‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 48 sur 232 · SC · texte numérisé non relu

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nous de conserver même au milieu du monde ce 'recueillement et cette application d'esprit nécessaires pour vaquer au sahit; mais notre grande peine, supposé ridée que nous avons du salut, serait, au milieu des ferveurs que nous inspirerait le christianisme, et qui ne s'éteindraient jamais, de faire quelque attention à certains devoirs extérieurs où nous engage le monde. Cependant qu'arrive-t-il? tout le contraire. Car au lieu que l'attachement au salut devrait nous mettre souvent en danger de manquer à ces devoirs extérieurs du monde, par un effet bien opposé, ce sont ces devoirs extérieurs du monde qui nous détournent des exercices du salut ; et au lieu que dans la conjoncture d'une incompatibilité véritable entre ces devoirs extérieurs du monde et le soin du salut, nous devrions dire à Dieu : Seigneur, ne me faites pas un crime de telles et telles négligences par rapport à ce que je devais aux hommes; j'étais trop occupé de vous pour penser à eux ; nous sommes réduits à la nécessité honteuse de confesser notre misère, en disant : Seigneur, pardonnez-moi le malheur, ou plutôt le crime où j'ai vécu ; j'étais trop occupé du monde et de ses affaires pour penser à vous ; et à force de traiter avec les hommes j'ai perdu le souvenir de ce que je vous devais et de ce que je me devais à moi-même. D'où vient cela? demande saint Ambroise: d'un manque de foi, et d'un raisonnement pratique, mais déplorable, sur lequel nous faisons rouler, si nous n'y prenons garde, toute notre vie. Je le répète : parce qu'au lieu de poser pour fondement, je chercherai le royaume de Dieu , et puis je satisferai , s'il m'est possible, aux obligations que m'impose le monde ; nous renversons la proposition , et nous disons : Je satisferai aux obligations que m'impose le monde, aux bienséances, aux lois, aux coutumes que me prescrit le monde; j'entretiendrai les commerces que j'ai dans le monde, je ferai la ligure et le personnage d'un homme du monde ; et puis je chercherai, s'il se peut, le royaume de Dieu. Il est vrai qu'on ne ledit pas si grossièrement, parce que notre raison même en serait choquée; mais il y a un langage d'action qui le dit pour nous : car que signiûent , d'une part, cette assiduité, cette activité, cette chaleur et cette âpreté avec laquelle nous entrons dans tout ce qui est des intérêts du monde ; et, de l'autre , la pesanteur, le dégoût et la lâcheté que nous faisons paraître quand il est question de travailler pour le salut? Que veut dire cela, sinon ce que je viens de marquer, savoir que nous péchons dans le principe, et que l'affaire du salut ne tient rien moins dans notre estime que le rang qu'elle y doit tenir ?

Mais venons au détail , et passons à la seconde raison. Je parle à un homme du siècle, et, le prenant pour juge dans sa propre cause, je lui mon-

tre combien il est déraisonnable de prétendre justiGer son éloignement de Dieu et sa négligence dans l'affaire du salut par la vie extérieure et dissipée qu'il se plaint d'être obligé de mener dans le monde; car voici le raisonnement que je lui fais : Yoiis dites, chrétien , que les soins du monde vous aceablent , et que c'est ce qui vous empêche de ménager ces moments précieux de considération et de retraite que demande le salut. Et moi je vous réponds que ce que vous apportez pour excuse est d'abord ce qui vous condamne; pourquoi? parce qu'il n'y a point de soins temporels, pour pressants et pour légitimes que vous les conceviez , dont Dieu ne vous défendre de tous laisser accabler, et parce qu'il est certain que cet accablement que vous alléguez est justement le premier de tous les désordres. Or d'excuser un désordre par un autre désordre, est-ce bieD se justifier auprès de Dieu? En effet, s'il n'était question que de parler ici en philosophe , et d'établir cette vérité sur le^ principes de la morale, je vous dirais que l'un des caractères le moins soutenable, même selon le monde , est de paraître ou d'être ac« câblé des soins du monde, puisqu'il ne peut avoir pour cause que l'un ou l'autre de ces deux faibles, ou de s'embarrasser de peu , ou de se charger de trop. Que de s'embarrasser de peu, c'est petitesse d'esprit; et que de se charger de trop, c'est indiscrétion et folie. Voilà ce que j'aurais à vous remontrer. Mais parce que vous attendez de moi quelque diose de plus touchant , et que mon ministère doit m'élever au-dessus de la morale des païens , en consultant les oracles des Pères de l'Église; écoutez, chrétiens, les belles maximes que saint Bernard donnait là-dessus à un souverain pontife.

C'était un pape, autrefois son disciple et son religieux , mais qui , tiré du cloître et de la solitude, avait été choisi pour remplir lesiége de saint Pierre. Par une malheureuse fatalité, ce changement de condition semblait lui avoir changé Tesprit et le cœur. Car il s'était d'abord jeté si avant dans les occupations qui accompagnent cette dignité suprême, qu'il semblait avoir renoncé à l'exerdce de la méditation des choses de Dieu et à l'étude de soi-même. Et parce que saint Bernard , qui le remarquait et qui s'en affligeait, avait toujours conservé pour lui un zèle affectueux, que sa prudence ' savait fort bien accorder avec lë respect dû à un ' souverain pontife, voici en quels termes il lui en ! témoignait son ressentiment. Comprenez-le, mes chers auditeurs , que chacun à proportion s*en fasse I une règle pour la conduite de sa vie. Ah ! saint Père, I lui disait-il , souffrez ma liberté, puisque c'est pour I vous-même que Dieu me l'inspire. Vous travaillez beaucoup, je le sais , mais s'il m'est permis de vous ! donner l'avis salutnire que Jéthro donna a Moïse, ' vous vous épuisez dans un travail aussi stérile et

SUR L'ÉLOIGNEHENT ET LA FUITE DU MONDE

aussi vain qu'il vous paraît spécieux et important : Sed si licetalt£rum me tibi exhibere Jethro, stulto labore consumeris, (Bern. ) Et quelle sagesse, continuait-il, est celle-là, de vivre éternellement dans le tumulte et le bruit des affaires; d'être continuellement assiégé d*hommes intéressés, d*hommes dissimulés, d*hommes passioimés; de passer les jours et les années à les négocier, à délibérer, à décider des intérêts d'autrui, à recevoir des plaintes, à donner des ordres , à tenir des audiences et des conseils , sans examiner devant Dieu si Ton s'acquitte de tout cela selon la droiture et Texactitude de sa loi ? Je conviens que vous êtes le premier à déplorer cet abus; mais en vain le déplorez-vous, si vous ne vous mettez en peine de le corriger : Scio te hoc ipsum deplorare, sed frustra, ni et emendare studueris, (Id.) J'avoue que cet abus, tout abus qu*il est, fatigue même votre patience; mais à Dieu ne plaise que j'approuve en ceci votre patience. Car il est quelquefois bien plus louable d'être moins patient : Inierdum enim , et impatientem esse y taudabilius est{\d,) : et c'est une illusion de penser qu'en se livrant aveuglément au monde , et oubliant le soin de son âme, on ait le mérite de la patience, qui est l'œuvre parfaite de l'homme juste.

Quel est donc, me direz-vous, le remède à ce mal? le voici. C'est, poursuivait saint Bernard, que TOUS fassiez, s'il est besoin , les derniers efforts pour vous affranchir de cette servitude. C'est que, dans la place où Dieu vous a mis, au lieu d'être esclave desaffaires, par une supériorité de vertu vous vous en rendiez le maître. C'est qu'avant que de rous répandre au dehors par cette multitude de soins, vous vous recueilliez au dedans de vousmême par la considération de ce que vous êtes et le la fin pour laquelle vous l'êtes. C'est que , pour igir sûrement et parfaitement, vous cessiez quel- ]uefois d'agir. C'est que vous vous partagiez, pour linsî dire, entre le Dieu que vous servez et les lomroes que vous gouvernez, entre le commerce lu monde et la retraite, entre la prière et l'action. [Test que vous preniez dans celle-là des forces pour .•elle-ci. C'est qu'à l'exemple de ces animaux mys- :érieux dont a parlé le prophète, vous ayez des ailes )our vous élever dans le ciel , aussi bien que des lieds pour vous soutenir et pour marcher sur la erre. C'est que vous comptiez votre salut parmi les occupations et les occupations pressantes de votre itat. C'est que vous commenciez par vous-même n lire charitable et bienfaisant. Si vous voulez être out a tous comme saint Paul , à la bonne heure ; je oue votre zèle : mais pour être un zèle de Dieu, il loit être plein et entier; or comment le sera-t-il, i vous-même en êtes exclu ? Quomodo autem pietus, te exctuso? {Id.) N'étes-vous pas du nombre des hommes? il est donc juste que votre charité

pour tous les hommes s'étende également sur tous; où plutôt il est juste que naissant dans vous, elle vous sanctifie par préférence à tons les autres hommes. Car pourquoi seriez- vous le seul qui ne } jouiriez pas de vous-même? Cursobisfraudarismunere tui (Bebn.)? et pourquoi demeareriez-vous à sec, tandis qu'on vient à vous de tous côtés comme à la source publique? Il faut, concluait-il, saint Père , il faut une fois modérer cet empressement qui vous est un obstacle à tant de biens; et, au milieu de cette cour qui vous environnne, il faut tous édifier une solitude qui soit comme le sanctuaire de votre âme où vous teniez avec Dieu des conseils secrets, et où rentrant chaque jour, même au plus fort des agitations du monde, vous conserviez une paix solide. Voilà comment parlait ce saint, et comment il parlait à un pape , c'est-à-dire à un homme dont les soins devaient être infinis , et qui pouvait dire aussi bien que l'apôtre, Instantia niea quotidiana, soUicitudo omnium Ecclesiarum, ( 1 . Cor,, 11 . ) Ce. pendant saint Bernard ne voulait pas qu'il lui f(jtt permis d'être accablé d'affaires , et il lui £»sait un reproche de cet accablement ; et il exigeait de lui , comme une obligation indispensable, que, parmi cette foule d'affaires , il eût toujours l'esprit assez libre et dégagé pour penser à son salut étemel. Croirons-nous, chrétiens, que les soins qui nous occupent soient des prétextes plus légitimes pour nous divertir de la pensée du nôtre?

Mais, dites-vous, il était bien aisé à un solitaire comme saint Bernard de tenir ce langage; et on aurait pu lui répondre qu'étant, par sa profession, séparé du monde , il ne lui appartenait pas de condamner ceux que la Providence avait engagés dans les emplois du monde. Vous vous trompez, mes chers auditeurs : il lui appartenait de les condamner, et cette censure lui convenait admirablement. C'était un solitaire, il est vrai; mais un solitaire qui avait lui-même au dehors plus d'occupations que la plupart de nous n'en auront jamais. Il était consulté de toute la terre; il se trouvait chargé d'une infinité de négociations importantes; il pacifiait les États, il apaisait les schismes de l'Église, il entrait dans les conciles, il portait des paroles aux rois, il instruisait les évêques, il gouvernait un ordre entier, il était le prédicateur et l'oracle de son temps. Que faisons-nous qui soit comparable à tout cela? Or c'est ce qui nous doit confondre, de voir que ce grand homme, appliqué à tant de choses, vécût néanmoins dans une profonde paix, et que nous, faisant si peu, nous soyons sans cesse dans la trouble ; que sa solitude intérieure le suivît partout , et que l'embarras du monde ne nous quitte jamais; qu'il fût toujours en état de s'élever à Dieu, et que lorsqu'il faut approcher de Dieu , nous nous trouvions sans cesse hors de nous-mêmes , n'accom-

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SUR L'ELOIGNEMENT ET LA FUITE DU MONDE

plissant qu'ayec un esprit distrait et dissipé tes plus saints devoirs du christianisme : voilà, dis-je, ce qui fait notre condamnation.

Mais enGn tel est Tassujettissementde ma condition , qui malgré moi-même me détourne de Dieu et m'ôte Tattention à mon salut : car voilà le dernier retranchement de Tesprit lâche et libertin des hommes du siècle; à quoi je réponds deux choses. Premièrement, que cela même présupposé, vous raisonnez mal : car, quand je conviendrais avec vous de ce que vous dites , ce serait toujours être insensé de ne pas faire du salut le plus essentiel de vos soins. Je ne le puis dans la multitude des distractions que ma condition m'attire. Hé bien ! faudraitil conclure, je renoncerai donc plutôt à cette condition; car qui m'oblige d'y demeurer, si elle est aussi opposée à mon capital intérêt que je la conçois? Il est nécessaire que je sois chrétien; mais il D*est point nécessaire que je sois dans un tel emploi : d'autres le rempliront pour moi; mais personne ne travaillera pour moi à sauver mon âme. Cet emploi me tiendra lieu d'un établissement selon le monde; mais il serait en même temps ma ruine selon Dieu ; et puisque l'expérience m'a appris qu'il est, par rapport à moi, d'une dissipation incompatible avec le christianisme que je professe, je ne dois pas même hésiter à suivre un autre parti. Voilà la conséquence qu'il faudrait tirer, si votre position était telle que vous vous la figurez. Mais je dis quelque chose de plus ; et , pour vous détromper de l'erreur où vous êtes , je soutiens qu'il n'est point de condition dont les soins ne puissent s'accorder avec ce recueillement d'esprit , et même cet exercice de retraite nécessaire pour marcher dans la voie du ciel ; et la preuve en est évidente. Autrement, dit saint Chrysostôme, Dieu aurait manqué de sagesse ou de bonté : de sagesse, si, établissant cette condition , il ne l'avait pas pourvue d'un moyen sans lequel il est impossible qu'elle soit ni sainte ni réglée; de bonté, si, l'en ayant pourvue, il y avait appelé des hommes incapables par leur faiblesse d'user de ce moyen. Or l'un et l'autre lui est injurieux, puisqu'il est vrai que Dieu étant, comme il l'est, l'auteur de toutes les conditions, ii n'y en a aucune qu'il ait réprouvée de la sorte , et qu'au contraire, il est de la foi que plus une condition semble avoir d'obstacles qui lui rendent le salut difûcile , plus elle a do secours pour les surmonter.

En effet, ajoute saint Crysostome, n'est-il pas admirable de voir que les conditions du monde les plus exposées à cet accablement prétendu de soins sont celles où Dieu, ce semble, a pris plaisir de faire paraître des hommes plus occupés de leur salut et plus attachés à son culte? David était roi, et un roi guerrier : quel exemple n'avons-nous pas 4aQ8 sa personne? Négligeait-il de vaquer à Dieu

pour penser à son état , et négUgeait-îl son étit pour ne vaquer qu'à Dieu ? il conciliait Fun et l'autre parfaitement. Dans le fort des afEûres pu» bliques , il trouvait des moments pour se retirer et pour prier sept fois le jour, Septia in dk laudm dixi tibi {PsaUn, 118); et au milieu de la nuit, il sortait de sa couche royale pour méditer la loi da Seigneur, Media nocte surgebam ad confiiendum tibi, ( Ibid. ) Cependant il s'acquittait dignement des devoirs de roi ; il soutenait des guerres, il mettait des armées sur pied, il rendait la justice à son peuple, il prenait connaissance de tout; et jamais la Judée ne fut sous un règne plus heureux ni plus parfait que le sien. Sans chercher des exemples étrangers , jamais monarque eut-il de plus grandes entreprises à conduire que rincomparable saiot Louis , et néanmoins jamais homme fut-il phis appliqué et plus fidèle aux exercices de la religion? Pour avoir été, comme nous le savons, le conque rant de son siècle, l'arbitre de tous les différends des princes, et le prince lui-même en toutes nuuuèrei le plus chargé du fardeau de la royauté, en était-il moins homme d'oraison, moins recueilli, moinr fervent, moins adonné aux choses de Dieu? Après cela oserons-nous nous plaindre de notre oooditioB et en alléguer les soins pour justifier nosdissipatiani criminelles au regard du salut?

Mais, dites-moi, reprend encore saint Chryiostome , ces soins que vous faites tant valoir vous empêchent-ils de ménager des temps de retraite, quand on vous les ordonne pour votre santé, quand il y va de votre intérêt , quand il faut satisfaire une passion, quand il s'agit même de vos divertissements? Vous trouvez- vous alors accablés de vos emplois et de vos charges? et, quelque pressants qu'en soient les devoirs , ne savez-vous pas bien vous réserver certaines heures privilégiées? Est-il possible que vous puissiez, pour tout le reste, vous séparer du monde quand il vous plaît, et qu'il n> ait que le salut pour quoi vous ne le puissiez pas? cela me parait sans réplique. Que si quelqu'un voulait remonter jusqu'à la source de ce désordre, en deux mots, chrétiens, le même saint Chrysostôme nous la découvre par cette excellente remarque. C'est qu'il faut bien distinguer mes frères, poursuit ce saint docteur, deux sortes de soins dans nos conditions : les uns que Dieu y a attachés , et les autres que nous y ajoutons nous-mêmes; les uns qui en sont les suites naturelles, et les autres qui en font le trouble et l'embarras; les uns auxquels la Providence nous engage, et les autres où nous nous ingérons. Si nous n'étions occupés que des premiers, Dieu le« ayant réglés par sa sagesse, ils ne déconcerteraient point l'ordre de notre vie, et nous laisseraient la liberté de quitter de temps en temps le commerce des hommes pour aller en se-

SUR L'£L01€rNEMENT ET LA FUITE DU MONDE.

fel traiter ayec Diea; mais les seconds étant sans . deroir qui nous regarde comme pécheurs, et dont

ègle , et par conséquent infinis , il n'est pai étrange [oe nous y puissions à peine suffire. Des premiers oins, notre condition, pour ainsi parler, est resonsable, parce qu'ils lui sont propres; mais elle e Test point des seconds, parce qu'ils sont de DOS. Quand donc il arrive que ces soins excessifs t superflus nous font oublier Dieu, nous sommes ijnstes de nous en prendre à notre état, puisqu'en ffiet ces soins sont nos soins, et non point ceux de otre état , et qu'alors la parole de saint Augustin i vérifie pleinement en nous : Ei ista hominum, tm verum, peceata dicenda sutU. (Aug.) Ainsi, chrétiens, confessons notre injustice; et ID8 l'impuissance où nous sommes de la soutenir mtre tant de raisons, tirons-en du moins le fruit une confusion salutaire. Disons à Dieu avec le lînt homme Job : f^ere scio , quod non justificetur mtoeomposiiusDeo(JoM.^ 9) : oui, Seigneur, je sais et je viens d'en être convaincu, qu'un homme nsi dissipé que je le suis sur tout ce qui regarde iflaire du salut, ne peut jamais trouver d'excuse iprès de vous. Je sais que , pour un faux prétexte i*il peut avoir de cette dissipation , vous lui opposez (ille arguments invincibles qui lui ferment la boule : Sivohtetit contendere cum eo, nonpoteritel fspandere unum pro mille, ( Id. ) G*est ce que j'ai loipris, ô mon Dieu! et désormais je ne me flatsrai plus sur cela , en imputant à mes affaires ce ae je ne dois attribuer qu'à moi-même; si ce sont BS affaires inutiles, je les retrancherai ; si elles »t nécessaires, je les réglerai ; si , pour les accomloderà mes devoirs , il est besoin que je me captive , ( me captiverai ; si , dans la concurrence d'une obliatkm plus sainte, il faut que je les abandonne, \ les abandonnerai; si pour m'assujettir à une vie lus exacte et plus retirée , il ne s'agit que de renouer à mille amusements qui font la société et le comleree du monde, j'y renoncerai : si ce renoncement le parait triste, j'en supporterai l'ennui et je vous offrirai. Quoiqu'il en soit, je me ferai une loi em*éloigner du monde à certains moments, à cerdos jours , et d'avoir des temps destinés au repos t à la solitude, pour les employer à la perfection e mon âme et à mon salut. Plus je serai embarrassé e soins et d'affaires , plus je me croirai dans Toligation de pratiquer cette loi. Plus je serai du londe, plus je comprendrai que je dois m'attacher ee saint exercice de la retraite et de la séparation u monde. Bien loin que les distractions du monde l'en détournent, c'est ce qui m'y portera , puisque 'est ce qui m'en fera voir la nécessité. £t s'il faut afin sortir tout à fait du monde et le fuir absolulent, non plus pour en éviter seulement la dissi- «tîon, mais la corruption, je lui dirai un éternel dieu, et fen sortirai. Cest, chrétiens, un autre

j'ai à vous entretenir dans la seconde partie. DEUXIÈME PARTIE.

Le monde est contagieux et nous sommes faibles : il faut doncabsolument fuir le commerce du monde , et y renoncer pour jamais, dès que nous voyons qu'il nous pervertit et que nous sentons les premières atteintes de sa corruption. Voilà, chrétiens^ la grande règle de conduite que l'esprit de Dieu a de tout temps prescrite aux hommes pécheurs, c'est-àdire à ceux qui sentent particulièrement leur faiblesse, et qui en font au milieu du monde de plus fréquentes épreuves. Ainsi nous l'a fait entendre saint Grégoire pape dans ces belles paroles, dont l'expérience ne justifie que trop la vérité : De mun^ dano pulvere necesse est etiam religiosa sordescere (Gbeg.) ; c'est une triste fatalité , mes frères , disaitil , que les cœurs même les plus religieux et les plus purs soient immanquablement souillés de la poussière, ou plutôt de l'iniquité et de la malignité des , conversations du siècle. A combien plus forte raison les cœurs vains , et les cœurs fragiles , doiventils craindre d*en être non-seulement souillés , mais tout à fait corrompus?

D'employer là-dessus de longues preuves , et de m'engager dans une longue énumération des dangers du monde , ce serait un discours, inutile, et perdre le temps à vous dire ce que vous savez aussi bien que moi , et ce que vous dites vous-mêmes encore plus souvent et plus hautement que moi. Car ne sont-ce pas les plus mondains que nous voyons les plus éloquents à déclamer contre le monde , et à ne pas seulement parier de tant de périls où il expose leur innocence et par conséquent leur salut , mais à les exagérer : faussement persuadés que plus le monde est dangereux, plus ils sont excusables de donner malheureusement dans ses pièges et de s'y laisser surprendre. De là ce langage si ordinaire, qu'il faudrait être de la nature des anges pour se maintenir dans le monde et pour se sauver de sa contagion ; qu'il faudrait être sans yeux pour ne rien voir, et sans oreilles pour ne rien entendre; qu'il faudrait n'avoir ni un cœur sensible aux passions humaines , ni un corps susceptible des impressions de la chair; que tout est danger, ou que tout porte avec soi son danger. Et le moyen en effet, dit-on, de résister aux charmes de tant d'objets qui nous frappent sans cesse la vue ; d'avoir sans cesse devant nous tant d'exemples qui nous entraînent, et de n'en pas suivre l'attrait ; de vivre sans cesse parmi des gens qui n'ont dans l'esprit que telles et telles maximes , qui ne débitent dans les entretiens que telles et telles maximes , qui, dans la pratique , n'agissent que selon telles et telles maximes , et de ne pas penser comme eux , de ne pas parler comme eux , de ne pasi

SDR L'ÉLOIGNEMEXT ET LA FUITE DU MONDE

agir comme eux? J'en conviens, mon cher auditeur, cela n'est par naturellement possible. Mais vous en demeurez là, et je vais plus loin. Car ce danger supposé et reconnu par vous-même, je me sers de votre propre témoignage pour vous convaincre, de quoi? je l'ai dit, et je le répète : que vous devez donc vous éloigner du feu pour n'être pas atteintde la flamme; c'est-à-dire que vous devez donc vous éloigner du monde, et, par une fuite sage et chrétienne, vous mettre à couvert de ses traits empoisonnés.

Ainsi Dieu lui-même le concluait-il lorsqu'il défendait si expressément à son peuple de se mêler parmi les nations étrangères , et de faire jamais aucune alliance avec ces idolâtres. Parce que c^étaient des infidèles, et que les Israélites n'étaient déjà que trop portés d*eux-mémes à la superstition , le Dieu d'Israël prévoyait que tant que ce peuple aveugle et grossier serait en société de vie avec les étrangers, il ne manquerait pas de prendre leurs sentiments et d'embrasser le même culte; et voilà pourquoi il leur était si formellement ordonné, et sous de si grièves peines, de s'en tenir séparés. Ainsi le même Seigneur se comporta-t-il à l'égard de Ix)th , quand il le voulut garantir de t'incendie de Sodome. 11 lui envoya un ange pour le faire sortir de cette ville criminelle, et pour le conduire sur la montagne. Prenez garde, s'il vous plaît : Dieu pouvait, au milieu même des nations les plus infidèles, conserver la foi dans le cœur des Juifs, et les affermir dans la vraie religion. Dieu pouvait, dans l'embrasement de Sodome, rendre Loth inaccessible aux atteintes du feu, et eu amortir toute l'activité par rapport à lui. Dieu, dis-je, pouvait l'un et l'autre : mais pour Tun , il eût fallu un miracle dans Tordre de la grâce; et pour Tautre, un miracle dans l'ordre de la nature. Je veux dire que pour préserver le peuple de Dieu des surperstitions de l'idolâtrie, parmi les idolâtres, il eût fallu un secours de la grâce tout extraordinaire, qui eût été un miracle, ou une espèce de miracle dans Tordre surnaturel; et que pour détourner les flammes de Loth, ou pour empêcher qu'il n'en fût consumé, quoique de toutes parts il s'en trouvât investi , il eût pareillement et incontestablement fallu un autre miracle et un des plus grands miracles dans Tordre naturel. Or Dieu ne fait point ainsi des miracles sans nécessité; et comme il y avait une voie plus commune, qui était Téloignement et la fuite, pour mettre Loth et les Juifs à couvert du danger et des malheurs dont ils étaient menacés, c*est pour cela que Dieu voulait qu'ils eussent recours à ce moyen plus conforme aux lois de sa providence.

Mais reprenons ; et pour en revenir à nous-mêmes , la conséquence qu'il y a donc à tirer de la corruption du monde et de la connaissance que nous

avons des dangers inévitables où nous engage le commerce du monde, c'est celle que j*ai marquée : de renoncer au monde, d'abandonner le monde, de ne le laisser point approcher de nous , et de ne nous point approcher de lui, afin qu'il ne puisse nous communiquer son poison. Voilà le préservatif nécessaire dont nous devons user. Je dis nécessaire; car, tandis que nous avons ce moyen et que nous le négligeons , de compter que Dieu y supplée par ud autre hors des voies ordinaires de sa sagesse « de nous promettre qu'il nous favorisera d'une pro> tection particulière et toute-puissante , c'est faire fond sur un miracle , et c'est se rendre indigne d'on miracle , que de l'attendre , lorsque , sans ce miracle , nous avons une ressource plus commune et quMI ne tient qu'à nous d'éprouver. Dieu veut bien vous aider dans le divorce que vous avez à faire avee le monde ; il veut bien pour cela vous prévenir, vous seconder, vous fortifier ; mais du reste, après avoir là-dessus satisfait à tout ce que lui dictent sa providence et sa miséricorde, il vous confie, pour aini parler, vous-même à vous-même, il tous charge de votre propre salut, et il vous dit comme l'ange dît i Loth, lorsqu'il Teut mené jusqu'au pied de la montagne qui lui devait servir d'asile : Saiva animam tuam. {Gènes., 19.) Sauvez-vous maintenant, et retirez- vous. Vous voyez le péril : voici par où vous pourrez échapper ; prenez cette route qui tous cH ouverte , il n'y en a point d*autre pour vous.

Dieu vous le dit, chrétiens, et moi-même je vous l'annonce de sa part : mais p^rce que tout contagieux qu'est le monde vous l'aimez , et que souveot même ce qui en fait la plus mortelle contagion, c'est ce qui vous flatte et ce qui vous plaît davantage, au lieu de le fuir comme vous reconnaissez qu'il le faudrait, vous vous prévalez , pour y demeurer, de certains engagements qui vous y retiennent, à ce que vous prétendez , malgré vous. Vous dites assez qu'il serait à souhaiter pour vous de vivre horsda monde, que vous enviez le sort des solitaires et des religieux, mais vous ne manquez pas en même temps d^ajouter que vous n*êtes pas maîtres de tous , et que vous êtes attachés par des liens qu'il n'est guère en votre pouvoir de rompre. Or c'est ce prétexte que j'ai maintenant à combattre; et, pour le détruire, je ne veux que quelques réflexions où je vous prie d'entrer avec moi. Elles me paraissent convaincantes.

Car, de quelque nature que puissent être les engagements qui vous arrêtent, il y a, et c'est la première réflexion, il y a un engagement supérieur qui doit l'emporter sur tous les autres. Quel est-il? je l'ai déjà dit : Tintérêt de votre âme et de votre salut éternel. Dès que ce salut éternel , que cet intérêt de votre âme est en compromis avec toute autre chose, ce qui était engagement pour tous cesse de

SUR L'ÉLOIGNEMEINT ET LA FUITE DU MONDE

ra de tous les engagements humains il n*y iun qui ne doive être sacrifié. Par conséquent, omme vous le dites : Je ne puis faire mon ans le monde , j*y suis trop exposé ; et du aiuent dont je me connais , avec les disposilie je sens dans mon cœur, il ne m*est presi possible de me maintenir dans un état d'ine : parler de la sorte, c'est dire en même

quoique tacitement : Je suis donc obligé de le monde, et il n*y a pointde liaison si étroite

monde que Je ne doive rompre : pourquoi? [ue de garder mon innocence , de mettre en mon âme, de pourvoir à mon salut, c'est ma re affaire , et que ce qu'il y a de premier en it avoir sur tout le reste la préférence. Ainsi , [u'entre les biens naturels , la vie est le preien , dès qu'elle est en péril, à quelles extré- K)ur la sauver, n'en vient-on pas ? à quoi ne e-t-on pas , et de quoi ne se prive-t-on pas? négociant le plus intéressé, après avoir cher- 1 delà des mers, des trésors qui lui ont coûté itigues , se trouve , dans son retour, assailli empéte , il fera jeter toutes ces richesses et ndonnera à la merci des flots , pour décharvaîsseau qui le porte , et pour éviter par là rage. Que le mondain le plus sensuel ne puisse lent sa garantird'une mort prochaine que par

douloureuse opération , ou par le régime le inuyeux et le plus gênant , non-seulement il damnera lui-même, mais il se tiendra encore xde pou voir ainsi prolonger ses jours. A comus forte raison un chrétien doit-il donc, pour ) mille fois plus précieuse , qui est la vie de

pratiquer cette grande maxime du Fils de Si votre œil vous scandalise , arrachez-le : i iuus scandalizat te, crue eum! (Matth., 5.) re bras est pour vous un sujet de chute, cou- ; Si manus tua scandatizat te y abscide eam !

Mais un bras, un œil, sont bien chers, |u'ils sont bien nécessaires. 11 n'importe : dès autre bien plus nécessaire encore , et sou* sment nécessaire, demande que vous vous i de ce bras et de cet œil , vous ne devez pas ' an moment. Car, comme je vous l'ai déjà server, ce souverain bien est la fin dernière ; nd il ^t question de la fin dernière, on ne ■e point , ou l'on ne doit point délibérer, rquoi, écrivait saint Jérôme , voulez- vous resis un lieu où, tous les jours, vous êtes dans issité de vaincre ou de périr ? Quid necesse in ea versari domo,ubi quotidie necesse sit icereaiUperiref (Hiebon.) Ainsi parlait ce et moi , si j'ose enchérir sur sa pensée , je is : Pourquoi voulez-vous rester dans un lieu is ne vaincrez pas , et où il est presque infailiM vous périrez ? Mais je suis résolu d'y vain*

cre : vous le croyez ; et je soutiens , moi , que ce n'est là qu'une fausse résolution , ou du moins que ce ne sera qu'une résolution inefficace. Fausse résolution qui vous trompe : car si, de bonne foi, vous vouliez vaincre le monde, et si, après avoir compris de quelle importance il vous est de ne vous y pas laisser corrompre, vous vous étiez bien dé* terminé à vous défendre contre ses attaques , vous ne balanceriez pas tant à le fuir, puisque vous ne pouvez ignorer que la fuite est au moins le plus sûr et le plus fort rempart que vous ayez à lui. opposer. Résolution inefficace qui se démentira dans l'occasion. Le passé suffit pour vous l'apprendre. En combien de rencontres l'occasion a-t-elle fait évanouir toutes les résolutions que vous aviez formées 1 Le monde sera toujours aussi engageant pour vous qu'il Ta été , vous serez toujours aussi faible pour lui résister, et Dieu ne vous donnera pas plus de secours dans le péril où vous vous serez vous-même précipité. Cest de quoi vous êtes dans le fond assez instruit , quoique vous tâchiez de vous persuader le contraire : et si vous vouliez sans déguisement traiter avec vous-même , et bien rentrer en vous-même, vous verriez que cette résolution imaginaire de combattre et de vaincre n'est qu'un prétexte et une illusion. Car en voici le mystère : vous aimez le monde, et , parce que vous y êtes attaché et que vous l'aimez, vous ne pouvez vous résoudre aie quitter. Cependant, avec un reste de religion et de crainte de Dieu que vous n'avez pas perdu, vous découvrez toute la malignité du monde, et votre conscience, malgré vous , vous dicte intérieurement que le bon parti serait de s'en éloigner : mais ce parti ne vous plaît pas, et vous en prenez un autre. Afin de ne vous pas séparer de ce que vous aimez, vous voulez toujours avoir les mêmes habitudes dans le monde. Mais aussi pour calmer votre conscience qui voit le péril et qui s'en alarme , vous comptez sur une ré solution chimérique de tenir ferme désormais , en quelque rencontre que ce soit, et de demeurer inébranlable; c'est-à-dire que vous voas jouez vousmême, et que vous prenez plaisir à vous perdre, sans vouloir le remarquer. De là vous vous obstinez toujours à vous présenter au combat, lorsqu'on vous dit qu'il faudrait l'éviter, lorsque Dieu vous ordonne de l'éviter, lorsque mille épreuves funestes vous ont fait connaître qu'il est pour vous d'une conséquence infinie de l'éviter.

D'autant plus coupables , et c'est la seconde réflexion, d'autant plus coupables dans cet entêtement opiniâtre qui vous fait toujours revenir au monde et aux sociétés du monde, que ces engagements dont vous pensez pouvoir vous autoriser ne sont point communément tels que vous vous les représentez. Car il est vrai après tout qu'il y en a d*ane telle ei« pèce qu'on ne peu t presque les rompre, et qoll ii*eit

SUR UÉLOIONEMENT ET LA FUITE DU HONDB

pas même à propos de les rompre sans une évidente et une extrême nécessité. Aussi n'est-ce pas de ceuxlà que je parle , et je sais qu'alors on peut se confier en la providence et la grâce de Dieu, lequel ne manque jamais à une âme qui n'agit que selon sa vocation et par son ordre , et qui du reste n'omet de sa part aucune des précautions qu'elle peut apporter. Il ferait plutôt des miracles pour la soutenir. Mais à bien examiner ce qu'on appelle , dans l'usage le plus ordinaire, engagements du monde, on trouvera que ce ne sont point des engagements nécessaires -, que ce sont des engagements de passion, des engagements d'ambition , des engagements de curiosité, des engagements de sensualité et de mondanité. Car voilà comment je regarde ces visites si assidues que vous rendez surtout à telles personnes et en telle maison ; ces assemblées où vous vous trouvez si régulièrement et où vous employez presque tout votre temps ; ces parties de plaisir et de jeu dont vous vous faites une des plus grandes occupations de votre vie ; ces conversations inutiles , où vous écoutez, aux dépens du procbain, tous les bruits du monde , où vous apprenez des autres ce que vous deviez ignorer, et où ils apprennent de vous ce qu'ils devraient eux- mêmes ne pas savoir ; ces spectales où vous n'allez, dites-vous , que par compagnie, mais enfin où vous allez, où vous assistez, et dont le poison s'insinue d'autant plus dangereusement dans votre esprit et dans votre cœur que vous l'apercevez moins. Voilà comment je regarde ces modes dans les parures , dans les habillements, dans les ornements de la tête, dans les agréments du visage, que la vanité du sexe a introduites, et dont elle a fait de si damnables coutumes et de si fausses lois. Voilà comment je regarde tant de liaisons que vous entretenez , tant d'intrigues où vous vous engagez, tant de projets que vous formez. Avouez-le, mon cher auditeur, et ne clierchez point à vous tromper vous-même : ne pourriezvous pas vous passer de tout cela , modérer tout cela, beaucoup retrancher de tout cela.^ Mais mon état le demande. Votre état? et quel état? Est-ce votre état de chrétien ou de chrétienne ? bien loin de le demander, il le condamne , Il le défend ? Est-ce votre état de mondain ou de mondaine? mais qu'est-il nécessaire que dans votre état vous voyiez un mondain ou une mondaine? qu'est-il nécessaire que dans cet état vous vous conduisiez selon l'esprit du monde et non selon Tesprit de Dieu ^ Or l'esprit de Dieu ne connaît point pour de véritables engagements toutes ces manières et tous ces usages du moude, qui ne sont fondés que sur les principes et sur les sentiments de la nature corrompue.

Vous me direz que le monde sera surpris du divorce que vous ferez avec lui ; qu'on en parlera , qu'on en raisonnera, au'on en raillera. Ué bien!

TOUS laisserez parier le monde; tous le lainffts raisonner, railler tant qu'il lui plaira; et ▼oui aarez, malgré tous les discours du monde, li cooi»* lation intérieure de voir que vous suivez le boa chemin, que vous vous mettez hors de danger, et que vous vous sauvez. Sera-ce le monde qui modn vous tirer de l'abîme éternel , quand tous y sera une fois tombé? Sur mille sujets qui se présentait dans la vie , êtes^vous fort en peine de ropînîoadt monde , et en faites-vous la règle de vos eotreprisiB et de vos démarches? Si le monde m*âpproaTe,di* tes-vous, j'en aurai de la joie; mais sTil ne m*a^ prouve pas , je sais ce qui m'est utile et avantageai, et je ne prétends point me rendre TeeebTe dt monde, ni abandonner de solides intérêts pour m'asservir à ses vaines idées. Ah! mon cher auditeur, n'aurez-vous done des mesures à garder aiee le monde ou ne croirez-vous en avohr que sur ceqoi concerne votre âme et votre éternité? Biais je dis plus , et je suis persuadé que le OMHide Im-mêoM vous rendra tôt ou tard la justice qui tow mn due , et qu'il s'édifiera de votre abaenee et de \ fuite , quand il vous la verra soutenir ( ment et sagement.

Quoi qu'il en soit, j'en reviens toujoars à ai proposition, et c'est par où je finis : Iojobs 11 monde, sortons de cette Babylone, Egredimùdét Babylone ( Isài. , 48 ) : retirons-noos, antant qoill est possible, de cette terre maudite , où régnent le trouble et la confusion : FugUe de medio Bébffkh nis, ( Jerem. , 51 . ) Nous y sommes chaeun inténi* ses, puisqu'il y va de notre âme pour ehaeoB ds nous. Ne la livrons pas à uii ennemi si dangereaz. Il ne cherche qu'à la perdre : tirons-la, et, sllle tet, arrachons-la par violence de ses mains. Qoelque effort qu'il y ait à faire, quelque victoire et quelque sacrifice qu'il en coûte, nous serons bien payés de nos peines si nous pouvons nous assurer un si riebe trésor. Et salcet unusqvisque animam smam. (Id.) Vous surtout, femmes mondaines (car il est eertain, et nous le voyons, que ce sont communémeet les personnes du sexe qui s'entêtent davantage du monde, et qui y demeurent attachées avee pl« d'obstination), vous, dis-je, femmes du sièide, ayez devant Dieu et devant le monde même le mérite d*avoir quitté le monde avant qu'il vous sît quittées. L'accès favorable que vous y avez, l'encens que vous y recevez , l'empire que vous semblez y exercer, tout cela n'a qu'un temps et un temps bien court. Ce temps est suivi d'un autre où le monde s'éloigne, où il n'a plus que de l'Indifférence pour ce qu'il idolâtrait; et même que du mépris, lorsqu'il voit que malgré toute son indifférence on s'opiniâtre à le rechercher. Faites par devoir ce qu'il faudra bientôt faire par nécessité. Et vous au moins, que le cours des années a en eifet réduites dans

SUB LA CBAIN

écessité qui vous est si dure , n*en ayez pas e sans en recueillir le fruit. D'inTolontaire est par elle-même, changez-la par une sainte ion dans un moyen salutaire de retourner à et de vous remettre dans la voie du salut. >ntribuera à seconder ce dessein , tout le fa- B. Dieu par sa grâce vous y aidera, et le y ajoutera son suffrage. Car si vous avez à e les railleries du monde , ce n'est plus déi quand vous vivrez séparées de lui , mais au re quand vous voudrez toujours entretenir mes liaisons avec lui. Autrefois il eût depourquoi Ton ne vous voyait point ici ni là; ut-étre commence-t-il maintenant à demanurquoi Ton vous y trouve, et ce qui vous y BLeureuses que votre Dieu soit encore disvous recevoir, quoique vous n'ayez que les et, si j'ose le dire , que le rebut du monde frir.

'est pas , toutefois , chrétiens , pour ne rien r, qu'il n'y ait un certain monde dont la sout être innocente et avec qui vous pouvez er. Dieu s'est réservé partout des serviteurs; ilieu des eaux qui inondèrent toute la terre, t une arche qui renfermait une famille sainte assemblée de justes. Ainsi jusque dans .le y a un monde fidèle , un monde réglé , un si je puis m'exprimer de la sorte , qui n'est londe. Dès que vous vous en tiendrez là, et reste vous y garderez toute la modération Ire , c'est-à-dire que vous ne passerez point es d'une bienséance raisonnable , d'une amiléte, et, si vous voulez, d'une réjouissance ) et chrétienne, j'y consentirai. Encore voua ! alors que vous devez veiller sur vous-méue vous devez vous défier de vous-mêmes , 8 devez bien mesurer les temps que vous tz, que vous devez bien examiner les im- 18 que vous en rapportez ; et que , pour ne ^8 tromper, vous ne deve^ jamais oublier ante pratique que je vous ai d'abord propovoir vos heures de recueillement et d'une entière, où vous vous demandiez compte à Imes de vous-mêmes, et où vous vous pré- [ le rendre à Dieu, et à recevoir de lui ia »se éternelle , que je vous souhaite, etc.

TE DE LA MORT. 14g

SERMON

POUR LE QUINZIÈME DUfAIfCm

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR LA CRAINTE DE LA MORT

Cum appropmquaretportm civitatû, ecee d^unetuê effêi rehatur fiUus unicus tnatris suœ; et htec vidua erat- et iurba eivitatû mutta cum illa. Quam cum vidis$et Domi- ^ nuM, miêericordia motut super eam, dixit UU : NoiiJIeft,

I Lorsque Jésus-Christ était près de U viUe, 00 portail eo : terre un mort , ÛIs unique d*une femme veuve ; et cette femme

était aooompagoée d*une grande quantité de peraopnes de la I ville. Jésus rayant vue , U en lut touché , et lui dit : Ne pleurez

point. Saint Loc , chap. 7.

Entre bien des sujets qui touchèrent le Sauveur des hommes à la vue de ce funèbre appareil qu'il aperçoit devant ses yeux, savez-vous, chrétiens, à quoi son cœur est plus sensible et ce qui lui pa* raU plus digne de sa compassion ? Ce sont les imperfections et les faiblesses qu'il remarque dans ceue mère, qui pleure la perte de son fils, que la mort vient de lui ravir. Il a pitié de son attachement excessif à la personne de ce fils unique; il a pitié du peu de soumission qu'elle témoigne aux ordres de la Providence; il a pitié de son infidélité, qui lui fait envisager la mort avec des sentiments tout naturels et tout humains; il a pitié non-seulement d'elle, mais de nous tous, qui ne vivons pas dans cette disposition parfaite où doit être une âme fidèle au regard de la mort, et qui, par une lâche timidité, nous en faisons un objet d'horreur, lorsque nous en pourrions faire la matière de nos plus grandes vertus et le couronnement de notre vie. Voilà ce que Jésus-Christ déplore : Misericordia matus sujper eam. Or c'est à cette compassion du Fils de Dieu que je m'arrête aujourd'hui. J'entreprends de la justifier, et de vous montrer que rien en effet n*est plus déplorable que la préparation d'esprit et de cœur où se trouvent la plupart des chrétiens à l'égard de la mort. Nous sommes faibles en tout, et notre misère en tout se découvre; mais on peut dire qu'elle est extrême sur ce point. La seule image de la mort nous contriste et nous effraye; nous n'y pensons presque jamais sans douleur, et nous n'en pouvons entendre parler sans peine. Au moindre danger qui nous menace, aux premières attaques d'une maladie qui peut nous conduire à ce teime , nous nous alarmons , nous nous troublons , nous nous désolons; et moi je veux, mes frères, vous rassurer contre ces alarmes; je veux vous prémunir contre ces troubles et ces désolations : comment? en vous faisant concevoiif de la mort des idées plus conformes au christianisme que vous professez; en vous la représentant sous une figure beaucoup moins odieuse que vous ne l'avez jusques

SUR Lk CRAINTE DE LA MORT.

à présent considérée; en combattant , on du moins en réglant cette crainte sans bornes et sans mesure, qui vous porte quelquefois à de si pitoyables extrémités. Vierge sainte, c*est tous que Dieu a établie notre protectrice au moment de la mort , et c*est en cette qualité que FÉglise tous les jours vous salue. Obtenez-nous dès maintenant, par votre puissante médiation , les mêmes secours que nous attendons à cette dernière heure, et recevez Thommage que nous vous présentons en vous disant Jve.

Pour vous proposer d*abord mon dessein , je distingue trois sortes de personnes qui craignent la mort. Les premiers la craignent par un esprit d'infidélité, et ce sont les libertins et les athées ; les seconds la craignent par une trop grande passion pour les biens de la vie présente, et ce sont les mondains ou ambiteux , ou intéressés , ou voluptueux ; les troisièmes la craignent par un sentiment de la nature , et ce sont généralement tous les hommes , sans en excepter même les sages ni les chrétiens. Trois principes tout différents, rinfîdélité, rattachement au monde , le sentiment de la nature ; mais principes qui tous agissant sur les âmes faibles, y produisent les mêmes effets, et y font naître, quoiqu'en diverses manières et par divers motifs, les mêmes frayeurs de la mort. Ceux qui la craignent par infidélité ou par une trop grande passion pour les biens de la vie sont les plus criminels; ceux qui la craignent par une aversion naturelle sontjes plus excusables; mais les uns et les autres sont toujours à plaindre dans leur condition, et ont de quoi exciter la compassion de Jésus-Christ et la nôtre. Les libertins et les athées craignent la mort , parce que, ne reconnaissant point d*autre vie que celle-ci , ils se persuadent que tout mourra pour eux du moment qu'ils mourront eux-mêmes, et c'est une infidélité qu'il faut détester. Les mondains craignent la mort parce quMIs aiment le monde, etqu'ils savent que la mort les en séparera ; et c'est une passion pour le monde dont il faut se détacher. Tous les hommes en général craignent la mort , parce que la nature d'elle-même répugne à cette violente division de l'âme et du corps , et c'est un sentiment humain que la religion doit corriger. Or écoutez trois propositions qui vont partager ce discours. Rien de plus funeste que l'état de l'impie et du libertin qui craint la mort parce qu'il est tombé dans le désordre de l'infidélité; c'est la première partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui craint la mort parce qu'il est attaché au monde ; c'est la seconde partie. Rien de plus déraisonnable que l'état de tout homme , je dis en particulier de tout homme chrétien , qui craint la mort parce qu'il ne fait pour s'affermir contre cette

crainte naturelle nul usage de sa religion ; c'est la troisième partie. De là j'aurai lieu de parler, en concluant, à ceux mêmes qui craignent la mort par une trop vive appréhension des jugements de Dieu, et je leur apprendrai à régler sur cela leur foi. Je n'oublierai rien pour vous instruire sur tous ces points, et il ne tiendra qu'à vous d'en profiter.

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