LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE
Dans l'âge où vous êtes , vous devez penser i faire choix d'un état de vie; et rien n'est plus nécessaire pour vous que de bien connaître l'importance de ce choix et les règles qu'il y faut gaixler. Vous me demandez là-dessus quelque instruction , et je satisfais volontiers à une demande aussi raisonnable que celle-là , et aussi digne de votre piété et de votre sagesse.
I. Imprimez-vous bien dans l'esprit cette grande maxime, qu'il n'y a rien dont le salut dépende davantage que de bien choisir l'état où l'on doit vivre, parce qu'il est certain que presque tous les péchés des hommes viennent de l'engagement de leur état. Combien Dieu voit-il de réprouvés dans l'enfer, qui seraient maintenant des saints s'ils avaient ennbrassé, par exemple, l'état religieux? et combien y a-t-il de saints dans le ciel qui seraient éternellement réprouvés, s'ils avaient vécu dans le monde? Voilà ce qui s'appelle le secret de la prédestination , lequel roule principalement sur le choix de l'état. Tâchez donc de bien comprendre cette vérité, afin de vous bien conduire dans une affaire si importante. Car que serait-ce si vous veniez à vous y tromper, et à prendre une autre voie que celle où Dieu vous a préparé des grâces pour faire votre salut?
II. Ce qu'il y a de plus essentiel dans le choix d'un état, est de n'y entrer jamais sans vocation, c'està-dire, sans y être appelé de Dieu. Car il ne vous appartient pas de disposer de vous-même pour choisir selon votre gré tel état qu'il vous plaira. Étant à Dieu comme nous y sommes , c'est à lui de nous parler selon les vues et selon les desseins de sa providence; et si, au préjudice d'une obligation si sainte, nous nous engageons témérairement dans une condition où il ne nous appelle pas , dès là il est en droit de nous y délaisser, et de ne nous plus accorder cette protection spéciale dont il favorise les justes. Or, quel malheur si cela vous arrivait jamais, et si vous pouviez un jour vous repfùeher que vous êtes dans un état où Dieu ne vous avait pas destinée I Quand vous seriez alors sur le premier trône du monde, quand vous seriez reine et souverame , vous devriez plaindre votre sort , et le regarder comme l'état le plus déplorable.
III. Cependant voilà le désordre, et tout ensemble la misère des conditions du monde. On n'y entre que par intérêt , que par ambition , que par passioD,
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