DEUXIÈME PARTIE
chrétiens , à en juger par Texpérience et par nent, jamais Dieu, tout Dieu qu'il est, n*a ux hommes de signe plus efQcace , ni d'une rprenante vertu, que celui qu'il nous donne naissance de son Fils. Car malgré les opis et les contradictions du monde, ce signe ifié le monde et tous les états du monde, dont je ne veux point d'autre preuve que de Bethléem, puisque c'est là que, malgré ité du monde, ce signe de l'enfance de Jeist a rempli les ignorants et les simples de ce de Dieu, et a captivé les sages et les salus l'obéissance de la foi ; là que , malgré la i du monde, ce signe de la pauvreté de Jéîst a fait aimer aux pauvres leur misère, et lé les riches de leurs richesses ; là que , malgré 1 du monde, ce signe des abaissements de hrist a élevé dans l'ordre de la grâce de vils et a persuadé aux grands et aux puissants e de se faire petits et humbles devant Dieu. 18 jour à ces pensées. Qu'avez-vous compris , 'ai dit le monde sanctifié et sanctifié dans tous s, sinon ces changements tout divins, ces imaturels qu'a opérés la naissance du Fils de ins toutes les conditions qui partagent le , c'est-à-dire la simplicité éclairée, et la prulumaine obligée de renoncer à ses propres i pauvreté reconnue pour béatitude, et l'opu- >Dsacrée à la piété et à la religion ; la bassesse capable de servir à Dieu d'instrument pour grandes choses, et la grandeur sou mise à Dieu ;râce de l'Évangile, et dévouée au culte de Car ce sont là les merveilles que Tétable de m nous découvre sensiblement , d'une part 5 pasteurs , et de l'autre dans les Mages : et ssi ce que j'appelle le miracle de la sanctifihi monde. Dans les pasteurs, nous voyons nmes grossiers devenus spirituels et intelliet dans les Mages, des hommes intelligents itoels devenus dociles et Gdèles; dans les 8, des pauvres glorifiant Dieu et s'estimant et dans les Mages , des riches pauvres de rt se dépouillant sans peine de leurs trésors ; B pasteurs , des sujets méprisables selon le , choisis pour être les premiers apôtres de :hrist, et dans les Mages, des grands de la imiliés et prosternés aux pieds de ce nouessie. Miracle subsistant , qui , de l'étable de m , s'est répandu par un autre miracle dans monde chrétien. Miracle qui va vous faire «rtu toute-puissante de ce signe par où l'aoge e aujourd'hui la venue du Sauveur : J>fatits
est vobis hodle SalixUor, et hoc vobls signwn, (Luc, 2.) Appliquez-vous, mes^diersaudjteurs; tout ceci renferme pour nous des instructions bien solides et bien importantes.
Des simples etf des ignorants (car puisque Jésus- Christ dans le mystère de ce jour leur a donné Ui préférence en les appelant les premiers à son berceau, il est juste de commencer par eux), dei simples éclairés de Dieu , des pauvres glorifiant Dieu, et dans leur condition s'estimant riches, c'est ce qui paraît dans les pasteurs, et ce que In signe de la pauvreté de Jésus-Christ opéra divinement dans leurs personnes. Ils passaient la nuit , dit l'évangéliste, à garder leurs troupeaux, lorsq[ue tout à coup ils se trouvent investis d'une lumière céleste qui les frappe : Et claritas Del circun^fidsU illos (Idem.) Pénétrés de cette lumière, et inté* rieurement émus, ils se disent l'un à l'autre : Allons, voyons ce qui est arrivé , et instruisons-noaa de ce que le Seigneur veut ici nous £siire connaître. Ils viennent à Bethléem, ils entrent dans l'étable» ils aperçoivent Fenfant dans la crèche; et, à la vue de ce signe , ils comprennent que c'est le Verbe de Dieu , ce Verbe incréé, mais fait homme pour sauver les hommes : Fidentes cognoverunt de Ferho quod dicttan erat illis de puero hoc. (id.) Prenez garde, s'il vous plaît : ce signe de la crèche ne les trouble point, ne les rebute point, ne les scandalise point; au contraire, c'est parla qu'ils discernent le don de Dieu; c'est par ce signe qu'ils se «entent excités à bénir le ciel. Caf ils regardent ce Dieu naissant , non-seulement comme leur consolation , mais comme leur gloire; ils se tiennent honorés de lui être semblables, et ils découvrent en lui leur bonheur et les prérogatives infinies de leur condition. Touchés donc de ce signe, ils adorent dans Jésus-Christ la pauvreté, qui jusque-là avait été le sujet de leurs chagrins et de leurs plaintes. Ils s*en retournent comblés de joie, contents de ce qu'ils sont, déplorant le sort des riches de Jérusalem, bien loin de l'envier ; heureux en qualité de pauvres d'être les élus d'un Dieu pauvre comme eux , et les prémices de sa rédemption : Et reversl surUgiortficantes et laudantes Deum, ( id. > Ce n'est point encore assez pour eux de l'avoir connu, ce Dieu pauvre; ils l'annoncent de toutes parts; ils publient les merveilles de sa naissance, et tous ceux qui les écoutent en sont surpris et ravis : Et omnes qui cntdierunt, miratisunt. (id.) Qu'est-ce que tout cela? demande saint Chrysostôme; par où ces bergers dans un moment sont-ils devenus si intelligents et si spirituels? d'où leur est venu ce don de pénétration, cette science de Dieu dont ils sont remplis? comment l'ont-ils si tôt acquise, et où ont-ils appris le secret de la communiquer si aisément et si par&itement aux autres? Ah! mes frères,
SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUSCHRIST
reconnaissons ici la Providence , et rendons-lui , avec des cœurs dociles, les hommages de notre foi : tout cela est le merveilleux effet de la crèche du Sauveur, et voici comment : comprenez et goûtez cette moralité si essentielle au christianisme que vous professez.
La pauvreté, dit saint Bernard, abondait sur la terre; mais on n'en savait pas le prix : et c'était de là néanmoins que dépendait le salut de la plus grande partie du monde, puisque dans Tordre des conseils de Dieu , la plus grande partie du monde devait avoir la pauvreté pour partage. Que fait Jésus-Christ? il vient apprendre au monde à Testimer : cette pauvreté était un trésor caché que chacun possédait sans le connaître, ou, pour mieux dire, que les hommes tout mondains et tout charnels possédaient malgré eux, et sans le vouloir; il vient leur en donner une juste idée, et leur en montrer la valeur. Et, en effet, à peine a-t-il paru avec les marques précieuses de la pauvreté, que voilà des hommes, quoique charnels, persuadés du prix inestimable de ce trésor, ravis de Tavoir trouvé , prêts à tout quitter pour s'en assurer la possession , louant Dieu d'y être parvenus : Clor{ficantes ei laudantes Deum. (Luc, 2.) Parlons plus clairement. La pauvreté abondait sur la terre; mais, comme ajoute saint Bernard, ce n'était pas celle qui devait béatifier les hommes, et servir de titre pour l'héritage du royaume de Dieu. Car qu'était-ce que la pauvreté qui régnait sur la terre? Une pauvreté dont on gémissait, dont on rougissait, dont on murmurait; et celle par où Ton devait entrer dans le royaume de Dieu , était au moins une pauvreté acceptée avec soumission , soufferte avec résignation , convertie par un saint usage en bénédiction : or, voilà celle dont le Fils de Dieu lève aujourd'hui l'étendard , en proposant le signe de sa crèche ; et vous savez avec quelle ardeur et quel zèle cet étendard a été suivi. Donnons encore à ceci un nouvel éclaircissement. Avant Jésus-Christ, on voyait des pauvres dans le monde; mais des pauvres, reprend saint Bernard, qui s'estimaient malheureux de l'être ; des pauvres qui , souffrant toutes les incommodités, de la pauvreté , n'en avaient ni la vertu , ni le mérite, et qui , n'ayant pas les avantages des richesses , en avaient toute la corruption et tout le désordre; des pauvres sans humilité , sans piété, souvent sans conscience et sans religion; des pauvres dont l'indigence et la misère n'empêchaient pas le libertinage des mœurs, et qu'elle rendait au contraire plus vicieux et plus dissolus ; en un mot , des pauvres réprouvés de Dieu par l'abus qu'ils faisaient de la pauvreté même. Voilà de quoi le monde était plein , et il fallait, pour sanctifier le monde, des pauvres d'un caractère tout différent; c'est-à-dire des pauvres aimantleur pauvreté, profitant deieur pauvreté.
honorant Dieu, et remerciant Dieu dans leur pan* vreté; des pauvres en qui la pauvreté fût le fond d'une vie pure et innocente; des pauvres appliqués à leurs devoirs , vigilants , fervents, laborieux; des pauvres dont la religion fit respecter la condition, et dont la condition fût un état avantageux pour la religion. Or, grâces à celui dont nous célébrons la naissance, c'est par la vertu de sa crèche que le monde a vu de semblables pauvres; et Ton peut dire que par là ce signe de la crèche a changé la face du monde, puisque partout où il a été reconnu, la pauvreté, changeant de nature et de qualité, a rempli le monde de justes , de saints , de prédestinés; au lieu qu'auparavant elle le remplissait d'hommes inutiles, d'honunes vagabonds, et souvent de scélérats.
Sortons de l'étable de Bethléem , et , par une autre preuve encore plus touchante, convainquons-nous de cette vérité. Qui a fait dans l'Église de Dieu tant de pauvres volontaires, dont la sainteté , aussi bien que la profession , est encore de nos jours romement du christianisme? La vue de la crèche de Jésus- Christ : voilà ce qui a peuplé le monde chrétien de ces pauvres évangéliques, qui , par un esprit de foi, se sont fait un bonheur et un mérite de quitter tout et de se dépouiller de tout. Le monde profane les a traités de fous et d'insensés ; mais , en vue de cette crèche, ils ont tenu à honneur d'être réputés fous et insensés dans l'idée du monde profane, pourva qu'ils eussent l'avantage d'être en cela même plus conformes à ce Dieu naissant. Des millions de fidèles, d'opulents qu'ils étaient, ont renoncé, pour le suivre, à toute la fortune du siècle; des hommes conblés de biens ont, à l'exemple de Moïse, préféré les misères de ce Dieu sauveur et celles de son peuple, à toutes les richesses de l'Egypte ; des vierges , illustres par leur sang, ont sacrifié, pour devenir ses épouses, les plus grandes espérances ; des princesses, pour se rendre dans sa maison d'humbles servantes , ont abandonné toutes leurs prétentions et tous leurs droits. Tel est le miracle dont nous sommes témoins, et, malgré l'iniquité du monde, ce mirade subsistera jusqu'à la fin des siècles; c'est-à-dire, jusqu'à la fin des siècles il y aura des pauvres parfaits, des pauvres héritiers du royaume céleste, et cohéritiers du Dieu pauvre qui est venu leur en tracer le chemin et les y appeler.
Peuples qui m'écoutez, voilà ce qui doit vous remplir d'une confiance chrétienne et vous consoler : vous professez une religion qui relève votre bassesse , qui honore votre pauvreté , qui béatifie vos misères , et qui vous en découvre les avantages dans la personne de votre Dieu. Vous êtes peu de chose selon le monde; mais c'est par là même gaU ne tient qu'à vous d'être les sujets les plus propres au royaume de Dieu , puisque Dieu se plsdt à ré.
sua LA NATIVitÉ DE JÉSUS-CHRIST.
pandre sur vous les richesses de sa grâce. Si vous connaissiez le don précieux que vous possédez et qui est en vous, si vous saviez estimer votre pauvreté ce qu'elle vaut, vous ne penseriez qu*à bénir le ciel; et, vous félicitant vous-mêmes de la conformité de votre état avec l'état de Jésus-Christ, vous goûteriez sensiblement ce que votre infidélité a tant de peine à comprendre et peut-être à croire, je veux dire le bonheur et le prix de votre condition.
Au contraire, grands du monde, sages du monde, riches et puissants du monde , voilà votre humiliation , et ce qui doit vous faire marcher dans la voie de Dieu avec crainte et avec tremblement. Vous adorerez un Dieu qui, se faisant homme, n'a rien voulu être de ce que vous êtes; et qui, par un dessein particulier, a affecté d'être tout ce que vous n'êtes pas : un Dieu qui , venant au monde , a méprisé toute la grandeur et toute la prospérité humaine, les regardant comme des obstacles à la fin de sa mission : on Dieu qui dans cette vue a appelé les pauvres et les petits préférablement à vous , et qui par là (oserais-je me servir de ce terme, si je n'avais de quoi vous l'adoucir?), qui, dis-je, par là, semblerait presque vous avoir dédaignés ; car, en qualité de prédicateurs de TÉvangi le, nous ne pouvons, me^frères, disait saint Cyprien , quelque zèle , et même quelque respect que nous ayons pour vos personnes , vous dissimuler cette vérité afnigeante : mais écoutezmoi , et comprenez-en bien l'adoucissement. Car il n'est point absolument vrai que ce Dieu pauvre ait en effet rebuté ni dédaigné la grandeur du monde , et j'avance même que, bien loin de la dédaigner, il a eu dans sa naissance des égards pour elle , jusqu'à la rechercher et à se l'attirer; mais c'est ici que je reconnais encore la vertu miraculeuse du signe de la crèche, et que j'adore les conseils de Dieu. Comme la vertu de ce signe a paru dans les petits, en les élevant aux plus hautes fonctions de l'apostolat; dans les simples, en les éclairant des plus vives lumières de la foi ; dans les pauvres, en les enrichissant des plus piédeux dons de la grâce : aussi , par un autre procBge , ce même signe de la crèche a-t-il fait paraître sa vertu dans les grands , en les réduisant à s'abaisser devant Jésus-Christ; dans les sages , en les soumettant à la simplicité de la foi; dans les riches, en les détachantde leurs richesses et les rendant pauvres de cœur. Cestdequoi nous avons la preuve dans l'exemple des Mages, mais une preuve à laquelle je défie les cœurs les plus endurcis de résister, s'ils s'appliquent àen sentir toute la force. Car Jésus-Christ naît dans la Judée; et des Mages, c'est-à-dire des hommes savants, des puissants, des opulents du siècle, des rois même viennent des extrémités de l'Orient pour le diercher. Après avoir abandonné pour cela leurs États, après avoir supporté les fatigues d'un long
voyage, après avoir essuyé mille dangei , ils arrivent à Bethléem , ils entrent dans l'étable , et là que trouvent-ils? Un enfant couché dans une crèche. Mais cet enfant, est-ce donc le Dieu qu'ils sont venus reconnaître? Oui, chrétiens, c'est lui-même; et c'est justement à ce signe de la crèche qu'ils le reconnaissent. Sans délibérer, sans examiner, des qu'ils l'aperçoivent , ils se prosternent devant lui; et non contents de lui sacrifier leurs trésors en les lui offrant , ils lui sacrifient leur raison en l'adorant.
Ah ! chrétiens, achevons de nous instruire dans cet excellent modèle que Dieu nous propose. 11 est vrai , les Mages ne voient qu'une crèche et qu'un ' enfant; mais c'est la merveille de Dieu, que ce signe de l'enfance et de la crèche de Jésus-Christ ait assez de pouvoir sur leurs esprits pour leur faire adorer dans cet enfantée qui semble le moins digne de leurs adorations, qu'il fasse assez d'impression sur leurs cœurs pour en arracher dans un moment les passions les plus vives et les plus enracinées, et qu'ilsoit assez efficace pour les humilier sous le joug de la foi. Après cela , douterons-nous que ce signe ne soit le signe du Dieu sauveur? je prétends que ce seul miracle de la conversion des Mages en est un témoignage plus éclatant que tout ce que Jésus-Christ fera jamais ; et que les aveugles-nés guéris, que les morts de quatre jours ressuscites, ne seront point des signes plus authentiques de sa divinité et de sa mission que ce qui parait dans l'étable de Bethléem, c'està-dire, que des grands du monde, que des riches du monde, que des sages du monde, soumis à l'empire de Dieu. C'est un grand miracle que des hommes simples et ignorants, comme les pasteurs, parviennent tout à coup à la connaissance des plus hauts ' mystères, et soient remplis des lumières divines; mais un miracle sans contredit encore plus grand , c'est que des hommes versés dans les sciences humaines et adorateurs de leur fausse prudence y renoncent pour ne plus suivre que les vues obscures de la foi. Car entre la sagesse du monde et l'obéissance de la foi, il y a bien plus d'opposition qu'entre la simplicité de l'esprit et les lumières du ciel, puisque Dieu prend plaisir à se communiquer aux simples ; Etcum simplicibus sermocinatio ejus. {Prov., $,) Quand donc je vois des bergers éclairés de Dieu; connaissant le Verbe fait chair, et l'annonçant, le glorifiant , j'en suis moins surpris, parce que ce sont là les voies ordinaires de la Providence ; mais au contraire , la sagesse du monda étant si opposée aux révélations de Dieu , vx)u]ant raisonner sur tout, voulant avoir l'évidence de tout , voulant dédderde tout selon ses vufs, ce qui m'elonne, c est de la voirai doi:ile dans les Mages et si souple. Frappé de ce changement , ]*étends, s'iï m'est permis , h proposition de Jésus- m Christ, kïTsquIl disait à son Père : CQt^ûwr Ubi^M Pater f quia ub^condUti h^ù a jaB&iiittift^liirti'i^^l
sua LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST.
detUibuSy et revelasU ea parvulU (Mâtth., 11 ) : Je TOUS bénis , mon Père, de ce que vous ave? caché toutes ces choses aux sages et aux prudents du siècle pour les révéler aux petits. Car je dis à Dieu : Soyez éternellement béni , Seigneur, de les avoir révélées aux savants et aux sages ; et quand je le dis ainsi, je ne détruis en aucune manière la parole du Fils de Dieu, puisqu'il a fallu, pour recevoir cette foi et pour croire ces ineffables mystères, que les savants et les sages soient devenus petits comme des enfants : Et revelasti eaparvuUs.
C*est un grand miracle que des pauvres, ^Is qu'étaient les pasteurs , apprennent à estimer la pauvreté , jusqu*à s*en faire un bonheur et un sujet d'action de grâces; mais un miracle sans doute encore plus grand , c'est que ûes riches se détachent de leurs richesses, et deviennent pauvres de cœur : car il est bien plus difficile d*allier ensemble l'opulence et la pauvreté de cœur, que cette même pauvreté de cœur et une pauvreté réelle et véritable. Que des bergers donc, nés dans la disette , accoutumés à vivre dans l'indigence et à manquer des commodités de la vie , se bornent à leur état et en soient contents, c'est ce que j'ai moins de peine à comprendre : mais la possession des richesses étant un poison si subtil pour corrompre le cœur, et une amorce si puissante pour le surprendre et pour l'attacher, que les Mages, je veux dire que des riches, éteignent dans eux toute affection à ces biens trompeurs et enchanteurs ; qu'ils déposent leurs trésors aux pieds de Jésus-Christ pour l'en rendre maître, et qu'ils consentent à n'avoir plus désormais, s'il le faut, d'autre héritage sur la terre que sa pauvreté; qu'au moins dans leur estime ils la préfèrent, cette pauvreté chrétienne , à toute la fortune du monde ; c'est ce que je ne puis assez admirer. Touché de ce prodige , je m'adresse à vous , riches , et je ne vous dis plus, comme saint Jacques : Tremblez, gémissez, déplorez le malheur de votre état : jégUe nunc, divite*, plorate ululantes inmUerUsveslris (Jâcob., 5); mais je vous dis : Prenez conflance , et consolezvous; car Jésus-Christ est venu appeler et sauver les riches aussi bien que les pauvres. Mais du reste, quels riches? observez-le bien, et voilà en quoi ce que je dis s'accorde parfaitement avec ce que dit cet apôtre. Car ces riches que Jésus-Christ reçoit à sa suite , et à qui il destine sa gloire , ce sont des riches détrompés du vain éclat des richesses, des riches prêts à lui sacriGer toutes leurs richesses, des riches pauvres de volonté et en esprit, et disposés, quand Il lui plcira, à l'être pour lui et comme lui, réellement et en effet.
Cest un grand miracle que, maljgré la bassesse de leur condition , Dieu ait suscité les pasteurs pour être comme les premiers apôtres du Messie , et pour publier dans le monde sa venue; mais un miracle en-
core bien plus grand, c'est que, malgré Porgoefl presque inséparable de la puissance humaine , Dieu dans les Mages ait inspiré aux puissants du siède tous les sentiments de la vraie humilité; car llnimilité dans la grandeur est le chef-d'œuvre de la grioe. Ainsi , sans me contenter de vous dire avec l'apétn saint Paul , que Dieu a choisi les faibles pour confondre les forts, et les petits pour humilier les grands, Infirma mundi elegit Deus tU confund<U/ortia (1. Cor.j 1); je puis ajouter qu'il a pareillement choisi les forts pour instruire les faibles, et les grands poor servir de modèles aux petits. Mais du reste , quels grands? prenez garde ; voici l'éclaircissement de ma pensée , et par où elle convient avec celle du maître des Gentils : des grands descendus volontairemeot et par leur choix , au rang des petits ; des grands prévenus d'un saint mépris pour toute la pompe qui les environne, et plus petits à leurs yeux qu'ils ne sont grands devant les hommes ; des grands qui œ prisent leur grandeur qu'autant qu'elle peut servir à s'abaisser plus profondément aux pieds de lHonuM- Dieu ; des grands jaloux , non de leur gloire , nuàs de la gloire de Dieu; préparés à tout entreprendre, non pour dominer, mais pour obéir à Dieu ; non pour se faire honorer et craindre , mais pour faire honorer et craindre Dieu ; non pour se chercher eux-mêmes et leurs propres avantages, mais pour maintenir les droits et les intérêts de Dieu.
Voilà, mes chers auditeurs, ce qu'a pu opérer le signe de la crèche, et ce qu'il doit eocore opérer dans cliacun de vous, si vous voulez que ce soit pour vous un signe de salut : il faut qu'il corrige toutes vos erreurs,.et qu'il vous fasse prendre des maximes toutes contraires à la sagesse du monde ; il faut qu'il amortisse le feu de cette avare convoitise qui vous consume , et qu'il vous dégage de toute attache aux biens périssables du monde; il faut qu'il réprime vos ambitieux désirs, et qu'il bannisse de votre cœur toutes les vanités et tout le faste du monde. Autrement, craignez la vertu de ce signe, bien loin d'y mettre votre confiance; car ce signe de salut, pour les autres, ne pourrait être pour vous qu'un signe de réprobation : signe vénérable ettout divin, en quoi consiste le caractère propre du christianisme , et par où d'abord il s'est fait connaître. Mais grâces soient rendues au Dieu immortel qui nous faitvoir encore aujourd'hui, pour notre consolatioa, ce signe respecté , révéré , adoré par le premier roi du monde ; je veux dire, qui nous fait voir le premier roi du monde fidèle à Jésus-Christ , déclaré pour Jésus-Christ, saintement occupé à étendre la gloire de Jésus-Christ, et à combattre les ennemis de son Église et de sa foi. L'hérésie abattue, l'impiété réprimée, le duel aboli , le sacrilège recherché et hautement vengé, tant d'autres monstres dont Votre I Majesté , sire , a purgé la France , et qu'elle a banni»
de sa cour, en seront d'éternelles preuves. Le dirai- Je, néanmoins ; et pourquoi ne le diraî-je pas, puisqu'il y va des intérêts du Seigneur, et que je parle devant on roi à qui les intérêts du Seigneur sont si chers? de ces monstres que Votre Majesté poursuit, et contre qui elle a déjà si heureusement employé son autorité royale, il en reste encore, sire, qui demandent votre zèle et tout votre zèle. L'Écriture me défend de les nommer; mais il me suffit que Votre Majesté les connaisse, et qu'elle les déteste. Ellepeut tout , et la seule horreur qu'elle en a conçue sera plus efficace que toutes les lois pour en arrêter le cours. Ils ne soutiendront pas sa disgrâce, ni le poids de son indignation ; et quand elle voudra , ces vices honteux au nom chrétien , cesseront d'outrager Dieu et de scandaliser les hommes. C'est pour cela , sire , que le ciel vous a placé sur le trône ; c'est pour cela qu'il a versé si abondamment sur votre personne sacrée les dons de force, de sagesse, de piété qui vous distinguent entre tous les monarques de l'univers ; mais c'est par là même aussi que Votre Majesté attirera sur elle toutes les bénédictions dont Dieu récompensa autrefois la religion de David : car je le protégerai , dit le Seigneur, parlant de ce saint roi; je l'appuierai, ma main s'étendra pour le secourir et mon bras le fortifiera ; j'exterminerai ses ennemis de devant ses yeux, toutes ses entreprises réussiront , enfin j'en ferai mon fils aîné , et je rélèverai an-dessus de tous les rois de la terre : Et ego primogenUumponam illum, excelsumprx regibus terrm {Ps. 88); oracle accompli dans Votre Majesté, encore plus visiblement que dans le religieux prince en faveur duquel il fut d'abord prononcé. Nous n'ai doutons point , sire : voilà d'où sont venus et d'où vienneint sans interruption ces prospérités et ces succès qui ont étonné toute l'Europe , et dont le bruit s'est répandu jusqu'aux extrémités de la terre. A ces succès , ô mon Dieu! à ces prospérités passées, vous en ajouterez de nouvelles : vous bénirez toujours un roi dont le premier soin est de vous honorer et de vous servir ; dont le souhait le plus ardent est de faire de sa cour une cour chrétienne, et du monde même, s'il en était maître, un monde chrétien. Ainsi pourrez-vous, sire, attendre tout d'un Dieu à qui vous donnez tous les jours des marques si sensibles de votre piété , et qui tous les jours vous donne des marques si éclatantes de sa protection. Il n'en demeurera pas là; l'avenir répondra au passé, et rétemité bienheureuse mettra le comble à de longues et de glorieuses années : c'est ce que je vous souhaite, au nom du Père , et du Fils, et du Saint- Esprit.
SUH LA CIRCONCISION DE JÉSUS-CHRIST