C'est la grâce la plus convaincante pour disposer
l'esprit de Hiomme à la pénitence. La consdence est alors son propre témoin, et se trouve forcée de s'accuser eUemôme et de se condamner.
n . De là c'est la grâce la plus puissante sur le cœur. Elle le pique et le presse si fortement, que pour se délivrer du tourment secret qu'il ressent, il est enfin obhgé de se rendre. Voilà le principe des plus grandes conversions. Que de trésors renfermés dans une seule grâce! et n'estce pas là que nous devons reconnaître toute la miséricorde de notre Dieu ?
Deuxième partie. La malice et le malheur de l'homme qui s'obstine contre cette grâce du remords de la conscience, pour persévérer dans le péché. En voici les divers degrés.
1. Puisque le remords de la conscience est une grâce résister à ce remords, c'est donc résister à la grâce et au' Saint-Esprit.
2. Puisque le remords de la conscience est la première grâce du salut et le premier moyen de conversion pour im pécheur, résister à ce remords , c'est donc tarir à son égard toutes les sources de la divine miséricorde.
3. Puisque le remords de la conscience est une grâce toute miraculeuse, plus devons-nous être coupables dans la résistance que nous y apportons.
4. Comme le rémords de la conscience est la grâce'la plus digne de la majesté de Dieu et la plus conforme à sa grandeur souveraine , rien aussi ne lui doit être plus injurieux que les révoltes d'une vile créature qui la rejette, et qui emploie tous ses efforts à la repousser. Car plus Dieu agit en Dieu , plus suis-je criminel de ne me pas soumettre et de ne lui pas obéir.
5. Le remords de la conscience est la grâce la plus constante et la plus durable : par conséquent une pleine résistance à ce remords suppose la malice la plus invétérée et la plus insurmontable.
6. Le remords de la conscience est la grâce la plus, commune et la plus universelle : c'est une grâce qui n'est pas même refusée au plus méchant homme et au plus impie. Que reste- t-il donc à un pécheur qui se prive de cette dernière espérance?
7. Le remords de la conscience est la grâce la plus certaine poiu- un pécheur et la moins sujette à l'illusion ; mais de là saint Bernard conclut que la résistance à ce remords est donc aussi la plus prochaine dispositi(m au désespoir.
8. Affreux désespoir que redoublera au jugement de Dieu cette même conscience dont nous aurons tant éludé les poursuites salutaires. Son remords est maintenaqt'pour nous la grâce la plus convaincante; mais cette conviction dont nous ne profitons pas , ne serrira qu'à mettre devant Dieu le dernier sceau à notre condamnation.
La conclusion, c'est donc d'écouter les remords de notre conscience. Il nous en coûte plus pour y résister, qu'il ne nous en coûterait pour les suivre. Ce que nous avons surtout à craindre , c'est que, par la force de l'habitude et par un juste châtiment de Dieu , la conscience ne vint , non pas à ne point agir du tout, mais à n'agir plus que faiblement.
ANALYSES DES SERMONS
LE DIXIÈME DmANCHE APRÈS LA PEirTECOTE.
ftUE L*ÉTAT DE TIE ET LE 80IN DE 8*T PERrECnONHER.
SuiET. Le pharisien se tenant d^out faisait intérieurement cette prière : Seigneur ^ je wms rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes.
Voilà l'esprit de fainbiUeux : fl Yeat toajoun monter, toajoiin 8*éle?er «i-dessat des autres, aa lieu de demeurer sagement dans son état et de traTailler à s'y perfeo-
DnrisioN. L'ambition nous porte à un rang où nous ne de?ons point aspirer, puisqu'il est au-dessus de notre état ; et elle nous entretient dans une négligence entière des obligations de notre état, où néanmoins nous derons Titre et nous perfectionner. En deux mots, on veut être ce qu'on n'est pas, première partie; et Ton ne Teut pas être oe qu'on est , deuxième partie.
Premièrb partie. On Teut être ce qu'on n'est pas, on vent s'élever au-dessus de son état : ambition que les philosophes mêmes et les sages du paganisme ont condamnée. Mais tenons-nous-en aux maximes de la toi , qui Bons apprend que rien n'est plus Citai pour le salut que ce désir de sa propre élératico. Cinq raisons.
1 . Parce qu'U n'est riea de plus difficile que de s'éleTer dans le monde et de ne pas oublier Dieu ni s'oublier soimême; c'est la belle leçon que ftisait saisi Bernard au pape Eugène.
2. Parce qu'en s'élerant, on s'attire par une suite nécessaire des obligalions infinies de conscience auxquelles on ne satisfait presque jamais , ou l'on ne satisfait qu'imparfaitement. Dans cette Tie, disait Cassiodore, le pouvoir et le devoir sont deux choses inséparables. Être plus que nous n'étions, c'est devoir {dus que nous ne devions et à Dieu et aux boomies. Quelles sont , par exemple , dans rÉglise, les obligations d'un prélat? Après cela ne nous étonnons pas que les saints aient fui ces dignités éclatantes dont la vue nous éblouit ; mais ce qui doit nous étonner, c'est que des hommes mille fois moins capables qu'eux d'en remplir les obligations, les reclierchent avec tant d'ardeur.
3. Parce que , pour s'élever dans le monde , il faut avoir des qualités et des vertus acquises qu'on a fort rarement , et dont alors le défaut est criminel. Rien de plus raisonnable que celte règle. Mais les emplois, dit-on, font les liommes : erreur, les emplois doivent perfectionner les hommes , et non pas les préparer. Or, a-t-on soin de s'éprouver soi-même avant que de travailler à son agrandissement, pour voir si Ton a toutes les dis|)ositions convenables, et pour s'appliquer à les acquérir?
4. Parce que bien même qu'on eût du reste tout le mérite nécessaire pour être élevé, rechercher l'élévation c'est s'en rendre indigne : car une des premières qualités requises, c'est l'humilité; et il y a une hidécence positive à vouloir être supérieur aux autres. Chose si vraie, que ceux qui , par leurs hitrigues » parviennent à certains rangs, affectent le plus de faire croire qu'ils n'y ont en rien contribué. Jésus-Christ, notre maître , ne s'est pomt attribué l'iionneur, cx>mme parle saint Paul; et nous, pécheurs, nous allons au-devant des honneurs du monde , et nous nous lesprocurons. Cela est-il tolérable; et comment alors pouvons-nous paraître devant un Dieu humilié et anéanti?