DE L'HUMILITE ET DE L'ORGUEIL
qu'elle ne leur permet pas, disent-elles, de vaquer à la prière , et qu'elle ne leur en laisse pas le loisir. Outre qu'on peut prier partout, et que partout on en a le temps, puisque partout on est maître d'élever son âme à Dieu , et de lui adresser les sentiments de son cœur, je prétends que ces mêmes occupations, qu'on regarde comme des obstacles au saint exercice de la prière, sont tout au contraire des prières ellesmêmes, et des prières très-efficaces auprès de Dieu, quand on les prend dans un esprit chrétien, et qu'on s'y adonne avec une intention pure et droite. Car le royaume de Dieu, et tout ce qui a quelque rapport avec ce royaume de Dieu, consiste, non dans les paroles, mais dans les effets. Dieu vous a chargé d'un emploi , et vous en remplissez avec assiduité les fonctions : en cela vous priez. La Providence vous a confié la conduite d'un ménage, et vous y donnez vos soins : en cela vous priez. Ainsi du reste. Quand vous ensevelissiez les morts, dit i'ange à Tobie ; que vous les cachiez dans votre maison, et que la nuit vous les portiez en terre, 'je présentais au trône de Dieu ces œuvres de cha^ rite (ToB., 12) 9 et elles sollicitaient en votre faveur la divine miséricorde. Point d'intercession plus puissante auprès de ce souverain maître que la sou mission à ses ordres et Taccomplissement de ses adorables volontés.
Miracle de la prière ! rien ne résiste à son pouvoir, et mille fois elle a changé l'ordre de la nature , et l'a, pour ainsi dire, forcée à lui obéir : quedis-je? elle a mille fois désarmé le ciel même , et en a conjuré les foudres. Que d'événements merveilleux ! que de prodiges! Moïse prie, et Dieu retire son bras prêt à frapper. Josué prie, et le soleil s'arrête dans sa course. Daniel prie , et les lions perdent toute leur férocité à ses pieds. Judith prie, et une formidable armée est mise en déroute. Dès qu'Élie a prié, le feu céleste descend , les pluies les plus abondantes arrosent la terre, les malades sont guéris , les morts ressuscitent : car telle a été dans Tancienne loi la vertu de la prière; et ce serait une matière infinie que le détail de tout ce qu'elle a fait dans la nouvelle. Après cela, défions-nous^de la promesse^du Fils de Dieu , lorsqu'il nous dit : Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous fac- €ordera. (Joân., 12.) Que je me figure le plus puissant monarque du monde, et que je le suppose prévenu pour moi de la meilleure volonté , je ne puis néanmoins me répondre d'obtenir de lui tout ce que je lui demanderai , parce que son empire , quelque étendu qu'il soit, est limité, et que je lui demanderai peut-être au delà de ce qu'il peut. Mais tout ce que je demanderai à Dieu , Dieu peut me le donner : pourquoi? parce qu'il est Dieu, et qu'étant Dieu, tout lui est possible. Si donc, dans les prières que
nous avons à lui faire, nous manquons de cou* fiance, c'est que nous ne connaissons pas le maître que nous prions. Nous en jugeons par notre faiblesse, au lieu d'en juger par l'indépendance absolue et la souveraineté de ce premier être. Ne bornons point nos espérances , quand nous savons qu'elles sont fondées sur la parole d'un Dieu dont la fidélité ne se peut démentir, et dont la puissance est sans bornes.