‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 216 sur 232 · LE DIX-NEUVIÈME DLMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE DIX-NEUVIÈME DLMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR L'ÉTERNITÉ MALHEUREUSE

SwBT. Alors le roi dit à ses officiers : Jelez-le dans les ténèbres i pieds et mains liés : c*est là quHl y aura des pleurs et des grincements de dents.

Ce qu'il y a de plus intolérable dans les peines de l'enfer, c'est leur éternité.

Dinsioif. Voyons comment la foi doit nous confirmer dans la créance de l'éternité niallieureuse, première partie; et comment la créance de l'éternité malheureuse, par le plus iuste retour, doit nous exciter à la pratique des œuvres de la foi , deuxième partie.

Première partie. Commenttla foi doit nous confirmer dans la créance de l'éternité malheureuse. 1. Elle corrige sur le siJÛet de cette éternité nos erreurs; 2. elle perfectionne nos lumières.

1. Elle corrige nos erreurs. Trois erreurs faussement établies sur la bonté de Dieu , sur la justice de Dieu , et sur la toute-puissance de Dieu. Dieu est trop bon pour aflliger éternellement une &me pécheresse ; première erreur. Cest parce que Dieu est bon, répond Tertullien, et souverainement bon, qu'il doit haïr souverainement le mal et le punir de même. Mais sans s'arrêter à cette réponse, tenons-nous-en à la foi. La même Écriture, qui nous enseigne que Dieu est souverainement bon, nous enseigne qn^il fera souffrir éternellement les &mes réprouvées. Elle ne peut errer ni dans l'wi ni dans l'autre. Donc une peine étemelle dans l'enfer peut s'accorder avec une bonté souveraine dans Dieu. Dieu est trop juste pour venger dans des siècles infinis ce qui s'est passé dans un instant : seconde erreur. On pourrait vous dire que , s'il n'y a pas entre l'éternité malheureuse et le pèche une proportion de durée, il y a une proportion de malice d'une part , et de l'autre de satisfoction et de punition. On pourrait encore vous faii-e observer que pour un crime d'un moment la justice humaine condamne à une prison, à un bannissement perpétuel , et même à la mort, qui est une espèce de peine étemelle. Mais revenons-en toujours à la foi : elle nous apprend deux choses sur lesquelles elle ne nous peut tromper; savoir que Dieu est juste, et que ses vengeances n'ont point de terme. Par conséquent ces deux vérités ne se combattent point , et concourent parfaitement ensemble. Dieu n'est pas assez puissant pour faire que la créature subsiste une éternité entière dans les souffi-ances et dans les tourments : troisième erreur. C'est la plus frivole , et la foi tout d'un coup la détruit par l'idée qu'elle nous donne de la toute-puissance de Dieu.

2. Elle perfectionne nos lumières ; car nous ne manquons pas de raisons pour justiGer la conduite de Dieu touchant l'éternité malheureuse. La première est tû-ée de la volonté du pécheur, qui était, comme l'observent saint Jérôme et saint Augustin, de résister éternellement à

Dieu , si Dieu l'eût laissé vivre éternellement sur la ter r«. La seconde est prise , selon saint Thomas, de la nature du péché, qui, ne pouvant être réparé par une âme réprouvée, doit subsister toujours et toujours avoir sa peine. La troisième est encore prise de la nature du péché, qui offense une grandeur infinie; d'où saint Augustin et tous les théologiens concluent qu'il mérite donc une peine infinie. Et comme cette peine ne peut être infinie en elle-même et dans son essence, il faut qu'elle le soit dans son éternité. Telles sont sur l'éternité malheureuse les lumières et les productions de l'esprit de l'honfune; mais voici comment la folles perfectionne et les confirme. C'est un de ces secrets qui ne sont connus qu'aux ftmes humbles et aux vrais fidèles. Car si la foi donne à toutes ces connaissances une perfection et une force particulière, ce n'est point en élevant nos esprits, mais en les abaissant et en les soumettant à l'autorité de la parole de Dieu. C'est alors que , faisant le sacrifice de notre raison, nous pouvons mieux raisonner que jamais. Ces grandes idées de la majesté de Dieu et de la malice de l'homme qui l'offense n'étant plus affaiblies, ni par les préjugés de notre esprit, ni par les passions de notre cœur, font sans obstacle toute leur impression sur nous, et Dieu les seconde encore par sa grâce et par ses communications intérieures. Les plus simples et les plus dociles ont là-dessus les vues les plus claires et les plus relevées. Telle a été la foi des saints, et de tant de saints distingués par l'étendue de leur doctrine et la sublimité de leur génie.

Deuxième partie. Comment la créance de l'éternité malheureuse doit nous excitera la pratique des œuvres de la foi. Pour peu que nous nous aimions nous-mêmes d'un amour raisonnable et chrétien , il n'est rien que nous devions plus craindre que cette éternité malheureuse, ni dont pous devions nous préserver avec plus de soin . Or nous ne pouvons l'éviter que par la pratique des œuvres de la foi, c'est-à-dire par l'innocence et la sainteté de notre vie. Par conséquent crohre une éternité de peine , c'est un des plus puissants motifs pour nous remettre dans la règle ou nous y maintenir, et pour nous porter à vivre en chrétiens. Deux qualités particulières de ce motif : c'est 1. le plus universel, 2. le plus sensible.

1 . Motif le plus universel. H serait à souhaiter qu'on ne ^ s'adonnât à ses devoirs et aux exercices du clu-istiaulsme que par ^le pur motif de l'amour de Dieu. Mais ce motif, après tout, n'est guère propre que des justes et des parfaits. Au lieu que tous, justes, lâches, pécheurs, sont touchés de la crainte salutaire des redoutables jugements de Dieu et de ses châtiments étemels. Exemples de tant de mondains qui par là ont été convertis, et de saints, même que cette pensée de l'éternité a soutenus dans la t^tation.

2. Motif le plus sensible. Car ce qui se fait sentir à nous sur la terre plus vivement , c'est la peine et même la seule idée que nous nous en formons. Or si cela est vrai à regard d'un mal passager, combien plus Vest-il à l'égard d'un mal étemel? L'éternité, dira-t-on, est incompréhensible, et le moyen de craindre ce qu'on ne comprend pas? mais c'est justement ce qui la rend plus terrible. Un mal si grand qu'il est hiconcevaJile, voilà ce qui doit nous saisir de fhiyeur, et nous faire tout entreprendre pour nous en garantir. Le désordre est qu'on n'y pense point, et l'impiété même va jusqu'à regarder avec mépris un homme qtA s'o»

ANALYSES DES SERMONS

toire devant Dieu; fléparoDS-nous-ea afin que Dieu , dans son jugement, ne nous sépare pas de ses élus. Nous trouverons dans la retraite des consolations plus pores et plus sensibles que toutes les fausses joies du siècle.

Deuxième PARTiE. Un homme par étal consacré à Dieu. Sur cela trois considérations : 1 . Texcellence de la consécration du chrétien; 2. Tobligation indispensable de sainteté ({uc cette consécration impose an chrétien ; 3. la tache particulière qui se répand , en conséquence de cette consécration, sur tous les péchés du clu-étien.

t . L'excellence de la consécration du chrétien. Cest par Tonclion du baptême que nous sommes consacrés à Dieu , mais consacrés en difTérentes manières que l'Écriture et les Pères nous ont marquées. Consacrés comme rois , comme prêtres , comme temples de Dieu, comme enfants de;Diea, comme membres de Dieu.

2. L'obligation indispensable de sainteté que cette consécration impose au chrétien. Car il faut soutenir tous ces caractères; et par où, si ce n*est par notre sainteté? C'est pour cela que l'apôtre n'appelait point autrement les premiers fidèles que du nom de saints. Cest dans nous, selon le même apôtre, que doit être édifié le temple de Dieu ; etoommentce temple de Dieu peut-il être édifié dans noussinon par la sainteté? Si les prêtres de l'ancienne loi devaient être saints, à combien plus forte raison devons-nous travailler k le devenir, puisque nous offrons des victimes beaucoup plus nobles, et l'Agneaujnême de Dieu?

d. La tadie particulière qui se répand', en conséquence de cette consécration, sur tous les péchés du chrétien. Car tout-i>éché dans un chrétien est une espèce de sacrilège, puisque c'est la profanation d'une chose consacrée à Dieu et unie à Dieu. Vérité que saint Paul représentait si fortement aux premiers chrétiens. Rien néanmoins de plus ordinaire dans le christianisme que le péché : la corruption y est générale. Qu'avons-nous donc à craindre? c'est que Dieu , qui noya le monde entier dans un déluge universel , pour punir les péchés des hommes, ne laisse le llambeau de la foi s'éteindre parmi nous.

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