‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 229 sur 232 · Troisième partie. Croire un Dieu en trois personnes · texte numérisé non relu

Troisième partie. Croire un Dieu en trois personnes

ANALYSES hES SERMONS.

(r*est avoir <te?aDt les yeux le plus puittant motif et le plus excellent modèle de la charité qui doit nous usir eo Dieu et selon Dieu. 1 . La foi de la Trinité est le motif et comme le lien substantiel de la charité qui doit être entre nous ; 3. le mystère de la Trinité en est encore le grand modèle que JésufrChrist nous a donné dans son Évangile.

1. La fin de la Trinité doit être le lien de notre charité mutuelle. Ainsi renseigne saint Paul : Puisque tous n'avez tous qu'un même Dieu , disait-il aux premiers fidèles , que TOUS n'avez tous qu'une même foi , que vous n'avez tous qu'un même baptême , et que vous ne faites tous qu'un même corps, qui est l'Église, n'est-ii pas juste que vous n'ayez tous qu'un même esprit? Âu nom de qui avezvous été baptisés, ajoutait le même apôtre, pour arrêter certaines discordes? n'est-ce pas an nom du Père, du FUs , et du Saint-Esprit , et cette unité de religion ne doitelle pas former entre vous l'union des cœurs? Ainsi l'ont compris les hérétiques mêmes : dès là qu'ils font secte et qu'ils composent une Église prétendue, ils commencent à a'entr'alder.

2. Le mystère de la Trinité est le grand modèle de notre charité. Que demandait Jésus-Christ à son Père pour ses disciples ? Qu'As ne fussent qu'un entre eux, comme le Père et le Fils, dans Tauguste Trinité, ne sont qu'un. Dans cetle Trinité adorable, point d'intérêts différents , point de sentiments opposés : point de volontés cootraires. Nous formons-nous sur ce modèle?

SUR LB TRÈS-SÀIKT SàCREMEirr.

SujR. Ma chair est vraiment une viande.

Une viande sacramentelle, une viande qui, toute matérielle qu'elle est, a la vertu de nous conserver la grâce, c'est ce qui en fait l'excellence. Telle est la chair du Fils de Dieu.

Divisioif. La gloire du corps de Jésus-Christ, c'est d'avoir été donné à TËglise dans le saint sacrement de l'Autel; première partie : la gloire de l'Église, c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans ce sacrement; deuxième partie.

Première partie. La gloire do corps de Jésus-Christ , c'est d'avoir été donné à l'Église dans le saint sacrement de l'Autel. Il était juste que Jésus-Christ tra?ail]&t à honorer sa chair, et deux raisons l'y obligeaient : 1 . l'honneur qu'il avait fait à cette chair de contracter avec elle une alliance si étroite dans son incarnation ; 2. les humiliations extrêmes & quoi il l'avait réduite dans sa passion. Or, c'est dans la divfaie eucharistie qu'il rélève jusqu'à être l'aliment de nos Ames; et que, toute matérielle qu'elle est , il lui donne la vertu de vivifier nos esprits.

Après cela fàut-il s'étonner que Jésus-Christ nous ait proposé son corps à adorer dans nos temples? car nous l'y adorons, disent saint Ambroise et saint Augustin : deux témoignages bien poissants contre les hérétiques. Cest pour cela même aussi que l'Église a institué cette fête, que nous célébrons à l'honneur du corps de Jésus-Christ.

Mais pourquoi cette cérémonie, de porter eo pompe le oor^is du Fils de Dieu ? C'est 1 . en mémoire de ce qu'il se porta lui-même, quand il distribua à ses apôtres sa chair et son sang; 2. en action de grâce de ce qu'il allait luimême autrefois parcourant les villes et les bourgades; 3. pour lui faire une réparation authentique des opprobres ifu'il soufitHt dans les rues de Jérusalem, lorsqu'il fut traîné

de tribunal en tribunal;4. pour lui faire honoeur, dit le car. dinal du Perron , de toutes les victoires qu'il a remportées sur l'hérésie dans le sacrement de son corps ; 5. pour, lui faite comme une amende honorable de tant d'outrages qu'il a reçus et qu'il reçoit sans cesse, des mauvais chrétiens, dans l'eucharistie. Quelle doit donc être, pendant cette octave, l'occupation d'une âme fidèle? d'entrer dans les sentiments de l'Église , et d'honorer avec elle la chair du Rédempteur.

Deuxième partie. La gloire de l'Église, c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Autel. Car c'est par là , 1. qu'elle est honorée de la prés enoeréelle d'un Dieu : 2. qu'elle est honorée de ses entretiens et de sa familiarité la phis inthne; 3. qu'elle est même honorée de l'union la plus parfUte avec lui , puis* que ce Dieu-homme, par le moyen de son sacrement, s'unit aux fidèles, qui sont les membres de l'Église, et vient demeurer en eux : tellement que dans la pensée des Pères, l'eucharistie est pour nous comme une extension du mystère de l'incarnation; 4. qu'elle est enfin nourrie de son corps et de son sang adorable.

De tout ceci nous devons remporter deux sentiments : 1. de respect et de vénération pour l'Église; 2. de zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps. Respect et vénération pour l'Église; car pouvons-nous l'honorer as> sez après que Jésus-Christ l'a tant honorée? Cependant c'est nous-mêmes tous les jours qui la déshonorons. Zèle pour rinnocence et la pureté de nos corps, puisque en vertu de la communion, ils deviennent les sanctnah%a vivants et les membres de Jésus<?hristmême. QaeHe indignité donc et quelle horreur, de les profener par des excès honteux !

SUR lA conception PE LA VIERGE.

Sujet. Jacob fut père de Joseph, fépoux de Marie, de laquelle est né Jésus qt^on appelle ChrisL

Voilà le plus bel éloge de Marie; voilà ce qui rend sa conception non-seulement si glorieuse, mais si sainte L'Église prétend honorer aujourd'hui la grâce qui la sanctifia dès le moment qu'elle fut conçue, et c'est de là que nous devons tirer de solides instructions pour nous.

Division. Bfarie, parle privilège de sa conception , pleinement victorieuse du péché , nous fait connaître, par une règle toute contraire , l'état malheureux où nous a réduits le péché : première partie. Marie sanctifiée par la grâce de sa conception , nous fait connaître l'heureux état où nons sommes élevés par la grâce de notre baptême : deuxième partie. Marie fidèle à la grâce de sa eonceptfon, nous Mt connaître , par son exemple , l'obligation indispensable qoe nous avons de ménager et de oonserver la grâce en vertd de laquelle nous sommes tout ce que nous sommes : troisième partie.

Prekière part». Marie^ par le privilège de st coneeption, pleinement victorieuse do péché, nous fhiteoDnattre, par une règle toute contraire, l'état malbeuifttx où nous a réduits le péché. Tous les autres avantages que pouvait avoir Marie dans sa conception , n'eussent rien été aux yeux de Dieu sans la grâce , et Dieu à ce moment ne la considéra , ni ne l'estima , que parce qu'elle lui parut dès lors revêtue de la grâce. De là comprenons , 1 . quel est le fond de notre misère, d'avoir été conçus hors de la grâce, 2. quels en sont les effets, puisque par là nous i

ANALYSES DES SERMONS

Iroufons inaUieureusemeDi sujets à tous les désordres qae traîne après soi le péché d'origine.

Ce n'est pas assez; mais 1. le comble de notre misère, c*est que, tout humili.nte qu'elle est, elle ne nous humilie pas; 2. l'excès de notre misère, c'est que, toute déplorable qu'elle est, nous ne la déplorons pas ; 3. le prodige de notre misère, c'est qu'au lieu de la déplorer, nous nous aveuglons tous les jours jusqu'à nous en féliciter et nous en glorifier; 4. l'abus de notre misère, c'est que nous en tirons même avantage, jusqu'à nous en servir comme d'une excuse dans nos péchés, el jusqu'à nous en prévaloir contre Dieu; 5. la malignité de notre misère, c'est que le péché où nous avons été conçus, infecte daus nous tout ce qui vient de Dieu et tout ce (|ue nous avons reçu de Dieu : 6. l'abomination de notre misère , c'est que , non contents d'être enfants décolère par nature, nous le sommes et nous voulons bien l'être pas noire choix; 7. l'abomination de désolation dans notre misère , c'est qu'outre le péché de nos premiers parents, qui est retombé sur nous , nous suscitons encore tous les jours dans le christianisme de nouveaux péchés originels, ph-es que celui-là , et d'une conséquence pour nous plus pernicieuse.

Deuxièxb partie. Marie sanctifiée par la grâce de sa conception, nous fait connaître l'heureux état où nous sommes élevés par la grâce de notre baptême. Cette grâce que reçut Marie dans sa conception, 1. sanctifia sa personne; 2. releva le mérite de toutes les actions de sa vie. Grâce qui sanctifia la personne de Marie , et qui par là même la disposa à être la mère de Dieu , en la rendant digne de Dieu ; grâce qui releva le mérite de toutes les actions de Marie, puisque la mère de Dieu, dans tout le cours de sa vie , n'a pas fait une seule action qui n'ait tiré son prix et sa valeur de cette première grâce.

Ainsi , par proportion, la grâce de notre baptême 1 . sanclifie nos personnes, 2. répand sur nos actions un mérite qui les rend dignes de la vie étemelle que nous devons posséder en Dieu. Elle sanctifie nos personnes, en nous élevant jusqu'à la dignité d'enfants de Dieu. Quel avantage ! voilà le titre qui lait notre véritable grandeur. Elle répand sur nos actions un mérite qui les rend dignes de la vie éternelle: car en verlu de celle grâce, nous devenons les hériliers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ ; et toutes nos bonnes œuvres, consacrées par celle grâce, nous donnent un di'oil certain à la gloire céleste.

Thoisième partie. Marie fidèle à la grâce de sa oonci'ption nous (ait connaître , par son exemple , l'obligation indispensable que nous avons de ménager et de conserver la grâce par où nous sonunes tout ce que nous sommes. 1 . Marie , quoique exempte de toute faiblesse et confirmée en grâce dans sa conception, n'a pas laissé de fuir le monde et la corruption du monde; 2. Marie, quoique conçue avec tous les privilèges de l'innocence , n'a pas laissé de vivre dans l'austénté et dans les rigueurs de la pénitence ; 3. Marie , quoique remplie du Samt-Esprit dès l'instant de son origine, n'a pas laissé de travailler ; et, sans mettre jamais de bornes à sa sainteté elle a toujours été croissant en vertus et en mérites.

1 . Marie a fui le monde , quoique le monde n'eût rien pour elle de dangereux; et nous, pour qui il est si contagieux , nous le recherchons , et nous prétendons que Dieu , pour nous y soutenir malgré notre taiblesse, fasse des mirwk's.

2. Marie a vécu dans la pénitence, quoiqu'elle eût été conçue avec tous les privilèges deTimiocence; et nous, pécheurs, nous voulons goûter toutes les douceurs de la ^ie

3. Marie, quoique pourvue d'une grâce surabondante, s'est néanmoins toujours appliquée à croître en vertus et en mérites; et nous, en qui la grâce lainse toujours un si grand vide , quelque peu de bien que nous fassions , oo«i nous en tenons là.

Compliment au roi.

I*' SCR L'ANNONCIATION DE LA TIERCE

Sujet. Alors Marie dit à Vange : Je suis la servante du Seigneur; qiCil me soit fait selon votre parole.

C'est en conséquence de cette répoase et de ce consentement de Marie, que le Fils de Dieu descendit de sa gloire ets'mcarna dans les chastes entrailles de cette vierge.

Division. Marie conçut le Verbe de Dieu , et par l'humilité de son cœur, première partie ; et par la pureté de son corps, deuxième partie.

Première partie. Marie conçut le Yerlxs de Dieu par l'humilité de son cœur. C'est l'humiUté, dit saint Aogus. tin , qui , de la part Je l'homme , doit être la première et l'essentielle dls|)osition aux communications de Dieu : » donc Dieu choisit Marie pour sa mère , préférablement à toute autre femme, c'est qu'elle lui parut seule dans Félat de cette humilité parfaite qu'il demandait

Et en efiet, remarque saint Bernard, un Dieo qui lui-même était sur le point de s'humilier jusqu'à l'excès en se revêtant de notre cliair, devait avoir des complaisances infinies pour l'humilité. Mais qu'y euMl donc de si singulier dans l'humiUlé de Marie? 1. Ce tut une humilité jointe à la plénitude du mérite. OnU salue comme pleine de grâo», Gratia plena; et elle répond qu'elle est la servante du Seigneur : Ecce ancilla Domini. 2. Ce fut une humilité dans le comble de l'honneur. Un ange lui vient aunoncrr qu'elle sera mère de Dieu , Ecce concipies ; et elle ne se donne que le titre de servante de Dieu : Ecce ancilla Domini. Or, voilà ce qui ravit le ciel ; voilà ce qui achève de déterminer le Verbe de Dieu à sortir du sein de son père fM)ur se renfermer dans le soin de Marie. Tandis qu'elle s'humilie devant Dieu, le Fils de Dieu s'anéantit en elle; Ejcinanirit semetipsum.

De là apprenons l'humilité. Une mère de Dieti humble , un Dieu anéanti , quelles leçons iwur nous ! Sans rhumililé il n'y a ni christianisme , ni religion , puisque sans l'huiRilité il n*y aurait pas même d'incarnation ni d'Homme^Diea. II. est vrai que l'humilité est une vertu assez inconnue à la cour; mais c'est pour cela même qu'il faut l'y |>rêcher, afin de l'y faire connaître. Ct'pendant , peut-on être humble et grand tout à la fois? Fsk pouvons-nous douter depuis quf* le Fils même de Dieu a pu devenir humble en demeurant Dieu , et depuis que Marie a pu être la plus humble de toutes les créatures , en devenant la mère de Dieu ? Oui , on peut être humble et être grand ; el Tavanlage même des grands est de trouver dans l'humilité de quoi sanctifier leur condition , et de trouver dons leur condition de qu<û rendre leur humiUté plus sainte et plus précieuses devaut Dieu.

Deuxième partie. Marie conçut le Verbe de Dieu par la pureté de son corps et par sa virginité. Le propliète avait prédit que le Messie naîtrait d'une vierge; et il était, dit saint liernanl, de la dignité d'im Dieu, en <ie (ai>.-ml

ANALYSES DES SERM.01NS

eus

bomine , d'avoir une mère vierge , puisque toute autre conception que celle-là eût obscurci Téclat et la gloire de sa dîTinilé. Aussi , selou la belle réflexion du même saint Bernard, tout ce mystère se passe entre Dieu , un ange et Marie , qui nous marquent autant de caractères différents de la plus parfaite pureté. Que devons-nous conclure de là? que Dieu étant par lui-même la pureté essentielle , il fallait et une pureté angélique , et une pureté virginale , pour concerter entre Dieu et l'homme cette ineffable union qui s'est accomplie dans le Verbe fait cbair.

Dieu même, dans ce mystère, donne la préférence à la pureté virginale, en choisissant une mère vierge , et lui députant un ange qui n'est auprès d'elle que son ambassadeur. Ne nous en étonnons pas , poursuit saint Bernard , puisque la pureté de cette vierge était d'un mérite qui relevait audessus de celle des anges : car les anges sont purs par nature et par privilège de béatitude et de gloire ; mais Marie Tétait par choix et par vertu. Et jusqu'à quel point l'était-elle? 1. jusqu'à se troubler à la vue d'un ange ; effet de sa vigilance pour c(Hiserver le trésor de sa virginité ; 2 . jusqu'à être prête à renoncer à la maternité divine, plutôt que de cesser d'être vierge; effet de sa constance pour ne pas perdre le trésor de sa virginité. Or c'est cela même qui engage Dieu à lui donner son Esprit : Spiritus Sanctus superveniet in /e ; et à venir lui-même dans elle pour s'y faire chair : Ver' Imm caro/actum est.

Après cette alliance merveilleuse qu'un Dieu a contractée avec notre chair, quel soin ne devons-nous pas avoir de maintenir nos corps dans une pureté inviolable ; et pouvonsnous trouver étrange que saint Paul et les Pères aient témoigné une horreur spéciale pour l'impureté? Le mystère de l'incarnation donne à ce péché un caractère de malice tout particulier.

U* SUR L'ANNONCIATION DE lA VIERGE.

Sujet. Le Verbe s*estfa%t chair, et il a demeuré parmi nous.

C'est )c grand mystère que célèbre l'Église. Mystère de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes ; mystère qui, tout incroyable qu'il parait, a été cru dans tout le monde. Il s'agit dans ce discours d'en donner une connaissance aussi parfaite que nous pouvons l'avoir.

Division. Trois alliances merveilleuses. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Jésus-Christ, qui devient Homme-Dieu : première partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie, qui devient mère de Dieu : deuxième partie. Alliance du Verbe avec la chair par rap*port à nous, qui devenons enfants de Dieu : troisième partie.

Preuière partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Jésus-Christ, qui devient Homme-Dieu. Miracle que la foi nous révèle, et d'où il s'ensuit que la chair de l'homme , considérée dans la personne du Rédempteur, est vraiment la chair d'un Dieu , et qu'elle est entrée en possession de toute la gloire de Dieu. Delà vient encore que dans Jé8us<)hrist , entre la chair et le Verbe , il n'y a rien eu de divisé , et que ce qui était vrai de l'un , par une communication d'attributs, l'est aussi de l'autre. Parce que la cliair de Jésus-Christ a été passible , nous disons que le Verbe de Dieu a souffert ; et parce que le Verbe est égal à Dieu, nous ne craignons point de dire que la chair de Jésus-Christ est assise à la droite de Dieu.

Trois hérésies : 1. de ceux qui ont combattu la divinité de Jésus-Christ; 2. de ceux qui n'ont pas voulu reconnaître l'humanité de Jésus-Christ; 3. de ceux qui, reconnaissant la divinité et l'humanité de Jésus-Christ, ont seulement nié l'union de l'une et de l'autre, telle que le Saint- Esprit l'a faite , et telle qu'elle subsistera toujours. Dogmes impies, que l'Église a frappés de ses anathèmes.

Il est donc vrai que le Verbe de Dieu s'est réellement fait chair; et puisque la chair de ce Verbe fait homme est la chair d'un Dieu , jugeons avec quel sujet saint Paul a prononcé un si terrible arrêt contre ceux qui la reçoivent indignement dans la communion. Quelle épreuve Marie fit-elle d'elle-même avant que de consentir à l'incarnation de ce Dieu-Homme dans son sein? Faisons de nous la même épreuve pour nous disposer à la communion pascale.

Deuxième partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie , qui devient mère de Dieu. Alliance que l'hérésiarque Nestorius ne voulut pas reconnaître, refusant à Marie le titre de mère de Dieu. Mais on sait avec quel zèl& l'Église prit les intérêts de cette vierge, et comment elle arrêta dans le concile d'Éphèse que le titre de mère de Dieu serait un terme consacré contre l'hérésie nestorienne, comme celui de consubstantiel, l'avait été au concile de Nicée cootre*rhérésie arienne.

Ainsi nous croyons que Marie est véritablement mère de Dieu , et c'est sur cette maternité divine que sont fondés tous les honneurs que nous lui rendons. Nous n'en faisons pas une divinité , mais sans l'élever jusqu'à Dieu , est-il du reste une grandeur comparable àcelle de cette mère de Dieu ? Considérons-la sous deux rapports, l'un à Dieu, l'autre aux hommes : 1 . Marie , mère de Dieu , c'est le premier rapport ; 2. Marie mère de Dieu , devenue par là même la médiatrice et conome la mère des hommes , c'est le second. Or quelle gloire lui doit revenir de l'un et de l'autre?

1. Marie , mère de Dieu. La virginité et la maternité jointes ensemble, quel prodige ! Un Dieu dépendant d'une vierge en qualité de fils , quel honneur pour cette vierge!

2. Marie, mère des hommes, puisque tous lei hommes sont non-seulement les frères, mais les membres de ce Dieu-Homme qu'elle a porté dans son sein. De là, médiatrice et protectrice des hommes. Adressons-nous donc à elle avec confiance ; ce ne sera pas en vain : mais nous en recevrons ce que tant d'autres en ont reçu.

Troisième partie. Alliance du Verbe avec la cliair par rapporta nous, qui devenons enfants de Dieu. Car le Verbe divin n'a pu se revêtir de la chair de l'homme, sans contracter avec les hommes la plus étroite affinité; et du moment qu'il nous a ainsi unis à lui , en sorte que nous ne faisons avec lui qu'un même corps, nous pouvons dire dans un sens propre et i-éel , que nous sommes enfants de Dieu. Sur cela, voyons 1 . ce que nous devons à Dieu , 2. ce que nous nous devons à nous-mêmes.

t . Ce que nous devons à Dieu comme enfants de Dieu ; l'obéissance à ses ordres, et le zèle pour sa gloire. Sans cela , que sert-il de l'appeler notre Père? Si cette obéissan(.e et ce zèle nous doivent coûter, ils ont encore plus «oûté à Jésus-Christ.

2. Ce que nous nous devons à nous-mêmes comme enfants de Dieu : ne pas dégénérer de cette glorieuse qualité par une conduite qui nous en rende indignes.

ANALYSES DES SERMONS

I* SUR LA PinuncATION K LA TIEECE.

SwET. Lt temps de la purification de Marie étant aC' compli selon la loi de Moïse , ils portèrent Ver^fant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,

Tout cela se tbii sekm la loi , et noas apprend comment nous devons noos-roémes observer la loi de Dieu.

DiT«iO!«. En œ qiM Marie obéit à la loi , nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la loi de Dieu : première partie. En ce que Marie surmonte toutes les difficiiliés de la loi , nous trouvons la condanmation de notre lâcheté qui se décourage au moindre effort qu'il faut dire pour garder la loi de Dieu : deuxième partie.

Première partie. En ce que Marie obéit à la loi, nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la loi de Dieu. Nous nous élevons contre cette loi divine , 1. par une révolte de cœur, 2. par un aveuglement d'esprit : tr, l'obéissance de Marie confond aujourd'hui l'un et Tautre.

1 . Révolte de cœur, lorsque nous disons comme l'ange rebelle : Pfon serviam; Je ne veux point me soumettre. Cest surtout le péché des grands. Mais sonMls plus grands que ne l'était la mère de Dieu ? Non-seulement elle se soumet à la loi , mais elle y soumet son fils, c'està<lire un Dieu. Belle leçon et pour les grands et pour les petits. Pourquoi an Dieu-homme sujet à la loi? pour vous foire entendre, grands du oaonde, l'obligation où vous êtes de vivre dans un parfidtassojettissementaux lois de Dieu. Obligation spéciale pour trois raisons : 1. parce que plus voos êtes grands, plus vous êtes capables de rendreà Dieu l'hommage qui lui est dt en qualité de souverain législateur; 2. parce que Dieu ne vous a distingués dans le monde que pour le glorifier de la sorte ; parce que Dieu , en vous plaçant au-dessus du commun des hommi's, a prétendu vous proposer au monde comme des modèles de l'obéissance que nous lui devons. Je dis plus : pourquoi une mère de Dieu , et par son ministère un Homme-Dieu , soumis à la loi ? Pour trois autres raisons qui vous regardent, vous que le Seigneur a réduits au rang des petits : 1 . pour vous consoler de l'état où vous êtes ; 2. pour vous instruire de la manière dont vous devez obéir aux hommes pour Dieu, et à Dieu dans les liommes ; 3. pour confondre vos désobéissances à la loi de Dieu , lorsque vous avez tant de soumission aux lois des liommes. Il est vrai que l'assujettissement où nous tient la loi de Dieu , nous parait gênant et humiliant : mais Jésus- Christ et Marie s'en font une gloire. Après cela laissonsnous entraîner à l'esprit du monde, ennemi de toute loi *le Dieu î

?. Aveuglement d'esprit, quand nous cherchons des piétcxtes pour nous décharger du fardeau de la loi de Dieu. JcsusCbrist et Marie s'y soumettent, quoiqu'ils eussent un «Itoit incontestable de s'en dispenser : Dieu, dit saint Au- ;;ti!itin, n'ayant pas voulu que notre religion, dont Jésus et Marie jetaient alors les premiers fondements, commenvAt i>flr une dispense. C'était néanmoms une dispense légitime , et presque toutes les nôtres sont fausses et abusives. Suis-je obligé à cela? dit-on , est-ce un commandement absolu pour moi ? Ce n*est point ainsi que le Sauveur du monde et sa sainte mère se sont retranchés sur l'obligation, rt c'est une règle qui va à nous taire violer les lois les plus indispensables. Mais ne nous y trompons pas, car Dieu en jugera tout autrement que nous.

Deuxième partie. En ce que Marie sormonte tontes lei I difficultés de la loi, nous trouvons la condAiniiatioD de noire lâcheté qui se décourage au mohidre effort qn'il &nt fiûra pour garder la loi de Dieu. Nous nous figurons que cette loi exige trop de nous , 1 . parce qu'elle nous engage à nous dépouiller en mille occasions de ce que noua avons de plui cher; 2. parce qu'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie à quoi noua sommes attachés: 3. parce qu'elle nous ordonne en bien des rencontres de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons. Mais à cela, j'oppose trois leçons que nous lait aujourd'hui Bfarie.

Première leçon : Marie n'a qu'un fils; et pour se soomettre à hi loi , elle se résout à le sacrifier. Ce que nous avons de plus cher est-il comparable à ce Diea-bomme.' Souvent même ce que nous avons de plus cher n'est-il pas pour noas la source de mille peines? Quels motifs se proposa Marie en présenUnt son fils? qu'elle le sacrifiait à Dieu, qu'elle fléchissait la colère et la justice de Dieo, qu'elle attirait sur elle les laveurs de Dieu. Entrons dans les mêmes sentiments, et rien ne nous coûtera.

Seconde leçon : Marie , pour garder la loi , sacrifie toutes les joies de son âme. Slméon lui prédit qu'en conséquence de l'oblation qu'elle fait de son fils pour être ûnmolé sur la croix, elle sera percée d'un glaive de douleur, et déjà elle ressent tout ce qu'elle ressentira alors. Devons-noos refuser après cela de sacrifier à la loi de Dieu des joies aussi vaines que les nôtres, des joies que nous sacriliou tous les jours au monde, et à quoi Teqirit de pénitence nous oblige de renoncer.

Troisième leçon : Marie, pour accomplir la loi , sacrifie jusqu'à son honneur, puisqu'en se purifiant elle parait de même condition que les antres femmes. Or, la loi de Dieu ne nous engage à rien de si humiliant ; mais tous les jours néanmoins nous l'abandonnons pour un foux honnetu*, ei pour contenter une folle ambition.

Compliment au roi.

II* SUR LA PURinCATION OE LA VIERGE.

Sujet. Ae temps de la Purification de Marie étant accompli , selon la loi de Moïse , ils portèrent Cenfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur.

Deux mystères exprimés dans ces paroles , la purification de Marie , et la présentation de Jésus- Clirist Tirons-fn les fruits de sainteté qu'ils peuvent produire dans nos corars.

Division. Jésus-Christ dévoué et consacré à Dieu , nous apprend à connaître Dieu : première partie. Jésus-Christ offert et immolé pour nous, nour apprend à nous connaître nous-mêmes : deuxième partie.

Première partie. Jésus-Christ dévoué et consacré à Dieu , nous apprend à connaître Dieu , 1 . comme souTeraio Seigneur, 2. comme source de tous les biens; 3. coomie vengeur du péché.

1. Comme souverain Seigneur. Si Marie présente Jésus- ClAist , c'est pour honorer la souveraineté de Dieu , sekn qu'il était porté dans la loi : Consacrez^moi chaque premier-né; car toutes choses m'appartiennent. Il tèOaii que la loi de grâce donnât à cette cérémonie toute s» perfection : comment ? en offrant à Dieu , dans la personne de Jésus-Christ , un premier-né au-dessus de tons les autres; c'est-à-dire , 1 . un premier-né qui représentât tous les hommes dont il est le chef ; 2. un premier-né égal à Dieu, et

ANALYSES DES SERMOiNS.

eoô

Tni Dieu. Delà comprenons quel est le souverain empire de Dieu, et de là même jugeons quel est le désordre de rbomme qui veut vivre à l'égard de Dieu dans Tiodépendance : indépendance qu'affectent surtout les grands ; indépendance qui vient dans les uns d'un oubli général de leurs devoirs ; dans les autres, d'un excès d'amourpropre ; dans ceux-ci, d'un esprit d'orgueil ; dans ceux-là, d'un fonds delibertinage.[Que nous prêche au contraire Texemple de Jésus-Christ? une dépendance entière de Dieu : tel est le premier firuit que nous devons retirer de cette solennité. Je ne suis pas à moi , mais à Dieu ; donc je ne dois Tivre que pour Dieu : c'est dans cet esprit que tout chrétien a dA se présenter aujourd'hui devant les autels pour faire à Dieu un sacrifice parfait de lui-même.

2. Comme source de tous les biens. Les Juifs offraient à Dieu leurs premiers-nés en mémoire du bienfait signalé qu'ils avaient reçu , lorsque Dieu , pour les délivrer de l'esdayage de Pharaon, avait fait périr dans une seule nm't tous les premiers-nés d'Egypte; et Jésus-Christ qui était la fin et le consommatcu r de la loi , est aujourd'hui offert comme premier-né de tout le genre humain, en action de grâces des obligations infinies que nous avons à Dieu. De sorte que ce Sauveur des hommes est 1 . le mod^e de notre reconnaissance envers Dieu ; 2. le supplément de notre reconnaissance envers Dieu ; 3. la perfection de notre reconnaissance enyers Dieu. Mais au lieu de cette reconnaissance, quelle est notre ingratitude ! nous méconnaissons les bienfaits de Dieu , et nous en abusons. Cependant nous lui en rendrons compte; et s'ils ne servent pas à notre sanctification , ils serviront à notre damnation.

3. Comme yengeor du péché. Jésus-Christ est offert à Dieu comme la victime du péché , et c'est ici, aussi bien que dans sa circoncision , qu'il paraît sous la forme de pécheur, ou qu'il se substitue en la place des pécheurs : du reste, celte oblation de Jésus-Christ ne nous dispense pas du devoir de la pénitence; au contraire ; elle doit nous y exciter en nous faisant voir combien Dieu hait le péché, et jusqu'à quel point il doit être haï et puni par nous-mêmes : mais c'est ce que nous ne voulons point comprendre.

Deuxième partie. Jésus-Christ offert et immolé pournous, nous apprend à nous connaître nous-mêmes. Rien de plus nécessaire que cette connaissance de nous-mêmes : et en particulier, rien de plus utile que la connaissance de noire yraie grandeur. Or, ce mystère nous découvre 1. notre excellence , 2. notre dignité.

1. Notre excellence, c'est-à-dire ce que nous valons dans l'estime de Dieu. Pouvons-nous l'ignorer en voyant Jésus-Christ livré pour nous ? Yoilà , homme , ce que votre âme et votre salut ont coAté à Dieu. Tellement qu'il y a de la proportion entre votre salut et le sang d'un Dieu, entre Totre âme et la vie d'un Dieu , entre vous-même et U personne d'un Dieu. Cela supposé, quel est notre aveuglement, d'abandonner le soin de cette âme et de ce salut! Le Fils de Dieu disait autrefois : Quel échange l'homme donnera-t-il pour son âme? mais nous pouvons bien dire à présent : Pour quel échange l'homme ne donnerait-il pas son &me , et ne la donne-t-ii pas tous les jours? Or, c'est ce prodigieux aveuglement que Jésus-Christ est venu guérir.

2. Notre dignité , c'est-à-dire ce que nous sommes par la Tocation et par la prédestination de Dieu; car, en conséquence de cette rédemption que le Sauveur des hommes Tient de commencer en se présentant pour nous , nous ap-

partenons spécialement à Dieu. Appartenir aux hommes, c'est un esclavage qui nous humilie; mais appartenir a Dieu , c'est un éUt de liberté qui nous relève en nous dégageant de la servitude du monde et de l'enfer : deux conséquences que tirait l'apôtre de ce principe : Empti esds pretio magno; Vous avez été achetés à un grand prix. 1 . Glorifiez donc Dieu, et portez-le dans vos corps en vous revêtant de la mortification de Jésus-Christ; 2. ne vous en. gagez donc plus dans la servitude des hommes, servitude si pernicieuse pour le salut , et même si dure pour la vie présente. Appliquons-nous à nous-mêmes cette parole do l'évangile de ce jour : Sanctum, Domino vocatHtur : car, selon le sens qu'elle exprime, nous sommes chacun le saint du Seigneur, c'est-à-dire que nous sommes totalement dévoués au Seigneur.

Compliment au roi.

m* SUE LA PURinCATIOff DE LA VIERGE.

ScJET. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse, ils portèrent Venfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,

Cest ainsi que nous devons nous présenter nous-mêmes à Dieu.

DmsiOM. Jésus-Christ se présente à Dieu pour reconnaître et pour honorer le domaine de Dieu : domaine essentiel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une sincère oblation de nous-mêmes; première partie: domaine universel que nous devons reconnaître , comme Jésus-Christ, par une entière oblation' de nous-mêmes; deuxième partie : domame étemel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une prompte oblation de nous-mêmes ; troisième partie.

Première partie. Domaine essentiel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une sincère oblation de nous-mêmes. De tous les tributs que nous devons à Dieu comme au souverain Seigneur, celui par où nous distinguons Dieu comme Dieu , c'est cette oblation de nous-mêmes ; car nous ne nous devons nous-mêmes qu'à Dieu : voilà l'important devoir que Jésus-Christ nous enseigne dans ce mystère. 11 sait que le domame de Dieu son Père a été violé , et il en vient réparer la gloire : comment ? en s'offranl lui-même. Mais que seit de nous offrir ainsi nous-mêmes, puisque nuus appartenons déjà essentiellement à Dieu en qualité de créatures ? 11 est vrai , nous appartenons d'une façon à Dieu par la nécessité inséparable de notre être : mais comme il nous a faits libres , nous pouvons d'ailleurs ne lui pas appartenir par le choix injuste et criminel de notre volonté. Or, il veut qu'en nous présentant nous-mêmes à lui, nous lui appartenions volontairement, comme nous lui appartenons déjà nécessairement : voilà ce qui fait en quelque sorte la perfection de son domaine, ce qui fait sa gloire et la nôtre.

Qu'est-ce proprement que nous-mêmes, et qu'entendonsnous par nous offrir nous-mêmes? C'est offrir notre cœur, qui est comme notre premier-né. Dieu veut l'avoir ; il en est jaloux, et il le mérite bien : serons-nous assez injuste* pour le lui refuser? Nous lui avons dit cent fois que nous lui donnions ce cœur ; mais par le péché nous le lui a\ ons ravi: et pourquoi? pour une passion qui nous dominait. Faisons-lui le sacrifice de cette passion, et il nous comblera de ses grâces.

Vous me direz : Mais cette passion est criminelle; corn-

ANALYSES DES SERMONS

ment donc l'offrir à Dieu ? VoK-i le miracle de la grâce : c'est que ce qui nous rend criminels sert à nous sanctifier par le sacrifice que nous en faisons. Ainsi, il faut ou que nous soyons saints pour nous offrir à Dieu, ou quVn nous offrant à Dieu nous devenions saints ; car nous le devenons en effet, puisque s'offrir à Dieu sincèrement et de bonne foi , c'est se sanctifier. Il n'en est pas ainsi à l'égard des grands; on peut se donner à eux, et n'en être pas meilleur : à quel autre maître dois-je donc plutôt me consacrer qu'à Dieu?

Deuxième partie. Domaine universel que nous devons reconnaître , comme Jésug-Christ, par une entière oblation de nous-mêmes : car le mérite de la religion, dit saint Ambroise , est de faire à Dieu l'oblation de soi-même dans une étendue proportionnée à celle du domaine de Dieo. Jésus-Christ s'ofTie à son Père sans réserve, jusqu'à s'engager même à lui sacrifier tout son sang et sa vie. Et si nous voulons user de réserve avec Dieu , c'est que nous ne connaissons point encore assez bien le domaine de Dieu d'une part, et de lautre la tyrannie du monde : le domaine de Dieu de qui tout dépend ; la tyrannie du monde , qui prétend qu'on lui sacrifie tout, et pour qui en effet nous n'épargnons rien.

Avons-nous jamais bien pénétré le sens de ce» paroles que Dieu dit à Moïse , et sur quoi est fondée la cérémonie de ce jour : Mea sunt omnia; Tout est moi? Tout est à Dieu, parce qu'il est l'auteur de tout, parce qu'il est le conservateur de tout, parce qu'il dispose de tout. De là apprenons comment nous devons être à Dieu ; et toutefois comment y sonunes-nous ? nous occupons-nous de lui ? agissons-nous pour lui ? nous soumettons-nous à lui et à ses ordres ?

Vouloir retenir quelque chose et le refuser à Dieu , c'est n'avoir plus pour Dieu cet amour de préférence qui le mot à la tète de tout ; et ne le pas aimer de cet amour do préférence, c'est se rendre indi','no de sa grAco : voilà ce qui arrête tant de conversions. Un péclicur voudrait so donner à Dieu ; mais ce qui le relient , et ce qui fait évanouir tous ses projets, ce n'est souvent qu'un seul point. Disons à Dieu comme David : Lœtîisobfuli universa : C'est avec joie. Seigneur, que je vous offrirai toutes clioses : pourquoi? Tu dominaris omnium; C'est que toutes choses TOUS appartiennent.

Troisième partie. Domaine éternel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une prompte oblation de nous-mêmes. £n conséquence de cette éternité de domaine, il n'y a |)as un moment où nous ne devions être à Dieu , puisqu'il n'y a pas un moment où nous ne dépendions de Dieu. D'où saint Thomas conclut que l'homme, dès le premier instant qu'il connaît Dieu , est obligé de l'aimer et de s'élever vers lui; et c'est en ce sens (jue saint Augustin disait à Dieu : Beauté si ancienne , je vous ai aimée trop tard. C'est encore par celte règle que les prophètes ne demandaient pas moins à l'homme qu'une éternité de culte et d'adoration; c'est-à-dire un culte de toute la vie.

Jésus-Clmst nous donne là-dessus un grand exemple. Dès sa plus tendre enfance il se présente à son Père ; mais nous, nous voulons être à Dieu : quand ? toujours pour l'avenir, et jamais pour l'heure présente. Est-ce là honorer Dieu , ou n'est-cx; pas l'outrager? Mais que fera-t-il? il nous ini\v isera à son tour, et il nous privera de sa grâce ; en

sorte que nous ne reviendrons jamais à lui. Cela néanmoins ne doit pas désespérer ceux qui jusqu'à présent ont passé de longues années sans se donner à Dieu ; car il y en a en, après tout, qui, malgré d'aussi longs retardemenU, ont été ap])elés et reçus de Dieu ; mais aussi , comme il y eo a plusieurs à qui Dieu n'a pas fait la mémt miséricorde, c'est ce qui doit instruire et saisir de frayeur ceux qui, dans lin âge moins avancé, sont en étot de consacrer à Dien k» prémices de leurs années. Ne différons donc pas ; mais offrons-nous, comme Jésus-Christ, de bonne heure, et par Marie.

Compliment au roi.

V" SUR L'ASSOMPTION ns LA TIERCE.

Sujet. Marie a choisi la meilleure pari, qui ne lui sera point ôlée.

Ce mystère de l'assomption de Marie est par exceUeoce le mystère de sa gloire; mais si nous savons bien nuos l'appliquer et en profiter, il n'est pas moins le mystère de notre espérance.

Division. Nous donnons communément dans deux erreurs sur le sujet de la gloire de Marie : l'une regarde lei moyens par où elle y est parvenue , et l'autre , les avauUgesqiii nous en doivent revenir. Or, voyons, pour nous garantir de la première erreur, quel a été le vrai priodpe de la béatitude de Marie ; première partie : voyons , pour nous préserver de la seconde , quelle est la mesuie do pouvoir de Marie; deuxième partie. Voilà de quoi exciter tout à la fois et régler notre espérance.

Première partie. Quel a été le vrai principe de la béatitude de Marie, c'est-à-dire pourquoi Marie est-elle an jourd'hui glorifiée dans le del ? est-ce parce qu'elle a été mère de Dieu ? Non ; mais ,- 1 . parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu ; 2. parce qu'elle a été humble devant Dieo. 1. Parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu. C'est ainsi que le Sauveur du inonde s'en déclara , lorsque celte fcnunc de l'Évangile lui ayant dif , Bienheureux le sein qui vous a porté! 11 lui fit cette réponse : Mais plutôt, heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la metten t en pratique ! Par où il donnait à entendre, reprend saint Augustin , que c'était l'obéissance et la fidélité de Marie qui faisait son bonheur, et non pas la maternité divine. Or, ce qui faisait alors le bonheur de Marie, c'est a» qui a fait depuis sa gloire dans le ciel. Avoir été mère de Dieu , c'est un bonheur qu'a reçu Marie ; mais avoir été fidèle à Dieu, c'est un mérite ; et Dieu, dans sa mère mêine, ne couronne que le mérite.

2. Parce qu'elle a été humble. C'est en ce sens que saint Ambroise prend ces paroles de Marie : Quia respesil humilitatem ancillœ suœ; ecce enim ex hoc Ifcatam me dicent omnes generationes : Parce que le Seigneur a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante , et qu'il a été touché de l'aveu qu'elle en faisait, pour cela, et pour cela spécialement, elle sera béatifiée. Les anges, dit saint Ikrnard , voyant Marie monter au ciel avec tint de pompe , eurent bien lieu de s'écrier comme les compagnes de lÉpouse : Quœ est ista ? Qui est celle-ci ? mais ou eût bien pu leur répondre ce que s<iint Paul disait du Fils de Dieu : Quodautem ascendit, quidcst, nisi quia et descendit? Elle est élevée , parce qu'elle s'est abaissée.

Voilà, encore une fois, ce que le Sauveur du monde a couronné dans Mario, sans considérer en aucune soi le

qu'elle était sa mère : pourquoi ? parce qu'en la couronuant, il n'agissait ni en fils, ni en homme, mais en Dieu et eu juge souverain. Ainsi l*avait-il di^jà traitée par avance aux noces ae Cana et en d'autres occasions. On peut dire néanmoins d'ailleurs que sa maternité a contribué à sabéatitude : comment? en ce qu'elle a eu, comme mère de Dieu , de plus grandes grâces dont elle a rempli la mesure par sa fidélité; en ce que sa maternité a rehaussé le prix de son humilité : mais toujours est-il vrai que la cause prochaine de la béatitude de Marie n'a point été sa maternité divine, et que ç*a été seulement sa fidélité , d'une part, et de l'autre son humilité.

Puissants motifs, t. pour exciter notre espérance : Marie ne parvient à la gloire que par le même chemin qui nous est ouvert à tous ; 2. pour nous inspirer un saint mépris de tout ce qui s'appelle distinction et grandeur dans le monde ; ce n'est point par là que nous mérilerons la gloh« du ciel ; 3. pour nous faire même peu compter sur certaines grâces , quoique d'un ordre surnaturel , à moms qu'elles me soient soutenues par la sainteté de notre vie.

Deuxième partie. Quel est dans le ciel le pouvoir de Marie pour nous secourir ? 11 est certain que nous pouvons saintement et utilement invoquer la mère de Dieu ; car on s'adressait bien à elle lorsqu'elle était sur la terre, et l'on employait bien sa médiation auprès de Jésus-Christ pour obtenir de lui des grâces : maintenant qu'elle est dans le ciel, pourquoi le voudrait-on moins? I. Est-ce qu'elle ne voudrait plus s'intéresser pour nous? mais dans le ciel sa charité est plus ardente que jamais : 2. est-ce qu'elle ne peut plus nous secourir? mais dans l'état de sa gloire, serait-elle moins puissante qu'elle ne l'était parmi nous, et dans ce lieu d'exil? 3. est-ce qu'elle ne connaît plus nos besoins, et qu'elle n'entend plus nos prières? mais les anges, à qu,' Dieu a confié nos personnes, nous entendent bien; 4. est-ce que l'usage de l'invoquer blesse l'honneur de Dieu? erreur pitoyable; car nous l'invoquons, non comme celle à qui il appartient de donner la grâce , mais comme celle qui peut nous l'obtenir. Nous pouvons donc invoquer Marie, et ce droit de recourir à elle est un des plus fermes appuis de notre espérance. Nous avons dans celte vierge, 1. une avocate toute-puissante auprès de son Fils, qui est notre juge; et quand nous l'appelons toutepuissante , ce n'est pas à dire qu'elle soit au-dessus de son Fils, mais qu'elle peut tout obtenir de lui, et par la prééminence de sa dignité , et par le mérite de sa personne ; 2. une mère de miséricorde pour les pécheurs, puisque c'est aux pécheurs mêmes qu'elle est en quelque manièie i redevable de toute sa gloire. ;

Voilà notre espérance : mais quel en est l'abus? c'est que nous osons nous promettre de la prutcc.tion de Marie , l.des grâces chimériques et impossibles; 2. des grâces possibles , mais miraculeuses ; 3. des grâces , s'il y en avait de telles, incapables de nous sanctifier, et beaucoup plus capables de nous pervertir; 4. des grâces selon notre goût et les désirs corrompus de notre cœur. Or, ce n'est point pour cela que la mère de Dieu est puissante. ïlspérons en elle, mais que notre espérance soit juste et réglée. Prière à la Vierge. i

ANALYSES DES SERMOIVS.

POUR LA FÊTE DE L'ASSOUFTION , SUR lA OÉVOTIO.N A LA VIERf.E.

Sujet. Jéstis entra dans une bourgade, et une femme le reçut dans sa maison.

Celle femme, selon le sens que l'Église donne à l'évan gile de ce jour, c'est Marie qui reçut dans ses chastes entrailles le Fils de Dieu : et c'est elle-même aussi qui est aujourd'hui reçue par cet Honune-Dieu dans le séjour de la gloire. N'entreprenons point d'expliquer avec quelle pompe elle entre dans le ciel : mais voyons quelle doit être sur la terre notre dévotion envers cette glorieuse mère.

DrvisioN. Trois devoirs en quoi consiste la dévotion à la Vierge : l'honorer, mais l'honorer judicieusement; première partie : l'invoquer, mais l'invoquer elBcacement; deuxième partie : l'imiter, et l'imiter religieusement; troisième partie.

Première partie. Honorer Marie, mais l'honorer judicieusement. S'il peut y avoir parmi les personnes adonnées au service de la Vierge quelques dévots indiscrets, il faut aussi convenir qu'il peut y avoir parmi ceux qui censurent les dévots de la Vierge, des censeurs hidiscreto. Ils se sont plaints, 1. qu'on rendait des hommages â Marie comme à une divinité ; 2. qu'on lui donnait des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice; 3. qu'on lui attribuait de nouveaux privilèges qui ne nous étaient révélés ni dans l'Écriture ni dans la tradition. Examinons ces plaintes; et de là même tirons des règles sûres pour honorer discrètement la reine du ciel.

1. On se plaint que les dévots de Marie l'honoraient comme une divinité. Mais grâce à la Providence, l'Église de Jésus-Christ n'avait pas besoin de l'avis prétendu salutaire qu'on a voulu nous donner là-dessus ; car ce n'est point à Marie que nous offrons , comme à Dieu , des sacrifices : nous l'honorons d'un culte inférieur à celui de Dieu , mais supérieur à tout autre que celui de Dieu , et c'est l'honorer judicieusement.

2. On s'est plaint que les dévots de Marie lui donnaient des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice. Mais puisqu'elle est mère de Dieu , y a lil un titre d'honneur qui ne lui convienne? et, en particulier, saint Beniard ne l'appelle-t-il pas expressément médiatrice et réparatrice , et ne témoigne-t-il pas que de son temps c'était ainsi que toute l'Église l'appelait? Or, c'est encore honorer judicieusement la Vierge que de lui attribuer les qualités que toute l'Église lui attribue. Il n'y a qu'un médiateur de rédemption, qui est Jésus-Chnst ; mais il y a d'autres médiateurs d'intercession , et Marie, entre ceux-ci , ne doit elle pas avoir la première place?

3. On s'est plaint du zèle que font paraître les dévots de Marie à défendre certains privilèges qu'ils reconnaissent en elle : privilège de grâce dans son immaculée conception , privilège de gloire dans sa triompliante assomption. Mais raisonnons toujours sur le même principe; de tous les privilèges qui, sans préjudicier aux droits de Dieu, servent à rehausser l'éclat de la maternilé divine, y en a-t-il un seul que nous puissions raisonnablement lui contester? n'est-ce pas assez ({ue ce soient des privilèges reconnus par les plus savants hommes de l'Église , autorisés par la créance commune des fidèles, appuyés au moins sur les plus fortes

roiijectures et les lémoigiuiges les plus solides ? Or tels sont les pri?Uéges que nous honorons dans Marie , et c'est par lÀ que nous les honorons prudemment. Faut-il donc que le ministère de la parole de Dieu soit aujourd'hui nécessaire pour maintenir le culte que nous rendons à la plus sainte des vierges? mais, mal^ tous les efforts de Thérésie, le culte de Marie a subsisté, et il subsistera.

Deuxième partie. Invoquer Marie, mais Finvoquer efficacement. Nous pouvons invoquer Marie , puisque TÉglise a défini que nous pouvons invoquer les saints ; et que d'ailleurs il est certain que cette mère de Dieu a toute la miséricorde et tout le pouvoir nécessaire pour nous aider de son secours ; c'est ainsi que les Pères ont raisonné. Non-seulement nous pouvons invoquer Marie , mais nous le devons : pourquoi? pour nous conformer à l'Église, pour nous attirer la grâce, pour nous procurer contre les dangers du monde une puissante protection , pour assurer notre salut. Mais le point est d'invoquer cette vierge efficacement , c'està-dire de telle sorte qu*eile puisse agréer dos prières, et que mus ne l'invoquions pas en vain ; sur quoi il y a deux extrémités à éviter, 1. trop de confiance dans la protection d^ Marie, 2. trop peu de confiance dans cette même protection.

1. Trop de confiance; car nous lui faisons quelquefois des prières présomptueuses, et par là injurieuses à Dieu, indignes de U mère de Dieu , et pernicieuses pour nous-mêmes; or, de telles prières ne peuvent être efficaces.

2. Trop peu de confiance. Il semble, à entendre parler les censeurs du culte de la Vierge, qu'un pécheur, dans rétat de son péclié, ne peut avoir recours à elle, parce qu'il n'est pas actuellement contrit et pénitent , et parce qu'il n'a pas l'amour de Dieu. Mais, sans être actuellement contrit et pénitent, ne peut-il pas demander, par l'intercession de Marie, la grâce de la pénitence? et, sans avoir actuellement l'amour de Dieu, ne peut-il pas le désirer et l'obtenir par Marie? Dans un siècle où nous voyons tant d'âmes s'égarer et se pervertir; ne leur fermons pas les voies du retour et du salut. Or, une de ces voies les plus assurées , c'est une sincère confiance en Marie.

Troisième partie. Imiter Marie : 1 . ce que nous devons imiter dans Marie; 2. pourquoi nous la devons imiter.

1. Ce que nous devons imiter dans Marie, c'est sa sainteté; 2. la plénitude de sa sainteté; 3. la perfection de sa sainteté; 4. la persévérance et la fermeté invariable de sa sainteté.

2. Pourquoi nous la devons imiter : pour avoir part à la gloire dont elle prend aujourd'hui possession ; c'est par le secours de cette vierge que nous pouvons imiter ses exemples. Adressons-nous à elle pour cela ; dévouons-nous à elle comme un de nos rois, et faisons une profession pubhque de notre dévouement.

Prière à la Vierge.

I" POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

Sujet. Dieu est admirable dans ses saints.

Admirable dans leur prédestination , dans leur vocation , dans toute l'économie de leur salut , dans leur béatitude et dans leur gloire. Mais n'en demeurons pas là ; car U y a des choses qui doivent encore plus nous toucher.

Division. Dieu est admirable de nous avoir donné les wints pour intercesseurs et pour patroas ; première partie :

admirable de nous avoir proposé les saints pour modèles et pour exemples ; deuxième partie.

Première partie. Admirable de nous avoir donné les saints pour intercesseurs et pour patrons : pourquoi ?1 . parte qu'en cela Dieu nous découvre visiblement les trésors de sa sagesse et de sa providence ; 2. parce que la gloire des saints en est infiniment relevée; 3. parce que nous y trouvons de très-grands avantages pour notre salut.

1. Dieu , en nous donnant les saints pour patrons, nous découvre visiblement les trésors de sa sagesse et de sa providence : car c'est ainsi qu'il éUblit le plus bel ordre et la subordination la plus parfaite qu'il puisse y avoir entre les hommes. Nous dépendons des saints, et notre dépendance nous est aimable , parce que nous savons que les saints s'mtéressent en notre faveur. Leur élévation, au lieu de les enfler, leur donne des inclinations bienfaisantes pour nous; et, au lieu d'exdler notre jalousie, elle nous faispire une reconnaissance affectueuse pour eux. De plus, c'est ainsi que Dieu a trouvé le moyen d'entretenir une sainte correspondance entre l'Église Iriomplianle dans le ciel, l'Église militante sur la terre, et l'Élise soutirante dans le purgjitoire.

2. La gloire des saints en est infiniment relevée. En effet , nous apprenons de là quel est le pouvoh- des saints : et s'ils sont si puissanU pour les autres , quels trésors de gloire ne possèdent-ils pas pour eux-mêmes? quelle gloire d'être nos médiateurs auprès de Dieu , et des médiateurs à qui Dieu accorde tout! Cest par là même encore que Dieu nous engage à les honorer nous-mêmes : en sorte qu'ils ont tout à la fois et les honneurs du del , et les bonneurs de la terre.

3. Nous y trouvons de très-grands avantages pour notre salut. Les saints prient pour nous; et comme leurs pi ièrcs sont plus efficaces que les nôtres, elles contribuent dans un sens à notre salut plus que les nôtres : plus efficaces, dis-Je, que les nôtres, soit par la dignité des saints plus relevée , soit par leur charité plus épurée, soit par leur attention beaucoup plus constante et plus fixe ; enfin , par leur ferveur beaucoup plus ardente : aussi combien de fois les hommes ont-ils éprouvé les salutaires efTets de leur protection !

Mais comment répondons-nous à leurs soins? Nous les déshonorons sur la terre, nous violons les temples que l'Église a érigés sous leur nom , nous pi-ofanons leurs fî^tes. Aurons-nous après cela bonne grâce de reprocher au\ hérétiques de notre siècle le mépris qu'ils ont fait du culte des saints .> A cet abus qui regarde leur culte, nous en ajoutons un autre qui est l'abus de leur invocation. Ne parlons point de ces prières abominables qui feraient des saints, s'ils les écoutaient, les fiauteurs de nos vices; ne parlons point de ces prières mondaines et intéressées qu'on fait aux saints , pour des biens temporels , sans jamais leur demander des biens spirituels. Le grand abus de l'invocation des saints dans les prières même en apparence les plus religieuses, c'est que nous voulons qu'ils demandent à Dieu pour nous ce que Dieu, selon les règles de sa sagesse, ne veut pas nous accorder, et ce qu'il n'est pas à propos qu'il nous accorde. Nous les invoquons ; et do reste, comptant sur leur interoession , nous prétendons vivT« sans vigilance , sans pénitence , sans gêne. Souvenons-noo» que , si les saints sont puissants auprès de Diea , Us ne le sont pas au préjudice de Dieu même, et de ce que nooshi

ANALYSES D£S SERMONS

devons; et prenoiiB «vde qu*au lieu d'être noe protoc- i teun, Us ne deTienneat nos accusateurs et nos juges.

Deouème pabue. Admirable de nous avoir proposé les saints poiur modèles et pour exemples; car cet exemple des saints opère en nous trois merveilleux effets : 1. il nous persuade la sainteté ; 2. il nous adoucit la pratique de la sainteté; 3. il nous 6le tout prétexte par où nous pourrions nous défendre d'embrasser la sainteté.

1* L'exemple des saints nous persuade la sainteté : oommenC ? En nous faisant comprendre d'une simple vue toute la perfection et tout le mérite de la sainteté : car qu'est-ce qu'on saint? Cest une idée réelle, visible; palpable et substantielle de toute la sainteté évangélique ; et Dieu , en nous le montrant, nous dit : Inspice, et/ac secundum exemplar; Regvde, et conforme- toi à ce modèle. Or, il n'est pas possible de voir la sainteté , je dis la vraie sainteté, telle qu'elle a été dans les saints, sans l'estimer : cette estime en (ait naître l'amour et le désir; et nous inspirer ces sentiments à l'égard de la sainteté, n'est-ce pas nous la persuader? L'exemple de Dieu n'était pas propre à faire sur nous le même effet , car, outre que Dieu est invisible , il n'est pas saint de la manière que nous devons l'être; notre sainteté doit consister dans la pénitence, dans la soumission, etc. , et tout cela ne peut convenir à Dieu, n (allait donc qu'il nous proposât des bommes comme nous et de même nature que nous : or, c'est ce qu'il a fait. Cest par de semblables exemples que l'illustre Matathias confirma ses enfonts dans le culte du Seigneur, et c'est dans le même dessein que l'Église a ordonné qu'on exposât à nos yeux les images des saints.

2. L'exemple des saints nous adoucit la pratique de la sainteté : car il nous apprend , 1. qu'il n'y a rien d'impossible dans le sainteté, puisqu'il n'y a rien que les saints n'aient pu et qu'ils n'aient soutenu ; 2 qu'il n'y a rien même de si difficile qui ne puisse nous devenir agréable , puisque les saints y ont trouvé et goûté les plus pures douceurs. Ces pensées réveillent notre courage , et le courage faci- Utetout.

3. L'exemple des saints nous ête tout prétexte par où nous pourrions nous défendre d'embrasser la sainteté. Détail des divers prétextes que l'exemple des saints détruit : ils pouvaient les alléguer aussi bien que nous. Qu'auronsnous donc à répondre quand Dieu, dans son jugement dernier, nous demandera compte de l'aflreuse différence qui paraîtra entre leur vie et la nôtre?

Compliment au roi.

n* POCE LK FÊTE nE TOUS LES SAINTS.

Sa«r. Les disciples de Jésus-Christ s'étant approchés de lui , il se mit à les enseigner.

Que leur enseignait ce divin Maître? La science des saints.

Division. Les saints ont trouvé le secret d'accorder dans le inonde leur condition avec leur religion ; première partie. Les saints se sont servis de leur religion pour sanctifier leur condition; deuxième partie. Les saints, par un heureux retour, ont profité de leur condition pour se rendre parfaits dans leur religion ; troisième partie. Telle a été la science des saints , et telle doit être la nôtre.

Première pautib. Les saints ont accordé dans le inonde leur condition avec leur religion : 1 . ils n'ont point cherché la sainteté hors de leur ooodilion; 2. ils se sont sanctifiés

jusque dans les conditions qui semblent les plus opposées à la sainteté ; 3. par le moyen même de la pénitence, ils ont acquis la sainteté dans les conditions où Us s'étaient engagés sans avoir consulté Dieu , et où le seul mouvement de leurs passions les avait fait entrer. ^

1 . Ils n'ont point cherché la sainteté hors de leur condition ; mais ils s'en sont tenus à la maxime de saint Paul quand il disait aux Corinthiens : Que chacun travaille à se sanctifier dans l'état et selon l'éUt où il se trouvait lorsqu'il a embrassé la foi ; car voilà le sens de ce passage : Unusquisque in qua vocatUme vocatusesi» in eapermaneat apud Deum. Ainsi les saints, sans se déranger et sans se déplacer, ont accordé la sainteté, les uns avec la grandeur, et les autres avec l'humiliation ; les uns avec l'opulence, et les autres avec la pauvreté, etc. Or, ce qu'ils ont fiut lorsqu'ils étaient à ma place, pourquoi ne le ferais-je pas comme eux? n'y va-l-il pas de tout mon hitérêt '

2. Ils se sont sanctifiés jusque dans les conditions qui semblent les plus opposées à la sainteté ; combien se sont sanctifiés dans la profession des armes? C'est donc une erreur de croire que ma condition m'empêche d'être saint : erreur qui ne sert qu'à nous décourager; au lieu que la pensée qu'on peut se sanctifier dans son état, donne de la confiance et anfane. Cest encore nne autre erreur, de se persuader qu'on serait plus à Dieu , et qu'on y pourrait plus être dans une condition moins exposée; car celle où Dieu vous a appelé est celle où il vous a pr^ré plus de grâces, et par conséquent la plus sûre pour vous : voilà ce qui a fixé les saints.

3. Ils sont sanctifiés, par le moyen de la pénitence, dans les conditions même où ils s'étaient engagés sans avoir consulté Dieu , et où le seul mouvement de leurs passions les avait fait entrer. Ne pouvant plus sortir de ces conditions, ils ont cherché dans leur religion une ressource à leur malheur; et c'a été de pleurer devant Dieu, et de réparer, par nne vie plus austère, plus exemplaire, plus régulière, le crime de leur imprudence : c'est ainsi que les saints ont su accorder leur condition et leur religion. Ce merveilleux accord leur a coûté ; mais en peut-il trop coûter pour acquérir une science si salutaire?

Deuxième partie. Les saints se sont servis de leur religion pour sanctifier leur condition. Ce que Salomon disait de la sagesse en demandant à Dieu qu'elle travaillât toujours avec lui, les saints l'ont pensé de la religion. Elle leur a servi , 1 . pour éviter les désordres à quoi leur condition était sujette; 2. pour accomplir les devoirs dont leur condition était chargée.

1. Ils se sont servis de leur religion pour éviter les désordres à quoi leur condition était sujette. D y a dans chaque condition certains désordres essentiels que la religion seule peut corriger; mais les saints, en conformant leur condition à leur religion, s'en sont préservés; sans cela la prospérité les eût éblouis , l'abondance les eût corrompus : mais parce qu'ils s'étaient f)dt de leur religion comme une armure divine pour se défendre de toutes les tentations, rien ne les a pu pervertir : et voilà ce que les païens même ont révéré. Qr, puisque je professe la même religion , pourquoi n'en ferais-je pas le même usage?

2. Ils se sont servis de leur religion pour accomplir les devoirs dont leur condition était chargée II y a dans toutes les conditions certains devoûv pénibles et mortifiants, et sans la religion les sahits auraleiit pris seulement de Ieur9

ANALYSES DES SERMONS

cïonditions ce qu'il y avait d^utile et de commode , et se seraient déchargés du reste; mais parce qu'ils agissaient par principe de religion , ils ont satisfait à tout; et en y satisfaisant, leur religion leur a tout fait rapporter à Dieu. Que vous êtes admirable dans vos saints , ô mon Dieu î et que la science de vos saints est profonde et sublime !

Tboisième partie. Les saints, par un heureux retour, ont profité de leur condition pour se rendre parfaits dans leur religion. Ils ont trouvé dans leur condition, 1 . de puissants motifs pour s'excitera la pratique de leur religion ;

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