‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 86 sur 232 · SOR · texte numérisé non relu

SOR

LA CIRCONCISION DE JÉSUS-CHRIST

Pottquam eamumnuiU sunl die$ oeto , ut ehvHmcidereimr puer, vocatum ett nomen ejui J€$u$, quod vocaium ett mk angelo priusquam in utero conciperetur.

Lorsque le huiUëme jour fat arrivé, où reniant devait éin drooncifl, on le nomma Jésos, ainsi que l*angel*avalt marqué « avantqa^il eût été conçu dans ie sein de Marie, sa mère. Saint Luc, chap. 2.

L*ange n'était que le ministre choisi de Dieu pour apporter du ciel ce nom de Jbsus; mais Dieu même en était Fauteur, et il n'appartenait qu*à Dieu de le pouvoir être. C'est-à-dire que Dieu seul pouvait donner à l'enfant qui venait de naître le nom de Sauveur, non-seulement parce qu'il fallait pour cela une autorité supérieure à celle des anges et des hommes , mais parce qu'il n'y avait que Dieu qui pût parfaitement comprendre tout le sens et toute l'étendue de ce saint nom : nom divin, qui ne peut être prononcé avec respect que par un mouvement particulier du Sain^£sprit, Neniopotesidicere Dominus Jésus, nisi in Spiritu Sancto (1. Cor», 12); nom vénérable. qui fait fléchir tout genou et qui humilie toute grandeur, In nomine Jesu omm genuflectatur {PhUipp., 2); nom sacré que l'enfer redoute, et qui sufGt pour mettre en fuite les démons. In nomine meo dxmonia évident (Mabc, 16) ; nom plein de force, et en vertu duquel se sont faits les plus authentiques et les plus éclatants miracles. In nomine Jesu ChrisU surge et ambula (jéct., 3); nom salutaire dont les sacrements de la loi nouvelle tirent toute leur efficace, His auditis baptizabantur in nomine Domini Jesu (Ibid. ,19); nom tout-puissant auprès de Dieu, et dpnt le mérite inflni engage le Père céleste à exaucer les prières des hommes, Quodcumque peUeritis Patrem in nomine meo, dabit vobis ( Joàn. , 14) ; nom glorieux que le zèle apostolique a porté aux Gentils et aux rois de la terre , Fas electionis est mihi iste, utportet nomen meum coram gentibus (Jet., 9); nom pour la confession duquel les saints se sont fait un honneur et un bonheur de souf&ir les plus sanglants affronts et d'être exposés à tous les outrages, Ibant gaudentes quoniam digni habUi tunt pronomine Jesu contumeliam paU (Ibid. , 6) ; enfin , nom incomparable et unique , puisqu'il n'y en a point d'autre sous le ciel par qui nous puissions être sauvés, Nec enim aliud nomen est sub cœlo datum hominibus, in quo nos oporteai salvosfieri ( Ibid., 4) : tel est le nom, mes chers auditeurs , que reçoit aujoiud'hui le Fils de Marie : Focatum est nomen ejus Jbsus« Mais pourquoi , demande saint Bernard, ce nom si auguste est-il attaché à la circoncision? car il semble que la circoncision con-

vienne plutôt à celui qui doit être sauvé, qu'au Sauveur même : Circumcisio quippe magis scUvandi guam Salvatoris esse videtur, ( Bebn. ) Quelle liaison y a-t-il donc entre ces deux mystères? Pourquoi attend-on que Tenfant soit circoncis pour lui donner le nom de Sauveur, et quel rapport le nom de Sauveur peut-il avoir avec la circoncision de Tenfant? C*est Timportante question que j'entreprends de résoudre, et qui servira de fond à ce discours, où j'ai à vous instruire des vérités du christianisme les plus essentielles. Tai besoin pour cela du secours d'en haut , et je ne puis mieux l'obtenir que par l'intercession de celle qui a reçu la plénitude de la grâce. Âve, Maria.

Pour vous faire d'abord concevoir le mystère que nous célébrons, et pour vous en donner une juste idée j'e me représente aujourd'hui le Fils de Dieu sous deux qualités différentes, que l'Écriture lui attribue , et qui , réunies dans sa personne , ont fait , si j'ose m'exprimer de la sorte, tout le plan de sa religion. Car je le considère avec saint Paul , comme consommateur de l'ancienne loi , et comme fondateur et instituteur de la loi nouvelle : comme consommateur de l'ancienne loi , il obéit à la loi ; et comme fondateur de la loi nouvelle , il établit et il impose la loi : comme consoromateurnle l'ancienne loi , il accomplit la circoncision des Juifs; et comme fondateur de la loi nouvelle, il vient publier une autre circoncision bien plus parfaite, et qui est celle des vrais chrétiens : en un mot, comme consommateur de l'ancienne loi , il est lui-même cirooncis selon la chair; et comme fondateur de la loi nouvelle, il nous apprend et il nous oblige à être circoncis d'esprit et de cœur. Voilà , mes chers auditeurs, à quoi se réduit tout le mystère de ce jour ; mais voilà au même temps par où je réponds à la difficulté de saint Bernard , et en quoi je découvre le rapport qu'il y a entre la circoncision et le nom de Jésus. Comprenez-le bien , s'il vous platt : Cireumciditur puer, et vocaiur Jésus, (Bebn.) On circoncit l'enfant, et on le nomme Jésus, c'est-àdire , Sauveur. Pourquoi sauveur au moment qu'il est circoncis? Parce qu*il est certain que Jésus- Christ, en se soumettant à la circoncision judaïque, commença dès lors à faire de sa part tout ce qu'un Dieu-Homme pouvait faire pour nous sauver; c'est ma première proposition : et parce qu'il n'est pas moins vrai qu'en établissant la circoncision évangélique, il nous a enseigné, comme législateur et comme maître , toiit ce que nous devons faire de notre part pour mériter nous-mêmes d'être sauvés ; c'est ma seconde proposition. Appliquez- vous à la suite et à Tordre de ces deux pensées. Le salut de l'homme dépendait essentiellement de deux causes; de Dieu et de l'homme même : de Dieu , qui en est le principal auteur, et de l'homme même, qui en

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doit être le coopérateur. Car, comme dit saint Augustin, Dieu, qui nous a créés sans nous, n'a pas voulu, quoiqu'il le pât absolument, nous sauver sans nous. Il fallait donc que Jésus-Christ, pour être parfaitement sauveur, non-seulement en fit luimême la fonction, mais qu'il nous apprît quelle devait être, pour l'accomplissement de ce grand ouvrage, notre coopération. Or, je prétends que dans ce mystère il s'est admirablement acquitté de ces deux devoirs : du premier, en s'assujettissant à la circoncision de l'ancienne loi , qui était la circoncision de la chair; et du second, en nous obligeant à la circoncision de la loi nouvelle, qui est la circoncision du cœur. Voilà de quoi nous lui serons éternellement redevables : il nous a sauvés, et il nous a donné un moyen sûr pour travailler nousmêmes à nous sauver. Si donc il ne nous sauve pas , ou si nous ne nous sauvons pas nous-mêmes, notre perte, dit le prophète, ne peut venir que de nous, Perdilio tua, Israël (Os., 13) ; et c'est ce que nous avons infiniment à craindre. Il a commencé à nous sauver par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circoncision ; vous le verrez dans la première partie : et il nous a donné un moyen sâr pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, parla loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle; |e vous le montrerai dans la seconde partie. C'est tout mon dessein, pour lequel je vous demande et Tattends de vous une favorable attention.

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