‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 116 sur 352 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

fc momentJà', que la plénitude de sa divinité habile Hi TOUS eorporallement. Être quelque terapi dans le lilenee, comme saisi d'admiration des choses qui Tienaent de s'accomplir en vous , et vous considérant Toos-méme comme le tabernacle vivant où réside alors le Saint des saints : pensée admirablement propre pour vous tenir dans un parfoit recurîllement, et pour arrêter toutes les distractions de votre esprit, qui ne pourraient être alors que criminelles; comme si Jésus-Christ vous disait : jipptiqim-ooat à me contempler, et recannaUie» que je iuttvolre Dieu {Ptaim. 45) , puisqu'on vertu de ce mystère vous en avez une expérience si sensible.

II. Gofltec le bonheur et l'avantage que vous avez de posséder Jésus-Clirist , qui est votre souverain , et qui , par la communion , se fait le ga^ de votre béatitude, comme il en doit être l'objet pendant toute l'éternité, vous appliquant ces paroles du psaume : Goûtez, et voyez combien te Seigneur etl doux. {Ptalm. Si.) ï\ est g}orieiixd3M le ciel, il est tout-puissant sur la terre, il est terrible dsns les enfers; mais il est doux dans ce sacrement, et la douceur dont il y remplit les flmes justes est le caractère de sa divine présence. Ah.' mon Dieu, lui direz-vous, que le godt des saintes délices que vous me faites maintenant sentir m'dte pour jamais le godt des douceurs criminelles et des plaisirs du monde,qui ne font qu'empoisonner mon coeur et corrompre ma raison ! Que cet avant-godt que vous me donnez de votre paradis , dans l'adorable Eactaaristie , corrige en moi tous les goûts dépravés de mes passions, qui me font aimer ce que je devrais souverainement haïr, et qui me font préférer, aussi bien que l'Enfiint prodigue, la nourriture despourceani , c'est-à-dire ce qui contente ma sensualité, aui véritables biens que vous communiques à ceux qui s'attachent i vous. Entrez dans le sentiment du saint vieillard Siméon, lorsque, pour comble de ses désirs, il vit Jésus-Christ entre ses bras : Cett maitUenant , Setgneter, que j'aurai la contolatUm de mourir en paix { Luc. , 3 ) , puisque non-seulement mes yeui vous ont vu , mais que mon flme vous possède, et que ma chair est pénétrée de vous, qui êtes la source de la vie.

III. Faire après la communion ce que David pratiquait si saintement : J'écouterai ce que le Seigneur dira au dedant de moi. {Psalm. 84.) Car c'est proprement alors qu'il est dans vous, et si vous vous rendez attentif, il ne manquera pas de parler secrètement à votre cœur pour vous dire bien des choses auxquelles vous ne pensez pas, et que vous vous dissimulez à vous-même , mais dont il vous fera convenir. Par exemple, il vous reprochera certaines infidélités où vous tombez, cer- Uins désordres dans lesquels vous vivez , ceruincs

lâchetés que vous ne vous efforces pas de vaincre ; il vous dira en qnoi U vent que vous changiez de conduite, ce qu'il veut que voua lui sacrifiiez, à quoi il veut que vous renonciez. En un mot, luimême s'expliquant immédiatement i vous, et remuant tous les ressorts de votre conscience , It vous déclarera ses volontés, mais d'une manière dont il sera impossible que vous ne noyez touché, aussi bien que convaincu. Dites-lai donc alors comme Samuel : Parlez, Seigneur, parce ^ve votre, serviteur écoute. {Heg., 3. )

IV. Vous acquitter du principal devoir que Jésus-Christ attend de vous après la communion , qui est de lui témoigner votre reconnaissance pour le bienfait inestimable qne vous venez de recevoir de lui. Car quelle ingratitude ne serait-ce pas, si, rempli de ses dons et de lui-même, vous n'en aviez aucun sentiment! et ne mériter! ez-vou s pas d'être regardé comme un monstre de la nature, si un amour aussi parfait que le sien ne trouvait dans votre Sroe aucun retour ? Jh ! Seigneur, devez-vovs lui dire, çue ma main droite t'oublie eUe-méme , tt je vont oublie jamais i et que ma langue demeure attachée à mon palais, si je ne me sovoient éternellement de vout. ^Ptatm. 136.) J'ai été un infidèle, j'ai été un lâche, j'ai été un prévaricateur, mais je ne veux pas être un ingrat ; et puisque le sacrement de votre corps est une véritable Euduristie, c'est-à-dire un sacrement d'action de grâces , non-seulement je veux vous marquer par toute la suite de ma vie , combien je vous suis redeva ble de l'avoir reçu; mais je veux même qu'il nw serve pour vous remercier de tous les autres biens que vous m'avez faits et que vous continuez à me faire. Car que vous rendrai-je, ô mon Dieu, pour avoir usé envers moi de tant de miséricorde-, et par où puis-je reconnaître les obligations excessives que je vous ai, les grflces dont vous m'avez comblé, les marques singulières de votre protection par où vous m'avez distingué, sinon en participant b ce calice mystérieux de votre passion? M'avez-vous enseigné un autre moyen que cdui-li pour répondre avec quelque aorte d'égalité à votre charité infinie? Si je suis assez heureux pour avoir comnni- Bié en état do grâce, ne puis-je pas me consoler dans la pensée que , vous offrant vous-même à vous-même , puisque vous êtes maintenant à moi , je satisfais pleinement h, tout ce que je vous dois?

V. Faire à Jésus-Christ une oblalion entière de votre personne, lui protestant qu'après l'avoir reçu dans la communion , vous ne voulez plus vivre que pour lui, afin de vérifier sa parole : Cebâ qid mange ma chair vivra pour moi. (Joan-, 6.) Que vous ne voulez plus avoir de pensées , former de desseins , exécuter d'entreprises, quedansl'ordre de la parfeît»

SUR LA COMMUNION

soomissioa que vous lai devez ; que vous ne voulez plan employer votre santé, vos forces, les talents de votre esprit, votre autorité, votre crédit, vos biens, enlin tout ce qui dépend de vous, que pour les intérêts de sa gloire : lui assujettissant toutes les puistances de votre âme, en sorte qu'il en soit le maître, et qu'il y règne absolument; et afin que cette oblation ne soit pas vaine et d'une pure spéculation , la réduisant en pratique par Texamen que vous ferez de vous-même : c'est-à-dire, que si vous étiez assez malheureux pour avoir quelque attache dans le monde, vous en fassiez le sacrifice à Jésus-Christ dans ce moment-là, en lui disant : Non, Seigneur, après la faveur singulière dont vous venez de m'honorer, je ne souffrirai pas qu'il y ait rien dans moi qui puisse partager mon cœur entre vous et aucun être créé.

YI. Demander à Jésus-Christ, tandis qu'il est encore au milieu de vous, toutes les grâces dont vous avez besoin; le forçant par une aimable et sainte violence à vous les accorder, et lui disant, comme Jacob disait à l'ange : Non, Je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez donné votre bénédiction, ( Cènes., 82). Je ne vous demande point. Seigneur, lui ajouterez-vous, des grâces temporelles , de la réputation , des honneurs , des prospérités , des richesses : tout cela ne servirait peut-être qu'à me perdre. Je vous demande les grâces de mon salut, un esprit humble et un cœur chrétien ; je vous demande la haine du péché, une horreur éternelle de l'impiété et du libertinage, la crainte de vos jugements, et par-dessus tout votre saint amour. Je vous demande la force et la solidité de l'esprit qui m'est nécessaire pour me préserver de la corruption du monde, pour ne me pas laisser emporter au torrent de la coutume, pour résister à la tentation et au scandale du mauvais exemple, pour me mettre au-dessus du respect humain , pour me défendre du poison de la flatterie, pour n'être pas esclavede l'ambition, pour ne point succomber à l'intérêt, pour éviter les pièges funestes que le démon de ma chair me tend de tous côtés , pour conserver, au milieu des dangers auxquels ma condition m'expose, la liberté et la pureté de ma religion ; enfin, pour pouvoir tout à la fois être ce que je suis et ce que votre providence m'a fait naître, et être chrétien. Voilà, mon Dieu, les grâces qui me sont nécessaires. Tai droit en tout temps de vous les demander ; mais quand vous les demanderai-je avec plus de foi et plus d'assurance de les obtenir, que maintenant que je vous possède, vous qui en êtes l'auteur?

Vn. Former de saintes résolutions sur les points particuliers où vous aurez reconnu que Dieu demande de vous quelque changement et quelque réforme de vie : par exemple, sur le défaut le plus notable que vous avez à corriger, sur l'habitude la plus

vicieuse que vousdevez combattre, sur roocasion la plus prodiaine du péché dont vous voulez sortir. Et afin que ces résolutions soient plus solides, l«s ood. cevoir en présence de Jésus-Christ, qui, dans le fond de votre cœur, les ratifie et les accepte, comm e si vous lui disiez : Oui , seigpeur, c'est à voos-oiéme que je m'engage; je veux bien que vous vous élevie?: contre moi , si les promesses que je vous fais ne sont sincères et véritables. J'ai juré, 6 mon Dieu! de garder les ordonnances de votre divine loi, {Psabn. 118.) J'ai juré d'être régulier et plus exact daitf mes devoirs de chrétien , d'avoir plus de charité poux mon prochain, de retrancher en moi la liberté que je me donne de parler d'autrui, etc. Tai juré, et c'est vous-même que je prends à témoio de ce serment, afin que vous le confirmiez, et que votre sacrement adorable que je viens de recevoir en soit comme le sceau qu'il ne me soit jamais permis de violer, à moins de passer devant vous pour an parjure et pour un anathème.

Vin. Vous exciter à la persévérance chrétieime, qui doit être l'un des principaux fruits de votre communiou , en vous demandant à vous-même , comme saint Paul : Qui est-ce qui pourra désormais me séparer de Jésus-Christ (Rom., 8), après m'étre uni à lui si étroitement? Puis vous répondant aved les paroles du même apôtre : Non, Je suis sûr que ni la mort, ni la vie, ni la prospérité, ni tadoersiié, ni la grandeur, ni rabaissement, ni quelque autre créature que ce soit, ne me séparera Jamais de kàl (Ibid.) Ce n'est point , mon Dieu , par un esprit de présomption que je parle ainsi ; je connais ma misère et mon néant, et je sais que si voue m^abandonniez à moi-même , je retomberais dans l'abîme de tous mes désordres. Mais , uni à vous comme je le suis par votre sacrement, j'ai droit de m'élever au-dessus de moi, et de me promettre que, tout inconstant et tout fragile que je puis être , je persévérerai dans votre amour et dans la possession de votre grâce.

IX. Accomplir réellement dans la suite de votre vie ce que vous vous êtes proposé dans la communion , vous comportant de telle sorte qu'après avoir communié, vous puissiez encore dire, comme saint Paul : Je vis; mais non, ce n'est plus moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi ( Galat., 2) ; vous souvenant que le plus grand de tous les scandales, selon le jugement même du monde, est de voir an chrétien qui communie , mais dont la conduite n'en est pas pour cela plus chrétienne ni plus édifiante. Il faut donc, puisque Jésus-Christ vit en vous par la communion , que ce soit lui qui désormais agisse en vous; c'est-à-dire, qui vous fasse penser, agir et parler, et qu'il n'y ait rien dans toute votre conduite qui ne soit digne de lui. Car si après la communion vous viviez, comme auparavant, dans le désordre

d'une vie lâche ou libertine; si tos pensées étaient aussi mondaines, yos paroles aussi diriiolaes, yos actions aussi déréglées qu'elles étaient ayant que vous eussiez communié; ce que Salvien disait autrefois se vérifierait dans vous à lettre, savoir, que Jésus-Christ recevrait en vous de la confusion et de la honte, puisqu'il lui serait honteux qu'une langue, par exemple, qui a été sanctifiée par le sacrement de son corps, proférât encore des paroles lascives et impures; qu'un cœur dont il a fait sa demeure fût encore rempli de mauvais désirs.

X. Remarquer, et, s'il est possible, mettre par écrit , après la communion, certains sentiments plus

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tendres et plus affectueux dont vous avez et touché A la sainte table : afin que , s'il vous arrive ensuite de tomber dans la sécheresse ou même dans le relâchement et dans la tiédeur, vous puissiez vous ranimer par le souvenir des dioses qui ont fait alors mpression sur votre esprit. Car vous profiterez ainsi de l'avis salutaire de David, conçu dans ces paroles du psaume : Les saintes pensées dont votre cœur a été rempli dans la communion , étant recueillies et conservées, comme autant de précieuses reliques^ vous feront un nouveau jour de fête autant de fois que vous y aurez recours et que vous les rappelle* rez.

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