LE SEIZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PEUTECOIE
SUR L'AMBITIOn.
SojET. Il adressa ensuite aux conviés une parabole,
prenant gardeeommentilschoisisiaient les premUrti places.
C'est ainsi que l'ambition nous porte toiijoors à ie> chercher les premiers rangs et à vouloir partout donnier.
Division. L'ambition aveugle dans ses recherches , praroière partie, présomptueuse dans ses sentiments , deuxiène partie ; odieuse dans ses suites , troisième partie.
PREMièRE PARTIE. L'ambitlou aveugle dans ses nàxh ches. Comment cela ? Parce qu'elle se propose dans les honneurs qu'elle recherche, 1. un prétendu bonheur, et qu'elle n'y trouve que des chagrins et des croix; 3. use véritable grandeur, et qu'elle n'y trouve qu'une grandeur vaine , et souvent même sa honte et son humiliation.
1 . L'ambition se propose dans les honneurs qu'elle rs> cherche un prétendu bonheur, et elle n'y trouve que <ki chagrins et des croix. Car pour parvenir à ce fontême de bonheur où aspire l'ambitieux , il faut prendre mille mesures, toutes également gênantes et fatigantes. Pour contenter une seule passion qui est de s'élever, il faut devenir la prtNe de toutes les passions ; pour se pousser à cet état que Fos ambitionne , il faut surmonter mille obstacles et soutenir autant de combats qu'il y a de compétiteurs. Dans Fattenle de cet état, il faut supporter des retardements capables d*épuiser toute la patience d'un cœur, etc. Or voilà ce que l'ambition cache à l'ambitieux , et qu'il ne reconnaît que trop dans la suite.
2. L'ambition se propose dans les honneurs qu'elle r» cherche une véritable grandeur, et elle n'y trouve qu'une grandeur vaine et souvent même sa honte et son humOiition. Grandeur vaine en elle-même : elle ne donne communément et ne suppose nul mérite réel ; Taine H^n« les moyens de l'acquérir, mille bassesses; vaine dans sa dorée , grandeur mortelle et passagère ; vaine dans les revers
ANALYSES DES SERMONS
amqaebelle est sujette , chiites et décadences. Or, raveoglement de rambitieax est de ne faire à tout cela nulle attmtioo.
Dnnuàn pabtib. L'ambition présomptueuse dans ses fltnti"»*^»*» L'ambitieux prétend à tout : 1. il se croit donc cipable de tout; S. il se croit capable de tout, sans s'être uptrarant éprouvé soi*méme.
1. n se croit capable de tout. Demandez-lui s'fl aura de quoi remplir tous les defoirs d'une telle charge, il tous i^ndra sans hésiter comme les deux enfonts de Zébédée : Nous le pouvons. Ce qu'U y a de plus létrange, ^est que ce sont les sujets les plus incapables qui s^ tiennent phis assurés d'eux-mêmes , et qui forment plus d'intrigues pour s'ingérer dans les premiers «nplois. '
2. 11 se croit capable de tout sans s'être auparavant éprtmvé soi-même. C'est assex qu'il ait de quoi aclieter cette charge, pour croire qu'il est en état de la posséder et de l'exercer, sans avoir fait nul essai de son esprit, de ses talents , de son naturel. 11 aspire même à des dignités , dont la première condition, selon le témoignage de saint Paul , est d'être irrépréhensible. D'où saint Grégoire conclut qu'il fiaiut donc qu'il se juge en effet irrépréhensible et sans défaut. Suivons le grand prmdpe de la prudence chrétienne, qui est de présumer peu de soi, ou plutôt de n'en point présumer du tout
Troisième partie. L'ambition odieuse dans w» suites. Il y a deux sortes de grandeurs , les unes légitimes et naturelles , comme , par exemple, celle des rois ; les autres irrégulières, et, pour ainsi dire, artificielles, comme celle de tant d'ambitieux, qui ne s'élèvent que par brigues et par machi^ nés. Nous aimons les premières, mais les autres nous sont insupportables. Pour le mieux comprendre, il n'y a qu'à considérer l'ambitieux en deux états.
1. Dans la poursuite de la grandeur, lorsqu'il n'y est pas encore parvenu. Quels ressorts fiUt*il jouer? A quelles perfidies , à quelles iniquités ne se porte-t-il pomt, que ne sacrifie-t-il point à l'avancement de sa foKune et au succès de ses desseins? Or, est-il rien qui doive plus exciter l'en* m et rmdignation du public?
S. Dans l'usage de la grandeur, quand une fois il est arrivé au terme de ses espérances. Quelle fierté, et quelle hauteur ! Et c'est ici que nous devons observer la diflérenoe de ces deux espèces de grandeur que nous avons d'abord distinguées. La grandeur légitime et naturelle, qui est celle des princes et de ceux qui tirent de leur naissance et de leur sang leur supériorité ; cette grandeur, dis-je , est communément civile , affable , douce , modeste , bienfaisante , et c'est ce qui la fait respecter et honorer. Mais l'autre , qui n'a pour fondement et pour appui que l'industrie et l'artifice, est une grandeur forouche, brusque, inaccessible , méprisante, tyraonique, et c'est ce qui hii attire la liaine. Bienheureux les humble!^ : ils possèdent tout à la fois et te cœur de Dieu et le cœur des hommes.