‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 180 sur 352 · SÉCHERESSES ET ARIDITÉS DANS LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

SÉCHERESSES ET ARIDITÉS DANS LA PRIÈRE

assiduité! Cétait leur entretien le plus ordinaire; c^était, pour ainsi parler, leur pain de tous les jours et leur déla&sement le plus agréable dans les fonctions laborieuses qui les occupaient.

Par votre grâce, ô mon Dieu ! cet esprit de'prière ne s*est point retiré du christianisme. Il y est encore et il agit parmi ce petit nombre de justes que vous vous êtes réservés sur la terre. C'est lui qui , selon le langage de votre apôtre , soutient leur in" firmité. {Rom., 8.) Cest lui qui prie dans eux et pour eux, avec des gémissements gui ne se peuvent exprimer: et vous, Seigneur, qui sondez le fond des cœurs , vous savez ce guU leur inspire. Vous voyez leurs larmes, voua entendez leurs soupirs, vous êtes témoin de leurs secrets élancements vers vous , de leurs désirs enflammés, de leurs saints transports. Hélas ! malgré toute mon indignité, voilà où je pourrais aspirer et parvenir moi-même, si j'apportais à la prière plus de soin, plus de préparation, et si j'apprenais à me faire plus de violence pour recueillir mes sens , pour fixer Fattention de mon esprit , et pour exciter les affections de mon cœur.

Car quoiqu'il soit vrai que, sans égard aux dispositions d'une âme, quelque bien préparée qu'elle puisse être, vous l'éprouvez quelquefois par des sécheresses où sa volonté n'a point de part, il est certain néanmoins, suivant l'ordre commun de votre providence, qu'à proportion des efforts que nous faisons pour vous chercher dans l'oraison, nous vous y trouvons , et que c'est aux âmes les plus vigilantes, les plus attentives sur elles-mêmes, que vous vous communiquez avec plus d'abondance. De là donc, aussi négligent et aussi lâche que je le suis et que je me connais , dois-je m'étonner que tout le temps de ma prière se passe en des tiédeurs et des égarements continuels, et 'n*est-ce pas à ma lâcheté et à mon extrême négligence que je dois les imputer?

Du moins, mon Dieu, n'ai-je point encore perdu festime de la prière. Du moins ai-je encore cet avantage d'en comprendre l'excellence, l'utilité, la nécessité. C'est une ressource pour en allumer tout de nouveau dans moi Tesprit , et pour le ressusciter. Je vois quel besoin nous avons tous de ce secours , et quel besoin j'en puis avoir plus que les autres. Je n'ignore pas ce que les disciples de votre Fils bienaimé lui disaient : Â gui irons-nous , Seigneur, si ce n'est à vous f vous avez les paroles de la vie étemelle. (Joan.,6.) Et je sais de plus que pour aller à vous, il n'y a point de voie plus droite que la prière. Je sais que la prière est cette mystérieuse échelle que vit votre serviteur Jacob , laquelle touchait de la terre au ciel , et par où vos anges montaient et descendaient, pour nous marquer comment l'oraison porte vers vous nos vœux , et attire sur

nous vos dons. Je suis persuadé de tout cela , et dans celte persuasion , je regarde comme un des malheurs pour moi le plus funeste, et comme la ruine entière de mon âme, si, rebuté de la prière, je venais à l'abandonner. Vous ne l'avez point encore permis, et vous ne le permettrez point. Quelque éloignement que j'en puisse avoir par mon indolence naturelle et par ma faute, je ne Tai point après tout quittée jusques à présent, et je ne la veux point quitter. Vous bénirez ma résolution , et vous aurez égard à ma persévérance. Vous m'ai* derez à vaincre cette lenteur habituelle qui m'appesantit, et qui rend ma prière si languissante. Vous m'inspirerez vous-même, et vous m'animerez.

Je n'attends pas toutefois , Seigneur, que d'abord vous me traitiez comme tant d'âmes vertueuses, ni que vous me favorisiez des mêmes communications. Ce sont des grâces qu'il faut mériter, et dont vous récompensez notre fidélité et notre constance. Mais, du reste, ayez pitié, mon Dieu, de mafai* blesse; et pour seconder mes efforts, faites au moins couler sur moi de temps en temps quelques gouttes de cette rosée qui s'insinue dans les cœurs les plus endurcis, et qui les amollit. Sans cette onction divine, je me défie de ma fermeté et de mon courage. Cependant, qu'il en soit ainsi que vous l'ordonnerez : ce sera toujours le mieux , et pour votre gloire et pour mon bien. A quelques épreuves qu'il vous plaise de me mettre, je les accepte. Vous ne m'y délaisserez pas : mais vous me soutiendrez, afin que je puisse les soutenir.

Car je l'ai dit, mon Dieu, et souffrez que je m'explique encore devant vous sur un sujet dont il m'est si important de me bien convaincre. Il est vrai que les dégoûts de la prière où nous tombons à certains temps, que ces langueurs sensibles et ces désolations qui nous abattent et semblent nous faire perdre tout courage, sont quelquefois de simples épreuves dont se sert votre providence pour purifier vos élus et les perfectionner. Vous vous éloignez d'eux en apparence, lors même qu'ils vous cherchent aveo rintention la plus pure et le zèle le plus sincère. Ils vous parlent, et vous ne leur répondez point. Ils vous réclament , et vous êtes comme insensible k leurs vœux. Ils s'écrient sans cesse, et vous disent comme cet aveugle de l'Évangile : Seigneur, faiteê . gueje voie (Luc, 18); mais vous les laissez en d'épaisses ténèbres et dans une nuit obscure qu'ils ne peuvent percer : à peine leur reste- t-il quelque lueur pour se conduire. Situation affiigeante et presque accablante : il n'y a que ceux qui passent ou qui ont passé par ce désert qui puissent bien connaître ce qu'il en coûte pour y marcher. Vous avez en cela,j mon Dieu, vos desseins toujours adorables et ton-* jours favorables, quoique rigoureux : vous voules ! exercer vos élus par de rudes combats , afin de moi*

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