DES PASSIONS
aussitôt rentrer dans leurs premières voies, et retourner à leurs mêmes habitudes. Est-ce qu'ils ne sont pas touchés de la grâce, et qu'ils ne veulent pas de bonne foi changer de conduite et réformer leur vie? Il faut convenir qu'il y en a plusieurs dont les résolutions sur cela sont actuellement telles qu'ils le témoignent. D'où vient donc qu'ils retombent si vite ? c'est que pour rendre dans la suite leurs résolutions efficaces, il fallait deux sortes de retranchements : l'un extérieur, et l'autre intérieur. Le premier était d'arrêter les effets de la passion , et d'en retrancher les actes criminels ; et c'est ce qu'ils se sont proposé. Mais afin d'y réussir, il était nécessaire de faire en même temps, pour ainsi parler, une autre circoncision plus importante, c'està-dire de retrancher la passion elle-même comme le principe du mal , et de la bannir du cœur. Or voilà à quoi ils n*ont pas pensé, et sur quoi ils se sont flattés et ménagés, dans la husse persuasion où ils étaient, que sans se défaire de cette passion qui leur plaît, ils sauraient la modérer et la retenir. Erreur qu'ils ont bientôt eu lieu de reconnaître par les promptes et déplorables rechutes qui les ont re* plongés dans les mêmes précipices, et rengagés dans les mêmes désordres.
De tout ceci, apprenons de quelle conséquence il est pour nous, selon l'avertissement du prophète, de nous faire un cœur nouveau, si nous voulons nous rétablir et nous maintenir devant Dieu dans la sainte innocence que nous avons tant de fois perdue. Plût au ciel que dès l'âge le plus tendre, et dès les premières années de la vie, on travaillât à se purifier de la sorte, et à se dégager de tout ce qui pourrait nous corrompre. Plus nous différons , plus nos passions croissent et prennent l'ascendant sur nous. On eût pu assez aisément dans la jeunesse couper court à cette passion dont on n'est presque plus le maître depuis qu'elle s'est invétérée et comme changée dans une seconde nature. Cela ne regarde pas seulement les jeunes personnes ; mais il n'est pas moins vrai des autres, que dès qu'ils découvrent dans eux quelque vice naturel , quelque inclination et quelque penchant vers un péché, ils ne doivent pas tarder d'un moment à prendre les armes, et à chasser ce démon qui s'est emparé de leur cœur. Et qu'on ne prétende point se rassurer sur ce que la passion ne paraît pas encore bien forte. Prévenons le mal de bonne heure , prévenons-le jusque dans les plus petites choses. C'est par une telle précaution qu'on évite les plus grandes maladies du corps , et c'est par là même qu'on se garantit d'une ruine totale de l'âme.
Maximes dont on n'a pas de peine à convenir en général ; car elles sont sensibles, et confirmées par l'expérience la plus commune : mais d>n venir à l'effet, c'est ce qui étonne; et les difficultés qu'on y
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trouve font souTent une si vive impression, qu*on désespère de les vaincre, et qu'on n*ose pas même Tentreprendre. Aussi est-il constant, pour ne rien dissimuler, que d*arracher du cœur une passion , c*est de toutes les entreprises la plus grande, et celle où rhomme éprouve plus de combats et plus de contradictions. C*est s'arracher en quelque manière à soi-même, c'est mourir à soi-même, et y mourir autant de fois qu'il y a d'efforts à faire et d'obstacles à surmonter. Or, le moyen, dit-on, d'être ainsi continuellement aux pHses avec soi-même , et serai t-oe vivre que d'en être réduit là ? non , ce ne serait pas vivre selon la chair, mais ce serait vivre selon l'esprit de Dieu. En quoi nous devons remarquer uu nouvel avantage de cette mortification des passions : car elle ne nous sert pas seulement à conserver l'innocence du cœur, mais à nous élever, et à nous faire parvenir au plus haut point de la sainteté dirétienne.
II. Mortification des passions, moyen de s'élever à une haute sainteté par la pratique des plus excellentes vertus. Pour ïÀen entendre cette seconde vérité, il n'y a qu'à développer et à comprendre le vrai sen»de ces adorables et divines leçons que nous fait le Sauveur du monde dans son Évangile, et que nous font les apôtres, dans leurs épîtres, savoir, qu'il faut se dépouiller de soi-même; qu'il faut haiir son âme et la perdre en cette vie, afin de la sauver dans l'autre; qu'il faut rompre les liaisons les plus étroites, et se séparer même de son père, de sa mère; que pour être à Dieu, il faut crucifier la chair, et toutes les concupiscences de la chaire que le royaume du ciel ne s'emporte que par violence, et qu'il faut s'efforcer et prendre infiniment sur soi pour y arriver. Voilà , sans contredit, ce qu'il y a de plus sublime dans la pratique de la sainteté. Or qui ne voit pas que tout cela est contenu dans la mortification des passions? Car qu'y a-t-il dans nous de plus naturel et de plus intime que nos passions ? et n'es^ce pas en les détruisant, que nous nous dépouillons de nous-mêmes? Qu'est-ce que haïr notre âme et la perdre, selon la pensée du Fils de Dieu ? n'est-ce pas refuser à notre cœur tout ce qu'il désire et qu'il recherche par le mouvement des passions, et lui interdire tout ce qui flatte ses inclinations sensuelles et qui contribue à les entretenir? Avons-nous des liaisons plus étroites que celles qui sont formées par nos passions ? avons-nous de plus vives et de plus ardentes > convoitises, que celles qui sont excitées par nos passions ? est-il rien oili nous sentions plus de résistance , et où nous ayons plus de violence à nous faire, que lorsqu'il s'agit de dompter nos passions et de les amortir? D'où il s'ensuit, que tout ce qu'il y a de plus parfait dans la loi que nous professons se rapporte à la mortification du cœur et des passions, et que c'est par là
que nous vivons en chrétiens, et en'parfaits dirétiens.
Aussi le premier soin , et même, à proprement parler, l'unique soin de tous les saints a été de régler leur cœur et de mortifier toutes leurs passions. Ce n'est pas qu'ils aient négligé le reste , l'assiduité à la prière , les macérations du corps. Au contraire , nous savons combien ces exercices leur étaient familiers et ordinaires, jusqu'à passer les nuits entières dans la contemplation des choses divines, jusqu'à s'exténuer et se ruiner le corps, par leurs firéquentes et sanglantes austérités. Mais ces prières, ces mortifications de la chair, ils ne les envisageaient que comme des moyens pour atteindre à la fin qu'ils se proposaient, et qui était de purifier leur cœur de tout ce qu'il y avait encore de terrestre et d'humain.
C'est donc par là qu'ils estimaient toutes les pratiques extérieures ou de piété ou de pénitence; et sans cela , on peut dire qu'elles perdent extrêmement de leur prix. C'est là ce qui distingue la vraie et solide dévotion , d'une dévotion superficielle et apparente. Malgré la perversité du siècle, on trouve encore assez de personnes qui veulent , ce me semble, pratiquer la vertu : mais quelle est communément l'illusion où donnent ces âmes prétendues vertueuses ? c'est qu'elles bornent tous leurs soins à régler et à sanctifier le dehors , à quitter certains ornements mondains, à s'interdire certaines compagnies et certains divertissements, à visiter les prisons, les hôpitaux, à fréquenter les autels, et à se rendre assidues aux prédications , aux cérémonies de religion ; à faire de bonnes lectures , à méditer et à prier. Tout cela sans doute a son mérite , mais souvent un mérite bien au-dessous de l'idée qu'elles s'en font. Car ce n'est point là précisément ni particulièrement ce que Dieu demande d'elles. Il veut, avant toutes choses, qu'elles s'adonnent à la réformation de leur cœur, parce que ce qu'il y a de plus précieux en nous, c'est le cœur; parce que ce qui nous coûte le plus , c'est la circoncision du cœur ; parce qu'avec le secours d'en haut, c'est du cœur que dépend toute notre sanctification.
Or, voilà ce que tant d'âmes pieuses, ou qui passent pour pieuses et ne le sont que de nom , ne comprennent point assez. Sous cette belle montre de piété qui frappe la vue , elles ont leurs passions, qu'elles tiennent cachées et qu'elles nourrissent au fond de leur cœur. Quoique ce ne soit pas de ces passions grossières qui portent au crime et au libertinage, ce sont néanmoins des passions qui, pour être plus spirituelles, n'en sont pas moins vives dans les rencontres , et dont les effets ne se font que trop apercevoir. Un directeur, et sage et habile, qui voudrait entreprendre laguérison d'un mal d'autant plus dangereux qu'il est interne et
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qu'il attaque de plus près le cœnr, a le déplaisir de trouver ces âmes , d^ailleurs si dociles , tellement aveuglées là-dessus et si délicates , qu'elles n*écoutent rien de tout ce qu'il leur dit. Qu'il leur parle d'oraisons, de communions, et même de quelques œuvres de pénitence , elles ne se lasseront point de l'entendre : mais qu'il vienne à leur proposer des moyens pour humilier leur esprit hautain , pour adoucir leur humeur aigre, pour modérer leurs saillies trop promptes, pour combattre leurs antipathies, leurs animosités, leurs envies secrètes, c'est là qu'elles cessent de lui donner la même attention. D'où il arrive que ces passions fomentées et entretenues dans le cœur, les font tomber en mille faiblesses qui scandalisent le prochain , et en des fautes presque journalières avec lesquelles elles se promettent en vain d'accorder une piété véritable et parfaite.
Ainsi, l'un des plus puissants motifs pour nous engager à la mortiOcation de notre cœur, est de la considérer comme un moyen de perfection, et comme le moyen le plus efficace. Je dis le plus efficace, et c'est l'avis important que nous donne saint Jérôme : Vous ferez , dit ce saint docteur, autant de progrès dans les voies de Dieu que vous remporterez de victoires sur vous-même. Car chacune de ces victoires demandera de vous bien des combats , et chacun de ces combats , bien des sacriflces plus agréables à Dieu que tous les sacrifices de l'ancienne loi. Pourquoi plus agréables à Dieu? Saint Bernard en apporte la raison , et elle est incontestable : c'est que dans les sacrifices de la loi judaïque, on n'immolait qu'une chair étrangère, que la chair des animaux , au lieu qu'ici l'homme s'immole lui-même en immolant son propre cœur et sa propre volonté. Pour peu que nous soyons touchés du désir de notre avancement selon l'esprit et selon Dieu, nous ne devons rien estimer davantage que ce qui peut tant y contribuer, ni rien embrasser avec plus d'ardeur.
Dans cette guerre sainte que nous aurons à soutenir, nous avons besoin d*aide et d'appui; mais en est-il un plus présent et plus assuré que la grâce du Seigneur et sa divine assistance? c'est lui-même qui nous appelle, lui qui nous invite et qui nous met les armes à la main : est-ce pour nous manquer dans l'occasion, et pour ne pas seconder nos efforts? C*est sa cause que nous avons à défendre, ce sont ses ennemis que nous avons à combattre : car nos passions sont dans nous les ennemis de Dieu les plus déclarés, les plus animés, les plus obstinés. Elles ne cherchent qu'à nous détacher de lui, et à nous soulever contre lui : et parce qu'elles ne sont pas toujours assez fortes pour nous porter à une révolte et à une séparation entière, du moins t'opposent-elles aux mouvements de notre ferveur.
et à toutes les vues de perfection qu'il lui platt de nous inspirer. Or, encore une fois, quand il nous verra agir contre ses ennemis et pour ses intérêts , nous abandonnera- t-il ? Allons donc à lui avec confiance, et comptons sur sa protection. Laissons murmurer la nature; laissons-la s'effrayer, se récrier, former mille obstacles. Revêtus de la vertu céleste, nous deviendrons insensibles à ses cris, inaccessibles à ses traits, invincibles à toutes ses attaques. Que dis-je? plus même ses cris se feront entendre à nous , plus ses traits se feront sentir, plus ses attaques seront violentes, et plus, en j résistant et les surmontant , nous nous enrichirons de mérites, nous monterons de degrés, nous nous perfectionnerons et nous nous sanctifierons. Car le mérite devant Dieu le plus relevé et la sainteté la plus éminente , c'est de savoir se renoncer et se vaincre. Heureux triomphe d'où suit un troisième avantage de la mortification des passions , qui est le repos de l'âme et la paix!
III. Mortification des passions , moyen de nous établir dans la paix et de jouir d'un parfait repos. C'est un trésor, mais un trésor semblable à celui de l'Évangile, c'est-à-dire un trésor qu'on ne peut payer trop cher, et qui mérite d'être acheté au prix de toutes choses, que de trouver la paix dans soimême, d'être bien avec soi-même, de se posséder soi-même, non-seulement, comme disait Jésus- Christ, par la pratique d'une humble patience et d'une pleine résignation aux ordres de Dieu, mais par la tranquillité et le calme de tous les mouvements de son cœur * . Être dans cette situation , qu'il est plus aisé d'imaginer et d'exprimer que de sentir et d'éprouver, c'est un avant-goût de la béatitude du ciel ; c'est ce que nous concevons dans le séjour des bienheureux de plus digne de nos souhaits après la vue de Dieu , et ce qui doit être un jour pour nous le comble même de la gloire. Cette paix éternelle dont jouissent les saints , cette paix qui ne sera jamais troublée ni interrompue, cette paix, qui, réconciliant l'homme avec lui-même « fera cesser dans lui toutes les révoltes intérieures, cette paix qui nous rétablira dans l'état d'innocence où Dieu nous avait créés : voilà ce que Dieu promet à ses élus, voilà à quoi nous aspirons. Mais il ne suffit pas, dit saint Augustin, d'y aspirer et d'y prétendre : voilà à quoi nous devons nous disposer, et de quoi il faut, dès cette vie, que nous commencions à faire l'essai, nous efforçant au moins d'en approcher, et nous élevant au-dessus de cette basse région où se forment les orages et les tempêtes; au-dessus de ce petit monde qui est en nous , et qui n'est pas moins tumultueux ni moins difficile à pacifier que le grand monde qui est autour de nous.
' InpoUemOa veitrapaisidehUU animai veitroi. Lcc, 21.
B.v/A.nFICÂTION DES PASSIONS.
Or, 1 est; «ertain que jamais -'«us n'y pourrons étab' ir une paix solide sans la mortification du cœur et de sies passions.
Car pour en être sensiblement persuadé, il n'y a qu'à voir ^uels sont les principes ordinaires de toutes les inquiétudes et de tous les troubles de no» tre âme. I9e sont-ee pas nos désirs et nos passions? nos désirs trop vife, trop empressés, et nos passions trop impétueuses et trop ardentes; nos d^irs qui se multiplient sans cesse, qui se combattent les uns les autres , qui se proposent des objets tout eontraires , qui souvent se portent à des choses incapables de nous contenter, à des choses dont la possession nous devient plus onéreuse qu* avantageuse, et nos passions qui sont vaines, qui sont injustes, qui sont extrêmes, qui sont sans bornes? n'est-ce pas là, dis-je, ce qui nous empêche de pouvoir être en paix avec nous-mêmes, et ce qui excite au milieu de nous cette guerre intestine que saint Paul ressentait comme nous, et dont il se l^aignait si amèrement? Il faut donc posséder notre âme dans la paix, la dégager de ces désirs inquiets et de ces passions déréglées; il faut éteindre le feu de cette cupidité qui nous brûle, il faut réprimer cette ambition qui nous agite, il faut rompre ces attaches qui nous captivent , qui nous tourmentent, qui nous déchirent le cœur, et nous causent mille douleurs.
Or il n'y a que la mortification de Pesprit qui puisse nous rendre ce bon office. Désirer peu de choses , et celles que l'on désire, les désirer peu : voilà les salutaires effets de cette mortification chrétienne, voilà ce que les païens eux-mêmes ont enseigné, ont exalté, ont envié et ambitionné, mais ce qu'ils n'ont jamais bien pratiqué. C'est l'avantage des vrais chrétiens, et le fruit propre de la sagesse évangélique.
Oui, si nous voulons vivre contents, désirons peu de choses : non-seulement , dit saint Chrysostême, parce qu'il y a peu de choseâ qui soient désirables, mais parce qu'il est impossible d'en désirer beaucoup sans perdre le repos, qui vaut mieux que tout ce que l'on désire. Et les choses que nous désirons, désirons-les peu : non-seulement, ajoute ce Père, parce qu'elles ne méritent pas d^étre autrement désirées, mais parce que les désirant beaucoup , elles deviennent immanquablement le sujet de mille peines. Désirer peu de choses hors de Dieu, c'est ce que saint Augustin appelle la mort des désirs; et cette mort des désirs, n'est-ce pas la mortification dont nous parlons ? Et ce qu'on désire , le désirer peu • c*est en quoi consiste cette sainte indifférence qui tient l'âme dans une assiette toujours égale, et qui la met au-dessus de toutes les contrariétés et de tous les accidents. Ce n'est pas une indifférence de naturel , ni une indifférence
BOURDALOOE. — T. UL
de philosophe , mais une sainte Indifférence , c'està-dire une indifférence fondée sur les principes de la religion, qui nous hit mépriser tous les objets créés , et qUi tourne veris des biens réels toutes nos affections. Soyons en ce sens, et selon l'esprit du christianisme i indifférents à tout sur la terre, ou du moins ne noUs entêtons de rien. Outre que l'en* têtement est partout vicieux, il ne laisse jamais le cœur dans une disposition paisible, parce qu'il est toujours impatient et violent.
Ceci convient à toutes les passions et à tous les désirs qu'elles nous inspirent : mais la voie la plnà sûre et la plus courte pour pacifier notre cœur, c'est d*attaquer d*abord la passion qui domine le plus en nous , et de mortifier les désirs où nous remarquons plus de vivacité et plus de sensibilité. Car c*est là comme le premier mobile de l'âme; c'est la source de tous les chagrins qui TafOigent. Souvent une seule passion est plus difficile à soumettre, et fait plus de ravage dans un cœur, que toutes les autres ensemble. Souvent il est aisé de retrancher toutes les autres et de se mortifier sur toutes les autres ; mais du moment qu'il s'agit de la passion domi« nante, et qu'on veut la contredire , ce n'est plus à beaucoup près la même facilité , et l'on n'en éprouve que trop les retours fâcheux ^t les soulèvements. Cependant il n'y a point de paix à espérer tant que cette passion ne sera pas détruite. Fussiez-vous dans tout le reste Thomme le plus modéré, le plus raisonnable, le plus sage , c'est assez de cette passion pour vous agiter et pour fure votre supplice ; elle vous remplira l'esprit de mille idées, de mille vues, de mille réflexions désagréables ; elle excitera dans votre cœur mille regrets, mille jalousies, mille dépits, mille ressentiments pleins d'aigreur et d'amertume; elle vous mettra dans la tête mille desseins, mille projets, mille entreprises aussi embarrassantes que vaines et chimériques; elle vous engagera dans des partis, dans des intrigues où peutêtre vous aurez autant de déboires, de dégoûts, d'ennuis, de traverses à essuyer que de pas à faire ; elle remuera même eu sa faveur toutes les autres passions, qui d'ailleurs demeuraient dans le silence et vous laissaient dans le calme; elle les allumera; et comme il ne faut quelquefois qu'un séditieux pour soulever tout un pays , il ne faudra que cette passion pour causer dans votre âme un bouleversementgénéral. Souvent encore ce sera dans les moindres occasions et sur les plus petits sujets. Une étincelle produit le plus vaste incendie, et une bagatelle qu'on n'observerait pas en toute autre rencontre, et qui ne ferait nulle sensation, est capable, dès qu'elle intéresse la passion dominante, de porter aux plus grandes extrémités.
On le voit tous les jours, et on le connaît par soi-même. O que vous vous seriez épargné de mou-