‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 129 sur 352 · VOIE ÉTROITE DU SALUT · texte numérisé non relu

VOIE ÉTROITE DU SALUT

Tout cela est rigoureux , il est vrai ; mais il n'est pas moins vrai, quelque rigoureux que tout cela soit , qu'il ne nous est pas permis d'en rien retrancher; il n'est pas moins vrai que quiconque refuse de s'assujettir à tout cela est dans la voie de perdition, et qu'il n'y a point de salut pour lui; il n'est pas moins vrai que de prétendre modérer tout cela, expliquer tout cela par des interprétations favorables à la cupidité de l'homme et à nos inclinations sensuelles , c'est se tromper soi-même , et tromper ceux qu'on entraîne dans la même erreur ; et qu'en se trompant ainsi soi-même et trompant les autres , on se damne et on les damne avec soi. Voilà ce qui ne peut être contesté, dès qu'on a quelque atteinte de la morale chrétienne; et comme les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Église de Jésus-Christ , je puis ajouter que jamais tous les artifices ni tous les prétextes de notre amour-propre ne prévaudront contre ces principes évangéliques, et contre lesobligations étroites qu'ils nous imposent. Le ciel et la terre passeront , mais la parole du Seigneur ne passera point. Or, il nous a dit en venant parmi nous : Ce n'est point la paix ni ttn repos oisif que je vous apporte; niais Je viens vous mettre le glaive à la main (Matth., 10); je viens vous apprendre à vaincre tous les ennemis de votre salut, et surtout à vous vaincre vous-mê<* mes. r^'espérons pas de changer cet ordre de la divine sagesse ; mais ne pensons, pour nous y conformer , qu'à nous changer nous-mêmes.

On me demandera qui pourra donc se sauver ? Qui le pourra? ceux qui pratiqueront l'Évangile. On ira plus loin , et on me demandera qui le pourra pratiquer, cet Évangile dont la morale est si pure et la perfection si relevée? Qui le pourra? ceux qui par une volonté ferme et inébranlable, aidée de la grâce, s'y seront fortement déterminés. Mais on ne s'en tiendra pas encore là, et l'on me demandera enfin qui pourra se déterminer à une vie aussi régulière et aussi laborieuse que l'Évangile nous la prea« crit? Qui le pourra? ceux qui, par une solide et fréquente réflexion, se seront bien rempli l'esprit, ei bien convaincus de l'importance du salut. Car quoique je l'aie déjà remarqué plus d'one fois , je le redis et je ne puis trop le redire, c'est de là que tout dépend; c'est-à-dire, de cette vive persuasion, de cette vue toujours présente , de cette idée du salut comme de l'affaire capitale , comme de l'unique affaire , comme d'une affaire qui seule , ou par son succès, doit faire notre bonheur souverain , ou par sa perte, notre souverain malheur. Voilà le ressort qui remuera toutes les puissances de notre âme ; voilà, après la grâce du Seigneur, le premier mobile d'où nous recevons ces grandes impressions auxquelles rien ne résiste. Tellement que quelques combats qu'il y ait à soutenir et quelques nœuds

Page 1