RECOURS A LA PRIÈRE DANS LES AFFLICTIONS
tiplier leurs couronnes par les yictoires qu'ils remporteront; vous voulez leur apprendre à vous servir pour vous-même, et par un pur esprit de foi et d'amour, et non point pour les consolations intérieures, ni toutes les douceurs spirituelles qui pourraient les attirer à vous et les y attacher; vous voulez leur fournir de quoi vous prouver leur fidélité et leur constance, et par là même leur fournir des sujets de sanctification et de mérite. Voilà vos vues toutes salutaires et toutes miséricordieuses; et dès qu'une âme y est bien entrée, qu'elle est bien instruite et bien persuadée de cette vérité, c'est un appui qui la soutient dans ses langueurs involontaires et ses attiédissements.
Que diftje, mon Dieu? et n'ai-je pas toujours lieu de me confondre là-dessus et de m'humilier? Ces délaissements apparents et ces aridités dans la prière, j'en conviens, ce sont souvent des épreuves où vous mettez les âmes les plus fidèles; mais il n'est pas moins ordinaire que ce soient de justes châtiments dont vous punissez les âmes négligentes. Vous ne les écoutez point , ou vous sembiez ne les point écouter, parce qu'en mille choses elles vous refusent ce que vous demandez d'elles, et qu'elles résistent à vos divines volontés; vous ne vous communiquez point à elles, parce qu'elles vont à TOUS sans préparation, et qu'elles demeurent auprès de vous sans réflexion et sans attention ; vous leur fermez votre sein , parce qu'elles ne se sont pas lait la moindre violence pour se recueillir en vous, et pour se rappeler à elles-mêmes. Or n'est-ce pas là mon état? et de quoi pourrais-je me plaindre, quand je ne puis m'en prendre qu'à moi du peu de goût que je sens à la prière, et du peu de fruit que j'en retire? Mais , Seigneur, c'est déjà une heureuse disposition pour guérir le mal que d'en connaître le principe. Il s'agit d'y apporter le remède, et c'est pourquoi j'implore votre secours. Les apdtres demandaient autrefois à votre Fils, leur mattre et le nôtre, qu'il leur enseignât à prier : voilà ce que je ne cesserai point de vous demander moi-même. Il y faut de ma part plus de soin, plus de vigilance, plus d'efforts pour fixer mon esprit et pour exciter mon cœur; il y faut plus de ferveur et plus d'assiduité à remplir tous mes devoirs : mais sans vous tous mes soins seraient inutiles. Jetez un regard sur moi du haut des deux. Faites luire sur votre serviteur un rayon de votre lumière. Parlez-lui au cœur, et par cette parole intérieure que vous lui ferez entendre, daignez le former vous-même à converser utilement et saintement avec vous.
BECOUBS ▲ LA PBikBB DANS LES AFFLICTIONS
DB LA YIE.
Dans Ft^ffUction oà fêtais^ Je me suU souvenu 4e Dieu, eêf(d senii lajokse répandre dans mon
cœur, {Psalm, 76.) C'est ce qu'éprouvait le prophète royal , et c'est le témoignage qu'il en rend lui-même. Le sceptre ni la couronne qu'il portait ne l'exemptaient pas de peines; ou plutôt, n'est-ce pus ce qui l'exposait aux plus grandes peines? Quoi qu'il en soit, à quoi , dans toutes ses peines, avaitil recours? à la prière. U y trouvait son soutien, son repos , sa consolation. Ressource des âmes affligées, et ressource immanquable. U faut en avoir fait l'expérience pour le connaître.
En effet, ce n'est jamais en vain qu'une âme s'adresse à Dieu dans la douleur qui la presse. Souvent elle ne sait pas, ni ne peut savoir par où Dieu la consolera. Souvent même, à n'en croire que les sens et que la raison humaine, il lui semble que son mal est sans remède, tant elle en est possédée et accablée. Mais qu'elle ne s'écoute point elle-même; qu'elle se fasse violence pour surmonter un certain dégoût qui l'éloiguede la prière (car le chagrin dégoûte de tout); que dans un esprit de foi et de confiance elle aille à Dieu, elle se prosterne aux pieds de Dieu, ellese jette dans le sein de Dieu ; qu'elle lui dise comme David : Vous êtes. Seigneur, souverainement équitable dans vos jugements , mais vous n'êtes pas moins compatissant à nos maux, ni moins charitable; vous exercez sur moi votre justice en m'affligeant, exercez encore sur moi-même votre miséricorde en me consolant : qu'elle agisse et qu'elle parle de la sorte , Dieu se laissera toucher à cette prière; il y prêtera l'oreille, et elle opérera dans le temps.
Je dis dans le temps marqué de Dieu. II a ses moments , et ce n'est pas toujours sur l'heure ni dès le jour même qu'il calme la tempête, et qu'il remet une âme dans sa première tranquillité. Mais au bout de quelques heures, de quelques jours , ou extérieurement il la console par quelque événement auquel elle ne s'attendait pas, et qui lui présente une scène toute nouvelle et plus agréable, ou il la fortifie intérieurement par quelque réflexion qui lui fait envisager les choses sous des idées moins tristes et moins fâcheuses. Car comme la plupart de nos cha« grins ne viennent que d'une imagination blessée, il ne £aut assez communément qu'une vue, qu'une réflexion , pour dissiper le nuage qui enveloppait l'esprit et qui le plongeait dans une noire mélancolie. Dans un instant on ne se reconnaît plus ; on n'est plus le même; ce qui semblait un monstre ne paraît plus qu'un vain fantôme ; on a honte de sa faiblesse passée ; et, de l'abattement où l'on est tombé , on se relève et on rentre dans la paix. Que fait tout cela ? c'est qu'on n'a pas oublié Dieu , et qu'on s'est tourné vers Dieu. De là cet important avis de l'apôtre saint Jacques : Si quelqu^un est dans la tristesse, qu*il prie. (Jac, 5, v. 13.) Peut-être Dieu tardera-t-il un peu à venir et à ramener la séréoité : mais ne ces-