PENSÉES DIVERSES
Dieu.fe prétends que c*est là , de toutes les con« tradictions, la plus insensé^t la plus monstrueuse. Pour mieux comprendre Pextréme folie et Faffreux dérèglement de raison où tombe ce pécheur, il n'y a qu*à considérer la nature de la pénitence. Car qu'est-ce que la^nitence? c'est un repentir, mais on vrai repentir; aest une douleur, mais une vraie douleur des offenses commises contre Dieu. Il faut que cette douleur mette le pénitent dans une telle disposition , qu'au prix de toutes choses il voudrait n'avoir jamais déplu à Dieu, ni jamais offensé Dieq^
Or, cela posé, voyons donc à quoi se réduit le raisonnement d'un pécheur qui se dit à lui-même : Je n'ai qu'à vivre de la manière que j'ai vécu jusqu'à présent, je n'ai qu'à demeurer dans mes habitudes, j'en ferai quelque jour pénitence. C'est comme s'il disait : Je n'ai qu'à vivre de la manière dont j'ai vécu jusqu'à présent : et pourquoi ? parce que je compte de me repentir quelque jour, et de me repentir véritablement d'avoir ainsi vécu. C'est comme s'il disait : Je n'ai qu'à demeurer dans mes habitudes : et pourquoi ? parce que je compte d'être touché quelque jour d'une véritable douleur de m'y être engagé, ou de ne les avoir pas quittées de bonne heure. C'est comme s'il disait : Rien ne me presse de retourner à Dieu : et pourquoi? parce que je compte de ressentir quelque jour une telle peine de m'être séparé de lui , et de n'être pas retourné à lui dès à présent , que , dans la force de mon regret , je serais prêt de sacrifier tout pour n'avoir jamais eu le malheur de le perdre et d'être un moment hors de sa grâce. Est-ce là raisonner, ou n'est-ce pas se jouer de Dieu et de soi-même? Sans la pas* sion qui l'Aveugle , et sans la forte impression que &it sur lui l'objet présent qui l'entraîne, le pécheur raisonnerait tout autrement, et du même principe il tirerait des conséquences toutes contraires. Car la maxime générale et universellement suivie de tout homme sage, c'est de ne rien faire dont on prévoie devoir un jour se repentir. De sorte qu|]n des motifs les plus puissants que nous apportionsa un ami pour le détourner d'une chose qu'il entre* prendlet sur quoi il nous consulte, est de lui dire : \yous en serez fâché dans la suite ; vous en aurez du chagrin ; vous vous en repentirez. S'il voit en effet qu'il y ait là-dessus un juste sujet de crainte, et s'il se laisse persuader que ce qu'on lui prédit arrivera, bien loin de poursuivre l'entreprise, il n'hésite pas à TabandonnerjAinsi l'apôtre écrivant aux Romains, leur disait en ce même sens : Quel avati' tagCy mes frères y avez-vaus trouvé dans des choses dont vous rougissez maintenant {Rom, y 6) ; et si vous avez connu que vous en deviez rougir, fallait-il vous y porter et vous y obstiner?
Un faux pénitent cherche à se ménager lui-même dans sa pénitence ; mais en se ménageant pour l'heure