VI. Bien entendre que l'épreuve que chacun doit
aire de soi-même avant que de communier, ne consiste pas seulement à confesser son péché, à s'en accuser, et à le détester, mais à sortir de l'occasion où l'on pourrait être de le commettre , à en retran* di^rla cause, àen réparer le scandale, et que, tandis que le scandale d'un péché dure, ou qu'on est dans l'occasion de ce péché sans la vouloir quitter,
on n'a pas encore satisfait à l'obligation indispen* sable que saint Paul nous impose par cette r^le : Que rhomme s'^mmve.
YII. Vous souvenir que comme la disposition la plus naturelle, c'est-à-dire la plus conforme et aux inclinations de Jésus-Christ et à la dignité de son sacrement, c'est la pureté : aussi, de tous les péchés qui se commettent dans le monde , n'y en a-t-il point qui ait une opposition plus spéciale à la communion, et qui vous en rende plus indigne que le péché d'impureté, parce qu'en déshonorant votre chair il déshonore la chair de Jésus-Christ même. I/avoir en abomination dans cette vue, et faire sou^ vent réflexion à ces paroles étonnantes de saint Ambroise, qu'il adressait à Jésus-Christ : Quelle bonté 9 Seigneur 9 que pour sauver l'homme, vous n'ayez pas eu horreur de vous incarner dans le sein d'une vierge! (Ambr. ) Car si toute pure qu'a été Marie, saint Ambroise n'a point cru lui faire tort de parler ainsi, qu'aurait-il dit d'une impudique qui , dans l'engagement et dans le désordre de son péché, approche de la communion, laquelle n'est rien autre chose, selon les Pères, qu'une extension ou une suite de Tincarnation ?
y III. N'attendre pas jusqu'au jour de la communion même pour vous y préparer, mais prendre pour cela un temps raisonnable, et y penser d'autant plus tôt, que vos communions seraient plus éloignées les unes des autres; surtout la veille d'un si saint jour, ou même deux ou trois jours auparavant, vous séparer de toutes les choses qui pourraient vous dissiper l'esprit, conune de certains divertissements et de certaines conversations, dont l'inutilité €t la vanité , sans parler du reste , sont plus opposées à la sainteté de l'action que vous devez faire.
IX. Employer les trois ou quatre jours qui précèdent votre communion à faire de saintes lectures , qui vous remplissent l'esprit et le cœur des sentiments dont vous devez être pénétré sur un si grand sujet. Le livre du Mémorial de Grenade sera trèspropre pour cela. T ajouter de bonnes oeuvres, particulièrement des aumônes, qui vous attirent les grâces nécessaires pour comniunier saintement et utilement. Y joindre une petite revue que vous ferez de votre conduite, pour reconnaître si depuis votre communion vous avez été plus fidèle à Dieu , et si vous avez avancé dans la voie de votre salut, et marquer en particulier les choses où vous vous apercevrez qu'il y a eu en vous du relâchement; cela même étant la matière des principaux actes intérieurs qui doivent entrer dans la communion suivante.
X. Ménager, s'il est possible, quelques jours avant la communion, un entretien avec votre conlésseur, afin qu'il vous aide , par ses conseils, à bien Êûre une action si sainte; rien n'étant plus capable de vous eng^er à remplir sur ce point tous vos de-
SUR LA GOIdIdUNION.
voirs que d'en conférer avec celui qmt vous tientla place de Dieu , et en qui vous avez pris coniance. Cet avîs.est de la dernière conséquence , particulièrement aux personnes de la cour , et à ceux qui vivent dans le commerce du grand monde.
$ II. Avis pour le temps même de la communion.
I. Considérer le jour de votre communion comme un jour que vous devez entièrement et uniquement consacrer à Jésus-Christ; en sorte que vous accomplissiez à la lettre le précepte du Saint-Esprit : Ne laissez rien échapper d'un jour sans en profiter: (Ecoles., 14.) C'est-à-dire, qu'aucune partie.d'un jour si heureux ne soit.'perdue pour vous , et que tout ce que vous ferez ce jour-là se rapporte à l'action principale dont vous devez être occupé, qui est la communion même; vous levant, par exemple, dans cette pensée : F'oilà le Jour que le Seigneur a fait pour moi ( Màtth. , 35 ) ; allant à l'église dans ce sentiment : f^oiciT Époux qui vient, allons au-devant de lui ; mais par-dessus tout ne faisant aucune action ni profane, ni frivole, qui puisse marquer un esprit lâche et peu touché des choses de Dieu.
II. Assister à la messe où vous devez communier, avec le même esprit que vous auriez voulu assister avec les apôtres à Ia]dernière cène , où Jésus-Christ les communia de sa propre main , puisqu'on effet ce qui se passa pour lors dans la personne des apdtres va se renouveler dans vous, et que par le ministère du prêtre qui vous représente Jésus-Christ , vous allez être participant de la même grâce, et recevoir le même honneur qu'eux. Pour cela, vous entretenir pendant la messe , et jusqu'au temps de la communion, dans les affections ou dans les pensées suivantes.
m. D'une vive foi de la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie; faisant intérieurement la profession de cette foi , et disant avec l'aveugle-né de TÉvangile : Oui, Seigneur, je crois. ( Joan. , 9. ) Je crois que c'est vous-même que Je vais recevoir dans ce sacrement , vous-même qui , étant né pour moi- dans une crèche, avez voulu mourir pour moi sur la croix , et qui , glorieux dans le ciel , ne laissez pas d'être caché sous ces espèces adorables : je le crois , mon Dieu , et je m'en tiens plus assuré que si je le voyais de mes yeux , parce que mes yeux me pourraient tromper, et que votre parole est infaillible. Quoique mes sens et ma raison me disent le contraire , je renonce à mes sens et à ma raison, pour me captiver sous l'obéissance de la foi ; et s'il fallait souffrir mille morts pour la confession de cette vérité , aidé de votre grâce, Seigneur, je les souffrirais plutôt que de démentir sur ce point ma créance et ma religion.