‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 217 sur 232 · LE DIX-UUITIÈME DIMANCHE APRES LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE DIX-UUITIÈME DIMANCHE APRES LA PENTECOTE

SUR LA RECHUTE DANS LE rÉCBÉ.

Sujet. Jésus voyant leur foi , dit au paralytique : Mon

JiU, prenez confiance , vos péchés vous sont remis.

C'est ce que Dieu dit encore au pécheur pénitent; mais un des caractères de la vraie pénitence , c'est la fermeté et la persévérance.

Division. Rechute dans le péché, marque d'une fausse .pénitence à l'égard du passé, première partie ; obstacle à Ja vraie pénitence dans l'avenir, deuxième partie.

Première partie. Rechute dans le péché , marque d'une fausse pénitence à l'égard du passé. Si votre pénitence a ifté telle que vous la supposez, c'est-à-dire une vraie pénitence, il faut que vou^ vous soyez engagé à Dieu par une protestation sincère de ne plus retomber dans le péclié •qui vous avait attiré sa disgrûce. Cette protestation sincère a renfermé une volonté sincère. Or, est-il croyable qu'un liomme ait eu une volonté déterminée et absolue de renoncer à son péché, et qu'immédiatement après, lâchement et sans résistance, il y retourne tout de nouveau? Une volonté bien résolue est plus efficace. Ainsi raisonnait saint Bernard, ft avant lui TertuUicn.

A cela onpeotoppofier trois choses. Car ^ ^,

ne peut-il pas arriver que la volonté change? Il àutoaivcHr que ce changement est possible; mais il fout en mené ! temps jouter que quand les rechutes sont subites et fté- ; quentes, il n'y a nulle vraisemblance que ce soit ptr os tel changement. En voici la preuve : c'est que dans tootle reste de notre conduite on ne volt point de ces légèielés si surprenantes.

Secondement on dit : nous sommes Cûbles, et malgré la sincérité de nos résolutions , la violence de nos passioiis nous entraîne. Il est vrai que nos passions sont de puissants ennemis; mais si la promesse que nous avons âite à Dieu de persévérer dans sa grâce a été véritable, ellea dû être plus forte que ces ennemis prétendus , ^ sa propriété la plus esseuUeUe était de les pouvoir sormoDtcr. Or, comment me persuaderai-je qu'elle a eu cette verta, lorsqu'à ne m'en parait rien? Jugei de vous par voo^ même. Vous sortez d'une maladie, et vous ciaignex mie rechute : que ne faites-vous point pour la préveDir? Or, le propos que vous avez fait d'éviter la rechute dans le péché , doit être encore plus efficace que ce désir naturel de conserver votre vie. Oseriez-vous dire qu'a Fa été. Et ce qui doit être une dernière conviction , c'est que ces mêmes passions auxquelles vous succombez, vous sauriez btes les vaincre et y résister, s'il s'agissait de votre fortane et d'un intérêt temporel.

Mais enfin, dit-on en troisième heu , nous avons gâm, nous avons formé des regrets et des repentirs , nous avoas versé des larmes, et ne soot-ce pas là des actes de péntence? Faux principe. Ce sont là, si vous le voulez, des grâces, des désirs de pénitence ; mais ce n'en sont pas toajours les actes. Les Juifs croyaient en Jésus-Christ, et paraissaient s'attacher à lui , voyani les miracles qu'il élisait. Mais Jésus^^hrist, remarque samt Jean, ne se fiait pas pour cela à eux , parce qu'il les connaissait. Ceci pourra troubler bien des consciences; mais il est bon de les troohier, pour les réveiller de l'assoupissement où elles sont. Deuxième partie. Rechute dans le péché , obstacle à la vraie pénitence par rapport à l'avenir. Ce n'est pas uo obstacle invincible, et quand saint Paul dit qu'il est irapossible que ceux qui ont été une fois éclairés des lumières dn salut et sont après cela retombés , se relèvent par la pénitence, nous ne devons entendre ce terme d'impossible que d'une impossibilité morale ou d'une extrême difficulté. Quatre choses rendent la pénitence trèsnlifficile aprè* la rechute. 1 . C'est que la rechute éloigne Dieu de noos. Exemple de Samson. Après queDaUla lui eut coupé sacJM»velure, il se croyait aussi fort qu'auparavant, mais il ne j savait pas, remarque l'Écriture, que le Seigneur s'était i retiré de lui. 2. C'est que la rechute fortifie l'inclination que nous avons au mal; la volonté se pervertit, et l'habitude se forme. 3. C'est que la rechute affaiblit en nous la vertu de la grâce. Les plus grandes vérités ne font presque pini d'impression sur l'esprit d'un pécheur. Il les a cent fois entendues , et autant de fois néanmoins il s'est replonge dans ses premières aI)ominalions. 4. C'est que larediute est d'elle-même et de sa nature essentiellement opposée à la grâce de la conversion ; car elle ajoute à la malict du péché l'ingratitude envers Dieu et le mépris : deux carîM^ tères que Dieu a le plus en horreur, et les plu$ capable dé l'endurcir à notre égard, comme nous nous sommes ea* durcis pour lui.

ANALYSES DES SERMONS

. CondusioDqiiiregardeileuxsoitesdepersoiinesM.que ceux qui , depuis leur pénitence, se sont heureusement somenos, prennent garde à eux et redoublent encore leur vigilance; 2. que ceux qui sont retombés ne perdent pas toute espérance. Leur conversion est difficile , mais elle n'est pas impossible : parce qu'elle n'est pas impossible, il faut l'entreprendre; et parce qu'elle est difficile, U faut Taire tous les efforts nécessaires.

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