‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 81 sur 232 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Od s'était bien attenda que les sennons du père Boardaloae seraient aussi favorablement reçus qu'Us l'ont été. Kn voici la suite » qui semble devoir soutenir toute l'estime que le public a conçue des premiers. Quiconque même a du goût pour les sermons , et en sait faire le discernement, trouvera dans ceux-ci cet avantage, qu'étant d'un genre où il est plus rare de réussir, l'auteur en a pris le vrai caractère , et s'y est tracé une méthode qui, pour être devenue commune, ne lui en est pas moins propre, puisque c'est lui qui en a donné le modèle, ou , du moins , qui l'a beaucoup perfectionnée.

Avant le père Bourdaloue , les prédicateurs traitaient les mystères de la religion d'une manière abstraite et sèche; et si quelques-uns les tournaient à la pratique et à la morale, ce n'était qu'en peu de mots et qu'assez superficiellement, ils expliquaient le fond de cliaque mystère, ils en établissaient la vérité, ils en montraient les convenances; et, du reste , autant pour remplir leur sujet et'ne pas manquer de matière , que pour donner du jour et de la force à leurs pensées, ils avaient recours à de longues citalions , soit de l'Écriture et des Pères , soit même des auteurs profanes. Voilà ce que faisaient les plus habiles , et ils en demeuraient là ; de sorte que leurs discours étaient plutôt , à le bien prendre, des leçons de théologie que des prédications.

D'autres moins solides , quoique plus diserts, s'en tes nnient à une simple exposition des mystères, et s'appliquaient d'ailleurs à la relever par tous les agréments d'une éloculiun ou vive et brillante, ou seulement exacte et polie , mais souvent plus recherchée que naturelle. Certaines applications de l'Écriture assez ingénieuses, quelques comparaisons et quelques figures, quelques sentiments m Ame dévots et affectueux , beaucoup de fleurs , mais peu de substance et peu de suc : c'était là que se réduisait toute leur étude , et l'idée qu'ils se formaient de ce qu'il y a dans la religion de plus saint et de plus auguste.

I^ père Bourdaloue vit le défaut de cette spéculation , trop vague pour arrêter les esprits et pour faire sur les cxTurs des impressions capables de les remuer et de les toucher. 11 comprit qu'il fallait ramener à lui-môme l'auditeur , et que , s'il n'est réveillé de temps en temps par une peinture de ses mœurs qui le pique et qui l'intéresse, il laisse bientôt son attention s'égarer, ou s'affectionne peu à ce qu'il entend : tellement que le prédicateur doit à peu près se comporter dans la chaire, à l'égard des autres, comme il se comporte à son é^ard , et pour son édification propre, au pied d'un oratoire et dans la méditation. Un liomme qui médite sur un mystère se le retrace d'abord dans l'esprit, et en considère toutes les circonstanciés : tuais , après cette première vue , faisant un retour sur soimême, et se rx>mparant avec le modèle qu'il a devant les }eu\ , il s'instruit, il se confond, il s'anhne, il prend de

résolutions , et sort de la prière en disposition de les exécuter.

Tel fut le plan que le père Bourdaloue cmt devoir aaivre; et c'est par là même encore qu'il se garantit d'un an> tre excès. Cai il est vrai que les prédicateurs donnent quel* quefois là-dessus dans une extrémité tout opposée. Ce m sont plus proprement les mystères qu'ils traitent, mais à l'occasion des mystères de purs sermons de morale qu'Es font Une vertu qui éclate dans le mystère dont ils col à parier, et qui le distingue, c'est à quoi ils s'attachent; et en cela il n'y a rien qu'on puisse reprendre, et qui ne soit selon les règles. Mais, après avoir proposé cette Terla comme le point capital du mystère et comme le fruit qn*! en faut tirer, l'envisager seule dans tonte la snite dn dii> cours , et perdre absolument le mystère de vue, sans y i^ venir jamais , si ce n'est peut-être dans une courte conclosion , il parait que c'est manquer à un des devoirs les plus essentiels du ministère évangélique. Le ministre de rÉvan gile doit, avant toutes choses, instruire ses auditeurs de leur religion ; et ils n'en peuvent avoir qu'une connaissance très-imparfaite, si Ton ne prend soin de leur en expliquer les premiers principes etles vérités fondamentales, qui sont les mystères.

Au milieu de ces deux extrémités, il y a un tempérament dont le père Bourdaloue ne s'est guère écarté. Il donne à un mystère tout l'éclaircissement convenable ; mais il y joint ensuite une morale toute fondée sur le mystère même : et , par le parfait rapport qu'il sait trouver entre l'un et l'autre, il les assortit si bien ensemble, que le mystère sert de preuve à la morale, et que la morale est la pkis juste conséquence du mystère. 11 fait plus : outre la première division de son discours, tantôt en deux, et tantôt en trois propositions générales, souvent il subdivise encore chaque partie ; et ces subdivisions, qui sont autant de circonstances du mystère, s'étendent également et sur le mystère et sur la morale : d'où il arrive qu'en même temps qu'il développe par ordre tout son mystère, il expose dans le même ordre et dévsloppe toute la morale qui y répond.

On a pu voûr, par quelques-uns des sermons de cet excellent prédicateur qui ont déjà paru , comment il entrait dans le véritable esprit des mystères, et sous quels traits ils les savait représenter : mais on le verra encore mieux ici. Il est difficile d'en concevoir des idées plus justes, et d'en faire de plus grandes images. Non qu'il use pour cela de termes pompeux et d'amplifications, ni qu'il ait besoia de ces ornements que l'art fournit à l'orateur comme des secours pour le soutenir : toute sa grandeur est dans les choses mêmes qu'il dit , et qu'il tire de son sujet Sans s'arrêter à certaines i)ensées , ou toutes mystiques , ou seulement pieuses, et sans les rejeter aussi , ni les affaiblir en aucune manière , il n'avance rien qui ne lui paraisse solidement établi dans la religion. C'est là qu'il se renferme, et qu'en prédicateur liabile et maître de son expression et

sua LA NATIVITÉ DE JËSUS-CHRIST.

dotes tours, il aocommodks» par un don qni lui était particoUer, an style et à la dignité de l'éloquence chrétienne, ee que la théologie a de plus profond sur nos mystères, et ce qu*dle exprime même dans le langage le plus obscur, et si ou rose dire, le plus harbare. La fin de chaque mystère , les dessdns que Dieu s'y est proposés , ses adorables perfections qu'on y découvre, les avantages qui nous en reviennent, les dispositions nécessaire pour le célébrer dignenient et utilement , enfin les efiets de grAce et de salut qa*il doit opérer en nous , voilà sur quoi roule tout son discours , mais avec une solidité qui convainc , et avec une mainte qni in8|ih« de la vénération pour notre foi.

L'esprit , prévenu de la sorte , n'a plus de peine à se rendre ; et le ooMir, pénétré de ce sentiment de respect pour le mystère de Dieu, se porte de lui-même aux conséquences où le prédicateur le veut conduire. C'est ce qu'on éprouvera 60 lisant ces sermons. Le père Bourdaloue les a remplis dinstnictions propres à tous les états. Comme il cherchait moins k plaire qu'à se rendre utile , et que son zèle était universel y 0 avait soin de proportionner sa morale à tontes les conditions des hommes; et ce qu'il y a même d'assex remarquable , c'est qu'il ne parle presque jamais en particnlier à ceux que la Provjdence à distingués ou par leur naissance, ou par leur rang , sans adresser ensuite la parole aux autres que Dieu n'a pas ainsi élevés; et que, par une merveilleuse diversité de vues , il trouve tout à la fois dans le même mystère, et pour les grands et pour les petits, selon leurs situations différentes , des règles de conduite et des motifs de sanctification.

Ce qui ne fait pas moins connaître l'étendue et la fécondité de son génie, ce sont les divers discours qu'il a composés sur les mêmes sujets. H y en a sur certains mystères josques à quatre ; et sur les autres, communément deux ou trois : tons si complets, qu'à prendre chacun séparément, il semble qu'il y ait épuisé toute sa matière. Ce n'est pas, au reste, qu'il ne fût quelquefois obligé de rentrer dans les mêmes pensées ; car les sujets ne sont pas iufinis : mais ces mêmes pensées , mises sous d'autres jours , et diversement exprimées , sans avoir le dégoût de la répétition , ont, an contraire, une force et une grâce toujours nouvelles.

n font, après tout, convenir que, sur le mystère de r Ascension de Notre-Seigneur, le père Bourdaloue n'a pas tout à lait observé la méthode qu'il s'était prescrite. Ce sennoo est tont moral; et, hors l'exorde et quelques endroits trèsHXHirts qui regardent le mystère, il n'y est parlé que de la gloire du ciel et du mérite requis pour l'obtenir. Mais nn des mystères où les prédicateurs se donnent plus aisément cette liberté , c'est , ce semble , celui-ci. L'auditeur y est assez accoutumé; et nul à cette fête n'est surpris qu'on rentretienne du souveram bonheur où Jésus-Christ nous a précédés, et qui est le terme de notre espérance. Qooiqn'il en soit, un seul discours, quelque beau qu'il poisse être, ni un exemple particulier, ne peut prévaloir contre one maxime générale.

On doit dire à peu près la même chose du second sermon de l'Assomption de la Vierge : et parce qu'il a rapport à nn ikit dont tout le monde n'est pas instruit , ou dont la mémoire commence peut-être à s'efTacer, il est bon, poor rendre ce sermon plus mtelligibbe, d'igouter à quelle occasion le père Bourdaloue le composa. Il y a plusieurs années qu'il parut un petit ouvrage intitulé : Avis salutaire de la bienheureuse Vierge à ses dévots indiscrets.

avec ces paroles de saint Paul au bas du titre : Que votre culte soit raisonnable. Il semblait que l'auteur n'eût eu en vue que de régler le culte de la Vierge : mais ce 11» belle tendait à le détruh-e. C'est ce qu'aperçurent d'abord toutes les personnes bien intentionnées qui prirent soin de l'examiner, et ce qui alluma le zèle des vrais catholiques en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne et ailleurs. L'ouvrage donc très-Uijurieux à la Mère de Dieu , et capable de troubler la piété des fidèles , fut déféré de toutes parts au sahit-slége, etauthentiquement condamné. Le père Bourdaloue entreprit de le combattre dans un sermon sur la dévotion à la Vierge , qui est celui même dont il s'agit. Ce n'est ni une controverse de l'école , ni une longue déclamation de la cliaire, mais un discours solide, où ces avis , prétendus salutaires , sont réfutés avec autant de modération et de brièveté, que d'ordre et de précision.

On a délibéré si l'on mettrait le sermon du lundi de PAque au rang des autres, parce qu'il est imparfait; mais on a conclu qu'il ne fallait pas l'omettre ni le déplacer : et l'on a jugé même que le public serait bien aise d'avoir cette preuve de la fidélité avec laquelle on lui donne les sermons du père Bourdaloue. Après ces mystères , on se dispose à faire paraître le plus tôt qu'il sera possible , les Panégyriques des saints.

SERMON

Page 1