LE VINGTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
SUR LE ZÈLE POUR L*H0IfIfE0H DE Là REUGION.
Sujet. H crut en Jésus-Christ, et Unité sa maison crut comme lui.
Parce que ce maître n» se contenta pas de croire , mais qu'il parla selon sa créance , qu*il confessa Jésus-Christ de bouche et par œuvres , il engagea toute sa maison à croire comme lui. Tel est le zèle que nous devons avoir pour l'honneur de la religion.
DinsiON. Comme chrétiens, nous reconnaissons dans notre religion deux qualités essentielles, la vérité et la sainteté : la vérité de sa doctrine , et la sainteté de sa morale. De là suivent deux conséquences qui doivent faire tout le fond de ce discours. Notre religion est vraie ; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi : première partie. Notre religion est sainte ; donc nous de- Tons tous l'honorer par la pureté de nos mœurs : deuxième partie.
Première partie. Notre religion est vraie; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi. C'est one décision de l'apétre , que pour acquérir la justice chrétienne et pour parvenir au salut, il faut deux choses : croire dans le cœur, et faire au dehors profession de sa créance. Voilà l'hommage qu'ont rendu à la religion les premiers fidèles , et selon le témoignage de Tertullien , rien n'a plus contribuée l'établir et à la répandre dans le monde, que la constance des martyrs à la professer hautement et aux dépens de leur vie.
Cette profession de notre foi et l'honneur qu'en relire la religion , est pour nous d'un devoir si rigoureux , que nous n'y pouvons manquer sans en devenir responsables à Dieu , à l'Église et à toute la société des fidèles. 1. Responsables à Dieu , qui ne doit pas seulement être honoré par un culte intérieur, mais par un culte visible et extérieur. 2. Responsables à rÉglise , qui demande de nous et a droit de demander une confession publique, comme une ratification authentique et solennelle de la promesse faite pour nous dans notre baptême et de l'engagement contracté en notre nom. 3. Responsables à toute la société des fidèles à qui nous refusons l'exemple, et, dans cet exemple, le soutien que nous nous devons les uns aux autres contre le libertinage.
Voilà de puissantes raisons ; mais , par la plus criminelle prévarication , au lieu d'honorer notre foi en la professant, nous la déshonorons par nos scandales. Scandales directs, et ce sont des scandales de libertinage et d'irréligion. Scandales indirects, et ce sont des scandales d'indifférence, de négligence, de respect humain en matière de religion. 1. Scandales directs, scandales de libertinage et d'irréligion : railleries des choses saintes, préoccupations contre l'Église, discours et raisonnements sur les articles de la foi, livres contagieux où la foi est artificieusement corrompue, liaisons avec des gens connus pour être des incrédules et des athées, entretiens oii se débitent des maximes formellement opposées à la morale de l'Évangile. 2. Scandales indirects. Scandales d'indiflérenoe : qu'il s'élève sur des
points importants quelques conteatations, oo dit qu'en k prend point de parti. Scandale de négligence : oone pratique nul exercice de religion. Scandale de complaisance : on prête l'oreUle aux paroles licencieuses de quelques amis dont la foi est très-suspecte. Scandale de respect humain: on n'ose parler pour la religion en présence d'un maître, d'un grand. Soyons avec Dieu de bonne foi : et ti nous sommes à lui faisons-le connaître.
Deuxième partie. Notre religion est sainte, donc boqs devons tous l'honorer par la pureté de noa moeun. Que notre rdigion soit samte, c'est un principe que nous avons déjà établi dans un autre discours. De toutes les qualités qui la relèvent , il n'en est point de plus excellente que sa sainteté; d'oi^ il s'ensuit que ce qui l'honore diTantage, c'est ce qui fait plus éclater cette sainteté. Or, rien ne flût plus paraître la sainteté de la religjkm chrétienne , que la sainte vie des chrétiens : car on ne peut mieux juger de l'arbre que par ses firuits , ni du principe que par ses effets. Ce n'est pas qu'indépendamment de notre Tie, die ne puisse être sainte en elle-même : mais c'est notre bonne vie qui la fait plus paraître sainte. Voilà poorquoi saint Paul, et tous les Pères de l'Église ont tant exhorté les £* dèles à se rendre irrépréhensibles dans leur conduite. Voua ce qui a donné aux païens mêmes une ai hante estime dn christianisme.
Mais qu'esMl arrivé dans le cours des siècles? CeA que nous avons dégénéré de cette première sainteté qui disait autrefois fleurir le christianisme, et dont ses défenseurs se servaient pour en inspûer l'estime et pour l'autoriser. Voilà comment nous déshonorons la religion ; car quoique dans le fond on ne puisse ni on ne doive rien lui attribuer de tout le mal que nous commettons, puisqu'elle le condamne , il n'est néanmoins que trop ordinaire à ses ennemis d'en prendre occasion de la décrier. Ne peut-on pas dire d'elle dans l'état présent où nous la réduisons, cequ'on disait de Jérusalem dépeuplée et déserte : Hœccine est urbsperfecti decoris P Est-ce là cette religion jadis si florissante et si belle?
H faut après tout reconnaître qu'il y a encore des Ames fidèles , et dés chrétiens réglés et pieux , dont la conduite semble devoir en quelque sorte dédommager et consoler l'Église. Mais qu'est-ce que cette consolation, si nons avons égard à deux choses : 1. à la multitude presque infinie de pécheurs qui déshonorent leur foi ; 2. à Tinjuatioe des hommes, surtout des ennemis de la vraie religion, qui ferment les yeux à tout ce qu'il y a d'édifiant pour n'en être point touchés, et qui ne les tiennent ouverts qu'aux désordres dont ils sont témoins? Fasse le ciel que notre zèle se rallume pour l'honneur de notre foi ! C'est ainsi que , sans passer les mers , nous pourrons participer an ministère des apôtres. Nous sommes si sensibles à l'honneur d'une famille où nous avons pris naissance : ne le serons-nous pointa l'honneur d'une religion où noua i été régénérés?
ANALYSES DkS SERMONS LE VDIGT ET UNIÈME DDIANCHE APRÈS LA PENTECOTE.
SUR LE PARDON DES llf JURES.
SwET. Alors son maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je vous ai remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en aviez prié. Ne fallait-il donc pas avoir pitié de votre compagnon ^ comme fai eu pitié de vous ? Sur cela le maître indigné le livra aux exécuteurs de la justice.
N'attendons pas un traitement moins rigoureux de la part de Dieu, si nous ne pardonnons pas les injures que nous prétendons avoir reçues.
Division. Dieu a droit de nous ordonner en faveur du prochain le pardon des injures que nous en avons reçues; première partie. Si nous refusons au prochain ce pardon , nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes; deuxième partie.
Première partie. Dieu a droit de nous ordonner en fa- Teor du prochain le pardon des injures que nous en avons reçaes , et il Texige en effet de nous comme maître , comme père , comme modèle , comme juge.
1. Comme maître. Il y a un précepte du pardon des injures; précepte fondé sur les plus solides raisons : mais sans autre raison , l'autorité seule de Dieu nous doit suffire, et voilà d*abord la réponse la plus courte et la plus décisive pour renverser tous nos prétextes. Dieu le veut, c'est assez.
2. Conune père et bienfaiteur. Cet homme ne mérite pas que vous lui pardonniez; mais Dieu qui vous le demande, le mérite pour lui, après vous avoir comblé de ses grâces. Ce n'est pas à celui-ci ou à celui-là que vous accorderez ce pardon, mais à Dieu qui veut bien se mettre en leur place. Quel avantage pour vous de pouvoir donner à votre Dieu ce témoignage de votre reconnaissance et de votre amour!
3. Comme mod^e. Que ne pardonne-t-il point dans tout le monde à tant de pécheurs, et que ne vous a-t-il point pardonné à vous en particulier? Ne peut-il donc pas bien Tons dire : Omne debitum dimisi tibi, nonne oportuit et te misereriP J'ai pardonné, et je vous ai pardonné; pourquoi ne pardonnez-vous pas ooaune moi ?
4. Comme juge. Peut-être doutez-vous que Dieu vous ait pardonné jusques à présent. Hé bient voici le moyen d'obtenh' dans la suite le pardon de toutes vos fautes, et cette rémission dont vous ne pouvez être encore certain. Dieu , en qualité de juge, vous dit : Pardonnez , et je vous pardonnerai moi-même : Dimittite et dimittemini. Cette parole est précise et formelle.
Dboxièiib partie. Si nous refusons an prochain le pa^ don que Dieu nous ordonne et qu'il exige indispensableinent de nous, nous donnons à Dieu nn droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes. Car alors nous nons rendons singulièrement coupables, et coupables en quatre manières : envers Dieu, envers Jésus4;hrist Fib de Dieu, envers le procham substitué en la place de Dieu , et envers nous-mêmes.
1. Coupables envers Dieu. Noos violons im de ses préceptes les plus essentiels. Or comment pouvons-nous espérer alors qu'U se laisse fléchir en notre faveur? Point dêtniséricorde à celui qui n'a pas fait miséricorde,