PRÉCEPTE DE LA PRIÈRE
les besoins qui , dans le cours des choses humaines « se succèdent sans interruption les uns aux autres; d'où il s'ensuit qu'il nous faut donc du secours, et on prompt secours, et un secours puissant, et un secours continuel qui est le secours de Dieu et de la grâce. Mais ce secours, par où l'obtiendrons- Qous? par la prière. C'est ainsi que le Fils de Dieu nous Ta déclaré, et qu'il s'en est expliqué dans les termes les plus formels : Si vous demandez quelque chose à mon Père , et que vous le demandiez en mon nom, Uvousledonnera.(JokJX.^i4,)Cequ\ nous fait entendre , par une règle toute contraire , que si nous oe demandons pas. Dieu ne nous donnera pas. Or, li Dieu ne nous donne pas , nous manquerons de lecours ; si nous manquons de secours, nous ne nous soutiendrons pas , nous succomberons ; si nous succombons, nous périrons, et nous périrons par notre faute, puisqu'il ne tenait qu'à nous de prier, et par conséquent de ne pas périr. Dieu donc, qui ne veut pas qu'aucun périsse, et qui , par la loi de la charité que nous ne pouvons sans crime nous refuser à nousmêmes, nous ordonne de n'omettre aucun moyen nécessaire pour éviter notre perte, veut que nous ayons recours à la prière, et nous en fait un précepte.
Précepte qui nous marque deux choses les plus dignes de notre étonnement, l'une de la part de Dipii, l'autre de la part de l'homme. Quelle providence dans Dieu , quelle bonté , quel excès de miséricorde et de libéralité nous fait voir ce commandement ! Tout ce que nous pouvons attendre des maîtres de la terre , et en quoi consiste auprès d'eux notre plus haute faveur, c'est que , par une affec> tion particulière et qui ne s'étend qu'à un petit nombre de favoris , ils soient disposés à écouter nos demandes et à nous les accorder. Mais ils s'en tiennent là , et ils ne nous font point une obligation étroite de leur demander quoi que ce soit : ils nous laissent là-dessus dans une liberté entière. Vous , mon Dieu, père tout-puissant et tout bon , vous ne vous contentez pas d'une telle disposition de votre coeur à notre égard. C'est trop peu pour vous, et vous ne nous dites pas seulement : Demandez et vous recevrez ( Id., 16) : mais vous nous ordonnez de demander, mais vous nous faites un devoir de demander, mais vous nous reprochez comme un crime, et un crime capital, de ne pas demander. Hé! que TOUS importent. Seigneur, tous les vœux que nous formons et que nous vous adressons ? Que dis-je? ô mon Dieu! vous nous aimez, et cela suflit. Votre amour veut se satisfaire; il veut s'exercer, et que nous nous mettions en état d'attirer sur nous vos dons et d'en proGter. Point d'autre intérêt qui vous touche que le nôtre.
D'ailleurs ce que nous découvre dans l'homme ce même précepte de la prière, n'est pas moins sur« prenant. Cest l'aveuglement le plus prodigieux,
et la plus mortelle insensibilité pour nous mêmes. Quoi ! nous avons continuellement besoin du secours de Dieu ; sans cette assistance et ce secours d'en haut nous ne pouvons rien ; qu'il vienne un moment à nous manquer, nous sommes perdus : et cependant , pour exciter notre zèle et notre vigilance à l'implorer, ce secours du ciel dont nous ne pouvons nous passer. Dieu a jugé qu'il fallait un commandement exprés 1 D'où nous devons conclure combien sur cela il nous a donc connus aveugles et insensibles. Or une telle insensibilité , un tel aveuglement ne tient-il pas du prodige?
Oui sans doute, c'est un prodige; mais toute prodigieuse qu'est la chose, voici néanmoins , f ose le dire, un autre prodige plus inconcevable : et quoi ? c'est qu'après même et malgré <e commandement de Dieu, nous recourions encore si pea à la prière , et nous en fassions si peu d'usage.
S'il nous survient quelque affaire fâcheuse; si nous craignons quelque disgrâce temporelle dont nous sommes menacés; si nous avons quelque intérêt à ménager dans le monde et quelque avantage à obtenir, que faisons-nous d'abord , et quelle est notre ressource? On pense à tous les moyens que peut suggérer l'industrie, l'intrigue, la prudence du siècle ; on cherche des patrons en qui l'on met sa confiance, et dont on tâche de s'appuyer; on intéresse, autant qu'il est possible, le^ hommes en sa faveur : mais de s'adresser à Dieu avant toutes choses; de lui recommander les desseins qu'on a formés, afin qu'il les bénisse; de lui représenter dans une fervente prière les dangers où l'on se trouve , et les calamités dont on est affligé , c'est ce qui ne vient pas à l'esprit, et à quoi l'on ne fait nulle attention : comme si Dieu n'entrait point dans tous les événements humains; comme s'il n'y avait aucune part , et qu'il n'étendît pas jusque-là sa providence; comme si nos soins, indépendamment de lui, pouvaient nous suffire, et qu'il y eût moins à compter sur les secours qu'il nous a promis, que sur ceux qu'on attend d'un ami, ou de quelque autre personne que ce soit, qui veut bien s'employer pour nous. Outrage dont Dieu se tient et doit se tenir grièvement offensé.
De là qu'arrive-t-il? le Saint-Esprit nous l'apprend : Malheur à celui qui se confie dans la crëoture aux dépens du Créateur, et qui prend pour son soutien un bras de chair. (Jbbbm., 17.) Dieu permet que nos projets échouent, que nos mesures deviennent inutiles , que nos espérances soient trompées, que tous les maux dont on voulait se garantir viennent fondre sur nous, que des parents, des amis , de prétendus protecteurs manquent , ou de pouvoir pour nous soutenir, ou de bonne volonté pour y travailler. Dieu, dis-je, le permet; et c'est alors que , forcés par une dure néc^ité , et n'ayant
SSCHEBESSES ET ARIDITES DANS LA PRIÈRE.
plus d^autre refuge, nous commençons à lever les .-nains vers lui, et à réclamer son assistance.
Or, en de pareilles conjonctures , qu*aurait-il droit de nous répondre? S*il pensait et s*il agissait en nomme , il nous rejetterait de sa présence , il refuserait de nous écouter, il nous renverrait à ces faux dieux que nous lui avons préférés, il nous abandonnerait à nous-mêmes, il insulterait à notre misère et il s'en ferait un triomphe, bien loin d*y compatir en aucune sorte et de la soulager. Mais c'est ici le miracle et le comble de sa miséricorde. Miracle que nous ne pouvons assez admirer, et qui mérite toute notre reconnaissance. Quoiqu'il soit le dernier à qui nous allions, et que nous n'allions même à lui que par une espèce de contrainte, il veut bien néanmoins encore nous entendre; il veut bien nous ouvrir son sein , et prêter l'oreille à nos prières; il veut bien y condescendre et devenir notre appui , notre consolateur, notre restaurateur ; il veut bien pour nous rétablir et nous relever, nous tendre les bras et répandre sur nous ses dons. Voilà ce qui n'appartient qu*à une bonté souveraine. C'est être miséricordieux et bienfaisant en Dieu.
SÉCBBBESSBS ET ABlDIxis DANS LÀ PBlàBB, ESPBIT DB PBIÈBB.
Quelle misère, mon Dieu! quelle contradiction! Vous êtes pour moi la source de tous les biens : dans réternité vous serez toute ma béatitude, et dès cette vie je ne puis prétendre de plus solide bonheur que d'approcher de vous , que d'être en votre présence et devant vous , que de converser et de m'entretenir avec vous : je le sais , j'en suis instruit , la foi me l'enseigne , la raison me le donne à connaître, l'expérience me l'apprend et me le fait sentir. Toutefois , Seigneur, comment est-ce que je Tais à la prière, où je dois vous parler, vous écouter, vous répondre? comment est-ce que je vais et que je demeure à l'oraison , qui ne doit être autre diose qu'un commerce intime entre vous et moi ? Je dis entre vous, tout grand que vous êtes, 6 souverain mattre de l'univers! et moi, tout méprisable, tout néant que je suis, vile et abjecte créature.
A peine ai-je plié le genou, à peine suis-je resté quelques moments au pied d'un oratoire pour vous ofifnr mes hommages , que je pense à me retirer. Mon esprit volage et sans arrêt m'abandonne, et se porte partout ailleurs. Mon cœur, comme une terre sans eau , ou comme une herbe fanée et sans suc, n'a ni goût , ni sentiment , ni mouvement. D'où il arrive que je tombe dans une indifférence et une ^gueur qui me rend un des plus saints exercices insipide et onéreux. J'en devrais faire mon plaisir le plus doux , mais il me devient un fardeau et une peine.
Voilà , Seigneur, le triste état où je me vois , et dont j*ai bien sujet de m'humilier. Quoi ! mon Dieu, TOUS daignez me recevoir auprès de vous, vous me promettez de vous exposer humblement et avec une espèce de familiarité mes pensées , vous trouvez bon que je vous adresse mes vœux , vous prêtez l'oreille pour m'entendre , et mon âme stérile et aride ne m'inspire rien, ne produit rien, ne vous dit rien! Si c'était par une crainte respectueuse, qui tout à coup me saisît à la vue de vos grandeurs, et qui m'interdît; si c'était par un principe de religion, par une vive impression de votre adorable majesté, je ne laisserais pas de vous honorer alors, et mon silence même vous parlerait. Mais je dois , à ma condamnation et à ma honte, le confesser, c'est par une froideur mortelle, c'est par une lenteur oisive et paresseuse, c'est par un assoupissement que rien ne réveille. Ah! Seigneur, ne Gnira-t-il point? il y a longtemps que je me le reproche, et que je souhaite d'en sortir : mais ce ne sera qu'avec votre grâce, et de moi-même je ne le puis. Or cette grâce, je vous la demande. Je viens à vous pour cela, j'ai recours à vous ; et dans la prière que je vous fois , tout le fruit que je me propose, est d'obtenir de vous l'esprit de prière.
Don précieux que votre prophète nous a promis de votre part et en votre nom. Cest par sa bouche que vous avez dit : Jt répandrai sur Jérusalem uit tsprU de prière (Zach., 12); et c' est-à-dire que vous répandrez sur l'âme fidèle un esprit d'intelligence , un esprit de recueillement , un esprit de piété. Un esprit de lumière et d'intelligence, qui, dans la prière , lui découvrira vos éternelles vérités, les lui fera creuser et approfondir jusqu'à ce qu'elle en soit remplie et toute pénétrée. Un esprit de recueillement, qui, pendant la prière, effacera de son souvenir toute idée du monde, la dégagera de toute vue humaine, la détournera de tout objet étranger et profane ; en sorte que des yeux de la foi elle ne I voie que vous, et que toutes ses puissances intérieures ne soient occupées que de vous. Un esprit I de piété, qui lui donnera un attrait particulier à la prière, qui l'y affectionnera, qui lui en facilitera la pratique; tellement qu'elle en fasse sa nourriture, son repos, sa joie, $ie& plus chères délices.
Tel était l'esprit qui animait vos saints dans ces longues et ferventes oraisons où descendaient sur eux les plus purs rayons de votre clarté céleste, où vous les éleviez aux plus hautes connaissances de vos adorables et innombrables perfections, où ils vous contemplaient comme face à face , où ils s'abîmaient et se perdaient amoureusement en vous, où leurs cœurs s'embrasaient du feu le plus ardent, et ou ils goûtaient des douceurs ineffables. Aussi avec quel empressement allaient-ils à la pnere, avec quel zèle et quelle