malignité de leurs jugements. 3. Us tombent par là dans un abattement de] cœur qui ya souyent jusqu'à leur foire abandonner le parti de Dieu plutôt que de s'engager à soutenir la persécution. Or ce scandale est très-déraisonnable*, et à l'égard d*un chrétien il ne peut être justifié dans aucun de ces trois chefs.

1. n ne tient qu'à un chrétien de Tirre de telle sorte qu'on ne le puisse soupçonner d'hypocrisie; car il y a eertains caractères de vertus qui ne peuvent être suspects.

2. Bien loin que le malheur qu'a la piété d'être exposée au soupçon de Thypocrisie en doive d^oùter un chrétien , c'est ce qui doit au contraire allumer son zèle pour elle et l'eiciter à prendre ses intérêts.

3. Au lieu donc de se décourager et de s'abattre , un chrétien doit s'animer, et se souvenir combien il lui sera glorieux et avantageux de combattre et d'être persécuté pour la cause de Dieu. Le monde même ne pourra s'empêcher de lui rendre justice.

TROisiàME PABTiE. Le chrétien ignorant et simple, inexcusable devant Dieu, lorsqu'il se laisse surprendre à l'hypocrisie d'autrui. On s'y laisse en effet tous les jours surprendre, jusqu'à quitter le parti de la vérité pour embrasser celui de l'erreur, et jusqu'à se déclarer contre le bon droit pour favoriser l'injustice. Or, est-on excusable d'avoir ainsi été surpris ? non , et pour deux raisons.

1. Jésus-Christ ne nous a rien recommandé davantage dans l'Évangile que de nous garder des surprises d'une fausse piété , et d'y apporter une extrême vigilance. Or, c'est à quoi nous ne pensons point assez.

2. Jésus-Christ nous a donné les règles nécessaiies pour nous garantir de ces surprises de la fausse piété. Par exem pie, il nous a déclaré que la preuve infaillible de la vérité était l'attachement et la soumission à TÉgiise. Du reste , ayons recours à Dieu et demandons-lui qu'il nous découvre ses voies.

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