LE DIX-SEPTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
SUR LE CARACTÈRE DU CHRÉriEN.
SiuET. Les pharisiens étant assemblés, Jésus leur /U cette question: QuepenseZ'VousduCkrist?
N'examinons point aujourd'hui ce que c'est que le Chri&t ; la foi nous l'apprend assez : mais voyons ce que c'est que leclirétien qui en doit être le fidèle imitateur.
Division. Qu'est-ce qu'un chrétien? Un homme par état séparé du monde, première partie; un homme par état consacré à Dieu , deuxième partie.
Première partie. Un homme par état séparé du monde. Deux choses sont essentiellement requises pour faire un cluréUen : U gr&ce ou ta vocation , du côté de Dieu , et une fîdèle correspondance à cette vocation ou à cette grâce, du côté de l'homme. Or, Tune et Tautre n'ont point de caractère plus marqué que celui de ta séparation du monde. Voici donc comment nous devons raisonner. La grâce de ta vexation au christianisme est une grâce de séparation. Ainsi nous ra enseigné saint Augustin , après Jésus<;hrist et saint Paul. Or, ta correspondance à une grâce doit être conforme k cette grâce. Par conséquent la correspondance à ta grâce (lu christtanisme doit être une correspondance de séparation , et yoWk comment nous sommes chrétiens. De là s'ensuivent trots vérités.
1. Il suffit précisément d'être chrétien , pour être obligé de vivre dans cet esprit de séparation du monde. Aussi, dès notre baptême , avons-nous renoncé au monde , et les Pères autrefois , pour détourner les fidèles des vains divertissements du siècle et de son luxe , ne leur en appo^ tiiient point d'autre raison, sinon qu'ils étaient, comme ehrétiens , séparés du monde. Ne disons donc plus par une grossière erreur : je suis du monde, et je ne puis medisl)enser de vivre selon le monde. Mais renversons la prolx)silion, et disons : «n qualité de chrétien, je ne suis l»lus du monde, et il ne m'est plus permis de vivre selon ]e monde,
2. Plus un homme, dans le christtanisme, se sépare du monde, plus il est chrétien; et plus il a de liaison avec le monde, je dis de liaison hors de la nécessité et de sa conaJUou , moins il est chrétien : pourquoi ? parce que , selon la différence de ces deux étaU, il participe plus ou moins h cette grâce de séparation qui fait le chrétien. Chose si avérée , que ceux qui ont le plus aspiré à la perfection du christianisme, se sont retirés dans les cloîtres.
3. n est impossible qu'une âme chrétienne se convertisse et retourne véritablement à Dieu, à moins qu'elle ne soit résolue de faire un certain divorce avec le monde qu'elle n'a pas encore fait , et il y a de ta contradiction à vouloir être autant du monde et aussi engagé dans ta monde qu'auparavant, et néanmoins à prétendre marcher dans ta vota d'une potence sincère qui produise le salut. C'est le monde qui vous a perdu, vous en convenez : il font donc pour vous sauver, que vous quittiez le monde. Je ne dta pas précisément le monde en général, mais surtout im certain monde particulier dont vous connaissez ta danger par rapport à vous. Si cette séparation vous est douloureuse» vous l'offrirez à Dieu comme une satisfaction de vos atta chemente crimtoels. Si le monde en parle, vous mépriserez ses discours. Vous vous ocaiperez de Dieu et des devoirs de votre état
Mais encore qu'est-ce que cette séparation du monde que demande le christianisme? Séparation intérieure de respril et du cœur, et séparation même extérieure et corporelle. Sans la séparation intérieure de l'esprit et du cœur, rextérieure ne sert à rien ; mais aussi , sans la séparation extérieure, du moins à certains temps, l'intérieure ne se peut bien mamtenir. Usage des retraites. Séparons-noos du inonde avant que le inonde se sépare de nous : séparonsnous-en tandis que cette séparation nous peut être métl-
ANALYSES DES SERMONS
toire devant Diea; »^>aroiis-noos-en afin qae Dieu , dans son jugement, ne nous sépare pas de ses élus. Nous trouverons dans la retraite des consolations plus pures et plus sensibles que toutes les fausses joies du siècle.
Deuxième partie. Un homme par étal consacré à Dieu. Sur cela trois considérations : 1 . Texcellence de la consécration du chrétien; 2. Tobligation indispensable de sainteté que cette consécration impose au chrétien ; 3. la tache particulière qui se répand , en conséquence de cette consécration f sur tous les péchés du chrétien.
1 . L'excellence de la consécration du chrétien. C'est par l'onction du baptême que nous sommes consacrés à Dieu , mais consacrés en différentes manières que TÉcriture et les Pères nous ont marquées. Consacrés conmie rois , comme prêtres , comme temples de Dieu, conune enfants de;Dieu, comme membres de Dieu.
2. L'obligation indispensable de sainteté que cette consécration impose au chrétien. Car il faut soutenir tous ces caractères; et par où, si ce n'est par notre sainteté? C'est pour cela que l'apdtre n'appelait point autrement les premiers fidèles que du nom de saints. C'est dans nous , selon le même apôtre, que doit être édifié le temple de Dieu ; etoomment ce temple de Dieu peut-il être édifié dans noussinon par la sainteté? Si les prêtres de l'ancienne loi devaient être saints, à combien plus forte raison devons-nous travailler à le devenir, puisque nous offrons des victimes beaucoup plus nobles , et rAgneaujnême de Dieu?
d. La tache particulière qui se répand', en conséquence de cette cons^atiou, sur tous les péchés du chrétien. Car tout-i)éché dans un chrétien est une espèce de sacrilège, puisque c'est la profanation d'une cliose consacrée à Dieu et unie à Dieu. Vérité que saint Paul représentait si fortement aux premiers chrétiens. Rien néanmoins de plus ordinaire dans le christianisme que le péché : la corruption y est générale. Qu'avons-nous donc à craindre? c'est que Dieu , qui noya le monde entier dans un déluge universel , pour punir les péchés des hommes, ne laisse le llambeau de la foi s'éteindre parmi nous.
LE DIX-HUITlÈMli DIMANCHE APRES LA PENTECOTE.
SUR LA RECnUTE DANS LE PÉCHé.
Sujet. Jéstis voyant leur foi , dit au paralytique : Mon
fils , prenez confiance , vos péchés vous sont remis.
C'est ce que Dieu dit encore au pécheur pénitent ; mais un des caractères de la vraie pénitence , c'est la fermeté et la persévérance.
Division. Rechute dans le péché, marque d'une fausse .pénitence à l'égard du passé , première partie ; obstacle à ia vraie pénitence dans l'avenir, deuxième partie.
Première partie. Rechute dans le péché, marque d'une fausse pénitence à l'égard du passé. Si votre pénitence a aXé telle que vous la supposez , c'est-à-dire une vraie pénitence, il faut que vous vous soyez engagé à Dieu par une protestation sincère de ne plus retomber dans le péclié «qui vous avait attiré sa disgrâce. Cette protestation sincère a renfermé une volonté sincère. Or, est-il croyable qu'un liomme ait eu une volonté déterminée et absolue de renoncer à son péché, et qn'iramédiatemenl après, lâchement et sans résistance, il y retourne tout de nouveau? Une volonté bien résolue est plus efficace. Ainsi raisonnait saint Bernard, et avant lui TertuUien.
A cela on peut opposer trois choses. Car pranièNuil ne peut-il pas arriver que la volonté change? Il &uIoqbvcw que ce changement est possible; mais U faut en mené I temps ajouter que quand les rechutes sont subites et fié- I qoentes, il n'y a nulle vraisemblance que ce soit pv os tel changement. En voici la preuve : c'est que dans tootls reste de notre conduite on ne voit point de ces légèielés si surprenantes.
Secondement on dit : nous sommes faibles, et malgré la sincérité de nos résolutions, la violence de nos passions nous entraîne. Il est vrai que nos passions sont de puissants ennemis; mais si la promesse que nous aroos ^le à Dieu de persévérer dans sa grâce a été véritable , elle a dû être plus forte que ces ennemis prétendus , ^ sa propriété la plus esseuUeUe était de les pouvoir surmonter. Or, comment me persuaderai^je qu'elle a eu cette vcrto, lorsqu'à ne m'en parait rien? Jugez de vous par voimmême. Vous sortez «l'une maladie, et vous craignez ooe rechute : que ne faites-vous point pour la préTenir? Or, le propos que vous avez fait d'éviter la rechute dans le péché , doit être encore plus efïicace que ce désir natuid de conserver votre vie. Oseriez-vous dire qu'a l'a été. Et ce qui doit être une dernière con vicUon , c'est que ces mêmes passions auxquelles vous succombez, vous sauriez bjea les vaincre et y résister, s'il s'agissait de votre fortune et d'un intérêt temporel.
Mais enfin, dit-on en troisième lieu , nous avons gâm, nous avons formé des regrets et des repentirs , nous avons versé des larmes, et ne soot-ce pas là des actes de pénitence? Faux principe. Ce sont là, si vous le voulez, des grâces, des désirs de |>énitence ; mais ce n'en sont pas tonjours les actes. Les Juifs croyaient en Jésus-Christ, éL paraissaient s'attacher à lui, voyant les miracles qu'il'feisait. Mais Jésus-Christ, remarque sahit Jean, ne se fiait pas pour cela à eux , parce qu'il les connaissait. Ceci poum troubler bien des consciences ; mais il est bon de les Inwhier, pour les réveiller de l'assoupissement où elles sont. Deuxième partie. Rechute dans le péché , obstacle à la vraie pénitence par rapport à l'avenir. Ce n'est pas an obstacle invincible , et quand saint Paul dit qu'il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés des lumières du salut et sont après cela retombés, se relèvent par la pénitence, nous ne devons entendre ce tenne d'impossible que d'une impossibilité morale ou d'une extrême difficulti^. Quatre choses rendent la pénitence IrèsHiifficile aprè* la rechute. 1 . C'est que la rechute éloigne Dieu de ntxis. Exemple de Samson. Après queDalila lui eut coupé sa chevelure, il se croyait aussi fort qu'auparavant , mais il ne savait pas, remarque l'Écriture, que le Seigneur s'était retiré de lui. 2. C'est que la rechute fortifie l'inclinationqne nous avons au mal; la volonté se pervertit, et l'habitade se forme. 3. C'est que la rechute aflaiblit en nous la vertu de la grâce. Les plus grandes vérités ne font presque plus d'impression sur l'esprit d'un pécheur. Il les a cent fois entendues , et autant de fois néanmoins il s'est replongé dans ses premières aI)ominalions. 4. C'est que larediute est d'elle-même et de sa nature essentiellement opposée à la grâce de la conversion ; car elle ajoute à la malic« du péché l'ingratitude envers Dieu et le mépris : deux carartères que Dieu a le plus en horreur, et les plu§ capaWes de l'endurcir à notre égard, comme nous nous sommes endurcis pour lui.
ANALYSES DES SERMONS
• ConcluftioD qiii regarde <1eux sortes de personnes : f . que ceux qm, depuis leur pénitence, se sont heureusement somenos, prennent garde à eux et redoublent encore leur Tjgilauce; 2. que ceux qui sont retombés ne perdent pas toute espérance. Leur conversion est difTicUe , mais elle n'est pas impossible : parce qu'elle n'est [las impossible^ il faut l'entreprendre; et parce qu'elle est difficile, û faut Taire tous les efforts néc^saires.