DES ELUS
c'est-à-dire qu'il faut les recevoir avec une véritaUe conversion de cœur, et voilà le point de la difficulté. Je n'entreprendrais pas d'approfondir ce terrible mystère, et j'en laisserais à Dieu le jugement. Mais, du reste , n'ignorant pas à quoi se réduisent la plupart de ces conversions de la mort , de ces conversions précipitées, deces conversions commencées, exécutées, consommées dans l'espace de quelques moments où l'on ne connaît plus guère ce que l'on fait ; de ces conversions , qui seraient autant de miracle.<, si c'étaient de bonnes et de vraiei conversions; et sachant combien il y entre souvent d« politique, de sagesse mondaine, de cérémonie, de respect humain , de complaisance pour des amis on des parents, decraiateservile et toute naturelle, do demi-christianisme, je m'en tiendrais au sentiment de saint Augustin, ou plutôt à celui de tous les Pères, etje dirais en général, qu'iV Ml 6ien à craindre que la pénitence d'un mourant, qui n'est pénitent qu'à kl mort ne meure avec lui , et que ce ne toit une pénitence réprouvée. A ce nombre, presque infini de faux pénitents à la mort , j'ajouterais encore le nombre très- considérable de tant d'antres que la mort surprend, qu'elle enlève tout d'un coup , qui meurent sans sacrements , sans secours, sans connaissance, sans aucune vue ni aucun sentiment de Dieu. Et de tout cela, je viendrais, sans hésiter, après le Sauveur du monde , à cette affreuse conséquence : Beaucoup d'appelés et peu d'élus. (Matth., aa.)
Cette importante matière , traitée de la sorte , no doit produire aucun mauvais effet , et en peut produire de très-bons. Elle ne doit désespérer personne puisqu'il n'v a personne qui ne puisse être du petit nombre des élus. Jedisplus,etquandilyenaurait quelques-uns que ce sujet désespérât, qui sont-ils? ceux qui ne veulent pas bien leur salut, ceux qui ne sont pas déterminés, comme il le faut être, à tout entreprendre et h tout faire pour leur salut, ceux qui prétendent concilier ensemble et accorder une vie molle, sensuelle, commode, et le salut', une vie sans œuvres, sans gêne, sans pénitence, et le salut, l'amour du monde, et le salut, les passions, les inclinations naturelles, et le salut; ceux qui cherchent à élargir, autant qu'ils peuvent, le chemin du salut , et qui ne sauraient souffrir qu'on le leur propose aussi étroit qu'il l'est , parce qu'ils ne sauraient se résoudre à tenir une route si difficile. Ceux -là, j'en conviens, àl'exempledecejeune homme qui vint consulter le Fils de Dieu, s'en retourneront tout tristes et tout abattus : mais cette tristesse, cet abattement, ils ne pourront l'attribuer qu'à eux-mêmes, qu'à leur faiblesse vofonta ire, qu'à leur lâcheté; et , tout bien examiné, il vaudrait mieux, si je l'ose dire, les désespérer ainsi pour quelque temps, que de les laisser dans leur aven-