‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 7 sur 232 · SUR LE ZELE, ETC · texte numérisé non relu

SUR LE ZELE, ETC

Nous n'avons ni crédit, ni industrie, ni intelligence contre les progrès et les attentats du libertinage ; ainsi parlons-nous quand il ne s'agit que de Dieu seul et de sa cause. Mais que ce qui était la cause de Dieu devienne la nôtre, que cette cause de Dieu commence à nous toucher personnellement, que notre intérêt s'y trouve mêlé; et l'on verra si nous sommes aussi peu agissants et aussi dépourvus d'adresse que nous le disons. 11 n'y a point alors de ressort que nous ne sachions faire jouer, il n'y a point d'obstacle que nous n'ayons le secret de rompre. Auparavant nous ne pouvions rien, maintenant nous pouvons tout. Nous n'osions employer nos amis pour Dieu, nous les fatiguons et les épuisons pour nous-mêmes. Il semble que nous soyons transformés en d'autres hommes, et que notre lâcheté, par un changement merveilleux , se soit convertie dans la plus intrépide et la plus inébranlable constance : In Dei injtnia benigni sumus, in nostris contumeliis odia exercemus. Encore une fois , pour peu que nous soyons équitables, pouvons-nous enten-> dre sur cela le témoignage de notre cœur, et n'en pas rougir de confusion ? Si nous n'en rougissons pas, chrétiens; si, par une ferveur toute nouvelle qui doit aujourd'hui nous ranimer, nous ne profitons pas de ces leçons que je vous fais. Dieu saura bien nous faire porter la peine de notre injustice et nous punir de notre infidélité. Car s'il y a rien qui soit capable de l'irriter contre nous et d'attirer sur nous les fléaux de sa colère ( apprenez-le , grands de la terre, et humiliez-vous sous sa main toute-puissanté), si, dis-je, il y un sujet qui l'engage à se tourner contre vous , et à vous traiter avec plus de sévérité , c'est celui-ci. Quelque bien que vous puissiez faire d'ailleurs, si, par une condescendance trop facile , vous souffrez que la religion , que l'Église, que la piété, que la vérité, que la saine doctrine, soient impunément attaquées, fussiez-vous dans tout le reste des hommes irréprochables, vous êtes des anathèmes que Dieu rejettera, qu'il confondra même dès cette vie , et sur qui il fera éclater toute la rigueur de ses jugements. Ne comptez point sur toutes les autres vertus que vous auriez pratiquées. Vous n'êtes pas plus saints que l'é^ tait Héli : il aimait l'ordre , il voulait que Dieu fât servi, et il le servait lui-même; il était touché des scandales que ses deux enfants, Ophni et Phinées, donnaient dans le temple : mais il manquait de fermeté pour les tenir dans le devoir, et pour réparer les outrages qu'ils faisaient à Dieu. Vous savez ce qui lui en arriva. Çaia magis konorasti filios tuos quant me, lui dit le Seigneur, par la bouche de son prophète , ecce dies veniunt, etprsccidam hrachium fuum, et non erit senex in domo tua (1 . Reg., 2) : Parce que tu as eu plus d'égard pour tes enfants que pour moi , parce que tu as plus craint de leur déplairt

SUR LE ZÈLE, etc.

qu'à moi, parce que tu n*as pu te résoudre à les coDtrister en les ciiâtiaat et qu'ils t'ont été plus cfaers que moi , voici le jour de ma justice qui approche. Comme tu m'as offensé en eux , je te punirai par eux : ils mourront l'un et l'autre d'une mort funeste, et dans leurs personnes toute la gloire de ta maison sera pour jamais anéantie. Ah! mes chers auditeurs, combien de pères dans le christianisme à qui Dieu pourrait faire, au moment que je parle, )a même menace et la même prédiction! Quia magis honorastifilios tuos quant me : Parce que vous vous êtes laissé amollir, par une tendresse criminelle, et que vous l'avez conservée à mon préjudice pour des enfants impies, athées, perdus de conscience; parce que, voyant leurs désordres, vous n'avez pas voulu oublier que vous étiez leur père, pour vous souvenir que j'étais votre Dieu, ou que vous vous êtes seulement souvenu que vous étiez leur père pour les aimer, sans vous souvenir que vous l'étiez encore pour les corriger; parce qu'en mille occurrences où je vous demandais raisonde leurs déportements, vous n'avez pu consentir à vous élever contre eux pour venger mes intérêts : Ecce dies ventunt, et prœcidam brachium inum, H non erit senex in domo tua; je vous priverai de ces bénédictions que j'ai coutume de répandre sur mes serviteurs et sur ceux qui leur appartiennent. Elles ne seront ni pour vous ni pour ces enfants dont vous êtes idolâtres , et sur qui vous fondiez vos espérances dans l'avenir. Je détruirai votre maison , j'abaisserai votre grandeur, je saperai les fondements decetédiGce imaginaire que vous vous promettiez de bâtir; et par la juste sévérité de mes châtiments , TOUS reconnaîtrez que je n'ai besoin que de moimême pour tirer, quand je le veux, une vengeance exemplaire des injures que je reçois , et de ceux qui les pardonnent trop aisément.

Oui, mes frères, c'est ainsi que Dieu pourrait vous parler, et a bien d'autres. La prédiction se vérifia à l'égard d'Héli, l'effet répondit à la menace; tout ce que le prophète lui avait annoncé s'exécuta ; et , selon les règles de la prédestination divine , ce fut encore une grâce que Dieu fit à ce père infortuné : car tous les maux qui tombèrent sur lui n'étaient après tout que des maux temporels , dont il profita; mais il y a des coups de la justice de Dieu plus terribles, que nous avons à craindre. Et qu'est-ce quand Dieu , se retirant de nous , laisse peu à peu se refroidir et s'éteindre tout notre zèle.' Or voilà ce qui arrive souvent, et ce qu'il nous a &it entendre par son prophète : Auferetur zelus meus a te. (Ezech., 16. ) Il laisse un juge, un magistrat dans le plus profond assoupissement sur des abus qui s'introdinsent, et qui le condamneront au tribunal de Dieu pour ne les avoir pas d'abord condamnés à son tribunal. Il laisse un maître aban-

donner tout au gré de ceu\ qui le servent, et fermer entièrement les yeux sur leur conduite , pour n'être point forcé de les avertir et de les reprendre; mais pour se charger devant Dieu d'un fardeau mille fois encore plus pesant que celui dont il a voulu se décharger, et qu'il ne croyait pas pouvoir porter. Il laisse un ministre de sa parole, un directeur, un confesseur flatteries consciences^ les perdre en les flattant , et se précipiter lui-même dans l'abîme; car ce sont là les suites malheureuses de cette crainte mondaine qui nous lie tout a la fois et la langue et les mains , pour ne rien dire et pour ne rien entreprendre dans des occasions qui demandent toute la liberté de la parole et toute la force de l'action. Ah! chrétiens auditeurs, si la crainte nous doit gouverner, que ce soit la crainte du Seigneur, de ce Dieu tout-puissant , et surtout de ce Dieu jaloux : car il l'est, et il l'est souverainement. Et ne peut-il pas bien l'être? et que n'a-t-il pas fait pour avoir droit de l'être? et n'est-ce pas notre avantage qu'il le soit, et qu'il daigne attendredenous et en recevoir ce témoignage dont il a prétendu nous faire un mérite? Que lui était du reste nécessaire le témoignage d'aussi faibles créatures que nous le sommes? Ne pouvait-il pas , sans nous , mettre à couvert ses intérêts? Mais, par une conduite toute miséricordieuse de sa providence et de son infinie bonté, il a voulu que nous eussions de quoi lui marquer notre attachement et notre zèle, afin qu'il eût de quoi nous récompenser. Secondons ses desseins, puisqu'ils nous sont si favorables; et, par une ardeur toute nouvelle, disposons-nous à entendre un jour de sa bouche cette glorieuse invitation : Venez, bons serviteurs; parce que vous m'avez été fidèles, entrez dans la joie de votre Seigneur. C'est là que nous trouverons le centuple de tout ce que nous aurons donné à Dieu, et que nous jouirons éternellement de sa gloire, que je vous souhaite, etc. •

SUR LA FRÉQUENTE COMiMUNION.

SERMON

poim LE DIMAIICHE DANS UOCTAVE

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