‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 112 sur 352 · SUR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE · texte numérisé non relu

SUR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE

qui; pour y chercher des établissemeoUi de fortuoe. Jamais, ou presque jamais, oo n*y enyisage Dieu; et a dernière chose à laquelle on pense, c'est d*examiner si Tétat qu'on prend est de sa volonté, et si le salut y peut être en assurance. Cela ne se voit que trop. Par exemple, dans une alliance qu'on veut faire, et où deux jeunes personnes doivent s'engager parle lien du mariage, à quoi s'applique-t-on? à considérer s'il y a de part et d*aùtre un bien convenable, s'il y a de la naissance et de la qualité, si rentrée en telle famille fera honneur , si elle sera de quelque utilité selon le monde. Dès qu'on y trouve là-dessus tout ce qu'on prétend , on ne se met guère en peine de la vocation divine, ou plutôt on la suppose, comme si elle était infailliblement attachée à de pareils avantages.

IV. Ce n'est pas qu*il soit absolument mauvais d'avoir égard à tout cela. Il y a une prudence humaine qui n*est point contraire à la sagesse évangélique , pourvu qu'elle lui soit subordonnée. Mais l'abus est de n'écouter que cette prudence du siècle, de ne se conduire que par les principes du siècle, de ne regarder les choses que par rapport au siècle, et de ne s'y déterminer qu'autant que les considérations du siècle nous y portent. Car c'est faire à Dieu le même outrage et la même injustice que ferait à son maître un serviteur qui voudrait se rendre indépendant , ou qui n'agirait que sous les ordres et sous l'autorité d'un autre.

y. De là vient qu'il y a très-peu de gens du monde qui puissent raisonnablement se flatter d'être dans l'état où Dieu les veut. Je ne prétends point vous faire entendre par là que les divers états qui composent ce que nous appelons le monde ne soient pas en général de la vocation de Dieu. C'est lui qui les a établis, lui qui les a partagés, lui qui, par son inGnie sagesse, les a disposés et arrangés. Or, il ne les a pas établis, ni arrangés de la sorte, pour vouloir qu'ils demeurent vides et sans sujets qui les remplissent. D'où il faut nécessairement conclure, qu'entre les hommes il y en a , et un grand nombre, qu'il a fait naître pour ces états et qu'il y a appelés. Tellement que ce serait une erreur grossière de croire que d'être engagé dans le monde, ce fût être hors des voies de Dieu : comme si Dieu réprouvait tous les états du monde, et qu'on n'en pût embrasser aucun avec une vocation légitime et sainte. Le monde, par l'opération du Saint-Esprit et de sa grâce , a produit dans toutes les conditions de parîàiXs chrétiens, et fourni au ciel une multitude innombrable de bienheureux. Mais, tout ceci supposé , la proposition que j'ai avancée et que je reprends n'en est pas moins vraie, savoir, qu'il y a très-peu de gens du monde qui puissent raisonnablement et prudemment s'assurer qu'ils soient dans l'état où Dieu les denuindait. Car, pour avoir cette assurance

raisonnable et prudente, il ne me suffît pas en général qu'il n'y ait point d'état dans le monde où je n'aie pu être appelé de Dieu : il faut de plus que je sache en particulier , et autant que j'en puis avoir de connaissance, que Dieu en effet, dans sa prédestination éternelle, m'avait marqué tel état plutôt que tel autre. Je n'en puis être instruit ou que par une révélation expresse de la part de Dieu , ce que certainement les personnes dont je parle n'ont pas; ou que par les soins que j'ai pris pour découvrir, selon qu'il m'était possible, ce que Dieu voulait faire de moi. Or, il est évident que les gens du monde ne prennent communément pour cela nul soin , nul moyen. D'où il s'ensuit qu'ils n'ont donc nulle raison de juger que l'état auquel ils se trouvent attaches soit réellement celui que Dieu , dans ces décrets adorables , leur avait assigné. Car de se répondre que Dieu, malgré leur négligence , les aura conduits dans une affaire si périlleuse; que sans qu'ils se soient rais en peine d'apprendre ses volontés , il aura bien voulu lui-même les leur inspirer; qu'il ne les aura pas laissés là-dessus dans l'ignorance , ni livrés à leur aveuglement, ce serait une présomption mille fois condamnée par la parole de Dieu même et par les sacrés oracles de l'Écriture. Ainsi ils n'ont rien de solide sur quoi ils puissent appuyer leur conGance; et je dis de plus qu'ils ont, au contraire, tout sujet de craindre l'accomplissement des menaces du Seigneur, qui nous a si hautement et si souvent avertis qu'il confondrait la fausse sagesse du monde, et qu'il l'abandonnerait à ses vues trompeuses et à son sens perverti.

VI. Vous voulez présentement savoir ce que vous devez faire pour connaître les vues de Dieu sur vous , et quelle est votre vocation. C'est ce que je vais vous expliquer, et ce que je comprends en trois articles, qui vous serviront de règles et que je vous prie d'observer avec une entière ûdélité. Le premier est d'avoir recours à Dieu ; le second , de vous adresser ensuite aux ministres de Dieu ; et le troi« sième , de vous consulter vous-même. Tout ce qu'il y a de plus solide par rapport au choix de votre état , je dis à un bon choix, à un choix sage et chrétien , se trouve renfermé dans ces trois devoirs , dont voici la pratique.

VII. Comme Dieu ne s'explique immédiatement à nous que par ses inspirations intérieures , vous devez d'abord l'écouter dans le fond de votre cœur, et vous rendre attentive à cette voix secrète par laquelle il a coutume de parler à ses élus. Mais aGu de l'engager davantage à vous communiquer ses lumières et à se déclarer, vous n'avez point de moyen plus efGcace ni plus assuré que la prière. Allez donc aussi souvent que vous le pourrez vous prosterner devant lui , et lui dire comme Samuel : Parlez, Sei« gneur, et découvrez-moi vous-même quel dessein

Page 1