PREMIÈRE PARTIE
Oui, chrétiens, c'est en se soumettant à la circoncision de l'ancienne loi, que le Fils de Dieu s*est montré véritablement sauveur; et c'est, à proprement parler, dans le mystère de ce jour qu'il a commencé à en exercer i'offîce : écoutez-en les preuves. Car au moment qu'il fut circoncis , il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché. Au moment qu'il fut circoncis, il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable, qui devait être le remède du péché. Au moment qu'il fut circoncis , et en vertu de sa circoncision , il s'engagea à répandre ce même sang plus abondamment sur la croix, pour la réparation entière du péché. Trois choises à quoi la rédemption du monde était attachée, et dont la foi nous assure que le salut des hommes dépendait. Trois raisons solides, que je vous prie d'approfondir avec moi, et qui vous vont faire comprendre, mais d'une manière sensible, sur quoi est fondée cette mystérieuse liaison qui se rencontre entre la circoncision de l'enfant et l'imposition du nom de Jésus : df' eumciditur, et vocatur Jésus.
Au moment que le Fils de Dieu fut circoncis, il se trouva dans la disposition prochaine et nécessoire pour pouvoir être la victime du péché, et par con*
SUR LA CIRCONaSION DE JÉSUS-CHRIST.
Béqaent pour être parfaitement sauveur : car pour sauver l'horome tombé dans la disgrâce de son Dieu, il ficdlait satisfaire à Dieu dans toute la rigueur de la justice : Dieu le voulait ainsi, et c'est un point de religion qu; ne peut être contesté. Pour offrir à Dieu cette satisfaction rigoureuse, il fallait un sujet capable de souffrir et de mourir; la croix et la mort étaient les moyens choisis pour cela dans le conseil de la sagesse éternelle : toutes les Écritures nous renseignent. Pour être capable de souffrir et de mourir, il fallait au moins avoir la marque du péché; la chose est évidente, et c'est sur quoi roule toute la théologie de saint Paul. Cette marque du péché ne devait être imprimée sur la chair innocente de Jésus-Christ que par sa sainte circoncision ; et en effet, la circoncision, quelque sainte que nous la concevions dans la personne du Sauveur, était en soi, et selon rinstitution divine, le sacrement et le sceau de la justiOcation des pécheurs. Que s'ensuit-il de là ? vous prévenez déjà ma pensée : il s'ensuit qu'avant que Jésus-Christ fût circoncis, il lui manquait, pour ainsi dire , une condition sans laquelle il ne pouvait pas encore être la victime de ce sacrifice sanglant et douloureux queDieu exigeait pour notre rédemption. Cette condition, c'est-à-dire, ce pouvoir prochain d'être immolé comme victime pour nos péchés, était la suite du mystère de sa circoncision ; et c'est ce que l'évangéliste semble nous déclarer par ces paroles : Postquam consummati sunt dies ut circumcideretur puer, vocatum est nomen ejus Jésus : Lorsque le temps de la circoncision de l'enfant fut venu, et qu'en effet on l'eut circoncis, on hii donna 1^ nom de Jésus. Comme si l'évangéliste nous disait : Jusque-là , quelque perfection et quelque mérite qu'il eût, il ne portait pas encore ce nom, parce qu'il n'avait pas encore tout ce qui lui était nécessaire pour être actuellement sauveur; mais après la circoncision , il eut droit d'être appelé Sauveur, parce qu'il ne lui manquait plus rien pour rétre. Donnons à cette vérité plus d'étendue et plus de jour.
Pour sauver des pécheurs et des coupables (ceci TOUS surpendra , chrétiens , mais c'est votre religion que je vous expose) , pour sauver des pécheurs et des coupables , il fallait un juste ; mais un juste , dit saint Augustin , sur qui pût tomber la malédiction que traîne après soi le péché et le châtiment qui lui est dû. Or, ce juste , c'était Jésus-Christ : il ne devait pas être pécheur; comme pécheur, il eût été rejeté de Dieu : il ne suffisait pas qu'il fût juste; comme juste , il n'aurait pu être l'objet des vengeances de Dieu : mais en qualité de médiateur, il devait, quoique exempt de péché , et quoique impeccable même , tenir une espèce de milieu entre l'innocence et le péché : et ce milieu entre l'innocence et le péché, ajoute saint Augustin , c'était qu'il eût la mar-
que du péché. Ainsi il fallait que Jésus-Christ fût juste en vérité, et pécheur en apparence: juste en vérité, pour pou voir justifier les hommes ; et pécheur en apparence, pour pouvoir attirer sur soi les châtiments deDieu . Car Dieu, tout irrité qu'il était contre les hommes , ne pouvait s'en prendre à Jésus-Christ, tandis qu'il ne voyait en lui que justice et que sahiteté; et cette irrépréhensible sainteté de J ésus-Christ, quelque désir qu'il eût d'expier nos crimes, le rendait incapable d'en subir pour nous la peine. Que fait-il donc? il prend la forme de pécheur, et par là il se met en état d'être sacrifié pour les pécheurs ; car c'est pour cela, dit saint Paul, que Dieu l'a envoyé revêtu d'une chair semblable à celle du péché, Deus Filium suum mittens in similitudinem carnis peccatL {Rom,, 8.) Expression dont les manichéens abusaient, lorsqu'ils concluaient de là que Jésus-Christ n'avait eu qu'une chair apparente , au lieu que les Pères se servaient du même passage pour combattre l'hérésie des manichéens , et pour prouver contre eux la vérité et la réalité de la chair de Jésus-Christ. En effet , comme raisonnait saint Augustin , l'apôtre ne dit pas précisément que Dieu a envoyé son Fils avec la ressemblance de la chair, in similitudinem carnis; il s'ensuivrait que Jésus- Christ n'aurait pas été vraiment homme, et cela seul saperait le fondement de tout le christianisme : mais il dit que Dieu l'a envoyé avec une chair semblable à celle du péché, in similitudinem carnis peccaU, pour marquer que la chair de Jésus-Christ a eu l'apparence et la marque du péché , sans avoir jamais contracté la tache du péché; et c'est ce que nous faisons profession de croire. Il n'en fallait pas davantage , reprend saint Augustin , afin que Jésus- Christ fût en état de souffrir pour nous ; car il y a, dit ce saint docteur, entre Dieu et le péché une telle opposition, que l'apparence seule du péché a suffi pour obliger Dieu à n'épargner pas même le Saint des saints, et pour le déterminer à exécuter sur la chair innocente de Jésus-Christ l'arrêt de notre condamnation. Oui, mes frères, parce que ce Dieu- Homme est couvert de l'ombre de nos iniquités , Dieu le livrera à la mort, et à la mort de la croix ; et parce qu'il a consenti à paraître criminel , il sera traité comme s'il l'était. Vous diriez , à entendre parler l'Ecriture , que Jésus-Christ , en conséquence de ce mystère, ait été non-seulement pécheur, mais le péché même, parce qu'il en a pris le caractère et la marque : Eum qui non noveral peccatum, pro nobis peccatum fecit. (2. Cor,, 5.) Ce sont les termes de saint Paul, qui , pris à la lettre, pourraient nous scandaliser; mais qui , dans le sens orthodoxe, expriment une des vérités les plus chrétiennes et les plus édifiantes. Celui qui ne connaissait point le péché , a été fait péché pour nous ; c'est à-dire , celui qui ne connaissait point le péché, a paru devant Dieu
SUR LA CIHCONCLSIOIN DE JESUS-CHRIST
comme s'il eût été lui-même le péché, et a été traité de Dieu comme le péché même subsistant eût pu mériter de Têtre. Etwi qui non noverat peccatum , pro nobis peccatum fecit.
Or, dans quel moment de la vie du Sauveur cette étonnante proposition fut-elle exactement et spécialement vérifiée , et quand peut-on dire que Jésus* Christ s'est pour la première fois présenté aux yeux de son Père , comme s'il eût été le péché même? Au moment de sa circoncision : je m'explique, l^hs sa naissance il était homme; mais il n'avait rien encore alors de commun avec les pécheurs. Son incarnation, Tœuvre par excellence du Saint-Esprit , sa génération dans le seiu d'une vierge toujours vierge, son entrée miraculeuse dans le monde, tout cela Téloignaît des moindres apparences du péché. Mais aujourd'hui , dit saint Bernard , qu'il se soumet à la loi de la circoncision , cette loi n'ayant été faite que pour les pécheurs, il paraît pécheur. Le voilà donc dans l'état où Dieu le voulait pour l'immoler à sa justice. Avant qu'il subît cette loi. Dieu offensé cherchait une victime pour se satisfaire, et il n'en trouvait point : Super quo percuiiam (Isai., i).^ disait-il par un de ses prophètes : Sur qui déchargerai-je ma colère , et sur qui dois-je frapper? Sur les coupables , qui sont les pécheurs ? quand je les aurais tous anéantis, ma gloire n'en serait pas réparée. Sur ce juste, qui vient de naître dans l'obscurité d'une étable.' c'est mon Fils bien-aimé, en qui je me plais souverainement , et en qui par là même je n'aperçois rien qui puisse mériter ma vengeance. Voilà , mon Dieu , où votre justice en était réduite ; et jusques à l'accomplissement de ce mystère , il n'y avait point encore de Jésus qui pût être pour nos péchés l'hostie de propitiation que vous demandiez. Le Messie qui venait de paraître au monde, pour être trop saint, n'était pas encore en état d'être pour nous un sujet de malédiction, Factuspro nobis maledictum (Ga- /a/, y 3 ) ; et pour être trop digne de votre amour, il ne pouvait encore ni ressentir, ni apaiser votre juste courroux : mais maintenant qu'il porte, comme circoncii , la marque du péché , souf&ez , Seigneur, que nous vous le disions avec confiance, nous avons enfin un Sauveur. Vous demandez sur qui vous frapperez pour vous venger. Super quopercutiam f C'est sur ce divin enfant; car il a désormais tout ce qu'il faut , et tout ce que vous pouvez désirer pour tirer de lui et pour vous donner à vous-même une satisfaction entière. Il a la forme d'un pécheur pour éprouver la rigueur de vos jugements , et il a la sainteté d'un Dieu pour mériter vos miséricordes : en faut-il davantage pour nous sauver ? Vengez-vous donc , ô mon Dieu I pourrais-je ajouter avec respect , vengez-vous aux dépens de la chair de cet agneau , qui devient aujourd'hui semblable à la chair du pédié , et qui , par cette ressemblance même , se trouve
en état d'être la précieuse matière de ee grand i fice, qui doit détruire le pédié. C'est ainsi qaud le Fils de Dieu se met , en voulant être cirooncis, dani la disposition prochaine et nécessaire pour êmxnt les hommes.
Mais en demeure-t-il là? T^on, chrétiens , sa charité va plus avant : il ne se contente pas d'être eo état de nous sauver; il veut dès aujourd'hui en (aire l'essai , et dans sa circoncision il en trouve le moyeit Comment cela? £n offrant à Dieu les prémices de son sang, qui devait être le prix de notre salut. Il est vrai , disent les théologiens , que la moindre action du Fils de Dieu, eu égard à la dignité de sa personne , pouvait suffire pour nous racheter : mais dans l'ordre des décrets divins , et de cette rigide satisfaction à laquelle il s'était soumis, il fsdlait qu'il lui en coûtât du sang. Ainsi était-il arrêté dansleoonseil de Dieu que ce serait lui qui pacifierait par soo sang le ciel et la terre, lui qui par son sang nous réconcilierait avec son Père, Pacificanspersanguinem crucis ejusy sive quas £n teriris, $ive qux in cœlis sunt (Coloss. y 1) ; et que ce traité de paix entre Dieu et nous ne commencerait à être ratifié que quand le sang du Rédempteur aurait commencé à couler : d'où vient que lui-même l'appelait le sang de la nouvelle alliance : Hic est sanguis meus novi testamenti. (Matth., 26.) Ainsi était-il ordonné que, dans la loi même de grâce , nul péché ne serait remis sans effusion de sang. Sine sanguinU effialume nonfitremissio (Hebr,, 9 ) , et que le sang de Jésos- Christ aurait seul la vertu de nous purifier et de nous laver : Sanguis Jesu Christi Filii t^us emumdat nos ab omni peccaio, (1 . Joan., 1 .) Ainsi la foi nous apprend-elle que l'Église, comme épouse du Dieu sauveur, devait lui appartenir par droit de conquête; mais que ce droit ne serait fondé que sur l'acquisition qu'il en aurait faite par son sang : EccleHam, quam acquisivit sanguine suo, {Act., 20.) Or c'est ici que la condition s'exécute ; et quand je vois, soos le couteau de la circoncision , ce Dieu naissant, je puis vous dire bien mieux que Moïse : Hic est sanguis foederis, quodpepigit Dominus vobiscum (Exod., 24) : Voici le sang du testament et de l'alliance que Dieu a faite en votre faveur. C'est donc proprement en ce jour que commence la rédemption du monde, et que le Fils de Dieu prend possession de sa qualité de Sauveur, puisque c'est en ce jour qu'il en fait les premières fonctions , et qu'il entre dans le sanctuaire, non plus avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang, en vérifiant à la lettre cette parole de l'apôtre : Per proprium «asguknem introivit in sancta. (Hebr., 9.) Ah! mes frères , s'écrie saint Augustin , que cette conduitede Jésus-Christ est différente de celle qui nous est re* présentée dans l'Histoire sainte, au troisième livre des Rois! Nous lisons que les prophètes et lesprf:
SUR LA ClRCONaSION DE JÉSUS-CHRIST.
aal, dans la célèbre contestation qu*îls eu- Élie, se/aisaient à eux-mêmes, par un zèle ieux, et pour honorer leur Dieu, de doui incisions, j usqu'à ce qu'ils fussent couverts ang : El mcidébant sejuxta ritum suum lanceoUs, donecperfunderentur sanguine, 18.) Mais aujourd'hui nous voyons un Dieu l'excès d'une ardente charité , se fait circon- ' sauver son peuple. Quelle opposition en- -Christ et Baal , ou plutôt entre les adora- Baal et ceux du vrai Dieu ! Dans le temple
les hommes répandaient leur sang pour : et dans le temple du vrai Dieu , c'est Dieu li verse son sang pour les hommes. Là, un lolâtre déchirait sa chair pour plaire à une viuité; et ici le Dieu incarné n'épargne pas e chair pour faire un peuple fidèle. Un sang fert à Baal , voilà le mystère de l'impiété ; 'un Dieu qui nouspuriiie, voilà le mystère ir divin. Mais aussi , poursuit saint Augusins-nous reconnaître que dans cette oppou dans ce parallèle , toute la gloire est du ésuS'Christ : car jamais la superstition n'a iaal, ni aux autres dieux des nations, le titre !ur ; il était réservé à Jésus-Christ seul , et nait qu'à lui. Les païens, comme le même Aeur le montre évidemment dans son ad- Taité de la Cité de Dieu , les païens étaient s sauveurs de leurs dieux, que leurs dieux leurs sauveurs : mais pour nous , reprend-il, rons un Dieu, et un Dieu sauveur; et de
qualités, l'une nous sert pour conclure car nous comprenons que J^us-Christ n'a gné pour nous sauver parce qu'il était notre nous ne pouvons plus douter qu'il ne soit eu, puisqu'au prix même de son sang il a us sauver.
lant, me direz-vous, ce n'était pas à la cir- I du Fils de Dieu , mais à sa mort , qu'était ) salut du monde : j'en conviens , mes chers %\ mais convenez aussi, et souvenez-vous ! j'ai ajouté; savoir, que la circoncision fut ils de Dieu un engagement à la mort. Souus qu'au moment qu'il fut circoncis, il s'olennellement à consommer sur la croix le sanglant dont il ne faûsait alors que la prelation ; et de là reconnaissez avec moi que lu monde eut donc encore une connexion le avec notre mystère. Ce ne sont point ici ires pensées, ni des spéculations ; c'est l'ex octrine de saint Paul, lorsqu'il déclarait tes que iout homme qui se faisait ciroon- ^ertu de la circoncision même, se chargeait >lir toute la loi, Test\ficor omni homiM
dont le Fils de Dieu fut bien éloigné de se dispenser puisqu'il protesta depuis hautement qu'il était venu pour l'accomplissement de la loi. Or, l'accomplissement de la loi , dit saint Jérôme, par rapport à Jésus-Christ, c'était la mort de Jésus-Christ même : car Jésus-Christ était la fin de la loi. Finis enim legis Chrisfyis {Rom. , 10); et il n'en devait être la fin que par la consommation du sacrifice de son humanité sainte. Ainsi , du moment qu'il se soumit à être circoncis , il s'engagea , par un pacte solennel , à être crucifié et à mourir : pourquoi ? parce que son crucifiement et sa mort étaient le terme et comme le dénoûment de toute la loi, dont il s'imposait le fardeau, et dont , selon l'expression de l'apôtre, il devenait, par sa circoncision, le débiteur universel : DdÂtor universas legis faciendœ.
Concluons, après saint Bernard , que c'est donc avec justice que le nom de Jésus lui est donné. Ah! dit ce Père , nous ne devons pas considérer ce Sauveur comme les autres : car mon Jésus n'est pas semblable à ces anciens sauveurs du peuple de Dieu , et ce n'est pas en vain qu'il porte ce nom : Neque enim ad instar priorum , meus iste Jésus nomen vanum atU inane portât. (Bern.) Il n'en a pas seulement l'ombre comme ceux-là, mais la vérité : Non est in €0 magni nominis umbra, sed veritas, (Id.) Quand les princes naissent sur la terre, nous les appelons rois , monarques , souverains ; mais ce sont des titres pour signifier ce qui doit être un jour, et non pas ce qui est. Bien loin d'être en état de gouverner les peuples, ils ne sont pas encore en état de se connaître; et dans cet âge tendre et sans expérience, leur faiblesse les réduit à se laisser conduire par leurs propres sujets, avant qu'ils puissent les conduire eux-mêmes. Mais Jésus-Christ ne commence à prendre la qualité de Sauveur qu'au moment qu'il commence à en faire l'exercice; et dès ce jour on peut dire de lui ce que l'Écriture a dit du brave Éléazar, au premier livre des Machabées : Dédit se ut liberaret populum suum, et acquireret sibi nomen sstemum. {Machab., 6.) Il n'est pas plutôt né , qu'il se livre pour le salut des siens , et pour s'acquérir un nom immortel , qui est le nom de Jfeus. N'est-ce pas pour cela , chrétiens , que ce nom lui a été si cher, et que , dans la pensée de saint Jérôme , il lui a tenu lieu d'une récompense proportionnée à toutes les humiliations de sa circoncision et à tous les travaux de sa vie? N'est-ce pas pour cela qu'il l'a porté sur la croix comme un diadème d'honneur, et qu'ayant souffert que les Juife lui refusassent devant Pilate le titre de roi, il ne permit jamais qu'ils lui contestassent le nom (Je Jësus? N'est-ce pas pour
cela qu'il a fait publier par toute la terre ce saint nom, ce grand nom , cet auguste nom? N'est-ce pas, denHseyguoniâmdebitorestunitersmle' \ di,s-je , parce qiî^il n^^^irkn de plus naturel que de fiufo {Calai,, 5); conséquence onértaae • se KbrifieiitoniHBKatiltfbl^iiMlMiiu&|'3£ sa vertUi
SUR LA aRCONaSION DE JÊSUS-CHRIST.
plutôt que de ceux qu'on tient du hasard , ou du bonlieur de la naissance? Or, THomme-Dieu n*a possédé le nom de Jésus que par titre de conquête : il Ta mérité en sauvant les pécheurs, et il commença à les sauver en voulant répandre son sang et subir la loi de la circoncision.
Mais quoi, mon Dieu! y avait-il donc pour vous tant de gloire à racheter de vils esclaves? trouviez-vous tant de grandeur à vous abaisser si profondément pour eux, et des hommes valaient-ils un sang aussi précieux que le vôtre? Oui, moucher auditeur, voilà ce que valait votre âme , et ce qu'elle valait au jugement même de votre Dieu : c'est ainsi qu'il l'a estimée; et en donnant son sang pour elle, il n'a pas cru trop donner; car son amour, tout libéral qu'il est, nest pas prodigue. Toujours dirigé par sa sagesse, il conforme les moyens à la Gn; et puisqu'un Dieu souffre déjà pour votre salut, il faut que votre salut soit le juste prix des souffrances d'un Dieu. Or, mes frères, est-ce là l'estime que vous en faites vous-mêmes ; est-ce de la sorte que vous en jugez? Saint Augustin disait : Voyez ce que votre âme , ou plutôt ce que le salut de votre âme a coûté au Dieu sauveur qui s'en est fait la victime ; et par le sang qu'il a versé, vous apprendrez quel bien il a prétendu acheter : f^ide quanto émit, et videbis quid émit, (Aug.) Mais je dis, moi : Voyez en combien de rencontres vous Tavez sacrifié, ce salut : en combien de rencontres vous le sacrifiez tous les jours à un vain intérêt, à un plaisir profane, et même si abominable; et de là tirez, à votre confusion, cette triste conséquence, que le premier de tous les biens, le souverain bien est de tous les biens le plus méprisé. Car si vous l'estimez, je ne dis pas autant qu'il le mérite, puisqu'il est audessus de toutes nos vues, et que Dieu seul en peut connaître tout le prix, mais du moins autant que vous le pouvez, et que vous le devez, pourquoi l'oubliez-vous , pourquoi l'exposez-vous , pourquoi y renoncez-vous si aisément? D'où vient que donnant tout au monde, et faisant tout pour des affaires temporelles, vous ne faites rien pour celle-ci; que vous ne voulez presque jamais en entendre parler; que vous craignez ceux à qui le zèle inspire de vous en représenter les conséquences, et de vous y faire penser; que toutes les pratiques chrétiennes, la prière, la méditation des vérités éternelles, l'assiduité à la parole de Dieu , la lecture des bons livres, l'usage des sacrements, moyens de salut si nécessaires , que tout cela vous fatigue , vous ennuie , vous rebute ? Ah ! mes chers auditeurs , quelle opposition entre ce Dieu circoncis et nous, et en cela même quel aveuglement de notre part, et quel renversement! II fait sa gloire et son plus bel emploi de nous sauver ; et nous , nous faisons un jeu de nous perdre. Lui était il donc plus important d'être sauveur, qu'il
ne nous importe d'être sauvés.^ S'il est sauveur, est-ce pour lui? et si nous sommes sauvés, n'est-ce pas pour nous-mêmes? Sans être sauveur, en eât-il été moins heureux , en eût-il été moins Dieo? et sans être sauvé, que pouvons-nous être, et quel anathème doit tomber sur nous? Cependant, pour être sauveur, rien ne lui paraît difficile; et pour être sauvé, tout nous devient impossible. Mais ne nont y trompons pa^ , et ne croyons pas qu'il veuille nom sauver sans nous. Je l'ai dit, et je ne puis trop vous le redire, il veut bien sans nous faire les premières avances; il veut bien sans nous s'immoler pour nous; il veut bien, pour satisfaire a la jostioe de Dieu, et pour nous mettre en état de Papaitcr nous-mêmes, se charger de nos iniquités, et en devenir la victime ; se présenter à son Père tout ooovert de sang, et s'engager à en répandre jusqu'à la dernière goutte; voilà ce qu'il veut, voilà ce qu'il fait, et comment, sans nous, et par une pure miséricorde, il est sauveur; mais que dans la suite il vous dispense de tout ce que vous devez contribuer au salut qu'il vous procure; mais qu'il en fasse tous les frais, et que vous n'y mettiez rien de votre part; mais qu'il vous transporte et qu'il voas communique tellement tous ses mérites , que vous soyez pleinement déchargés du soin de vous les appliquer : mais que tout innocent qu'il est, et l'ionocence même, que tout saint qu'il est, et la sainteté même, il porte toute la peine du péché, et que les pécheurs vivent dans les aises et les commodités de la vie, ce n'est pas là ce qu'il a prétendu; et, si j'ose ainsi m'exprimer, le nom de Jésus, entendu de la sorte, n'est qu'un fantôme. Il est vrai, disait le grand apôtre, touché de cette pensée, il estvni que mon Dieu a souffert pour moi ; mais en acqui^ tant mes dettes, ce que je ne pouvais sans lui, il ne m'a pas dégagé de l'obligation indispensable où je suis de les acquitter moi-même avec lui; et c'est pour cela que j'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ : Adinqdeo ea qux désuni passionum Christi. {Colos.^ 1.) Ainsi parlait saint Paul , et ainsi devons-nous parler nousmêmes. Mais qu'y a-t-il donc à faire? C'est, mes frères, de coopérer avec Jésus-Christ à l'ouvrage de notre salut : et comment? Ne sortons point de notre mystère pour l'apprendre ; car si Jésus-Christ a commencé dans ce mystère à nous sauver, par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circon- . cision , il nous y donne encore un moyen sûr pour | nous aider nous-mêmes à nous sauver par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle : c'est la seconde partie. ,