DEUXIÈME PARTIE
Il est de la sainteté de Dieu d'être servi par des saints^ comme il est de la grandeur des rois d'être servis par des grands; et la même raison qui fait que ceux-ci en qualité de souverains et de monarques, veulent avoir des princes pour officiers de leur maison, et celle pourquoi Dieu, en qualité de saint des saints, se fait un honneur de recevoir le culte qui lui est dû par des hommes sanctifiés, et qui portent dans eux un caractère de consécration. Tous les hommes, dit saint Grégoire pape, sont essentiellement sujets à l'empire de Dieu ; mais tous les hommes ne sont pas pour cela consacrés à Dieu. Cette consécration est Feffet d'une grâce spéciale : et je dis que c'est la grâce propre du christianisme. Pour approfondir cette vérité, concevez bien, s'il vous plaît, trois choses dignes de toute votre réflexion, et capables de remplir vos cœurs des plus nobles sentiments de la foi. Premièrement, l'excellence de ce que j'appelle la consécration du chrétien ; en second lieu , l'obligation indispensable de sainteté que cette consécration impose à l'homme chrétien; et enfin la tache particulière qui, par une malheureuse nécessité, et en conséquence de cette consécration, se répand sur tous les péchés du chrétien. Si je vous fais bien comprendre ces trois articles, il n'y a rien, mes chers auditeurs, que je ne doive espérer de vous.
Qu'est-ce que l'onction du baptême en vertu de laquelle nous sommes chrétiens? C'est, dit saint Çyprien, une consécration solennelle qui se fait de nos personnes; mais une consécration dans laquelle il semble que Dieu a pris plaisir de rassembler toutes les richesses de sa grâce pour nous la rendre plus précieuse; car le baptême, ajoute ce Père, nous consacre en je ne sais combien de manières, qui
SUR LE CARACTÈRE DU CHRÉTIEN
doivent toutes nous inspirer un certain respect pour nous-mêmes. Il nous consacre comme rois, il nooi consacre comme prêtres, il nous consacre eomma temples de Dieu , il nous consacre comme enfants de Dieu, il nous consacre comme membns di Dieu. Ah! mes chers auditeurs, apprenons aujourd'hui ce que nous sommes, et oonfondons-nooi d nous ne sommes pas ce que tant de motift nm excitent à devenir.
Je dis que le baptême nous consacre oommerois et comme prêtres ; ainsi l'apôtre saint Piem le déclare-t-il, lorsque parlant aux chrétiens dans a première épître .canonique, il leur donne toot àk fois ces deux qualités en les appelant SMerdoea royal ^JiegcUe sacerdotium. (1. Pets., 9.)EtaiBri le disciple bien-aimé, dans l'Apocalypse, fût! consister en partie le bienfait de la rédemption m ce que Jésus-Christ, qui est le souverain rédes^ teur, nous a établis rois et prêtres de Dieu son JNre : Et fecisti nos Deo noslro regwan et saeerdotes. {j4poc., 5. } En effet, comme chrétiens , nous ne sommes destinés à rien de moins qu'à régner; si ce n'est point une exagération ni une figure dedin que dans le baptême nous sommes sacrés pour posséder un royaume , qui est le ciel ; que nous y reet> vous l'investiture d'une couronne, qui est la couronne du ciel ; et qu'en même temps que la grâce é ce sacrement nous est conférée , nous avons un dral légitime de prétendre à l'un des trônes que le 1% à Dieu nous a préparés dans le del. Conune chrétiens , nous sommes encore consacrés prêtres èi Dieu vivant : comment cela? parce que Tonctioa baptismale non-seulement donna pouvoir an chrétien , mais lui impose l'obligation d'ofDîr à Dien des sacrifices continuels; le sacrifice de son esprit par la foi , le sacrifice de son corps par la pénitenee, le sacrifice de ses biens par l'aumône, le sacrito de sa vengeance par la charité, le sacrifice de son ambition par l'humilité; toutes hosties» dit ssiat Paul , par lesquelles on se rend Dieu fiavorable, et sans lesquelles le christianisme n'est qu'une onrim de religion : Talibus enim hostUspromerehar fient* {Hébr.y 13.) Je dis plus : parce qu'en quaUté di chrétiens nous pouvons offrir tous les jours le ptas grand de tous les sacrifices , qui est* celui du corps et du sang de Jésus-Christ, Car tout laïques , mes frères, que vous êtes, vous offrez réellement et conjointement avec le ministre du Seigneur œ é^ vin sacrifice : et de là saint Léon conclut que voos devez donc vous regarder comme les associés des prêtres : Agnoscant se y et regii generis, ei ^fffdà sacerdatalis esse consortes, ( Lbo. ) Or vous ne pouvez offrir ce sacrifice avec les prêtres sans être, -dsBf un sens, prêtres vous-mêmes. D'où il s'ensuit que le caractère de chrétien répand sur vous une ptttie de l'onction sacerdotale.
SUR LE CARACTÈRE DU CHRÉTIEN
dis qu*îl y a deux sortes de séparations du fiuie corporelle et extérieure, l'autre de i^esprit. Je dis que pour vivre en véritable toutes deux sont nécessaires, parce que la
0 extérieure du monde n*est qu'un fantôme )st soutenue et animée de celle de l'esprit, ille de l'esprit ne peut se soutenir ni'subelle n'est aidée de l'extérieure. Cest la lesaintBemard et de tous les Pères. Il faut ration du cœur et de l'esprit ; car en vain iporé du monde, d'habit, d'état, de dele fonction et de conversation, si mon eson ciBur y sont attachés. C'est par le cœur que je commence à m'en séparer. Or vous Mitez, chrétiens, au milieu des embarras
du siècle, vous pouvez avoir cette sépaccBur, et vous pouvez l'avoir, si vous le Nusi parfiaitement que les solitaires et les mtoe , parce que votre cœur est entre vos que vous en pouvez disposer.
B n'est pas tout; il faut que la séparation soit accompagnée, ou, pour mieux dire, de la séparation extérieure et corporelle : e raison? parce que, dit saint Grégoire ontagion du siècle est telle que les hommes mrs, les plus saints et les plus dégagés de la monde, ne laissent pas d'en ressentir tes. Il fout donc de temps en temps les afen diminuer l'impression , en se retirant arant extérieurement du monde, et foire ea consuls et ces princes de la terre dont rlé, qui jusque dans leurs palais se bâtissolitudes où ils sont au milieu du monde 'ils n'y étaient pas. Cum reffibus et cansu- «, quiœdificantsUdsolUudines, (Job, 3 .) à qu'est venu l'usage de ces saintes retrai- B pratiquent aujourd'hui dans le christiat qui y produisent des effets de grâce si «EL Que foit-on dans ces retraites? on écoute 1er, on converse familièrement et paisible- » lui, on reçoit ses communications les nés, et on y répond. Ah! mes frères, les \ vous passerez dans ces pieux et salutaires seront proprement vos jours; et l'on peut sans ceux-là, presque tous les autres sont oor vous. Ce qu'il y a de bien déplorable, nous ne les voyons pratiquer ordinairement i qui en ont moins de besoin; car à qui le ces retraites sont plus nécessaires? Ce à cet ecclésiastique ni à ce religieux, qui une vie réglée dans leur profession : c'est ■w d*aCfoire8 dont la conscience est chargée injustices qu'il ne verra jamais bien que
1 retraite : c'est à cet homme de cour qui rt jamais sérieusement à son salut si une le Vj foit penser : c'est à cette femme du
monde , laquelle se trouve dans un abîme de corruption dont il n'y a qu'une retraite qui soit capable de la tirer. Cest à ces personnes qu'il faut des retraites. Aux autres elles sont de conseil, mais à ceux-d elles peuvent être et sont très-souvent d'obligation, parce que, dans l'ordre naturel des grâces et dans la voie commune de la providence , elles leur deviennent un moyen unique pour se sauver.
Voilà, mes chers auditeurs, la première idée du christianisme. Séparons-nous du monde avant que le monde se sépare de nous; car il faut de deux choses l'une, ou que nous nous en séparions nousmêmes par choix et par vertu, ou que nous en soyons séparés par force et par nécessité. Or ne vaut-il pas bien mieux que cette séparation se fasse en nous par l'attrait de la grâce, que d'attendre qu'elle se fasse malgré nous par la violence de la mort? Séparons-Dous du monde tandis que nous pouvons devant Dieu nous rendre le témoignage que nous nous en séparons pour lui. Car quel honneur foisons-nous à Dieu quand nous nous convertissons à lui parce que nous ne sommes plus en état de goûter le monde, ou plutôt, parce que le monde commence à ne nous plus goûter? Quelle obligation Dieu, pour ainsi parler, nous peut-il avoir, quand nous lui donnons le reste du monde? Quelle gloire tire-t-il de nous, quand nous nous mettons dans l'orjre, non pas par un effort que nous fossions en quittant la créature, mais par un secret désespoir de ce que la créature nous a quittés? Séparons-nous du monde de la manière dont nous en voulons être séparés dans le jugement de Dieu; et puisque, selon saint Augustin, le jugement de Dieu à l'égard du juste ne sera point une punition, mais uue séparation, Nonpunitio, sed discrefio (Auo.); anticipons dès cette vie l'effet de ce jugement; foisons dès maintenant ce que Dieu fera alors : paraissons sur la terre dans le même rang où il faudra que nous paraissions , c'est-à-dire séparés des impies et des réprouvés; et sans différer jusqu'à la venue de Jésus-Christ, faisons en sorte que, trouvant en nous cette séparation déjà faite, il n'ait qu'à la ratifier quand il viendra pour nous juger. Séparons-^ nous du monde , afin que dans ce jour terrible Dieu ne nous sépare pas de ses élus. Car comme il y a, selon l'Écriture, une séparation de miséricorde et de grâce, aussi y en a-t-il une de rigueur et de justice; et la plus forte imprécation que faisait David contre ses ennemis, qui furent toujours les ennemis de Dieu , était de dire à Dieu : Domine a paucis dicide eos (P5.9 16) : Séparez-les, Seigneur, de ce petit nombre d'élus que vous avez choisis. Surtout, chrétiens, n'appréhendez point la séparation du monde comme un état triste et afi&eux. Quand elle serait telle, vous étant d'ailleurs aussi salutaire et. aussi nécessaire qu'elle Pest, vous devriez l'aimer..
SUR LE CARACTÈRE DU CHRÉTIEN
Christ est le fondement sur lequel nous sommes bAtis et édifiés , mais sur lequel nous bâtissons et nous édifions , pour être un temple consacré au Seigneur. Or ce temple, encore une fois, ne peut être édifié dans nous que par la sainteté de notre vie : d*où vient qu*une vie sainte est communément appelée vie édifiante. Et la merveille en ceci, reprend Zenon de Vérone, est de voir qu'en effet si nous sommes justes, le temple de Dieu se bâtit à tous moments et se consacre dans nos personnes : O res miranda, quotldie œdificatur in nobis et contecra' tur domus Dei! (Zbn. Ver.) Il est vrai , ajoutait ailleurs le grand apôtre, comme chrétiens vous participez au sacerdoce de Jésus-Christ et au ministère des prêtres ; mais c*est pour cela même que je vous conjure de présenter à Dieu vos corps comme autant d'hosties saintes , vivantes et agréables à ses yeux. Car si les prêtres de l'ancienne loi devaient être saints , parce qu'ils étaient députés pour of&ir des pains et de l'encens ; vous qui , en vertu de votre vocation , offrez à Dieu des victimes incomparablement plus nobles , vous qui lui offrez tous les jours l'Agneau sans tache dans le sacrifice de l'autel; vous qui lui devez offrir des cœurs , des volontés et des esprits, que devez- vous être si le raisonnement de l'Écriture est juste : Incejuum et panes offerwU, et ideo sancti erunt Deo suof A quoi, par rapport à vous, ce raisonnement ne s'étend-il pas , et quelle nécessité ne vous impo^e-t-il pas de mener une vie pure et dégagée de la corruption du siècle?
Voilà, mes chers auditeurs, ce qui doit aujourd'hui vous animer, et, si vous n'êtes pas touchés de ce que je dis , voilà ce qui doit vous faire trembler ; car un troisième et dernier article par où je finis , c'est que les péchés des chrétiens contractent une malice particulière , qui est celle même du sacrilège , et qui les rend plus abominables devant Dieu. En effet, qu'est-ce que le sacrilège? c'est, disent les théologiens, l'abus, la profanation d'une chose consacrée à Dieu. Or tout ce qu'il y a dans moi est consacré à Dieu par le baptême; et tous les péchés que je commets sont autant d'abus criminels que je fais de moi-même. Par conséquent tous mes péchés renferment une espèce de sacrilège dont je suis coupable. Mais encore de quelle nature est ce sacrilège ? ce n'est pas seulement la profanation d'une chose consacrée à Dieu , mais unie à Dieu , mais incorporée avec Dieu , ainsi que l'est un chrétien en conséquence du baptême et selon les principes de notre foi. Ah! mes frères, écrivait saint Paul aux Corinthiens , justement indigné d'un pareil abus, serait-il possible que j'en vinsse à cette extrémité? Quoi ! j'arracherais les membres de Jésus-Christ pour en faire les membres d'une prostituée ; ce sont les propres expressions de l'apôtre : Tollens ergo
membra Christi; fadam membra mereMeUf (1. Cor., 6.) Quoi! je corromprais on ooenrfri doit être la demeure de mon Diea, je rinfecteirii du poison le plus mortel , je le sonilleraù de Umttt les iniquités!
Cest cependant, mes chers anditeors, oeqne nous faisons en nous abandonnant ao péebé : jîs* que-là que quelques théologiens, portant trop Mb le sens et la force des paroles de l'apdtre, ont doolé si l'on ne pouvait pas dire que jàas-€3irist, toot impeccable qu'il est en lui-même, devenait pédhen dans les chrétiens; et cela autant de fois qalb commettaient de péchés. Je sais que l*É^ise a rejeté cette manière de parler si injurieose à la saiateté d'un Qomme-Dieu, et qu'elle Fa même tniléQ d'hérésie; mais cette hérésie et cette manière de parler ne laisse pas d'être fondée snr une vérité e» taine, savoir, que toutes les fois que nous péeboM, ce sont les frères et les membres de Jéswi-Cliriit qui pèchent. Tollens ergo membra Christi, faekm membra meretricis.
Ce ne sont point là des exagérations de la cfaare, ni ce n'en est point une d'ajouter, en déploraiit h triste décadence du christianisme , que rien ntomoins n'y est plus ordinaire que le péché. Qiund Dieu , dans les premiers âges du monde , vît la corruption générale où toute la terre était tombée, 3 se repentit, selon le langage de l'Écriture, d'avoir créé l'homme : Pcenitet mefxisse eos. (Geiie»., i.) La vue de tant de désordres qu'il découvrit loi ft regarder avec horreur son propre ouvrage, et l'excita à le détruire : Delebo hominem quem creêtL (Ibid.) Car il ne put souffrir qu'une eréatore kx* mée à sa ressemblance et enrichie de ses dons déi* gurât ainsi son image par de honteux excès el pir ses débordements : Omnis quippe caro corrtiper^ viam suam. (Ibid. ) Hé! mes frères, ces premioi hommes étaient-ils plus vicieux que nons, et dam leurs vices étaient-ils aussi criminels ? Prenex garda: étaient-ils engagés en de plus mortelles habltudii, étaient-ils dominés par de plus sensuelles passîoaSt étaient-ils sujets à de plus grossières et de plus nles voluptés ? Voyait-on parmi eux plus d'injastieei, plus d'inimitiés, plus de vengeances, plosde perldies, plus de dérèglements et plus de débauches? Mais en tout cela et en toute autre chose étaientras d'ailleurs aussi criminels que nous? Avaient-ils avee Jésus-Christ la même liaison, s'était-il montré à leurs yeux sous la même chair, avait-il contracté avec eux la même union par la même grâce et lei mêmes sacrements? En un mot, était-ce des chrétiens comme nous ; et n'est-ce pas une conclusion bien solide et bien vraie que celle de TertulUen et de tous les Pères après lui , que dans la loi nouvelle, dans cette loi qui nous lie si étroitement à Dieu, qui nous dévoue si spécialement à Dieu , qui nous
SDR LA RECHUTE DANS LE PÉCHÉ
me ayee Dieu une communication si intime et 18 lait , en quelque sorte, participer à la nature me de Dieu, si nous sommes pécheurs, notre lié nous rend beaucoup plus condamnables au winal de Dieu, et plus redevables à sa justice? Ju'avons-nous donc à craindre? Plaise au ciel détourner Feffet d'une si terrible menace, et ssioDS-nous le prévenir! C'est que Dieu, selon mêmes termes de l'Écriture, ne vienne à se reitir de ce qu'il a fait pour nous , en nous honorant A si saint et si glorieux caractère : Pœnitet me isse. C*est qu'il ne détruise enfin cette Église qu'il achetée de son sang et animée de son esprit : kbo de terra. Que dis-je, mes chers auditeurs! 16 la détruira jamais, et cette Église subsistera ijours , parce qu'elle est bâtie sur la pierre ferme. lis Dieu , content de se réserver quelques âmes èles, détruira tant d'indignes sujets qui ladésoit au lieu de l'édifier. 11 les retranchera de son jraume comme autant de scandales , et il le transrtera à des nations étrangères. 11 conservera le ristianisme, mais il réprouvera des millions de rétiens. 11 permettra que le flambeau de la foi teigne parmi nous : hélas! n'a-t-il pas déjà comeiioé à le permettre ? et tandis que la lumière de tyangile se répand sur des peuples ensevelis dans I ombres de la mort, ne voyons-nous pas tous les un des esprits s'obscurcir et tomber peu à peu os les plus épaisses ténèbres de l'incrédulité? Car ilà l'affreux châtiment qu'ils s'attirent de la part Dieu; et le moyen qu'une foi toute sainte et me sanctifiante pût se maintenir dans la licence siècle, et compatir avec des mœurs toutes perrties ? Omnis quippe caro corruperat viam suam. nb nous reste-t-il autre chose, 6 mon Dieu, que ivoir recours à votre infinie miséricorde, et de QS flédiir par un retour prompt et sincère dans I Toies d'une foi pure et agissante ? Tout coupais que nous sommes, ce sont toujours vos enfants i TOUS réclament comme leur père , ce sont touffi les oiembres de votre Fils adorable , puisque sont toujours des chrétiens. Si nous n'avons plus *iioe faible lueur pour guider nos pas, elle peut im avec l'assistance de votre grâce et se fortir. Ile souffrez pas. Seigneur, que cette dernière ■ouroe nous soit enlevée. Toute autre vengeance H TOUS plaira d'exercer sur nous, nous l'avons ritée et nous l'acceptons. Mais , mon Dieu , soulez notre foi , augmentez notre foi , vivifiez notre , pour la couronner dans l'éternité bienheureuse , BOUS conduise, etc.
SERMON
POUR LE DIX-HUmÈME DIMANGHE
APRÈS LA PENTECOTE.
SUR LA RECHiriE DANS LE PÉCHÉ.
Bt vident Jésus Jldem illarum , dixii paralyUco : Conftde . JIU ; renUUuntur Uhi peccata tua.
Jésus voyant leur foi , dit aa paralyUqoe : Mon fils \ proies confiance; vos péchés vous sont remis. SAwr MATraiEO, diap. 9.
Il n'est point de mal plus pernicieux à l'homme que le péché; et si ce fut une grâce que le Sauveur du monde fit à ce malade de notre évangile, de lui donner la santé du corps et de le guérir de sa paralysie, ce fut encore une faveur tout autrement précieuse et mille fois plus estimable , de lui donner la santé de l'âme et de lui accorder la rémission de ses péchés. Tel est, mes chers auditeurs , l'avantage que nous recevons nous-mêmes dans le sacrement de la pénitence , et que nous ne pouvons conserver avec trop de soin. En vain le paralytique perclus de tous ses membres se fû^il trouvé tout à coup, par un miracle de la vertu divine, en état d'agir; en vain eût-il entendu de la bouche de Jésus-Christ cette parole toute-puissante, Surge et ambula (Matth., 9) , levez-vous et marchez, si, par une rechute aussi prompte que l'avait été sa guérison , il eût perdu tout de nouveau le mouvement , et qu'il fût retombé dans sa première infirmité. Disons mieux, chrétiens, et ne sortons point de notre sujet : en vain ses péchés lui eussent-ils été pardonnes, si la passion, reprenant bientôt un nouvel empire sur son cœur, l'eût rengagé dans ses mêmes habitudes: et en vain eût-il été réconcilié dans un moment avec Dieu, s'il fût au bout de.quelques jours rentré dans ses voies criminelles, et qu'il se fût rendu plusfque jamais ennemi de Dieu. C'est pour cela que le Sauveur, après avoir guéri auprès de la piscine cet autre paralytique dont il est parlé dans l'évangile de saint Jean , l'avertit expressément de ne pécher plus, et de ne pas retourner à ses désordres passés, de peur qu'il ne s'attirât de la part du ciel un châtiment.encore plus rigoureux que celui qu'il avait déjà ressenti. Ecce sanus fa" dus es :jam noli peccare^ ne deterius tibi aUquid contingat. (Joan., 5.) Souffrez donc, mes cheni auditeurs, que je vous fasse aujourd'hui la même leçon ; et comme le concile de Trente , parmi les caractères de la vraie pénitence , par où nous obtenons le pardon de nos péchés, nous marque la fermeté et la persévérance du pécheur pénitent, pennettezmoi de. vous entretenir d'une matière que je n'ai point encore traitée Juaques à présent dans cette
chaire, et qui demande tout mon zèleet toute votre attention : c'est la recliute dans le péché. Je veux voua faire voir ce qu'on doit penser de ces conversions suivies de rechutes ordinaires et habituelles. Le sujet est terrible; et s*il est vrai , dans le sentiment de saint Augustin, qu'on ne doit pas seréjouir, ni même entendre parler des grâces que Dieu nous fait, sans avoir au même temps le cœur rempli d'une crainte salutaire, selon le mot du prophète, ExuUcUe d cum tremore {Ps, 2) , à combien plus forte raison devons-nous trembler au récit des tristes malheurs que j'ai à vous représenter dans ce discours, après que nous aurons imploré Tassistance du Saint-Esprit par rintercession de Marie : j4ve.
Les théologiens distinguent divers états de péché et de grâce; mais de tous ces étaU, il n'y en a que deux plus communs en cette vie présente où nous sommes : l'un est de se relever de la chute du péché par la grâce de la pénitence , et Fautre de déchoir de la grâce de la pénitence par la rechute dans le péché. Or le premier état, dit saint Grégoire, fait sur la terre notre véritable bonheur, et nous donne quelque communication de tous les autres états de sainteté; car la pénitence nous remet absolument dans l'état de la grâce pour pouvoir ne plus pécher; elle nous rétablit dans les plus beaux droits de la grâce comme si nous n'avions jamais péché; elle nous tientlieu, tant qu'elle subsiste en nous, d'une grâce confirmée, pour vous préserver du péché; et elle nous fait mériter l'état de la gloire, où nous ne pourrons plus pécher. De là il s'ensuit , par un raisonnement tout contraire, que le second état, qui est celui de la rechute dans le péché , doit être pour l'homme le plus grand de tous les malheurs|, puisqu'il détruit tous ces avantages de la pénitence, que nous pouvons encore réduire surtout à deux : savoir, par rapport au passé, d'effacer les péchés commis; et par rapport à l'avenir, de nous fortifier pour ne les plus commettre. Car remarquez bien , sMl vous platt , deux propositions que j'avance. Je dis que la rechute ordinaire et habituelle dans le péché rend la pénitence passée infiniment suspecte; et j'ajoute que la même rechute dans le péché rend la pénitence à venir non-seulement difficile, mais, selon le langage de l'Écriture et des Pères de l'Église, moralement impossible. Que fait donc le pécheur de rechute ? deux choses. Il nous donne lieu de douter si sa pénitence passée a été sincère et véritable : c'est la première partie; et il se jette dans une extrême difficulté, pour ne pas dire dans une espèce d'impossibilité, de retourner jamais à Dieu par une nouvelle et solide pénitence ; c'est la seconde partie. De sorte qu'il ne peut raisonnablement ni s'assurer du passé ni compter sur l'avenir. En deux mots, rechute dans le pédié, marque d'une fausse pénitence à l'yard du passé, obstacle à la vraie pé-
SUR LA RECHUTE DANS LE PÉCHÉ
nitence dans l'avenir; voilà de quoi je vais nm convaincre, si vous voulez m'éeouler avec tion.