POUR LE LUNDI DE PAQUES
Il* SUR LA RéSURRUCTlON DB JÉSUS^CHRIST.
Sujet. Tandis qu'ils s'entretenaient et qu'ils raisonnaient ensemble, Jésus se joignit à eux, et marcha avec eux; mais ils avaient un voile sur les ya» pour ne le pas connaître.
Ces disciples, dont il est parlé dans l'ÉvangUe, maoquaientde foi en Jésus-Christ etd'amour pour Jésus-Chrfct. Or, c'est pour leur inspirer l'un et l'autre qu'a les rend témoms de sa résurrection.
Division. Résurrection de Jésus-Christ, motif puissant pour croire sa divinité; première partie. Résurrectioo de Jésus-Christ, engagement bdispensable à aimer sa saints humanité; deuxième partie.
la première partie de ce sermon est la même que celle du sermon précédent.
DButiÈME PARTIE. Résurrcction de Jésos-Christ, eng» gement indispensable à aimer sa sainte humanité : pourquoi? 1. parce que c'est pour nous qu'a est ressuscité; 2. parce que, dans le triomphe même de sa résurrection, il a voulu conserver les marques les plus Rutbeotiques^ les caractères les plus visibles de son amour pour nous, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion; 3. parce qu'en ressuscitant glorieux , il a âeré son humanité à un état de perfection où nous ne pouvons nous défendre de l'ainier, mais d'un amour pur et toot spirituel.
I . C'est pour nous que Jésus-Christ est ressuscité : ainsi nous l'enseigne l'apôtre : Resurrexit propter justificationem nostram. En effet, il n'est ressuscité qo'afin de nous ressusciter avec lui, et de ressusciter lui-même dans nous. Dieu donc, dans sa résurrection , nous le donne une secxmde fois comme il nous le donna dans sa naissance en qualité de sauveur, en qualité de pasteur, en qualité de docteur et de maître : en qualité de sauveur, puisque, dans sa résurrection , il mit le sceau à tout ce qu'il avait fait et à tout ce qu'il avait souffert pour notre salut ; en qualité de pasteur, puisque son premier soin , après sa résurrection, fut de ramasser son troupeau, que Finfidélité avait dissipé; en qualité de docteur et de maître, puisque tout le temps qu'il demeura sur la terre depuis qu'il fut ressoscité , il l'employa à instruire ses disciples. Or, que doit nous inspirer tout cela? un zèle ardent et un amour tendre pour cet Homme-Dieu.
2. Dans sa résurrection, Jésus-Christ a voulu conserver les marques les plus authentiques et les caractères les plus visibles de son amour pour nous, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion ; par où il nous fait entendre que , dans le séjour même de sa gloire, il ne veut point nous oublier, mais qu'il veut nous servir d'avocat auprès de son Père. Nous ne devons donc jamais l'oublier nous-mêmes.
3. Jésus-Christ , en ressuscitant glorieux , a élevé son humanité à un état de perfection où nous ne pouvons nous défendre de l'aimer, mais d'un amour pur et tout ^irituH.
ANALYSES DES SERMONS
fl Fa rendue impassible et immortelle; il Ta reTêtae de toate la splendeur que répand sur elle sa divinité.
Concluons avec saint Paul : Que celui qui n*aime pas le Seigneur Jésus soit anat/ième. Aimons-le, non pas toujours d'un amour sensible , mais d'un amour solide. Or, est-ce l'aimer de la sorte» que de Tivre comme nous vi-
TODS?
SUR Vascension de jéscs-christ.
Sujet. Après qu*il eut parlé de la sorte y il fut élevé à leur vue vers le ciel.
Jésus-Christ, dans son ascension, nous fait connaître à quelle gloire nous sommes appelés , et la vue de celte gloire doit exciter toute notre ferveur.
Division. Pour arriver h la même gloire que Jésus- Christ, il faut la mériter comme Jésus-Christ; première partie : pour la mériter comme Jésus-Christ, il faut souffrir comme Jésus Christ ; deuxième partie.
Première partie. Pour arriver à la même gloire que Jésus-Christ , il faut la mériter; car il n'y est parvenu luimême que par la voie du noérite. Ainsi , 1 . on n'obtient cette gloire qu'en la méritant ; 2. mais aussi est-on sûr de ne la mériter jamais sans l'obtenir.
1. On ne l'a point qu'on ne la mérite, on ne l'a que parce qu'on la mérite, et on ne l'a qu'autant qu'on la mérite. 1 . On ne l'a point, dis-je, qu'on ne la mérite : tel est l'ordre de Dieu ; et c^est un article de notre foi. Fausse doctrine de Calvin , qui a voulu combattre ce point. 2. On ne Ta que parce qu'on la mérite : tellement qu'elle est le partage du mérite seul , à l'exclusion de tout autre titre. La raison est que, suivant les décrets de la Proviilencc, cette gloire ne doit être donnée aiix hommes que selon les lois d'une justice rigoureuse. 11 n'en est pas ainsi des récompenses du monde. 3. Enfin , l'on ne l'a qu'autant qu'on la mérite. Si l'un est plus récompensé dans le ciel que l'autre , ce n'est que parce qu'il a acquis plus de mérites que l'autre. Il en va tout autrement dans le monde. On voit tous les jours des mérites médiocres l'emporter sur des mérites éclatants.
2. D'ailleurs aussi est-on sûr de ne mériter jamais la globe du del sans l'obtenir. On mérite souvent les récompenses du monde sans les avoir : outre le mérite, il faut des patrons ; on est exposé à l'envie , à l'intrigue , à la cabale, aux caprices et aux préjugés d'un mattre. Mais rien de tout cela avec Dieu. Quoi que je fasse, si c'est pour lui que je le fais , il m'en tiendra compte. Quel est donc notre aveuglement de mener une vie si inutile ! Enfants des hommes, jusqu'à quand aimerez-vous la vanité et chercherez-vous le mensonge P\of;isétessï ardents pour des biens périssables, jusqu'à quand négligerez- vous des biens étemels?
Deuxième partie. Pour mériter la même gloire que Jésus-Christ, il faut souffrir comme Jésus-Christ : 1. on ne va à la gloire du ciel que par les souffrances; 2. mais toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à cette gloire.
1. On ne va à la gloire du ciel que par les souffrances : Jésus-Christ n*y est point autrement arrivé : car il a fallu que le Christ souffrit , et qu'il entrât ainsi dans sa gloire. Or, s'il l'a fallu pour le Christ, ne le faut-il pas pour nous? C'est pourquoi les saints se glorifiaient et se félicitaient eux-mêmes de leurs soyffrances : et c'est cela
B0URDAL0UE. — T. II.
cso
même qui leur a donné , sur le sujet des prospérités temporelles , des sentiments si contradictoirement opposés à ia cupidité et à l 'amour-propre. Enfin, c'est dans celte vue que le Fils de Dieu a prononcé ces anathèmes : Malheur à vous, riches! malheur , à vous qui goûtez les dou' ceurs de la vie ! et qu'au contraire il a dit : Bienheureux les pauvres! bienheureux ceux qui pleurent! Cependant ou veut avoir en ce monde toutes ses aises ; et Ton écarte , autant qu'il est possible, tout ce qui fait de la peine et qui mortifie.
2. Toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à la gloire du ciel. Il faut que ce soient des souffrances pour la justice et pour Dieu , des souffances sanctifiées par notre soumission à la volonté de Dieu. Sans cela , c'est souffrir comme les démons; c'est aller à la perdition et à la mort, par où les justes et les vrais chrétiens vont au salut et à la vie. Car les souffrances, selon l'usage qu'on eu fait, mènent à l'une ou à l'autre. Que ne soufrre-tK>n pas tous les jours pour le monde? mais on ne veut rien souffrir pour Dieu. Ayons sans cesse, pour nous animer, Jésus-Christ devant les yeux, et la gloire dont il vaprend/e possession.
POUR LA FÊTE DE LA PENTEGéTE.
Sujet. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit,
Il est important de connaître quel est cet Esprit que le Fils de Dieu nous a promis comme aux apôtres, et quels efTets il doit opérer en nous.
Division. Esprit de vérité qui nous éclaire , première partie; esprit de sainteté qui nous purifie, deuxième partie; esprit de force qui nous anime , troisième partie.
Première partie. Esprit de vérité qui nous éclaire. Pouvoir 1. enseigner sans exception toute vérité; 2. l'enseigner sans distinction à toutes sortes de sujets; 3. l'enseigner en toutes manières , c'est ce qui n'appartient qu'à l'Esprit de Dieu.
1. Il n'appartient qu'au Saint-Esprit de nous enseigner toute vérité : car il y a des vérités que la chair et le sang ne révèlent point, des vérités qui semblent choquer la raison humaine, des vérités gênantes, humiliantes, mortifiantes. Si donc un homme en est persuadé , ce ne peut être que l'effet d'un esprit supérieur qui agit en lui ; et cet esprit supérieur, c'est l'Esprit de Dieu.
2. 11 n'apparlient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité à toutes sortes de sujets. Donnez au plus habile docteur certains esprits grossiers à instruire : avec toutes ses lumières , il ne les éclairera pas. Mais quand l'Esprit de Dieu s'en rend le maître, comme c'est lui qui les a formés, il les élève à tout ce qu'il veut.
3. il n'appartient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité en toutes manières; c'est-à-dire dans un instant, sans qu'il en coûte ni étude , ni travail , et jusqu'à déterminer les hommes à mourir pour la défense des vérités qui leur ont été révélées.
Or voilà ce que fait le Saint-Esprit dans les apôtres. Il leur enseigne les vérités les plus dures en apparence et les plus contraires aux sens et à la nature. Il les leur enseigne sans nulle disposition de leur part, puisque c'étaient des hommes à qui Jésus-Christ lui-même avait reproché leur aveuglement et leur lenteur à comprendre et k croire. Il tes leur enseigne dans un moment , et jusqu'à les résoudre à souffrir le martyre. On a va dans la suite ci^s mêmes ef-
ANALYSES D£S SERMONS
Ms du Saint-Esprit en des millions de fidèles. Mais qu'a fait le démon? il a opposé à cet Esprit de Térité , l'esprit da monde , qui est un esprit de mensonge , et c'est cet esprit du monde qui conduit tout. Car à nous voir agir, peuton dire que ce soit l'Esprit de Dieu qui nous dirige, et que nous soyons bien convaincus des Térités qu'il est venu nous apprendre.'
Deuxième partie. Esprit de sainteté qui nous' purifie. C'est pour cela que le Fils de Dieu en parlait à ses disciples comme d'un baptême : Vos autem baptizabimini Spiritu Sancto. Voyons, 1. l'excellence, 2. les obligations de ce baptême.
1 . Excellence de ce baptême. Ce fut comme un baptême de feu ; et ce baptême de feu alla jusqu'à purifier les cœurs des apôtres , d'un certain genre d'attache qu'ils avaient eu*^ et qu'ils conservaient pour Jésus-Clu-ist même. Car s'attacbant à Jésus-Christ, dit saint Augustin, ils ne l'envisageaient point encore avec des yeux assez purs, et ils le . considéraient trop selon l'humanité et selon la chair. Voilà pourquoi le Sauveur du monde leur disait : Si Je ne m'en vaiSf V Esprit consolateur ne viendra point dans vous. Jugeons de là ce que nous devons penser, non-seulement de ces attaches grossières qui portent évidemment le crime avec elles; mais de bien d'autres attaches innocentes , à ce qu'il paraît , honnêtes et même saintes, mais dont l'Esprit de Dieu nous ferait voir le danger si nous voulions nous rendre attentifs à sa voix.
2. Obligations de ce baptême. C'est de retrancher tout ce qu'il y a d'humain dans nos pensées , dans nos désirs , dans nos paroles et dans nos actions. Voilà le miracle que nous devons demander au Saint-Esprit, et c'est pour nous purifier delà sorte qu'il se répandra sur nous.
Troisième partie. Esprit de force qui nous anime. Nous en avons un exemple bien sensible dans les apôtres. L'esprit de forc« dont ils sont remplis, leur inspire un zèle 1. qui les fait parler hautement et se déclarer; 2. qui les encourage à tout entreprendre ; 3. qui les rend capables de tout soutTrir pour le nom de Jésus-Christ.
1 . Zèle qui les fait parler hautement et se déclarer. Ils s'étaient tenus renfermés dans le cénacle ; mais tout à coup ils en sortent , et rendent un témoignage public à Jésus- Christ.
2. Zèle qui les encourage à tout entreprendre. Ils se proposent la conversion du monde entier, et ils en viennent à bout.
3. Zèle qui les rend capables de tout soufTrir. Persécutions, contradictions, opprobres, rien ne les arrête. Ils méprisent les tourments et la mort.
C'est par cette force chrétienne que nous pourrons connaître si nous avons reçu nous-mêmes le Saint-Esprit. Compliment à la reine d'Angleterre.
SLR LA TRÈS-SAINTE TRINITÉ
Sujet. Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.
Voilà , en trois paroles, le sommaire de notre foi. C'est à Dieu à nous éclairer, pour pouvoir parler dignement de [ ce grand mystère et en tirer de salutaires instructions.
Division. Croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus
grand hommage de foi qu'une créature puisse rendre à
Dieu ; preniière partie : croire un Dieu en trois personnes,
c'est le pins grand sujet de confiance que la créature
puisse a roir en son Dieu ; deuxième parUe *. croire un Dieu '
eo trois personnes, c'est avoir devant les yeox le pàn puissant motif et le plus excellent modèle de la charilé, qui doit tous nous unir en Diea et selon Dieu, i partie.
Première partie. Croire on Dieo en trûs i c'est le plus grand hommage de foi que la ciéatore | rendre à Dieu. Je ne puis me former de Dieo ane plu haute idée que quand je reconnais qu'il est incomprâMBsible. Or, dans quel mystère Dieu est-il plus incomprâMo sible à l'homme? n'esta» pas dans la Trinité .> D'oà il s'ensuit que je ne puis plus exalter de ma part le souverain être de Dieu, que par la créance de cette inel&lile Trinité.
Que fais-je quand je crois an Diea en trois personnes? je lui fais un sacrifice de la plus noble partie de moi-mèine, qui est ma raison; et comment le fais-je? de la manière la plus excellente et la plus héroïque; et en quoi consiste-til ? le voici. Je crois un mystère dont je n'ai nulle expérience, et dont il m'est impossible d'avoir la moiodre idée avant que Dieu me l'ait révélé : et quand Diea me l'a révâé, je le crois de telle sorte , qae ma raison ne peat s'en &ire juge ni l'examiner; enfin, ce qui fait la perfection de mou sacrifice, je crois ce mystère , quoiqu'il seoible i^wgner positivement à ma raison.
Telle est notre foi. Nous la professons de boocbe, nous disons assez que nous serions prêts à mourir pour la défendre : mais il ne s'agit pomt présentement de mourir pour la foi ; il s'agit de la soutenir et l'honorer par Finnocence et la pureté de nos moeors. SouTenons-nons que nous adorons une Trinité dont le caractère propre et essentiel est la sainteté.
Decxièmb partie. Croire un Diea en trob personnes, c'est le plus grand sujet de confiance que la créatore poisse avoir en son Dieu. Quand on nous instruit au christiaaisaie par où commence-t-on ? Par ce qu'il y a de plus élevé et de plus difficile à croire, qui est le mystère de la Trinité. Pourquoi s'attaclie-t-on d'abord à cet article? Parce que c'est le fondement de toute notre espérance ; car je ne pois être sauvé sans la foi d'un Dieu en trois personnes : comme cette foi demande un plus grand effort de notre part, aussi la profession que nous en faisons est-elle d'un plus grand mérite ; et Dieu nous dit alors ce qu'il dit à Abraham : Quia/ecisti hanc rem, multiplicabo semen tuum.Dt là vient que celte formule de foi que nous prononçons en confessant la Trinité, et qui est conçue en ces termes, Ao nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, est si sainte et si vénérable dans notre religion. De là vient que nous U mettons à la tête de toutes nos actions , afin qu elle les sanctifie et qu'elle les rende méritoires. Pratique qui nous est venue des apôtres, et que l'Église observe solennellement dans tous ses divins offices. Si nous l'avions jusqu'à présent observée nous-mêmes dans le même esprit et avec la même piété que l'Église, comMen de mérites nous acquis devant Dieu?
Quand à l'heure de notre mort le prêtre priera pour ii quels noms emploiera-t-il pour rendre ses vœox plus efficaces? Les noms du Père, du Fils, et du Saint-EspriL Et quand, s'adressant à Dieu, il lui recommandera l'âme du mourant, de quelle raison se servirait il ? De celle-ci- Quoi* qu'il ait péché. Seigneur, il a cor^essé voire augusk irinité.