SOR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE
vous avez formé sur ma personne : car me voilà prête à vous entendre, à vous obéir et à exécuter toutes vos volontés. Quelque difûculté qui se présente en tout ce que vous me prescrirez , et quelque opposé qu'il soit à mes inclinations, du moment que je comprendrai que c'est ce que vous voulez de moi , je ne balancerai pas ; et, sans différer, je me mettrai en devoir de l'accomplir. Telle est , mon Dieu, ma résolution, et j'espère de votre grâce que rien ne sera capable de l'ébranler, ni de la changer. A cette prière vous pourrez encore ajouter celle de David : Montrez-moi, Seigneur, le chemin où je dois marcher, parce que j'ai élevé vers vous mon âme. {Psalm, t42. ) Le prophète se sert là d*une puissante raison pour toucher le cœur de Dieu , et il ne pouvait plus sûrement obtenir d'en être éclairé: Parce que j'ai élevé vers vous mon âme. En effet, si Dieu ne souhaite rien plus ardemment que de nous voir seconder sa providence et embrasser ses voies , nous les laissera-t-il ignorer, et n'aura- t-il nul égard au désir que nous lui marquons , et à la droite intention que nous avons de les suivre ? Ce qui achèvera enûn de l'intéresser en votre faveur, et de le disposer à vous accorder votre demande , ce sera d'y joindre quelques dévotions particulières et quelques bonnes œuvres , surtout l'usage de la communion , et même quelques pratiques de la pénitence chrétienne. Car voilà, selon saint Paul, les victimes et les sacrifices par où l'on fléchit le Seigneur.
VIII. Après vous être acquittée de ce premier devoir envers Dieu , vous devez ensuite vous adresser aux ministres de Dieu. Ce sont nos guides, nos conducteurs', et ils ont été établis pour nous donner des conseils salutaires. C'est pour cela que Dieu les éclaire spécialement eux-mêmes ; et souvent il arrive que ce qu'il n'a pas voulu par lui-même nous révéler, c'est par leur bouche qu'il nous l'enseigne. Ainsi , dans l'ancienne loi , les prophètes étaientils appelés voyants, et c'était à eux que Dieu envoyait son peuple pour en recevoir toutes les décisions et tous les éclaircissements nécessaires. Or, par les ministres de Dieu , j'entends deux sortes de personnes. Premièrement , et dans le sens le plus ordinaire et le plus propre, ce sont les prêtres du Seigneur, ce sont nos confesseurs et les directeurs de notre conscience. Ayez un directeur sage , un homme de Dieu en qui vous preniez conûance , et à qui vous exposiez avec simplicité et avec candeur toutes vos vues, toutes vos pensées, toutes les bonnes et mauvaises dispositions de votre âme. Proposez-lui vos doutes ; marquez-lui à quoi vous vous sentez attirée, ou à quoi vous avez de la répugnance. Iiieiui dissimulez rien; et quand vous croirez lui avoir dit toutes choses, priez-le qu'il vous examine «QCor« Itti-mémei et répondez-lui avec l'humilité
d'un enfant. Surtout faites-lui voir qu'il peut voui parler avec une pleine liberté, et demandez-lui quil vous détermine précisément au parti qu'il jugera le meilleur selon Dieu, et non point à celui qui pourrait vous être plus agréable selon la nature et selon le monde. Dès que vous agirez avec cette droiture et cette bonne foi , vous aurez tout sujet de vous promettre que Dieu présidera au jugement de son ministre , et que l'esprit de vérité lui suggérera pour vous une décision juste, et où vous pourrez vous en tenir. Mais en second lieu, vous devez de plus compter parmi les ministres de Dieu, le père et la mère dont vous avez reçu la vie. Les pères et les mères sont , après Dieu et selon Tordre de Dieu , les premiers supérieurs de leurs enfants , et ce serait une indépendance condamnable plutôt qu'une liberté évangélique, de vouloir dans le choix qu'on fait d'un état, se soustraire absolument à l'autorité paternelle. Il est vrai qu'on n'est pas toujours obligé de se conformer aux désirs d'un père et d'une mère trop préoccupés de l'esprit du monde . et qu'il y a des occasions où l'on peut leur répondre ce que disaient les apôtres : Est-il de la justice que nous vous obéissions pré/érablement à Dievf {Âct,, 4. ) Mais au moins faut-il les écouter , peser leurs raisons , y déférer même, lorsqu'on n'en a point de plus fortes à y opposer; enfin, soit que Ton condescende à leurs volontés , ou que pour l'intérêt de son salut on s'en écarte , leur donner toujours tous les témoignages d'une soumission filiale, et du respect qu'on reconnaît leur devoir.
IX. Il vous reste de vous consulter, et , selon le mot de saint Paul , de vous éprouver vous-même. Car Dieu ne nous a donné le discernement et la raison , qu'afîn que nous nous en servions dans toutes les affaires qui nous regardent, mais particulièrement en celles qui nous sont d'une aussi grande conséquence que l'est le choix de notre état. Examinez donc , sans vous flatter, quel est de tous les états de la vie , celui où vous pouvez plus glorifier Dieu , celui pu vous pouvez faire le plus aisément votre salut , celui auquel vous êtes plus propre eu égard aux qualités de votre esprit et de votre cœur. Car fl se peut faire qu'avec le naturel que Diea vous a donné , vous vous perdrez où un autre se sauverait, et qu'au contraire vous vous sauverez où un autre se perdrait. Quoiqu'il en soit, souvenezvous toujours que toute votre délibération doit se rapporter au salut , comme à votre unique fin; que vous ne devez juger d'un état, ni l'estimer plus que l'autre, qu'autant qu'il pourra vous conduire plus sûrement au salut; que tout ce que vous avez à considérer en vous-même, se réduit à la seuie question que fit ce jeune homme de FÉvangile à Jésus-Christ : Quefaut-U que je Jasst pour obtenir la vie étemelle f (Luc, 10. ) Car voilà le grand
SUA LA COMMUNION
principe que vous devez poser, et d'où vous devez tirer toutes vos conséquences; comme si vous raisonniez de la sorte : Je veux faire mon salut, et je le veux à quelque prix que ce soit. Ce n'est donc point là-dessus qu'il s'agit de délibérer, puisque je suis déjà toute déterminée et que je le dois être. Mais pour me sauver, il y a plusieurs moyens ; et un des plus puissants, c'est la condition et Fétat. Ainsi , de tous les états qu'on me propose ,'ou qui se présentent à mon esprit , j'ai à voir devant Dieu quel est celui qui me paraîtra le plus avantageux pour arriver à mon terme, qui est toujours le salut. Si je n'avais en vue que de m'èlever dans le monde, que de briller dans le monde , que de mener une vie douce et agréable dans le monde, c'est ce que je trouverais en telle condition. Mais encore une fois tout cela n'est point ma fin , et par conséquent je ne dois avoir nul égard à tout cela. Ma fin, c'est deparventr à la vie étemelle. Or, je connais , ou je crois de bonne foi connaître , que je ne pourrai dans nul état l'acquérir plus sûrement que dans celui-ci : je conclus donc que c'est à celui-ci qu'il faut me fixer.
X. Quand vous aurez délibéré de cette manière avec vous-même, si vous ne vous sentez pas encore dans une parfaite détermination , voici deux règles dont vous devez vous servir, et qui sont de saint Ignace , dans le livre de ses Exercices. 1. Que voudrais-je conseiller à une autre , si elle était en ma place, et qu'elle me demandât mon avis ; à une autre qui aurait les mêmes inclinations , ou les mêmes défauts que moi ? Que lui répondrais-je , et à quel genre de vie la porteràis-je ? Car quand il s'agit des autres , nous sommes ordinairement bien plus désintéressés, et par là même bien plus capables de prendre le bon parti. Or, pourquoi n'auraisje pas pour moi la même charité et le même zèle que j'aurais pour autrui ? Si c'était une de mes amies qui délibérât , ne cherchant que son salut, je] sais ce que je lui dirais : pourquoi ne me le dirais-je pas à moi-même? O mon Dieu! dégagez-moi de toutes ces illusions de l'amour-propre , qui m'aveuglent, et qui m'empêchent de penser aussi sainement sur ce qui me touche , que sur ce qui concerne le prochain. 3. Entre ces différents états , lequel voudrais-je avoir pris , lorsque je serai à l'article de la mort ? car c'est alors que j'envisagerai solidement les choses , et que mes passions ni les préjugés du monde n'obscurciront plus ma raison. Ce que je voudrais donc avoir fait à ce dernier moment , c'est ce que je dois faire aujourd'hui ; et voilà sans doute la règle la moins trompeuse et la plus infaillible que je puisse suivre. Si j'en use autrement, je dois m'attendre qu'un jour j'en aurai une vraie douleur. Or, ne serait-ce pas une extrême folie d'embrasser un état, dont je prévois
que j'aurai à me repentir? O mon Dieu! je vous rends grâces de la vue que vous me donnez. Faites , Seigneur, que j'en profite comme du plus excellent moyen pour me déterminer chrétiennement. Oui , mon Dieu , c'est par là que je veux décider avec vous de ma destina. Je veux vivre dans Tétat où je serai bien aise de mourir. Malheur à moi si je venais à m'engager dans une condition qui ne me dût produire à la mort que des sujets de crainte et que des regrets !
XI. Sans prétendre vous marquer formellement ma pensée sur l'état qui vous peut le mieux convenir, je finis en vous disant , au regard de l'état religieux , ce que saint Paul disait aux premiers fidèles touchant le célibat. Ce passage est admirable , et plein de sens et de religion : Pour ce qui est de l'état des vierges (1. Cor.j 7), écrivait cet apôtre aux Corinthiens, je n'ai point là-dessus de précepte du Seigneur à vous intimer; mais je ne Jais que donner conseil, comme ayant reçu du Seigneur la grâce d'être fidèle. Je pense donc qu'eu égard aux misères qui nous environnent y et aux dangers continuels oit nous sommes exposés, c'est un état avantageux. Ce que je désire, poursuivait le même docteur des gentils , c'est que vous n'ayez point de soins qui vous inquiètent. Or une femme, dans télat du mariage, est occupée des choses qui regardent le monde et du soinde plaire àson époux; au lieu qu'une vierge ne s'occupe que des choses qui regardent le Seigneur, pour être saintede corps et d'esprit. Il vous sera aisé de faire l' application de ces paroles à la profession religieuse. Je ne vous en dis pas davantage : c'est au Seigneur à s'expliquer, et vous serez toujours bien partout où vous serez sous sa conduite et par sa vocation.
INSTRUCTION
SUR
LA COMMUNION
Il y a trois temps à distinguer par raport à la communion : celui qui la précède, celui de la communion même, et celui qui la suit. Selon cette différence, voici les différents avis que vous devez suivre , et qui vous serviront de r^le pour un saint usage de la divine Eucharistie.
$ I. Jvis pour le temps qui précède la communUm.
I. Bien comprendre que la plus grande , la plus sainte et la plus importante action de votre vie , c'est de communier; et par conséquent, qu'il n'y en a aucune où il soit plus dangereux pour vous d'agir pat
SUR LA COBfMUNION.
coutume et par habitude où vos oégUgenoes soient moins excusables, et où vous puissiez moins espérer de Dieu qu'il ne s'offense pas de vos froideurs et de vos relâchements.
U Bien concevoir que le plus grand crime que vous puissiez commettre, c'est d'abuser de ce qu'il y a de plus auguste et de plus divin dans notre religion ; de vous rendre coupable de la profanation du corps du Seigneur, et dé vous faire un poison mortel de ce que Jésus-Christ a établi pour être la nourriture spirituelle de votre âme.
m. Êtrebien persuadé quele plus essentiel de tous vos devoirs, en qualité de chrétien, est de vous mettre en état de communier dignement, et de travailler à purifier votre âm^ , afin qu'elle puisse servir de demeure à Jésus-Christ, en vous disant à vousmême , mais avec bien plus de raison que Salomon : // ne s'agit peu de préparer une demeure aux hom" meSytnaUàDieUyleBoidesroU.
IV. Bien méditer ces paroles de saint Paul : Que l'homme $* éprouve donc soi-même, avant que de manger ce pain céleste; car celui qui le mange indignement mange sa propre condamnation, parce qu'il ne fait pas le discernement qu'il doit faire du corps dii Seigneur. ( t. Cor. , 11. ) Accomplir, disje, mais sincèrement et de bonne foi, ce«pr6cepte de l'apôtre, en sorte que toutes les fois que vous communiez , vous puissiez vous rendre témoignage que vous vous êtes éprouvé, et que sans présumer, non plus quesaint Paul, d'étrejustifiépour cela, votre conscience ne vous reproche rien qui vous puisse être un obstacle, du moins essentiel, à ce sacrement ; c'es^à-dire, que vous ne la sentiez chargée d'aucun péché mortel-, car c'est en quoi leconcile de Trente feit principalement consister cette épreuve que vous devez faire de vous, avant que d'approcher de la communion.
y. Faire une confession aussi exacte, aussi fervente et aussi par&ite pour communier, que vous la voudriez faire pour mourir, étant bien convaincu qu'il ne faut pas une moindre pureté de cœur pour aller recevoir Jésus-Christ que pour paraître devant Dieu, et pour subir la rigueur de son jugement. Cette pensée seule suffirait pour ne tomber jamais dans le désordre des communions sacrilèges, et même pour n'en faire jamais de tièdes , ni d'impariaites, celles-ci servent bien souvent de disposition aux autres.