PENSEES DIVERSES SUR LE SALUT
gleroent et leurs fausses préventions sur l'affaire la i plus essentielle, qui est le salut.
Quoi qu'il en soit , tout auditeur sage et chrétien piofitera de cette pensée du petit nombre des élus, et, saisi d'une juste frayeur, il apprendra : 1. à redoubler sa vigilance , et à se prémunir plus que jamais contre tous les dangers où peut l'exposer le commerce de la vie; 2. à ne pas demeurer un seul jour dans l'état du péché mortel , s'il lui arrive quelquefois d'y tomber, mais à courir incessamment au remède et à se relever par un prompt retour; 3. à se séparer de la multitude, et par conséquent du nionde, às'en séparer, dis-je, sinon d'effet, car tous ne le peuvent pas, au moins d'esprit, de cœur, de maximes, de sentiments, de pratiques; 4. à suivre le petit nombre des chrétiens vraiment chrétiens, c'est-à-dire des chrétiens réglés dans toute leur conduite, fidèles à tous leurs devoirs, assidus au service de Dieu , charitables envers le prochain , soigneux de se perfectionner et de s'avancer par un continuel exercice des vertus , dégagés de tout intérêt humain , de toute ambition , de tout attachement profane, de tout ressentiment, detoute fraude, de toute injustice , de tout ce qui peut blesser la conscience et la corrompre ; 5. à prendre résolument et généreusement la voie étroite, puisque c'est l'unique voie que Jésus-Christ est venu nous enseigner ; à s'efforcer , selon la parole du même Sauveur, et à se roidir contre tous les obstacles, soit du dedans, soit du dehors, contre le penchant de la nature , contre l'empire des sens , contre le torrent de la coutume, contre l'attrait des compagnies, con* tre les impressions de l'exemple , contre les discours et les jugements du public, n'ayant en vue que de se sauver, ne voulant que cela , ne cherchant que cela, n'étant en peine que de cela ; 6. enfin, à réclamer sans cesse la grâce du ciel, à recommander sans cesse son âme à Dieu, et à lui faire chaque jour l'excellente prière deSalomon : Dieu de miséricorde, Seigneur, donnez'tnoi la vraie sagesse, qui est la science du salut, et ne me rejetezjaniais du nombre de vos enfants. {Sap,, 9), qui sont vos élus. Oui, mon Dieu souvenez-YOUs de mon âme, souvenez-vous du sang qu'elle a coûté. Elle vous doit être précieuse par là. Sauvez-la, Seigneur, ne la perdez pas, ou ne permettez pas que je la perde moi-même : car si jamais elle était perdue, c'est de moi-même que viendrait sa perte. Je la mets , mon Dieu , sous votre protection toute-puissante, mais en même temps ^ je veux , à quelque prix que ce soit, la conserver : je redoublerai pour cela tous mes efforts , je n'y épargnerai rien. Telle est ma résolution , Seigneur, et puisque c'est vous qui me l'inspirez , c'est par TOUS que je l'accomplirai.
Heureux le prédicateur qui renvoie ses auditeurs en de si saintes dispositions! Son travail est bien
employé , et tout sujet qui fait naître de pareils sentiments ne peut être que très-solide et très-utile.