‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 205 sur 232 · LE HUITIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE HUITIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR l'àdmône.

SuJCT. Et moi je vous dis de même : Faites-vous des amis de vos richesses, afin que quand vous serez réduits à l'extrémité, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles.

Tel est l'usage que nous devons faire des biens temporels, et tel est le fruit que nous en pouvons retirer par l'aumône.

Division. Dans l'établissement de l'aumône, laprqvidence de Dieu s'est montrée également bienfaisante envers le pauvre et envers le riche. Bienfaisante envers le pauvre , d'avoir pourvu par une loi particulière au soulagement de sa pauvreté , première partie. Bienfaisante envers le riche , de lui avoir donné un moyen aussi infaillible que celui de l'aumône pour apaiser Dieu dans l'état de sou iniquité , deuxième partie.

Première partie. Providence de Dieu bienfaisante envers le pauvre par l'établissement de l'aumône. Il y a dans la condition du pauvre trois grands désavantages, àen juger sclonla nature et selon les vues du monde. 1. Cette inégalité de biens, qui le fait manquer de tout, tandis que le riche-

est dans l'abondance ; 2. les misères et les besoins attachés àcetéUtd'hidigence, tandis que le riche goûte toutes ki douceurs et toutes les commodités de la Tie ; 3. Fétat de dépendance où kl disette réduit le pauvre , et les méprisqa'ele lui attve, tandis que leriche est dans l'éclat et danslagnadeur. Or voilà à quoi la Providence a sii|>pléé par la kn de la charité , et en particulier par le précepte de l'aamtee.

1. L'inégahté de biens a été nécessaire pour eutreienr l'ordre et la subordination dans le monde. Mais du reste Dieu , par le précepte de l'aumône, ordonne an riche de donner son superAu au pauvre, et par là tout devient égal, selon l'expresse doctrine de saint Paul, UiJUU œquaUtas. Les riches sont donc comme les économes de Dien , et ont une obligation indispensable de foumhr à tonte sa maisoii la subsistance nécessaire. Or les pauvres font partie de cette maison de Dieu.

2. Il est vrai que l'indigence expose les panvres à de grandes misères , et nous ne le voyons que trop : mais a les pauvres souffrent, ce n'est point à Dieu qu'il s'en fat prendre nia sa providence ; car il a foit un oommandemeit exprès aux riches de les soulager, et il a ajouté à son co» mandement la plus terrible menace , qui est oeOe dW damnation étemelle. Que ne doivent pas craindre sv ecfa tant de riches impitoyables, et comment se justiteoBt-ih au jugement de Dieu?

3. Si le monde méprise les pauvres, Dien par son précepte nous apprend à les honorer, puiaqu'U fait voir coubien ils lui sont chers, et puisqu'il les établit aopcèsde nous comme ses substituts , dans lesquels il veut que nous le reconnaissions et que nous l'honorions hù-méne. De là ces sentiments de vénération qu'une piété reiigieBse nous inspwe pour eux. C'est donc ainsi que la conditiai des pauvres est relevée, et combien le sera-t-elle enew plus dans l'assemblée générale des hommes et dans b gloh-e, s'ils ont été sur la terre des pauvres patients et fidèles!

Deuxième partie. Providence de Dien bienfaisante envers le riche par l'établissement du précepte de l'aumûoe ; comment? parce qu'elle lui donne par là, 1. de quoicumger l'opposition de son état avec celui de Jésus-Christ pauvre; 2. de quoi réparer tant de péchés et tant de désordres où le plonge l'usage du monde, et surtout l'os^ des biens du monde ; 3. de quoi par conséquent se proniet- Ire quelque sûreté pour le salut et contre la malheureoie réprobation dont les riches sont menacés.

1 . De quoi corriger l'opposition de son étal avec cdoide Jésus-Christ pauvre : car dès là que vous partagei vw biens avec Jésus-Christ dans la personne des pauvres, ve« biens sanctitiés par ce partage n'ont plus de contrarielê avec la pauvreté de cet Homme -Dieu, puisqu'fl entit ainsi comme en société de biens avec vous.

2. De quoi réparer tant de péchés et tant de désordits oè le plonge l'usage du monde , et surtout l'usage des bie» du monde. Rien, selon l'Écriture , de plus satisfactoire aoprès de Dieu que l'aumône. C'est pourquoi Daniel donna as roi de Babylone ce conseil si salutaire : Rachetez vos péchés par vos aumônes. Le riche a donc dans son état ck quoi satisfaire à Dieu; il a dans ses richesses mômes, qii avaient été pour lui rinstrumcnt du péché , la matière et la réparation du péché, il a de quoi se faire auprès de Dito de puissants intercesseurs.

analyses' DES SERMONS.

3. De quoi se promellre quelque sftrelé pour le salut. Voilà en effet par où bien des i idies se sont sauvés ; voilà par où ils onl obtenu de Dieu ces grâces eflicaces qui les ont relirés de leui-s égareincnls et conduits au port de Féternité bienheureuse. Mais il faut |)our cela des aumônes qui aient toute l'étendue et toute la mesure convenable.

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