VOIE ÉTROITE DU SALUT
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qvLÏl y ait à rompre , quelques charmes que le monde fnrésente à nos yeux pour nous attirer et nous attacher; rien désormais ne nous touchera, ne nous ébranlera , ne nous retiendra : pourquoi ? parce que dans notre estime , nous ne mettrons rien en parallèle avec le salut.
Expliquons ceci par un exemple familier : la comparaison est très-naturelle. Le feu prend dans une maison, il s'allume de toute part, il se communique, il croit, l'embrasement est général; chacun pense à soi , tous prennent la fuite , on se sauve par où Ton peut et comme Ton peut. Cependant un bomme profondément endormi ne sent pas le péril oik il est d'être consumé par les flammes et d'y périr ; on court à lui , on l'éveille, il ouvre les yeux , il voit tout en feu. A ce moment que fait-il? délibère-t-il à se sauver ? prend-il garde s'il lui sera facile de s'échapper.^ Un premier mouvement l'emporte, et ne lui donne pas le loisir de rien examiner. S'il faut grimper sur un mur , s'il faut se précipiter d'un lieu élevé, s'il faut passer à travers la flamme, point de moyen qu'il ne tente. Pour éviter un danger , il se jette dans un autre, et poàr se garantir de la mort qui le menace, il s'expose sans hésiter à mille morts. D'où lui vient cette ardeur, cette agitation, cette résolution ? c'est qu'il y va de la vie , et que de tous les biens de ce monde nul ne lui est si cher que la vie , parce qu'il sait que le fondement de tous les biens de cette vie , c'est la vie même.
Belle image d'un chrétien qui revient de Tassouptssement où il était à l'égard du salut, et qui commence à bien connaître la conséquence infinie d'une telle affaire, après en avoir mûrement considéré le fond, le danger, les obstacles, toutes les suites. Il se voit au milieu du monde comme au milieu du feu : passions ardentes qui dévorent les cœurs, fausses maximes qui corrompent les esprits , objets flatteurs qui fascinent les yeux, sales plaisirs qui amollissent les sens, exemples qui entraînent, occasions qui surprennent , discours libertins , scandales publics , intérêts sordides , injustices criantes, engagement delà coutume, esclavage du respect humain, excès de la débauche, profanation des plus saints lieux, abus, sacrilèges et impiétés : que diraije ? et peut-on avoir assez peu de connaissance pour ne pas savoir combien le monde est perverti , et combien il est capable de nous pervertir nous-mêmes?
Gomment se défendre de cette contagion répandue partout , et comment se mettre à couvert de ses atteintes? comment, assailli de tous côtés, et assiégé de tant d'ennemis, leur faire face et en triompher? comment repousser leurs attaques, éviter leurs surprises, parer à tous leurs traits? en un mot, sur le penchant d'une ruine toujours proehiiine , comment assurer tous ses pas , et sauver
son âme? Gomment? laissez agir ce chrétien éclairé de la lumière de Dieu et fortifié de sa grâce. Cest assez qu'il se soit bien imprimé dans le souvenir l'excellence du salut; c'est assez qu'il en aitconna le prix : tant que cette pensée l'occupera , qu'elle le frappera , et que , pour la conserver, il la renouvellera souvent et la rappellera, j'ose dire qu'alors il sera comme invulnérable et comme invincible. Il réprimera les passions les plus violentes , il détruira les habitudes les plus enracinées, il se roidira contre toute considération humaine , contre le torrent de la coutume, contre la chair et le sang, contre les objets les plus corrupteurs et les attraits des plaisirs les plus séduisants; il s'adonnera aux exercices de In religion , sans en négliger aucun , ni par mépris, ni par délicatesse, ni par une vaine crainte des raisonnements du public * il les pratiquera fidèlement, exactement, constamment; et parce que cette assiduité est un joug, et pour plusieurs même, en mille conjonctures, un joug très-pesant, il se captivera, il se surmontera, il s'élèvera au-dessus de lui-même; jamais la peine ne l'étonnera.
A-t-elle étonné tant de solitaires, quand ils se sont confinés dans les déserts et retirés dans les plus sombres cavernes? A-t-elle étonné tant de religieux, quand ils se sont cachés dans Tobsciirité du cloître et soumis à toutes ses austérités? A-t-elle étonné tant de viciées chrétiennes, quand elles ont sacrifié tous les agréments de leur sexe, et qu'elles ont porté sur leur corps toutes les mortifications de Jésus-Christ? A-t-elIe étonné tant de martyrs , quand ils se sont immolés comme des victimes, et livrés aux plus cruels tourments? Il s'agit pour nous du même salut, dont l'espérance leur donnait cette force supérieure et victorieuse. Fallût-il donc l'acheter par les mêmes supplices, par les mêmes sacrifices, nous y devons être disposés. Mais le sommes-nous en effet? et quoi que nous en disions, peut-on nous en croire, lorsqu'on nous voit céder honteusement et si vite aux moindr€€ difficultés? Gar le christianisme, aussi bien que le monde , est plein de ces faux braves qui , loin du péril , témoignent une assurance merveilleuse , et à qui tout fait peur dans l'occasion.
Bizarre contradiction de notre siècle ! jamais dans les entretiens , dans les paroles , dans les leçons de morale, on n'a plus rétréci le chemin du salut, parce que les leçons et les paroles n'engagent à rien; et jamais en même temps on ne l'a plus élargi dans la pratique et dans les œuvres, parce que ce sont les œuvres qui coûtent, et que c'est la pratique qui mortifie. Ne cherchons , ni par une rigueur outrée, à le rétrécir jusqu'à le rendre impraticable, ni par un relâchement trop facile , à l'aplanir et à l'élargir jusqu'à lui ôter toute sa sévérité et tout son mérite : l'un nous conduirait au désespoir, et Tau-
tfo nous perdrait par une trompeuse confiance.
Prenons le juste milieu de TÉvangile , et , sans donner dans aucune extrémité , souvenons-nous que la voie du ciel n'est point si étroite qu'on n'y puisse marcher ; mais aussi qu'elle l'est assez pour demander toute notre constance , et pour exercer toute notre vertu.
Cependant, pour la consolation de ceux à qui le zèle de leur salut inspire de suivre cette voie et d'y avancer, voici ce que j'ajoute , et ce que je puis appeler le miracle de la grâce. Car une expérience de tous les siècles depuis Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de notre foi , a fait connaître que cette voie, tout épineuse qu'elle est, devient d'autant plus douce qu'on y cherche moins de douceurs , et qu'on s'assujettit avec moins de ménagements et moins de réserve à ses austérités les plus mortifiantes. Comment cela se fait-il ? c'est aux âmes qui réprouvent à nous en instruire , ou plutôt , c'est un de ces secrets dont saint Paul disait qu'il n'est permis à nul homme de les expliquer. Mais , tout impénétrable qu'est ce mystère, il n'en est pas moins réel ni moins véritable. Car, de quelque manière que ce puisse être , et en quelque sens que nous puissions l'entendre, il faut que la parole de Jésus- Christ s'accomplisse : c'est une parole divine, et par conséquent infaillible. Or cet adorable Maître nousaditque son joug est doux et son fardeau léger; et en nous invitant à le prendre, il nous a promis que nous y trouverons la paix. Ces termes de joug , de fardeau, marquent de la difficulté et de la pesanteur ; mais avec toute sa pesanteur, ce fardeau devient léger, et ce joug devient doux , dès que c'est le joug et le fardeau du Seigneur : pourquoi ? parce que la grâce y répand toute son onction , et qu'il n'est rien de si pesant ou de si amer dont cette onction céleste n'adoucisse l'amertume , et qu'elle ne fasse porter avec une sainte allégresse.
On en est surpris, et, pour ainsi dire , on ne se comprend pas soi-même , tant on se trouve différent de soi-même. Au premier aspect de la voie étroite du salut, tous les sens s'étaient révoltés , et à peine se persaadait-on qu'on y pût faire quelques pas ; mais du moment qu'où y est entré avec une ferme confiance, les épines, si j'ose user de ces figures, se changent en fleurs, et les chemins les plus raboteux s'aplanissent : Jh ! Seigneur y s'écriait un grand mnt^vous m'avez heureusement trompé. En m'enrôlant dans votre milice, je m'attendais, selon les principes de votre Évangile , à des assauts et à une guerre où je craignais que ma faiblesse ne succombât. Je me figurais une vie triste , pénible , ennuyeuse , sans repos , sans goût ; et jamais mon cœur ne fut plus content , ni mon esprit plus calme et plus libre. Combien d'autres ont rendu le même témoignage.' mais le mal est qu'on ne les en