VOLONTB GÉNÉRALE DB DIEU, TOUCHANT LE SALUT DE TOUS LES HOMMES
Dieu veut-il me sauver? ne le veut-il pas? Si je m'attache à la vraie créance, qui est celle de l'Église , je décide sans hésiter que Dieu veut mon salut, et qu'il le veut sincèrement, parce qu'il veut sincèrement le salut de tous les hommes.
Est- il rien qui nous ait été marqué en des termes plus exprès dans les divines Écritures? et qui en croirons-nous, si nous n'en croyons pas Dieu même, lequel s'en est expliqué tant de fois par ses sacrés organes , et en tant de manières différentes ? Il n'y a qu'à parcourir ces saintes Lettres et qu'à les lire , mais sans préjugé et sans obstination , mais avec une certaine bonne foi et une certaine simplicité de cœur, mais dans la vue de s'instruire, et non point dans un esprit de contradiction et de dispute ; voici les idées que nous en emporterons , et que tout d'un coup nous nous formerons : Que Dieu nepeutpas qu'aucunhommepérisse, (2. Petb . , 8); mais qu'il veut au contraire que tous se sauvent. Que c'est pour cela même qu'il use de patience envers les pécheurs qui s'égarent de la voie du salut, et que pour les y faire rentrer, U les appelle tous à la pénitence. Qu'à la vérité il y aura peu d'élus , c'est-à-dire qu'il y en aura peu qui parviendront au salut; mais que le nombre n'en sera si petit que parce que les autres n'auront pas bien usé , comme ils le pouvaient , et comme ils le devaient , des grâces que Dieu , de toute éternité, leur avait préparées , et des moyens qu'il leur avait fournis dans le temps. Qu'entre les réprouvés il n'y en aura donc pas un seul qui puisse imputer à Dieu sa perte ; mais qu'ils seront forcés de se l'imputer à eux-mêmes , en reconnaissant qu'il ne tenait qu'à eux de se sauver, et que Dieu ne les a point laissé manquer des secours nécessaires pour arriver au bienheu-
VOLONTE DE DIEU, etî.
reux terme où il voulait les conduire. Qu'il a envoyé son Fils pour être le médiateur, le rédempteur, le sauveur de tout ce qu'il y a eu d'hommes dans le monde, et de tout ce qu'il y en aura jusqu'à la fin du monde : si bien que, de même qu'il fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants , ou de même qu'il fait tomber la rosée du ciel sur les uns et sur les autres, de même il a voulu que le sang de Jésus-Christ se répandît, sans exception de personne, sur tout le genre humain, et qu'il effaçât toutes les iniquités de la terre.
Voilà, dis-je, ce que nous comprendrons à la simple lecture des divins oracles du Seigneur, et des saints livres où ils sont exprimés. Voilà ce qu'ils nous feront clairement entendre, quand nous les consulterons , et que nous les prendrons dans le sens naturel qui se présente de lui-même. Il est bien étrange qu'il se trouve des gens qui, sur cela, deviennent ingénieux contre leur propre intérêt, et qui , par de vaines subtilités , cherchent à obscurcir des témoignages si formels et d'ailleurs si favorables.
Ne raisonnons point tant, ne soyons point si curieux d'innover, ni si jaloux de soutenir à nos dépens des doctrines particulières. La foi de nos pères nous suffit. Ce qu'ils ont cru de tout temps , nous devons le croire avec la même certitude. Car le moins que nous puissions penser d'eux et en dire , c'est assurément qu'ils avaient des lumières aussi relevées que les nôtres; qu'ils étaient aussi pénétrants que nous , aussi instruits que nous , aussi versés dans la connaissance des mystères de Dieu et dans la science du salut. Or vovant dans l'Écriture , surtout dans TÉvangile et dans les Épttres des apôtres , des termes si précis et si marqués touchant la prédestination divine , et le dessein que Dieu a de sauver tout le monde , ils se sont soumis sans résistance à une vérité qui leur était si authentiquement notifiée. l!s n*ont point eu recours, pour en éluder la force, à de frivoles distinctions. Ils n'ont point partagé le monde en deux ordres ; l'un de ceux que Dieu a choisis et favorisés , l'autre de ceux qu'il a rejetés et entièrement délaissés. Ils auraient cru , par ce partage, faire injure à cette miséricorde infinie qui remplit tout l'univers, et en mal juger; ils auraient cru offenseï le Dieu , le Créateur, le Père commun de tous les hommes; ils auraient cru se rendre homicides de leurs frères, en leur fermant ce sein paternel qui nous est ouvert , et d'où personne n'est exclu , si lui-même il ne s'en sépare. Suivons des guides si sûrs, et entrons dans leurs sentiments. Au Heu de nous arrêter à des contestations et à des questions sans fin , ne pensons comme eux qu'à profiter du don de Dieu. Goûtons-le dans le silence de la méditation; nous y trouverons nonseulement l'appui le plus ferme et la ressource la
VOLONTÉ DE DIEU, etc.
plus solide, mais encore une des plus douces et des plus sensibles consolations.
Car, dans la vive persuasion où je suis que Dieu a voulu et qu'il veut le salut de tout le inonde, m*appliquaut à moi-même ce grand principe , j'en tire les plus heureuses conséquences.
J'adore la bonté de Dieu, je l'admire, j'y mets ma confiance; je me jette, ou pour mieux dire, je m'abîme dans le sein de celte providence universelle qui embrasse toutes les nations, toutes les conditions, tous les états. Je vais à Dieu, et dans un sentiment d'amour et de reconnaissance, je lui dis avec le Prophète : G mon Dieu! ô ma miséricorde! Je mesure sa charité, toute immense qu'elle est, ou je tâche de la mesurer. J'en prends , pour parler de la sorte après l'apôtre, toutes les dimensions; j*en considère la hauteur, la profondeur, la largeur, la longueur. Toutes ces idées me confondent , et je ne puis assez m'étonner de voir que cette charité divine s'étend jusqu'à moi; jusqu'à moi vile poussière, jusqu'à moi créature ingrate et rebelle, jusqu'à moi pécheur de tant d*années et digne des plus rigoureux châtiments du ciel.
Si je me sens assailli de la tentation , et que je tombe dans la défiance et en certains doutes qui me troublent au sujet de ma prédestination éternelle, je me retrace fortement dans l'esprit ce souvenir si consolant que Dieu veut me sauver : Ei pourquoi vous afJlUjez-vous , mon âme, me dis-je à moi-même , comme David ? Pourquoi vous alarmez-nous? Espérez en Dieu y vous le pouvez; car c'est votre Dieu, et il n'a pour vous que des pensées de paix. {Psalm. 42.) Si le zèle de ma perfection s'allume dans moi , et que par la pratique des bonnes œuvres je travaille à m'enrichir pour le ciel), ce qui redouble ma ferveur, c'est de savoir, ainsi que s'exprime saint Paul, que je n'agis, que je ne combats point à l'aventure; mais que Dieu , qui désire mon salut plus que moi-même , accepte tout ce que je fais, qu'il l'agrée , qu'il récrit dans le livre de vie , et qu'il est disposé à m'en tenir un compte exact et fidèle.
Si les remords de ma conscience me reprochent les désordres de ma vie, et que la multitude, la grièveté de mes péchés m'inspirent un secret désespoir d'en obtenir le pardon ; pour me rassurer, je repasse cette parole de Jésus-Christ même : Ce ne sont point les justes que je suis venu appeler, mais les pécheurs, (Matth., 9.) Touché de cette promesse, je m'anime, je m'encourage à entreprendre l'œuvre de ma conversion. Quelque difficile qu'elle me paraisse, nul obstacle ne m'effraie, rien ne m'arrête, parce que je me réponds de l'assistance de Dieu , qui , voulant me sauver, veut par conséquent m*aider de sa grâce, et me soutenir dans mon retour et dans toutes les rigueurs de ma pé-
nitence. Tels sont, encore une fois, les effets salutaires de l'assurance où je dois être d'une volonté réelle et véritable dans Dieu de ma sanctification et de mon salut.
Mais, par une règle toute contraire, du moment que ma foi viendra à chanceler sur ce principe incontestable; du moment que cette volonté de Dieu touchant mon salut, et touchant le salut de tout autre homme, me deviendra douteuse et incertaine, où en serai-je? Tout mon zèle s'amortira, toute ma ferveur s'éteindra : plus de pénitence , plus de bonnes œuvres : et pourquoi ? parce que je ne saurai si ma pénitence et toutes mes bonnes œmTcs me pourront être de quelque avantage et de quelque fruit devant Dieu.
Est-il rien eu effet qui doive plus déconcerter tout le système d'une vie chrétienne, que cette pensée : Dieu peut-être veut me sauver, mais peutêtre aussi ne le veut-il pas. On m'exhortera à servir Dieu , à m'acquitter fidèlement des devoirs de la religion; mais moi je dirai : Que sais-je si tous les soins que je me donnerai pour cela , si toutes les violences que je me ferai, si toute ma fidélité et mon exactitude ne me seront point inutiles, puisque je ne sais si Dieu veut me sauver? On me représentera la gloire du ciel , le bonheur des saints , leiur récompense éternelle ; mais moi je dirai : Que sais-je si je suis appelé à cette récompense, puisque je ne sais si Dieu veut me sauver? On me fera une peinture terrible des jugements de Dieu , de ses arrêts , de ses vengeances , de tous les tourments de l'enfer ; mais moi je dirai : Que sais-je s'il est en mon pouvoir de l'éviter, cet enfer, et si mon sort n'est pas déjà décidé , puisque je ne sais si Dieu veut me sauver? A l'heure de ma mort , on me montrera le crucifix, et l'on me criera : Voilà, mon cher frère , votre Seigneur, confiez-vous en ses mérites et dans la vertu de son sang; mais moi je dirai : Que sais-je si ce sang divin , ce précieux sang , a été répandu pour moi ? que sais-je si c'est le prix de ma rançon , puisque je ne sais si Dieu veut me sauver.
Je le dirai , ou du moins je le penserai. Or, quel goût peut-on alors trouver dans toutes les pratiques du christianisme? Avec quelle ardeur pejt-on s'y porter ? à quelle tentation n'est-on pas exposé de quitter tout, d'abandonner tout au hasard, et de se laisser aller à sa bonne ou à sa mauvaise destinée? Hélas! de ceux-là même qui croient, comme l'Église, la vocation générale de tous les hommes au salut , il y en a tant néanmoins qu'on ne saurait déterminer à en prendre le chemin et à y persévérer! que sera-ce de ceux qui ne voudront pas reconnaître cette vocation, qui douteront si Dieu s'est souvenu d'eux, ou s'il ne les a point oubliés?
Non, dit le Seigneur, Je n'ai point oublié mon