‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 84 sur 232 · DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DE JÉSUS-CHRIST

Natus est wMs hodie SatoatoTy et hoc vcbU signum (Luc, 2) : Il vous est né un Sauveur, et voîd la marque à quoi vous le pourrez reconnaître. C'est donc par rapport à l'ofQce de Sauveur qae nous devons considérer ce signe. D'où je conclus d'abord que c'est de tous les signes que Dieu ait jamais donnés aux hommes le plus admirable : pourquoi? Parce que c'est le signe le plus naturel, et eo même temps le plus efficace que Dieu ait jamais employé pour découvrir aux hommes les richesses de sa grâce et pour leur faire sentir les effets de sa miséricorde. Deux qualités qui distinguent ce signe, signe le plus naturel , et signe le plus efiicace : le plus naturel , c'est-à-dire le plus propre à marquer et à bien faire connaître la diose qu'il signiQe; le plus efQcace, c'est-à-dire le plus propre à opérer même ce qu'il signifle. Non, chrétiens, Dîea aveo toute sa sagesse ne pouvait aujourd'hui nous donner un signe ni plus naturel , puisqu'il nous marque parfiûteBMit que le Sauveur est né, et pourquoi il est né; pre> mière partie : ni plus efficace, puisqu'il commenee déjà à produire dans les esprits et dans les cœurs les merveilleux effets pour lesquels le Sauveur est né; seconde partie. Conformité de ce signe avec la qualité de Sauveur, vertu de ce signe dans les miracles qu'il a opérés dès la naissance du Sauveur : c'est tout mon dessein.

Il est vrai, chrétiens, le saint et glorieux enfant dont nous célébrons la naissance avait été promis au monde en qualité de Sauveur. Mais selon les principes de la foi, il ne devait l'être, et même dans l'ordre de la justice, il ne pouvait l'être qu'à deux conditions : l'une, d'expier le péché, et l'autre, de rétormer Thomme pécheur. Car Dieu voulait être satisfait ; etj tandis que l'homme demeurait dans la corruption et le désordre où l'avait réduit le péché, il n'y avait point de salut pour lui. Il fallait donc que Jésus-Christ , pour opérer ce salut et pour faire l'ofQce de sauveur, c'est-à-dire de médiateur entre Dieu et Thomme , donnât à Dieu , d'une part , toute la satisfaction qui lui était due, en portant la peine du péché; et de l'autre, corrigeât dans rhomme les dérèglements du péché. Or, pour nous marquer qu'il était prêt d'accomplir ces deux eonditiom, et que déjà même il les accomplissait,* je préteodi, et vous l'allez voir, qu'il ne pouvait choisir un signe plus naturel que la pauvreté et lliumilité de sa naissance. Transeamus usque Bethléem ^ et videamus hoc verbum quod factum est. (Luc. , 2. } Passons en esprit jusqu'à Bethléem ; et à l'exemple des pat* teurs , contemplant avee les yeux de la fd œ que nous y voyous ai^ourd'luii et ee que Dieu nous y fait connattra * tlchOM dé mmh bmer ndée d*« des plus I

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Sauveur, le Fils de Marie devait expier et être la victime du péché. Pouvait-il se produire au monde dans un état plus i que celui où la Providence Ta fait naîi mieux , que celui où par son propre voulu naître? Ce fut là, ce fut dans Téithléem que , brûlé de zèle pour les intéeu, il termina les anciens sacrifices , et, iverain prêtre de la loi de grâce, il en étaiveau : là que , la crèche lui servant d*autel, tu pour la première fois Toblation solenpersonne : là , comme porte le texte sason humanité lui tenant lieu de tabernaabernacle vivant qui n'avait point été fait ns des hommes , mais qui était Touvrage sprit, il parut non plus avec le sang des es taureaux , mais avec son propre sang ; larler en termes plus simples , là qu*il se tvoir d'être déjà l'agneau de Dieu, cet Qs tache qui devait satisfaire à la justice ' lui-même , et aux dépens de lui-même. 3ulait plus de toutes les autres victimes ; rps tendre et délicat , dont il avait revêtu nique, était la vraie hostie qu'il attendait it de siècles. Or, la voilà enfin , cette hossainte , digne de Dieu ; la voilà qui comtre immolée. Ainsi les Pères de T Église 9nçu , et ainsi Tertullien s'en expliquaitil nous donnait cette excellente idée de ist : j4 partu virgineo effectus hostia ..); un Sauveur aussitôt sacrifié qu'il est 5t offert à son père qu'il est sorti du sein 'e. Car ne vous imaginez pas, dit saint me, que l'immolation de cet agneau de été la dernière action de sa vie, ou du u'elle n'ait été que la dernière. Si c'est 1 voulut finir, ce fut aussi par là qu'il vousncer ; c'est-à-dire, s'il acheva son sacrifice oix, il en consacra les prémices dans la

es frères , ce fut dans sa sainte nativité irbe fait chair commença le sacrifice qu'il isommer au Calvaire. 11 ressentait déjà i empressements dont il donna dans la i\ sensibles témoignages à ses disciples, leur disait : Baptismo habeo baptizari ; io coarctor usquedum perficiatur ( Luc . , lois être baptisé d'un baptême (c'était le douloureux de sa passion et de sa mort) ; je me sens pressé jusquà ce qu'il s'accom- I terme coarctory selon la belle remarque mbroise, ne pouvait mieux s'appliquer ni orter qu'au mystère de la crèche, où idd Diea était comme resserrée dans Dt, et où tout le zèle de Jésust se trouva en quelque sorte

contraint et gêné parce que le temps n'était pas encore venu de le faire paraître, et de le déployer dans toute son étendue : Et quomodo coaretor usquedum perficiatur! Il les ressentait, dls-je, ces saints empressements , et il n'attendit pas que son sang fdt entièrement formé dans ses veines , pour se livrer comme une victime. A quoi donc ce Dieu nouvellement né pensa-t-il dès le moment de sa naissance.' à quoi s'occupa cette grande âme renfermée dans un si petit corps? appliquez-vous, mes chers auditeurs , à une vérité si touchante. Que faisait Jésus-Christ dans la crèche? Il réparait par ses humiliations tous les outrages que l'orgueil des hommes avait déjà faits ou devait faire encore à Dieu; il rétablissait l'empire de Dieu ; il rétablisait toute lagloireque le péché lui avait ravie. Que faisait Jésus-Christ dans la crèche ? Il apaisait Dieu , il désarmait la colère de Dieu ; il attirait sur les hommes la plénitude des miséricordes de Dieu. Disons quelque chose de plus particulier. Que faisait Jésus-Christ dans la crèche? Il expiait tous les crimes dont les hommes étaient alors , et dont nous-mêmes nous devions être un jour chargés devant Dieu : nos révoltes contre Dieu, nos désobéissances à la loi de Dieu, nos résistances opiniâtres aux inspirations de Dieu, nos ingratitudes envers Dieu, nos froideurs, nos relâchements dans le culte de Dieu. H payait les dettes infinies dont nous devions être comptables à la justice de Dieu : et voilà ce qu'il nous annonce par le signe de sa pauvreté, par le signe de son humilité , par le signe de sa mortification : Et hoc vobis signum.

En effet , que nous apprend autre chose cet état pauvre où il se réduit . cet état humble où il paraît , cet état souffrant où il natt , sinon qu'il vient faire pénitence pour nous, et nous apprendre à la faire? Écoutez ceci , chrétiens. Je dis nous apprendre à la faire , car c'est aujourd'hui que Dieu veut que nous concevions une haute idée, une idée juste de cette sainte vertu; en voici le signe, en voici la mesure et le modèle. Un Dieu humilié et anéanti , un Dieu pleurant et versant des larmes, un Dieu souffrant. Oui , dit saint Chrysost6me, couché dans la crèche , il faisait péttîtence pour nous , parce qu'il savait que nous étions incapables de la faire sans lui; que notre pénitence, sans la sienne, nous eût été absolument inutile, puisqu'elle eût été indigne de Dieu. Et il nous apprenait à la faire, parce qu'il voulait que nous connussions l'indispensable nécessité où nous sommes d'être pénitents comme lui, et qu'il savait que sa pénitence sans la nôtre . quelque mérite qi?elle pût avoir, ne nous serait jamais appliquée, ni jamais par rapport à nous ne serait acceptée de Dieu. C'est la , dis-je, ce qu'il nous enseigne; et la crèche n'en estelle pas la marque la plus convaincante ? Mais com-

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ment encore nous Fenseigne-t-il, cette pénitence? Ah! chrétiens, élevez vos esprits au-dessus des bassesses apparentes de ce mystère. Il pleure nos péchés, que nous ne pleurons pas nous-mêmes; et il les pleure doublement , parce que nous ne les pleurons pas nous-mêmes. Mystère adorable, et capable d*exciter dans nos cœurs les sentiments de la plus vive contrition. Car, prenez garde, mes frères, c'est la remarque de saint Bernard : si Jésus-Christ naissant pleure dans la crèche , il ne pleure pas comme les autres enfants, ni par le même principe que les autres enfants : PlôrtU quippe Christus , sed non ut cxteri , avt certe non quare exteri. (Bebn.) Les autres enfants pleurent par faiblesse , et celui-ci pleure par raison , pleure par amour et par compassion ; les autres pleurent leurs propres misères, et celui-ci pleure les nôtres; les autres pleurent parce qu'ils portent la peine du péché, et celui-ci parce qu'il vient détruire le péché, et Teffacer par ses larmes. Or ces larmes d'un Dieu, ajoute le même Père, me causent tout à la fois et de la douleur et de la honte : Porro iacnjmx istœ, Fratres, et dolorem miài pariunt et pudorem. (Id.) De la honte, quand je considère que le Fils unique de Dieu a compati à mes maux , qu'il en a été si vivement touché, et que j'y suis moi-même si insensible ; quand je fais réflexion qu'un Dieu a pleuré sur moi , et que je ne pleure pas sur moimême; au contraire, que je soutiens avec une affreuse indolence, avec une tranquillité et un endurcissement monstrueux, le souvenir de mon péché, dont je devrais faire la matière éternelle de mon repentir et de mes pleurs. De la douleur, quand je pense qu'après avoir fait pleurer Jésus-Christ dès son berceau , je lui en donne encore tous les jours de nouveaux sujets ; que , pouvant le consoler par la réformation de ma vie , j'insulte , pour ainsi dire , à ses larmes par mes désordres; et qu'au lieu qu'il a prétendu détruire le péché et l'anéantir, je le fais revivre dans moi, et régner avec plus d'empire que jamais. Sur quoi ce grand saint s'écriait : O duritia cordU meil (Id.) O dureté de mon cœur! jusqu'à quand résisteras-tu à la charité d'un Dieu , à la pénitence d'un Dieu, au zèle d'un Dieu, et au zèle d'un Dieu pour toi-même? Cœur de pierre! quand t'amolliras-tu, et quand deviendras-tu ce cœur de cliair que Dieu promettait à ses serviteurs, c'est-àdire ce cœur tendre pour ton Dieu , ce cœur sensible aux impressions de son amour, aux mouvements de sa grâce et aux intérêts de sa gloire? Car voilà, chrétiens, les sentiments dont saint Bernard était pénétré en contemplant la crèche de Bethléem. C'était un homme séparé du monde , crucifié au monde, mort au monde; c'était un s^int; si donc il parlait de la sorte, et s'il le pensait, nous, bien éloignés de la sainteté de sa vie et des ferveurs de sa

pénitence, que devons-nous dire, et surtout que devons-nous penser?

Il y a plus encore. Après avoir expié le péché, Jésus-Christ devait sauver et réformer l'homme pécheur, ou plutôt il devait sauver l'homme pécheur et le réformer en expiant notre péché et en satisfaisant à Dieu : Quia nahu est vobit hodk Saloator, (Luc. , 2. ) Ne regardons point cet en&ot enveloppé de langes comme la splendeur de la gloire du Père , comme le créateur de l'univers , coaune le seigneur de toute la terre, comme le roi das siècles , et comme le juge des vivants et des roorti. Il est tout cela; mais ce n'est sous aucune de ces qualités qu'il vient de nattre. Envisageons-le eomme sauveur et comme réformateur de rbomme, et voyons si le signe qu'il choisit pour nous annonesr sa venue n'est pas de tous les signes le plus convenable et le plus conforme au dessein qu^il s'est proposé. C'est un Dieu né pour nous sauver; et ee qui nous perdait, chrétiens, ou plutôt ce qu! nous perd encore tous les jours, vous le savez , c'est un attachement criminel aux honneurs du siècle, aux richesses du siècle, aux plaisirs du siècle, trois sources de corruption , trois principes de la réprobation des hommes. Or, que fait Jésus-Christ? il vient au monde avec le signe de l'humilité, avec le signe de la pauvreté, avec le signe de la roorti* fication. Prenez garde : je dis avec le signe d'une humilité sans bornes ; pourquoi ? pour l'opposer à cette ambition démesurée qui nous fait rechercher les honneurs du siècle, et qui est une de nos pa^ sions les plus dominantes. Je dis avec le signe d'une pauvreté volontaire; pourquoi? pour l'opposer à ce désir insatiable des biens de la terre et des richesses du siècle dont nous sommes possédés. Je dis avec le signe d'une entière mortification ; pour quoi ? pour l'opposer à cette mollesse qui nous corrompt et qui nous rend esclaves de nos sens. Peutil mieux nous marquer qu'il est ce Sauveur par excellence qui doit délivrer son peuple de la servitude de l'enfer et de la tyrannie du péché? Conduite adorable de notre Dieu ! Si ce Dieu sauveur avait paru au monde avec des signes tout contraires à ceux qu'il a pris pour nous déclarer sa naissance, nous eût-il jamais persuadé ces grandes vérités, à quoi, de notre propre aveu, notre salut est attaché? Je m'explique. S'il eût pris pour signe de sa venue, au lieu de l'obscurité de l'étable et de la pauvreté de la crèche, l'éclat et la gloire, l'opulence et les aises de la vie, nous eût-il jamais persuadé l'humilité de cœur, la pauvreté de cœur, le détachement et la haine de nous-mêmes? Et d'ailleurs, sans nous persuader tout cela , nous eût-il sauvés? Le voyant riche et dans l'abondance, le voyant sur le trône et dans la grandeur, le voyant dans ' le faste, dans la pompe, aurions-nous été tou-

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es des maximes de son Évangile, de cet Évangile li devait condamner notre amour-propre? Quelles leçons quMl nous eût faites touchant le mépris 1 monde et le renoncement au monde, Ten au- • ons-nous cm ? Quelque assurance qu*il nous eût 3imée du bonheur de ceux qui souffrent et qui leurent, nous en serions-nous tenus à sa parole? >e sa doctrine, n'en aurions-nous pas appelé à son xemple? et quoique la conséquence de son exemple sa doctrine ne fût pas juste par rapport à nous, ussioDS-nous eu assez d'équité pour ne nous en pas prévaloir? Vous annonçant aujourd'hui un tel Saureur, et avec de telles marques , serais-je bien reçu i vous prêcher la sévérité chrétienne , et oserais-je n*élever contre votre luxe, contre vos délicatesses, sontre tous les désordres d'une cupidité avare ou sensuelle? Mais maintenant que je vous annonce un Sauveur né dans une crèche et réduit à une es^tréme nûsère; mais maintenant que je vous le présente, ce Sauveur, tel qu'il a voulu être, et tel qu'il est CD effet, sans secours, sans biens, sans autorité, sans crédit) sans nom, exposé dès sa naissance à toutes les injures d'une saison rigoureuse, à peine couvert de quelques misérables langes, n'ayant pour lit que la paille, et pour demeure qu'une vile retraite et une é^le ; quels reproches n'ai-je pas droit de vous faire? quels arrêts ne puis-je pas prononcer contre vous ! Je dis contre vous , mondains ambitieux et entêtés d'une vaine grandeur ; je dis contre îous, mondains avides et intéressés ; je dis contre TOQs , mondains amateurs de vous-mêmes et voluptueux.

Carenfln, mes chers auditeurs, raisonnons tant qu'il nous plaira; ce signe de Thumilité d'un Dieu confond aujourd'hui malgré nous tout l'orgueil du monde; et pour peu qu'il nous reste de religion , il est impossible qu'à la vue de la crèche nous soutenioos l'énorme contradiction qui se trouve entre cet orgueil du monde et notre foi. Qu'un juif ou qu'un païen soit livré aux désirs d'une ambition déréglée , je ne m'en étonne pas; c'est une suite naturelle de rincrédulité de l'un et de la vanité de Tautre ; mais qu'an chrétien qui fait profession d'adorer un Dieu bumilié et anéanti; disons mieux, qu'un chrétien qui, dans la personne de son Dieu, fait profession <^adûrer l'humiliation même et Tanéantissement même, soit dans sa propre personne idolâtre des ^nneurs du monde, ne pense qu'à se les attirer, (t'ait en vue que l'accroissement de sa fortune , ne poisse rien souffrir au-dessus de soi , se pique d'as- Pirer à tout, ne borne jamais ses prétentions , dise ^jours dans son cœur : Ascendam (Isàt., 14), Je ^*eQ demeurerai pas là, se pousse par brigue et to intrigue là où il se défie que son mérite le puisse ^Wer, et se plaigne de l'injustice du siècle , quand Par les voies les plus obliques il désespère d'y par-

BOaWALOUE. — T. II.

venir, ne regarde ce qu'il est déjà qu'avec indifférence et avec dégoût, et ce qu'il voudrait être qu'avec des impatiences qui le troublent, des inquiétudes qui le dévorent; qu'un chrétien , dis-je, avec la foi de ce grand mystère que nous célébrons, ait le cœur plein de ces sentiments , s'en fasse des règles de vie, et se croie sage et habile de les suivre : ah! mes chers auditeurs , ce sont des contradictions que je ne comprends pas. Mais d'où viennent-elles, ces contradictions, que d'une opposition secrète à ce signe vénérable de l'humilité d'un Dieu naissant? Si ce signe trouvait dans nos esprits toute la docilité que la foi demande, ces contradictions cesseraient, et notre ambition serait pour jamais détruite. Or, du moment que ce signe détruit l'ambition dans nous , nous ne pouvons plus douter que ce ne soit le signe du Dieu sauveur.

Raisonnons tant qu'il nous plaira; malgré tous nos raisonnements, ce signe de la pauvreté d'un Dieu confond l'aveugle cupidité des hommes; et il n'y a point de riche mondain , pour peu qu'il ait encore de christianisme, qui ne soit aujourd'hui troublé, alarmé, consterné de cette pensée : Le Dieu que j'adore e^t venu me sauver par le renoncement aux richesses , et sa pauvreté est le signe qu'il m'a donné de mon salut. Il est vrai que le monde sans égard à ce signe, ne laisse pas de persister dans ses maximes, qu'à quelque prix que ce soit il en faut avoir, que la grande science est d'en avoir, que la vraie sagesse est de s'appliquer à en avoir, que tout est permis et honnête pour en avoir, qu'on ne peut jamais en avoir trop , ni même en avoir assez ; que les hommes ne valent , ni ne sont estimés , qu'autant qu'ils en ont : mais il n'est pas moins vrai , répond saint Bernard, que dans tout cela le jugement du monde est réfuté, est renversé, est réprouvé par Jésus-Christ : Sed in his omnibus judicium mundi arguitur, subvertUur, confutatur (Bebn.)i et que le signe de sa crèche suffit pour donner de l'horreur de ces damnables maximes. Or ce signe peut-il confondre des maximes aussi damnables que celles-là , et n'être pas le signe du Rédempteur qui vient sauver le monde? Il est vrai que, malgré ce signe, les riches du siècle ne laissent pas de s'applaudir de leur prospérité, et d'en faire le sujet de leur vaine joie; mais aussi est-ce pour cela, ajoute saint Bernard, que Jésus-Christ dès son berceau leur dit anathème, et que de sa crèche, comme du tribunal de sa Justice, il leur prononce aujourd'hui ces arrêts de condamnation : f^x vobis divUibus ! (Luc, 6.) Malheur à vous, riches avares; malheur à vous , riches injustes; malheur à vous , riches orgueilleux ; malheur à vous, riches insensibles et sans miséricorde! c'est-à-dire, malheur à la plupart de vous; car c'est là que vous conduisent communément ces biens périssables que vous possédez , ou plutôt qui

yous possèdent plus que vous ne les possédez vous niémesj! Or, dans le dessein qu*avait le Sauveur du monde de lancer un jour contre les riches ces formidables anathèmes, par quel signe plus naturel pouvait-il les y préparer, que par le signe de fa pauvreté; et dès là n'était-ce pas un signe de salut pour eux , puisqu*en les préparant à ces anathèmes , il leur apprenait à s'en préserver?

Raisonnons tant qu'il nous plaira; malgré toutes nos vues mondaines, ce signe de la mortiflcation d*un Dieu confond aujourd'hui la mollesse du monde; et il n'y a point d'âme sensuelle, pour peu qu'elle soit encore susceptible des saintes impressions de la grâce, qui, s'appliquant ce signe et le considérant, ne rougisse de ses délicatesses, ou n'y renonce même pour jamais. Or, de là, j'ai droit de conclure que c'est donc un signe de rédemption. Car ce qui corrompt plus souvent une âme, et ce qui la rend fsclave du péché, c'est l'attachement à son corps, aette vie molle dont on se fait une habitude , cette eondescendance éternelle aux désirs de la chair, cette attention à la flatter et à ne lui rien refuser, à lui accorder tout ce qu'elle demande et plus qu'elle ne demande; cette superfluité d'ajustement, de parures , de propretés , de commodités ; cette horreur de la souffrance, et ce soin excessif de prévenir et de fuir tout ce qui pourrait faire de la peine et mortifier : voilà ce qui entretient dans nous le règne de cette concupiscence charnelle qui souille les âmes. Or, je défie l'âme la plus asservie à ses sens , de pouvoir se présenter devant la crèche du Sauveur sans avoir honte d'elle-même. On tâche à justifier tout cela, et à s'en faire même une conscience; car qu'estce que la fausse conscience n'excuse pas ? mais il est question de savoir si l'on peut avec tout cela être conforme à ce Dieu, dont la chair innocente et virginale doit être le modèle de la nôtre. Or, le voici lui-même, reprend saint Bernard, qui vient nous assurer du contraire; lui-même, qui est la sagesse de Dieu , vient nous détromper de toutes nos erreurs. Cette sagesse que Dieu tenait cachée dans son sein, se découvre pour cela visiblement à nous. Parce que nous étions charnels, et que nous ne comprenions rien que de charnel, elle veut bien s'accommoder à notre faiblesse; elle prend un corps, elle se fait chair; et, revêtue qu'elle est de notre chair, elle nous prêche hautement et sensiblement que cette vie douce et commode est la voie infaillible de la perdition, qu'il n'y a de salut que dans la pénitence, et qu'une partie essentielle de la pénitence est de mater sa chair et de la crucifier avec ses vices. Car voilà, mes frères, ce que la sagesse incarnée nous dit aujourd'hui; voilà ce que nous annoncent rétable, la crèche, les langes, toutes les circonstances qui accompagnent la naissance de cet adorable enfant : Hocprxdkat stabulum, hoc clamai

SDR LA NATIVITÉ DE JËSU5-CHBIST.

prœsepe , hoc lacrymx evangelizani. (Bbbn.) OuI^ Seigneur, c'est ce que vous nous faites entendre : et quand vous parlez, il est juste que vous soyez écouté; il est juste que toute la sagesse du monde s'anéantisse, et rende hommage aux saintes vérités que vous nous révélez ; il est juste que, renonçant à ses lumières, elle avoue que ce signe de la crèche avait plus de proportion que tout autre avec ro£fiee de sauveur que vous veniez exercer. Si vous aviez pris, ô mon Dieu! ce signe pour vous, il pourrait ne pu convenir à l'idée que nous avons de votre sainteté et de votre suprême majesté; mais le prenait pour nous , nous reconnaissons que c'est le signe qui) nous fallait, puisque c'est par là que tous lesdéié- * glements de notre esprit et tous les emportemeots de notre cœur devaient être confondus. N'est^ee pas même ainsi que l'ange semble nous le dédaier par ces paroles : Et hoc vobissignumfÇLvc.^T) Comme s'il nous disait : C'est un signe, mais un signe pour vous et non pour lui; un signe pour vous faire comprendre ce qui vous a jusqu'à présent perdus, et ce qui doit désormais vous sauver. S voos étiez venu , ô mon Dieu ! pour être le Sauveur des anges, peut-être ce signe n'aurait-il pas été propre pour eux ; mais il était propre pour des hommes superbeb , pour des hommes remplis de l'amour d'euxmêmes, pour des hommes dominés et corrompus par l'avarice : Et hoc vobis signum. Ce signe de la crèche , reprenait Tertullîen, par rapport à rooo Dieu , paraît indigne de sa grandeur : mais oe qoi me paraît indigne de lui est nécessaire pour moi; ce qui fait en apparence sa confusion est le remède des mes criminelles vanités; ce qui est le signe de son humiliation est le sacrement de mon saint : Totum hoc dedecuSy sacramentum est mem sabiHs. (Tebtull.) Et parce que le Dieu que j'adore ne veut être aujourd'hui ce qu'il est que pour mon salut ; parce qu'oubliant en quelque façon qu'il est le Dieu de tous les êtres, il se contente d'être le Dieu de mon sahit; parce qu'en vertu de ce mystère, il semble que mon salut ne soit pas tant pour sa gloire que sa gloire pour mon salut, puisqu'il la sacrifie à mon salut , il veut bien prendre ce signe si salutaire et si nécessaire pour moi, tout humiliantqu'fl peut être pour lui.

Ainsi, mes chers auditeurs, malheur à nous, si nous rejetons ce signe; malheur, si nous ne l'honorons qu'extérieurement ; malheur, si , juifii eneore d'esprit et de cœur, nous nous scandalisons : O frKsepe splencUdum! ojelices panni! (Ambe.) 0 glorieuse crèche! s'écriait le grand saint Ambroise, et devons-nous nous écrier après lui : ô heureux langes! ô précieuses marques de la venue de mon Sauveur, et du dessein qu'il a de me sauver I signe le plus naturel , mais en même temps signe le plus efficace, puisqu'il commence déjà à produire les merreil-

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!ts pour lesquels le Sauveur est né , comme rous le montrer dans la seconde partie.

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