PENSÉES DIVERSES SUR LU PENITENCE
vements et d'agitations, soit dans vous-même, soit hors de vous-même , si de bonne heure vous aviez éerasé ce ver qui vous pique et qui vous ronge! De quelle paix vous jouiriez et de quelle heureuse liberté ! Tel était dès ce monde le bonheur des saints : ilsétaientcontentsde tout,et, à n'avoir mêmeégard qu'à la vie présente, on peut dire, dans un vrai sens, que jusques au milieu de leurs plus austères pénitences, ils menaient la vie la plus douce, parce qu'ils ne craignaient rien de tout ce que nous craignons sur la terre, qu'ils ne désiraient rien, et que par l'extinction de toutes les passions humaines, ils avaient trouvé le secret de s'élever au-dessus de tous les événements , et de passer leurs jours dans une indépendance et une tranquillité que rien n'était capable d'altérer.
Cest ce qui a fait dire à saint Basile qu'il y a beaucoup moins de peine à mortifier ses passions , qu'à ne les mortifier pas. Cette proposition a de quoi nous surprendre, et peut nous paraître un paradoxe , mais c'est une vérité très-constante. Car autant qu'on fait de violence à ses passions et qu'on les mortifie , autant on se dispose à goâter la paix , au lieu qu'on la perd en ne les mortifiant pas, et en suivant leurs aveugles convoitises. La santé du corps consiste dans le tempérament des humeurs. Qu'une humeur vienne à prédominer, et que ce tempérament se dérange , de là les infirmités et les douleurs les plus cuisantes. II en est de même par rapport à la paix de l'esprit : elle consiste dans la modération de nos désirs et de nos passions , qui en sont comme les humeurs. Tant que ces désirs ne seront pas mesurés , que ces passions ne seront pas réglées , l'esprit sera toujours ou abattu par la tristesse, ou transporté par la colère, ou envenimé par la haine, ou resserré par la crainte. Il y aura toujours quelque chose qui le blessera : car il aura beau vouloir se contenter et en chercher les moyens, ses désirs étant sans mesure, ils ne seront jamais satisfaits , et ses passions étant sans règle, elles demanderont toujours davantage.
Or, pour en revenir à la pensée de saint Basile, dès là qu'on se procure la paix en détruisant ses passions , et qu'on ne peut l'avoir en les flattant et les nourrissant, il y a par conséquent moins à souffrir dans la pratique de la mortification chrétienne qui nous les fait combattre et qui les tient soumises, que dans les vains ménagements de l'amour propre , qui prend leur défense et se met de leur parti pour les seconder. Car ce qui doit faire la félicité d'un état en cette vie comme en Tautre , c'est la paix qu'on y possède. Soyons abandonnés du monde et dépourvus de tous les biens du monde , mais ayons la paix au dedans de nous : avec cela nous sommes heureux. Vivons au contraire dans Topulence, dans la splendeur, parmi toutes les aises
et toutes lés douceurs du monde , mais n'ayons pas la paix , tout dès lors nous est insipide , richesses grandeurs, fortune, et nous devenons malheureux. Pouvons-nous donc en trop faire pour l'avoir, et y a-t-il rien que nous ne devions pour cela sacrifier? C'est le fruit de la mortification intérieure, et c'est le partage des Âmes qui , se détachant d'elles-mêmes, s'attachent à vous. Seigneur, et ne veulent se reposer qu'en vous. Vous êtes le Dieu de la paix, et vous savez bien dédommager un cœur des vains plaisirs , dont il se prive en renonçant à ses passions et à leurs objets corrupteurs. Vous nous l'avez apportée cette paix , et vous nous Pavez fait annoncer par vos anges. Vous nous avez en même temps apporté l'épée et la guerre : mais c'est justement par cette épée, par cette guerre spirituelle et domestique contre nos vices et nos inclinations perverses, que nous devons obtenir la sainte paixdont vousêtes l'auteur. Soutenez - nous dans la résolution ou nous sommes de la mériter à quelque prix que ce puisse être, et de nous y affermir de telle sorte par votre grâce, que rien ne nous l'enlève jamais , ni dans le temps ni dans l'éternité.
PBNSIÊBS DIVERSES SUB LA PÉNITENCE ET LE El-