‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 188 sur 352 · FI LES EFFETS DE L'UN ET DE L'AUTRE · texte numérisé non relu

FI LES EFFETS DE L'UN ET DE L'AUTRE

Jésus proposa cette parabole au sujet de certain nés gens qui se confiaient en eux-mêmes comme s'ils eussent été des saints, et qui ne regardaient les autres qu'avec mépris. (Luc, 18.) L'Évangile nous fait d'abord connaître le dessein du Fils de Dieu , et quels sont ceux qu'il avait en vue , lorsqu'il proposa cette parabole au peuple qui l'écoutait. Quoiqu'en général elle puisse s'appliquer à toute âme vaine et orgueilleuse, elle convient particulièrement, et selon l'intention de Jésus-Christ , à u(ie espèce de faux dévots contre qui cet Homme- Dieu a toujours témoigné plus de zèle, et qu'il n'a point oessé d'attaquer pendant tout le cours de sa mission et dans ses divines instructions. Gens remplis d'eux-mêmes et de leur prétendu mérite, qui seuls croyaient être, avec leurs disciples, les élus du Seigneur; qui parlaient, qui décidaient, qui agissaient comme s'ils eussent été les seuls dépositaires de la loi et ses interprètes , les maîtres de la doctrine , les modèles vivants de la sainteté ; qui se disaient suscites de Dieu pour la réformation des mœurs, pour le rétablissement de la discipline, pour la défense de la plus pure morale; qui , sous un masque de piété et de sévérité, cachaient leurs intrigues , leurs cabales , leurs médisances atrocec et leurs calomnies, leurs envies, leurs haines , leurs vengeances , surtout une hauteur d'esprit que rien ne pouvait fléchir, et un orgueil insupportable; qui, par cette vaine apparence d'une vie régulière et austère, éblouissaient les yeux d'une troupe de femmes, dont ils parcouraient les maisons , et dont ils recevaient de puissants secours pour soutenir leur sectt et pour accréditer leur parti ; qui n'estimaient pe^ sonne, n'épargnaient personne, ne faisaient grâce è personne , damnant tout le monde , et traitant avee un dédain extrême quiconque ne se déclarait pas

GABÂCTÈRE DE L'ORaUfilL ET SES EFFETS.

en leur faveur et n^entrait pas dans leurs sentiments. Car il y avait des homtnes de ee caractère dès la naissance de l'Église , et dès le temps même que Jésus-Christ parut sur la terre; 11 y en a eu dans toute la suite des siècles, et il n'y en a que trop encore dans le nôtre. De sorte que cette parabole n'est pas seulement une figure, mais qu'on peut la prendre pour une histoire commencée dans le judaïsme, continuée dans le christianisme, et, par une malheureuse succession, perpétuée d'âge en âge jusques à ces derniers jours. Quoi qu'il en soit, entrons dans les vues du Fils de Dieu , et profitons des enseignements qu'il veut ici nous donner.

Deux hommes allèrent au temple pour prier : runétaitpharisien, Vautrepublicain. C'est au même temple qu'ils allèrent tous deux , c'est à la même heure et dans le même temps , c'est dans le même dessein , qui était de faire à Dieu leur prière : mais du reste , ce ne fut pas , à beaucoup près , dans la même disposition de l'âme, ni le même sentiment intérieur. De là vient que la prière de l'un eut un succès si favorable , au lieu que l'autre ne fut point écouté, et que sa prière devint un crime pour lui, un sujet de condamnation. Car, avec la grâce, ce qui donne le prix à la prière c'est la disposition intérieure de l'âme : c'est de là qu'elle tire toute sa vertu et tout son mérite. Ces deux hommes n'étant donc pas également disposés par rapport à l'esprit et au cœur, ils ne doivent pas être également reçus de Dieu , qui ne s'arrête point aux dehors , et n'a égard ni aux rangs , ni aux qualités , ni aux conditions , ni aux avantages de la naissance ou de la fortune, ni aux lieux , ni aux conjonctures , ni à quelque circonstance extérieure que ce soit; mais qui pèse le cœur et qui ne juge de tout le reste que par le cœur. Voilà pourquoi le Saint-Esprit nous avertit que notre premier soin avant V oraison ^ notre soin le plus nécessaire et le plus essentiel , est de préparer notre âme. ( Eccli., 18. ) Toute autre préparation, sans celle de l'âme , ne peut qu'être de nulle efïïcace auprès de Dieu , et s'il ne se rend pas alors propice à nos vœux , c'est à nous que nous devons l'imputer, et dans nous que nous devons chercher le principe du mal , puisqu'on effet il est au dedans de nous-mêmes.

Mais ceci posé , il est question de savoir qui <)es deux (je dis du pharisien et du publicain), qui, dis-je , était dans la disposition convenable pour prier, et qui n'y était pas. A s'en tenir aux apparences , il semble qu'il n'y ait point là-dessus à hésiter ni de comparaison à faire. Un pharisien d'une part, et de l'autre un publicain , quel parallèle ! Un pharisien, un homme de bonnes œuvres, un homme exemplaire et d'une merveilleuse édification dans toute sa conduite, un homme exact jusques aux plus petites observances, et implacable ennemi des moin-

ifares'rriâehements; un homme révéré, vanté, canonisé du peuple; en un mot, un saint, selon la commune opinion. Au contraire, un publicain, un j)écheur, et un pécheur par état , puisque son seul emploi de publicain le faisait regarder comme tel; un homme noté et décrié pour ses injustices, ses fraudes, ses violences, ses concussions ; de plus, un homme sujet à bien d'autres désordres que ceux de sa profession , et ayant vécu jusque-là dans le libertinage et le scandale. Encore une fois , suivant les vues ordinaires, peut-on balancer un moment entre deux hommes dont la différence et si sensible; et qui est-ce qui tout d'un coup ne prononce pas à l'avantage du premier, et ne conclut pas que l'autre doit être réprouvé de Dieu? Mais les jugements du Seigneur sont bien au-dessus des nôtres, et l'événement n'est guère conforme à nos idées. Ce pharisien est condamné, et ce publicain est justifié : pourquoi? c'est que ce pharisien, que ce juste est un orgueilleux dans sa prétendue justice; et que ce publicain, que ce pécheur pénitent est humble dans sa pénitence. De sorte qu'en deux portraits raccourcis et opposés l'un à l'autre , la parabole nous représente admirablement , et les pernicieux effets de l'orgueil dans le pharisien , et les salutaireseffets de l'humilité dans le publicain. Instruisons-nous, et apprenons de là tout ensemble ce que nous devons éviter comme l'écueil le plus dangereux, et ce que nous devons nous efforcer d'acquérir et de pratiquer en toute rencontre comme une des plus excellentes et des plus solides vertus.

GÀBÀGTÈfiB DE L'ORGUEIL, ET SES PEEmClBUX EFFETS DANS LE PHAEISlEIf .

Le pharisien se tenant debout. Il se tenait debout, et ce n'est pas sans une vue particulière que l'Évangile marque cette circonstance : car c'est par là qu'il commence à faire l'opposition du pharisien orgueilleux et de l'humble publicain. Au lieu que le publicain, à la porte du temple, ainsi qu'il est dit dans la suite de la parabole, se prosterne d'abord contre terre; le pharisien entre, avance, laisse derrière lui tous les assistants y approche de l'autel , va prendre la première place ; et là , sans plier un moment le genou , le visage assuré, la tête levée, il porte les yeux au ciel , et par son regard fixe et arrêté , semble plutôt venir exiger du Seigneur une dette, que lui demander aucune grâce.

Il n'y a point de vice qu'il nous soit plus important, dans l'usage du monde, de tenir au moins caché, si nous en sommes atteints , que l'orgueil , parce qu'il n'y en a point qui nous rende plus odieux. On pardonne plus aisément tous les autres vices, on les tolère; mais l'orgueil est insupportable. Aussi, Dieu n'a-t-il pu le souffrir dans le ciel , et dès qu'il le vit dans ses anges, il les précipita au fond de

CARAGTÈEË DE.rORGUEIL ET SES EFFETS.

rabtme. Cependant on peut jouter que'detoud'les vices,' cVst cefoi peut-^tre qui se produit phisuéturellentent ao dehors; et quil' est plus difficile de dissimuler. Tout le fait paraître : Tair, lu contenance, la démarche, le^gesté, tsi composition du Tisage, le tourdes yéuf, le' discours ; la parole, le tort de la'^ vôfx , le silence même , cent autréssignes qiii'frap- ' pent^teme et dont on s'aperçoit tout d'un eou|^.

XJn homme n*a donc qu'à semVmtrer, on le con- ' natt bientôt , et son orgueil se l'épand 'dans toutes

' ses actiofts. S'il est dans tine assemblée , il faut

' toujours qu'il soft placé aux premiers tnngs ! il ne lialàncepas ]à-de6s^s; et, sans atteiidre, comme

^ d'autreb, tX selon l'arris du Sauveur du mtmde, qifon hii fasse honnêteté pour llnvlter à monter

' pihis haut ,'11 se croit affranchi de cette loi de bien|-

' séance , et prévient de lui-même cette cérémonie. Sil parle dan^ un entretien , c'est ou en mattre qui iOrdonneaVec empire, ou en jiigequi décide avec

. aat6rifé,'ou en philosophe qui prononce des sentences «t des 'oracles'," où eu docteur qui enseigne et

' qiri dogihatisè. Il ôCisupeseul toute ta converssitidn', et ferme la bouche à quiconque voudrait l'interrompre pour quelque temps, et demander à son tOi!kr' le loisir de s'expliquer. Si , par une disposition toute (iontraire , il àe tait et prend le parti d^écoutêr, ' Tifittention qu'il donne ne fait pas moins voir avec l(iielle hauteur d'esprit et qiiel dédain il reçoit ce qlie éhaèuh dit. Ses réponses les plus ordinaires^

'« \éé sont quelques doups de tête « quelques œillades, quelques souris moqueurs, quelques moci entrecoi^

neuses, cQipmg ^}},^^l^ ^^^ surfait des choses. 1 l'il avait seul la clef des affaires, comme -si

déplorable, mais qui cause plus d'indignation qu'elle ne donne de compassion : et voilà comment', à force /de s'estimer eux-mêmes et vôutoilr être honorés et estimés, ils perdent toute Festime qu'ils pourraient d'ailleurs avoir dans le monde. '

Ce n'est pas au reste qu'il n'y ait un orgueil plus circonspect et plus délicat. On affecte une certaine modestie extérieure : on est honnête , prévenant , affable ; on a de la douceur, de la politesse, de la retenue, une conduite, selon les apparences, tout unie ; on ne s'enfle point, on ne s'élève point, on n'entreprend point dedominer ni de se distinguer. Mais, outre que tout cela n'est assez souvent qu'une modestie fastueuse, qui, pour user de cette figure, comme un voile transparent, laisse entrevoir l'orgueil même qu'elle couvre, il y a miUe occasions où il trompe toute notre vigilance et sort malgré nous des ténèbres où l'on tâchait de le tenir enseveli. En effet, quelque précaution qu'on prenne et quelque a.ttention qu'on ait sur soNméme , il n'est pas moralement possible, dans le commerce de la vie, que mille sujets imprévus ne piquent notre cœur, et ne 'blessent notre orgueil. Or du moment que l'orgueil se sent blessé, il se trouble, et , dans le trouble où il est , il éclate et ne garde plus de mesures. La raison en est bieh naturelle : c'est que l'orgueil est l'endroit le plus vif du cœur, je dis d'un cœurvain : pour peu qu'on y touche, la douleur nous fait jeter de hauts cris. On voit un bondP^e.sQ dçcp^certer, s'aigrir,! s'Animer. Il répond .sèchement, il parle durement , il s'exprime en des termes fiers et méprisants ; quelquefois la côlèlrei-'irrtie jusques à emportement. On ne le reconnaît plus-j «ttdansia surprise où l'on se'trouve, on* demanderai c'est là i^il'en savait scfui pénétrer le secret et démêler les { cet homme qu'on> croyait si modéré y -si patient, ^ si

comme s

ressorts, 4k>mme si tout ce qu'il. entend n'était dé nol poids et ne méritait mille réflexion, comma s'ij tté daignait pas y prêter, l'oreille, et qu'il le regarnit en pitié. Car dans la société humaine on ne Rencontre qqe trop de' ces présomptueux qui n'pnt fttè même soin dé se déguiser, et se laissent empor> têt aux "sehtiments de. leur orgueil. Orgueil gros^ feiinr dont rougit pour eux toute personne sage e^ j^urvue déraison : mais eux , ils ne rougissent de

'tien, tant ils sont infatués d'eux-mêmes et préye* ïilis à leur avantage. Ainsi, sanë qu'ils le remari>

- qiiérit ; et par la plus dangereuse séduction , l'orgueil qui les possède,' tout visible qu'il est, échappe à leurs yeiix et se dérobe à leur connaissance , tandis qti'il se manifeste aux yeux du public et qu'il cho- Hfat tbus les esprits. A les en croire, toutes les

"'prérogatives qu'ils s'attribuent, tout ce qu'ils di* sent, tout oe qu'ifs font , n'est point orgueil , mais ingénuité et franchise, mais justice et vérité; du moins le pensent-ils de la sorte, et sont-ils bien persuadés qu'on le doit penser de même. Erreur

humble. •- .

Ce qui doit encore plus étonnev, c'est lorsqu'on vient a découvrir cette sensibilitéet cet orgueil dans des âmes pieuses et dévotes, dans des âmes rçligieuises et consacrées à Dieu ,'dftnsdes ministrei^ de l'Église et des pasteuns du peuple fidèle. Le prophète vit en esprit l'abomlnation'de désolation dao^ le lieu saint; et n^est-ce pas ce qui s'accomplit réellement à nos yeux et de quoi nous sommes témoins, quand nous voyons l'orgueil dans les plus sacrés ministères, l'Orgueil dans le sac et sous le cilice, Torgueil dans le sanctuaire de Jésus-Christ, sous les livrées de Jésus-Christ, à la table^ à l'autel de Jésus-Christ ? C'est là qu'on le porte, et , au lieu de l'étouffer aux ' pieds d'un Dieu humilié et anéanti , €*est de là qu'on îe rapporte aussi entier et aussi vivant qu'il était. Scandale qui confirme le monde dans ses pr^ugés contre la dévotion, et qui l'autorise à dire, quoique avec une malignité outrée, qu'il suffît d'être dévot pour en être plus jaloux de son rang , plus intrailable sur ses privilèges et sur ses droits, plus sensi-

C^BACTËBE DE LXIKftlIIIL ET SIS EFFETS.

blé à • ta momdrâiolfeiHe , pkw serupulem an le ., foittt4'hoiMurV'4n>itt noty.phift orgueilleux; ^^ ^i\|lï»JV>liBteilié»iii<H]R^in« cette iM^ Pourquoi > «biMÂmépNV^ qofetl-ee i^otoela signifie? JPeut-| iétit'01 fIwiîiîM iiéidaignaiMA.ins4U«onformer à: Tusage, ni s'assujettir comme les autres .à pronon-; ûcMtUê prièffs^crdKnaires. Peut^tre aussi cette^ pa- , ^roieJNwfiôl-elléieBlepMireque, (lans tiiute sa prière, !it a^étaîttotospéique ë^iuMSiéBie y et .non. point de Dieuyiqm^'iirenffiflayMl que luiiméme «t que^^ses prMsmtaw^itfeelîaM^ dont il lenait s-applaudir! •«tte-glonfieR.-- • .j * . <• •• -o ., • '^ i

MH De» qnelçni manière ^'oa^l^expllque,, une ré-' •iexion ià^essus se présenter/et une. Yénté dont on^ vaurailpein»àeonvenîr sirexpérience n'en était pasj 4uiepf0QveeanTainoaiite : c'est que rjorgueil.siStiîiHej Jusque^dans rciaeffcice de Tpcnson^ .et voici Dom- ' MétiCJ Cardans Toraison H ya-di^entes «oies a les| tines^wooMmines^ etles^aiilres plusie]evées*et! phi» partiéulîères vies unes» aisées, eoinpesVÀ.li^ ■ péittéede tout le monde , mais les.autrea plus se- (^ètés et propres d'un petit nombi^d'âraes que Dieu liveirî^ devertaines eommumealioBS^ -«t à ^i'«:il- 'fôit^citateniptf r de phis près sa souveraine'inafasté J Selon ces Toies différentes, Dieu dispensa- di££6reoi-i "f^enfies dons'^ son-esprityde œt esprit de sain-' 'teté qUi^j'^n^tant qu^un et étant toujours lemémiè ,' ^e diversifie néanmoins en tant demanièves.'dan^ 8ê9^<fiviiiéÉi'^t>érationS) et^ suivant Ja^ langagéidei l^'k^dtre, fsit prendre è sagrâce toutes aortes de! '^lUes^pdnvs'aécoinmoder àtous les^anjetSiOàilj ^lii p4alt de to répandre. Cependant ITowlsenatuveli i^'est pas que-Diei^ dès le premier essai v^élèvo fine; âme à ces sublimes degrés d'oraison et de contemplalfon^eà-les saînts-sont parvenu»; U a. ses rifles que âa^agesse^ lai prescrit ,> et qu'ellecuous prescrit: ^à^noua-méme»v^n^6 noua^esoluervions^ G^ànliréqu^ît veut que nous commencions par les pra-| tiques les pins «tfitées; que nous nous y eseraions: -assidûmenÉet-fietostamment ;'que;nous soyons ^cofatentS'd*enideme«irer là, si l'esprit céleste^ dont nous^devons attendre l^impreasion^ine nouarcoii-: duit pas* plus aiv8fnt;:que de- nous-mêmes nois ne: nousîngérions point'dans desmystère» qui sont 'Éi, fort'àn^essfiA'dé nons; que nous nou» estimions! 'indtgnes'de'ces'^âees singulières et de ces états> '^^ne^convîënnénl'lqu^aux rames choisies et acnt fi-! 'dèlev^fferviceursde Dieu v enfin qne nouscomptions toujours pour beaucoup de pouvoir lessdvre de-loln? ^^éanaéreher-per les fouteS' les plus aplanie». Yoilà! HJe^qiie^pedseiine piété humble; voilà ce que lui Ins- ' pire unîtes sentiment de soi-même^ ''Mala il s'en feut bien que cène soit assez pour l'orgueil d'une âme qui se croit appelée à quelque chose de plus grand; car on en trouve ainsi disposées. Leur présomption les^mported'abordfOommed'un

plein vol 4 dana le sein -der h Divinité, et4a qmi- BUeût qu'elle» se sentent attiréeiT à l\>raiao»4J)eMi ne eraîgnent point de dire ce que di^i'angâsiipiNiie dès i'Inataiit de sa ci^éation : Je mohtefai j /«E^proithetai duiTrés-Hàtaçtsku^ U>; j'irdi directement iàlmyiat jerlerfierrai dans sa-g^ire. Qu'un directeur , éclairé , el» inatruit des ruaes* de r^nemi , qui ae transfonD^ea.eaprit'de lumière, s'oppose.à.uneiliilsioD^8Î! dasigereuse, et dont il prévoit tesiconsé- .qdensees;' qti^ileiltreprenne dTarréter celte ardeur précipitées ittije-ràhaisser ces vues trop abslqaiteset .trop^:iiiystiques;'tiu'il veuille les assiijettir: à une certaine ipéthode , leur tracer oertaioiB sujets , kor faire :-coiindéÉrer certains points essentiels, et ta nraiime»ibfMlaiiientale»de la perfection chrétienne : ioiit cela,' hMar goût, n'est bon qu'aux âmes vul- ;gasei, que: Dieu laisse aller terre à terre, et «ar- /.ohertpas à pas. Si le directeur insiate, on^uiMt son frocès..ûn:le traite d'homme peu versé dans la vie mtérieuce; on se détache de lui , et Onrrabandonne: Quelle langue parle-t-on ? De â*exprimar simpleipent et clairement , ce serait descendre et se dégrader. Cane parle plus la langue des hommaa, mais celle de» anges. Belles expressions où* l'im se perd,' et •qu'en a' recueilliesén de saints auteurs, quioomprenaient oeqniUdisàiebt^ pan!èqu'il»ie £• sàièm dioi^oœùv, et non par une puérile affeotatîoB. Un des éloges les plus solides que le prophète^royal doniie Aijipste, est qà'il ne s'élève point auHlassus rdeUd^méNMv aUons à'D&eu,«t aÙonS-y parla prièm; maisipotre^rière ne peut être agréalAe.^^autaiit qu'efie aent'Baèctifiéepar noltrehukmiitéi Oi^J'hunàlitétfovsempéeheradenouaéhiancipérsi vile;e1fplns elle nous tiendra renfermés dan^ nbus^mêmes et dansfn vue>dfo. nos' misères, plus elle engagera Dieu à a*unli^ à< neos, étà. nous unir à lui pas la Oonnaissance ^t^lé vuerde ses grandétirs. Tandis que MoTse^prialt'sur la- montagne, il état défendu à tout le ipeupl» d'en approcher; et. quiconque. eût osé mêmeftoucfaer le pied de cette montagne tsakile eût été^fJrappé>de mbrt. Laissons les parfaitsigoûter les dOuoeursT d'un commerce iiitime avecDieUi,«et à'ahhner dana la contemplation de ses Jiifinia ]|ttributst; maiaînous, mettons-nous au rang.àMfpeupie ^ et démeurons-y jusqu'à ce que Dieu noue appelle. Autreoient notre témérité trop empressée nous eapoacràit à de tristes retours^ et il serait, à eraitidm qdela parole de l'Écriture ne se vérifiât en nons r Xà Sei^ieur a disiipé: les prcQtts que les ùw- TÇueiUeax formaient dani leur cotur, et U u eof^fon-' du Unâes leurs pensées. (Luc, t.) Plût au ciel qu'on en'cût moins vu d*exeinples; et plaise au ciel que les exemples qu'otf en a vus dans les siècles passés servent de leçons aux siècles à venir, et les préservent des mêmes égarements ! * nL Mon Dieuj je vous rends grâces. Rendre A

GARA€TËR£ DE U0R6UEIL ET SES EFFETS

Dieu de continuelles actions de grâces, c'est entre les deroirs de rhomme nn des pius justes et des plus indispensables. Aussi ce qu'il y a de répréhensible dans le pharisien, ce n'est pas de remercier Dieu, mais de ne le pas remercier par un véritable esprit de religion, ni avec les sentiments dont ce pienx exercice doit être accompagné. Car la reconnaissance que nous témoignons à Dieu doit être une reconnaissance toute religieuse : or une reconnaissance vraiment religieuse, en quoi consiste-t-elie ? 1 . A donner à Dieu toute la gloiredes grâces qu'on en ' a reçues, et à ne s'en point glorifier soi-même; 2. ' à ne point abuser de ces grâces pour se préférer au - prochain, et pour le mépriser; 3. à se confondre même du mauvais usage qu'on a fait de ces grâces , et ^u'on en fait tous les jours, au lieu qu'en d'autres mains elles profiteraient au centuple ; 4. à trembler en vue de ces grâces et du compte rigoureux que Dieu nous en demandera , comme le maître de l'Évangile demanda compte à ses serviteurs des talents qu'il leur avait confiés ; 5. à ne se pas contenter de ces grâces, et à ne pas croire qu'on n'a plus besoin de rien, mais à reconnaître, malgré ces grâces, notre extrême indigence, et à implorer sans cesse la divine miséricorde pour en obtenir de nouyelles. Telles sont les dispositions d'une âme reconnaissante envers Dieu; tel est Tesprit qui l'anime et qui la conduit.

Mais ce n'était pas là, à beaucoup près, l'esprit du pharisien. Il remercie Dieu., pourquoi? non pas pour donner à Dieu la gloire de toutes les perfections dont il se flattait d'avoir été doué, mais pour se l'attribuer à soi-même, pour se retracer le souvenir de tant de bonnes qualités, pour se les remettre devant les yeux, et pour s'y complaire. De cette estime de lui-même, ainsi que la suite le fait voir, * naît le mépris d'autrui. A son gré , il n'y a personne qui régale, ni qui puisse entrer avec lui en queique comparaison. Bien loin de se reprocher aucun abus âes dons excellents que lui a départis la main libérale du Seigneur, il s'applaudit au contraire d'en avoir toujours usé le plus saintement , par tout le bien qu'il a pratiqué et qu'il pratique. Bien loin de craindre le jugement de Dieu, et d'être en j>eine sur k compte qu'exigera de lui ce souverain juge, il semble qu'il veuille la prévenir, et que ce soit ce quil'amène à l'autel. Il semble qu'il^vienne lui-même se présenter ponr répondre du bon emploi qu'il prétend avoir fait des rares talents dont il se croit - pourvu par la grâce du ciel , et du profit qu'il en a retiré. Enfin, persuadé que rien ne lui manque , et que ce qu'il a lui suffit pleinement , iî ne souhaite Ri n'attend rien de plus ; et c'est pour cela même qu'il ne demande rien. Chose admirable! remarque saint Augustin : il est venu dans le temple pour prier ; mais examinez toutes ses paroles, et vous

trouverez qu'elles ne tendent qu'à se louer. Se§çneur, ditAï^Je vous rends gràees;mm il n'a garde d'iyouter : Mtm Dieu, accùrdes'mai encore telle grâce. Il en a autant qu'il est nécessaire ; et il ne iui en Êiut pas davantage pour faire de lui un faonune accompli.

La malignité de notre orgueil ne va pas jusqu'à refuser à Dieu la qualité de premier principe, et à ne vouloir pas l'honorer comme l'auteur de tous le» biens : il y aurait du blasphème et de l'impiété. Nous nous faisons une religion et une obligation capitale de souscrire à cet oracle de l'apôtre : Qu'aoez-vous que vous n'ayez point reçu? Mais l'orgueil de ^notre cœur ne s'accommode guère de ce qui suit : Or, si vous l'avez reçu, d'où vient que vous vous en glorifiez comme si vous ne l'aviez pas reçut (1. Cor,, 4. ) Il est vrai que sur cela nous gardons certaines apparences, que dans l'occasion nous publions assez hautement combien nous sommes redevables à Dieu ; que nous voulons qu'il en soit loué , qu'il en soit béni ; que nous le bénissons nous-mêmes et nous le remercions : mais que l'orgueil a de retraites cachées pour se sauver! qu'il sait bien ménager ses intérêts , lors même qu'il parait les abandonner et y renoncer! >

Nous remercions Dieu ; mais dans le sentiment de notre reconnaissance , il y a toujours un retour vers nous-mêmes. Nous avons beau protester devant Dieu que la gloire de tout lui appartient : nous le disons des lèvres; mais dans le fond nous en revenons toujours à nous-mêmes, et nous recueillons avec soin tous les rayons de cette gloire qui peuvent rejaillir sur nous et noiurrir notre complaisance.

Nous remercions Dieu, et nous voulons même que d'autres nous aident encore à le remercier. Gloire soit à Dieu , dit-on modestement : joignezvous à moi pour lui rendre grâces de la bonne issue qu'il a donnée à mes desseins, et des bénédictions qu'il a répandues sur mes travaux. Rien de plus chrétien, à ne s'en tenir qu'aux expressions et qu'aux dehors : mais que prétend-on par là.' On veut informer les gens de ce qu'ils pourraient peutêtre ignorer, et qu'on est bien aise qu'ils n'ignorent pas. C'est un tour ingénieux et honnête pour leur faire savoir le succès qu'on a eu dans une affaire dont on était chargé, dans une entreprise qu'on avait formée, dans les fonctions d'un ministère où l'on a été employé.

Nous remercions Dieu ; mais aussi nous entendons bien qu'on respectera dans nous les dons de Dieu , qu'on aura pour nous des égards partiouliers , qu'on ne nous confondra point avec la multitude , mais qu'on nous distinguera; qu'on nous déférera tous les honneurs dus à notre mérite et à sa supériorité; que s'il y a un choix à faire pour qualqiie

CARACTÈRE DE L'ORGUEIL ET SES EFFETS

place importante t c'est sur nous qu'il tombera, et qu'aucun n'osera nous en contester la préférence; que nous aurons l'ascendant partout et sur tous; que tout se réglera par nos conseils; que tout passera par nos mains, n'y ayant personne que nous n^estfmions au-dessous de nous, çt que nous jugions capable de conduire les choses avec la même dexté* rîté et la même sagesse que nous. Car voilà l'opinion où nous sommes ; et si la pudeur nous empêche de nous en déclarer ouvertement, elle ne nous empêche pas dans le secret du cœur de le penser.

Nous remercions Dieu; mais du moins nous rendons-nous en même temps à nous-mêmes l'avantageux et consolant témoignage de répondre comme nous le devons aux vues de Dieu, et de faire un saint usage de ses bienfaits ; de n'être point des serviteurs inutiles, mais de coopérer aux œuvres du Seigneur et à l'exécution de ses divines volontés par notre vigilance, notre application, notre habileté, notre industrie; d^ ne nous point épargner pour cela, et d'y avoir toute l'assiduité et tout le zèle qui dépend de nous ? D'où nous tirons , sans hésiter, cette conséquence favorable , que nous ne paraîtrons pas au tribunal de Dieu les mains vides , et que nous pouvons espérer d'être mis au nombre de ces Gdèles serviteurs dont la bonne administration sera éternellement et si abondamment récompensée.

Nous remercions Dieu \ maisde quoi le remercionsnous plus volontiers ? de certaines grâces extérieures, et de certaines qualités plus propres à nous relever dans le monde , à nous y faire connaître , à nous en attirer les applaudissements , à nous donner de réclat et de la réputation. Ainsi les apôtres eux-mêmes prenaient plaisir à raconter au Fils de Dieu les miracles qu'ils opéraient, comment ilsgué^ rissaient les malades et comment ils chassaient les démons. Mais toutes les autres grâces qui sans ce brillant et sans ce bruit agissent intérieurement sur rame, et ne servent qu'à la sanctiûer, qu'à lui inspirer Tesprit de piété, de charité, d'humilité, de mortiGcation, de renoncement à soi-même et aux vanités du siècle : ce sont des faveurs célestes et des biens dont nous ne tenons point assez de compte pour en marquer à Dieu notre gratitude et pour lui en demander l'accroissement. Il n'y a que ce qui frappe la vue qui nous intéresse et qui pique notre envie : tout le reste nous est indifférent , parce qu'il l'est à l'orgueil qui nous domine, et que nous n'y trouvons rien qui le soutienne.

N'oublions jamais les dons du Seigneur, mais ne nous en souvenons que pour l'honorer. Ayons sans cesse , et dans le cœur et dans la bouche , les paroles du pharisien ; mais disons-les autrement que lui et dans un esprit chrétien : Seigneur, je vous rends grâces. Oui, mon Dieu, c'est à vous que je rends grâces, et à vous seul, persuadé que tout ce que

j'ai et tout ce que je Suis, je ne l'ai quéde voti« libéralité , et je ne le suis que par votre miséricorde. Or n'ayant rien que de vous, et n'étant rien que par vous , c'est donc à vous que je dois l'hommage de tout, sans pouvoir rien prétendre à la gloire qui* TOUS revient. Qu'elle soit à vous tout entière; et malheur à moi, vile créature, si je m'y attribuait quelque droit , et si je voulais en détourner sur mol la moindre partiel Seigneur, je vous rends grâces, et d'autant plus que je me reconnais moins digne des soins qu'a pris de moi votre providence : car qui étais-je, et qui suis-je? Si donc vous m'avez spécialement choisi , si .dans la distribution de vos dons vous m'avez préféré à tant d'autres, ce n'est point une raison de me mettre au-dessus d'eux dans mon estime, ni de m'enorgueillir. Combien valaient mieux que moi, étaient mieux disposés que moi, vous auraient mieux servi que moi et auraient mieux répondu à vos adorables desseins 1 Seigneur, je vous rends'^gràces : mais bien loin de m'élever au sujet de vos bontés infinies pour moi , c'est au contraire ce qui doit me confondre et m'humilier. Le peu d usage que j'en ai fait et le peu d'usage que j'en fais, voilà, mon Dieu, mon humiliation, voilà ma confusion. Que de fruits je pouvais produire et que de gloire j'aurais dû vous procurer avec les talents que vous m'avez donnés , avec les moyens que vous m'avez fournis , dans le rang où vous m'avez placé! Hélas! j'ai tout dissipé, tout profané, tout perdu. Seigneur j je vous rends grâces : mais peutêtre serait-il à souhaiter que vous eussiez été moins libéral envers moi. Plus je vous suis redevable, plus vos jugements me sont redoutables. Je n'ai rien reçu de vous que je ne dusse employer pour vous et pour moi-même : pour vous, en vous glorifiant; pour moi-même, en me sanctifiant : et c'est ce qui me saisit de frayeur, quand je viens à réfléchir sur le trésor de colère que j'amasse, et sur les titres de condamnation que je vous mets en main contre moi par un énorme abus de vos bienfaits. Pensée terrible qui me retrace dans la mémoire le funeste sort de cet arbre infructueux qui fut coupé et jeté au feu ; pensée capable de rabaisser toutes les en* flures du cœur le plus vain , de renverser toute la confiance de l'âme la plus présomptueuse. Frappé de cette pensée, c'est à vous , Seigneur, que je m'adresse. Tous les biens dont il vous a plu jusques à présent de me gratifier, et dont Je vous rends grâces, me font encore tout espérer de votre miséricorde dans l'avenir. Moins j'ai profité de vos dons, plus j'ai besoin de votre secours pour réparer mes pertes passées et mes dissipations. Vous ne me le re« fuserez pas , Seigneur, et ce sera un nouvel effet de votre amour, qui renouvellera toute l'ardeur de mon zèle et toute la vivacité de ma reconnaissance. C'est ainsi qu'on remercie Dieu sans orgueil, et que

CARACTÈRE DE L'ORGUEIL ET SES EFFETS

d'hamblflt aeUons de grAcei l'intéressent phis que jamaifi.en notre faveur, et rengagent tout de nouveau à répandre sur nous ses bénédictions Ses plus abo^dante^vi-*.: . • • • • ' " <•<- ' • -'^ • *'

^quels sané voleurs, iif^tett^ta^uliéresy^îil tei quef^pubUaUf^ C'est ici que Torgoeil se découvre 4ans toute son>étendue; et par où? par-un esprit de fiingularitét . par .un esprit de censure e% de téasuré qiitiée ^par UQ-esprit ide duretéenvertlles péchenr^i et(de plus, parun aveuglement groesieip^ Fégard de 8oi-:inéine. JSspcitde singularité ; Je ne.mU pae cemme U raWe^fetf «AcimiiiM; esptît deceitôure) tuiris d'ttiie censure outrée : lesquels sont voleur4j iî^e* '<£#i,mditt/Mres; esprit de dureté eDvec8.'i8S pécheurs;. 4ii tel que oepubUcain ; aveuglement: sur soi-même ie ptos'giiossier : Jen^fui^po*. Reprenons tout ceci et «xpliquon8rj$«>' :■*.

Esprit-de singularité. Le phanisien ne se regarde pas comme uji homme du commun. Il prétend faire rang.à/part; et ai l'on refuse de le distinguer, il sait •assez se distinguer lui^mémei Car de setconfondre dans le grand nombre, d'agir de concert avec les au* tres et de se conformer à leurs exemples, ce. serait enfouir son mérite et Tobscurcir. On ne le connaîtrait point, on ne le remarquerait point , om ne parlerait point de lui , et on ne lui rendrait point les honneurs qui lui sont dus. C'est pour cela qu-ll oeiMuence' par se séparer : Je .ne suis. peu eomme le reste des : hommes. On ne voit partout -que tro]»dé^C€f»espHtàfl particuliers à qui rien ne p^ît«t>iut ne plenventrfen goûtera moins quil ne soit extraordinaire, à moins qu'il ne soit nouveau, à moins qu'il ne learsoit* propre. Ce qui les accommodait d'abord ^, et ce qui était le plus selon leur sens et selon leur gré, lorsqu'ils étaient seuls à le pratiquer, leur paraît ibsî- . pîde , et perd pour eux tout son agrément et toute sa pointe, du moment qu'il vient à passer en coutume, et que l'usage s'en établiti Encore si l'on n'affectait cette singularité que dans des choses mdifférenteè , que dans la conduite du monde , que dans la aodété humaine et civile : mais: on l'introduit dons les choses de Dieu , jusque dans Ja dévotion , la religion, jusque dans- le sanotuaire et les divins mystères. C'est «néme ordinairement en cela qu'on * se rend plus singulier, et <^'a été de tout temps Tesprit dés novateurs.

D'où sont venues tant de variations dans lespra- . tiques de piété , dans les prières , dans la récitation des ofBees, dans'la lecture des livres, dans-fes décisions de morale, dans les exercices de pénitence, dans l'approche des sacrements Ml était natutel , et il ^t été miHe fois plus eônvenaMe et plus «âge de ' laisser lés fidèles dans leebonnespratiques qu'ils ob servaient , dans les dévotions louables en elles-mêmes , autorisées par la tradition deptusleurs siècles,-

répandues parmi tout le peuple chrétien. Us eussent bien plus profité des livres qu'on leur mettait depuis longtemps dans les mains, qui , sans être ;i polis ^ niai OhlééVêdifiàfAhdavanU^tislrtMsîmpha^ et leur solidité, et servaient beaucoup plds à Jour éolairer l'esprit et à leur toucher lé qdâur. Us eussent tàcomparablement phis avancé dans lés voies de Diea,si l'on n'eût point tantagité et troublé les cohsiiences par des rigueurs extrêmes et d^ fausses tèr>' réurs sur la morale, sur la pénitence, sur la fréquentation des sacrements, et qu'on s'en fûtteniiî aux «maximes et à la conduite de^ habiles maîtres q«l avaient éclaire! toutes ces matières. Mais le, , premier principe d'un>novateur, c^est de n'être peis pas romme les autres hommes. Car il n'y aurait point assez de gloire pour lui à nt dire que ce-que > iesautres ont dit, et à ne faîre.qué ce que les autres ont fait. Il veut frapper autrement la vue, et poui^. cela il faut qu'il réforme tout, ou plutêt qu'il ren^ verse tout. De là grand mouvement , gradd oruit', nouvelles observances, nouvelles pratiqués, nouvel^ .les prières, nouveaux offices, nouveaux livres, nouvelles questions sur la morale évangélique',:et' nouvelles opinions, nouvelles médiodte pour lé sacrifice de la messe, pour la confession, pour la satisfaction des péchés, pour la communion : comme s'il voulait s'appliquer ce que Dieu disait de lùî-i* même : yoici que je renouvelte toutes choses. (IsAi., 43.) Il n'épargne pas même les saints, ùi , leur» reliques, ni leurs faits mémorables, ni les lieux .fréquentés en leur honneur; déplaçant do ciel qui ni juge à propos, se piquant là-dessus d'un discernement juste, et refusant de se soumettre à ce qu'iï appelle idées populaires. Or qu'est-ce que tout cela?': ides smgularités. Singularités qui vont à changer presque tout le culte extérieur et toute I9 face de lia religion.- Singularités qui paraissent aux ye^x . du public, et qui attirent son attention. Singularités ,qui ne manquent pas d'approbateurs, d'admirateurs; de sectateurs , surtout parmi le sexe , lequel se porte .aisément à tout ce qui a l'air de distinction, En un mot , singuisfrités par où l'on se fait un nom dont 'on est jaloux et dont l'orgueil se rèpatt. J Esprit de censure, et d'une censure outrée. Il n'y len eut jamais d'exemple plus sensible que celui du pharisien. Par où débute-t-il ? il fait d'abord le procès^ tout le genre humain : Je nesuispa:s comme ie reste des hommes, lesquels sont voleurs^ injustes, adultères. Voilà sanç doute une accusation (lien griève, mats en niême temps bien générale. Da moins s'il disait : Je ne suis pas comme.quelques-uns ides hommes, comme plusieurs des hondmes, conune le plus grand nombre des hommes : maij ce ne serait |>Oint assez pour son orgueilleuse et impitoyable critique. Il faut qu'il mette également tous les hom* - ^nes, hors lui , dans la niasse de perdition. Il faut

CARACTÈRE DE L'ORGUEIL ET SES EFFETS

dang son idée qa*i1 n'y ait que lui sur la terre qui soit homme de bien ; et , par un raffinement de vaine gloire que remarque -saint Bejrq^rd, ce qui le flatte, ce n'est point précisément d'être aussi homme de bîen qyll croit Tétre / mais de l'être seul*. Il ne fait doilc ^âce â' ^uf ^b'é ée soit , et il ne reconnaît de , justîceV d'équité, de probité, de vertu que dans ^, personne. "Afin dé ne rîèn exagérer, convenons, çt il eM vrat'V ;q(^'ôn né va guère jiisiju'à cette extré-, mité t)6 le Ffts de Diéii, dans une parabole , a voulu noQà donnée li Connaître l'excès de l'orgueik Nous ne voyons' point que cela s'accomplisse à la lettre; et i^W se trouvait ùn'hommè parmi nous qui eût assézr d'a^éuirance et assez de front pour se vanter d'êtl^e en toute la nature Tunique en qui réside Is^. grâce du Seigneur, et qui soit droit, équitable, ver7s tuent, on Vé traiterait d'extravagant et d'insensé.., Mais du reste, l'expérience nous apprend combien il y en a eu dans l'Église dé Jésus-Christ, et coin- . bien encore il'y a dé ces prétendus saints qui volontiers , ou sans beaucoup de peine, damnent presque tout le monde. Prévenus à leur avantage et préoccupés dé leurs maximes, ils se persuadent, avoir seuls' îa science dii salut, et être seuls instruits des voies de Dfeii. Ne se pas joindre à eux, et ne se pa^ conduire par eux, c*est, selon leur sens, se pervertir, s'égarer, se perdre.

Et parce que le nombre de ceux qui les suivent n'est pas tel aprèis tout qu'ils voudraient , et que c*est le plus petit, en comparaison du reste des fidèles, voilà pourquoi ils s'élèvent avec tant de chaleur et tant de hauteur, ne prononçant que des anathèmes, lançant partout des malédictions, ne cessant point de déplorer l'affreux relâchement des mœurs, s'imaginant voir dans tous les états du christianisme une décadencé entière, Fattribuant à des guides aveugles qui mènent d'autres aveugles, se regardant avec une pieuse complaisance, eux et leurs élus, comme d'heureux rejetons que la contagion a épargnés dans le champ du père de famille, bénissant Dieu'de les avoir'ainsi sauvés du naufrage et garantis de la corruption universelle. Il est certain que le monde est bien corrompu , et sur ce point leurs déclamations ne sont pas tout à fait mal fondées. Mais avec un peu plus de charité et moins d'orgueil , ils ne pousseraient pas si loin leur censure, ils ne donneraient pas des arrêts si vagues et si étendus, ils ne concluraient pas si vite pour la perte de quiconque ne prend pas leurs leçons et n*entre pas dans leurs intérêts, ils ne se déchaîneraient pas avec tant de violence contre la société humaine en général^ ni en particulier contre des gens de bien dont le mérite les incommode; ils feraient justice à la piété partout où elle se trouve, et ils ne se figureraient pas. comme le pharinen qu'elle ne se trouve

que chez eux, ou qu'elle ne peut être agréable à Dieu, quelque part qu'elle se rencontre ,'si elle n marquée de leur sceau : car c'est ain^ qtt^f#|w. gueil , ou s'arroge tout , pu réprouve tout. . . ..£ffpi0t i/e -duveté envers les fécheors. Le i^u^{ cfiio él^lt ya pécheur 4 mais c'était un>pécheur..p^^ nitoM^^-W. marques paUiques^qu^il donnait 4*M9^ dooleur. sincère devaient fscrtef- lacompaestOQ ifà plM^ieQ.^iDais l'orgueil pharisaîque est sans pî^éç, il n'est touché que de sa propre excellence, tet il.lnf: suf^àl^ misère d'autrui : /f ne suis pas comme ce: pu6^<caiii».S'il eût consulté l'esprit ^eDi«i^ il edl, fait réflexion qne oe pécheur n'était plus en-fiie|k que sorte pécheur, dès là qu'ii était contrit et repentant, etla religion lui eût dicté qu'il fallait condesr cendre aux faiblesses d'un homme nouvellement: converti ;^u'il fallait l'aider, île relever, le rece^ .voir à miséricorde. Mais un pharisien ne sait agir qu'en juge inexorable, et jamais en père;, il ne s^ait' ; parler qu'avec, dédain et avec empire, et jamais, avec douceur et avec bonté : C'est un malheureu^^. dit-il , je n'ai garde de lui ressembler. Que ces nianières hautes et dédaigneuses, que ces paroles dures, dans la suite des temps, ont rebuté de p^ cheurs, dent il eût été bieii plus à propos de ae" conder les bonnes dispositions par de sages et de 'salutaire^ ménagements! On eût gagné cette âi^e en la traitant avec plus de circonspection et pîu^; de nu>dératioo; on l'eût consolée, on l'eût encouragée, on lui eût inspiré de la confiance, au lieu qu'on l'a désolée et désespérée. Mais^ dites-vous, c'est sa faute,, et ce pécheur doit être préparé à tous :les ^reproches qu'on lui peut faire et à toute la se- • vérité dont on peut user à son é^ard * car il n'y a rien là qu'il ne mérite. J'en conviens, c'est. $a faute, et dans le fond il doit se réputer digne 4es plus mauvais traitements et les accepter : mais de votre part n'est-ce pas en même temps une faujj^ et une faute très-condamnable, de ne pas respectjer dans votre frère , tout criminel qu'il est , l'image de Dieu et le prix du sang de Jésus-Christ ; de l'exposer à une ruine totale par l'ascendant trop impérieux que vous prenez sur lui , et dont vous lui f9)ie& 'sentir tout le. poids , par l'amertume de vos expirâfisions et par la terreur de vos menaces ; de ne youfollr pas charit^blemept, quoique prudemment, vous^ rapprocher de lui, afin de le rapprocher de son devoir; mais, au contraire, de vous butter, de vous, obstiner contre lui , et de ne tenir nul compte du triste abandonnement où votre inflexible roideur le , précipite; de vous croire quitte de son malheur en disant : Cest son affaire, que m'importe ? s'il veut se damner, qu'il se damne. Il se jamne en effet. Mais n'en étes-vous pas coupable, Içrsque vous pouviez, par des voies plus insinuantes , par des précautions

CARACTÈRE DE L'ORGUEIL ET SES EFFETS

plus mesurées, par un accueil plus engageant et plus modeste, le tirer de Tabîme et le remettre dans le b<m chemin ?

Aveuglement par rapport à soi-même. L'orgueilleux est d*autant plus sujet à se tromper et à se laisser tromper sur ses qualités personnelles, que son eireur lui plaît, parce qu'elle lui est avantageuse : ce qni fait que souvent il est tout ce qu'il croit ne pas être, et qu'il n'est rien de tout ce qu'il croit être. Ce pharisien de l'Évangile se regarde comme un homme irréprochable et sans vice. Je ne suis pas; et quoi ? que n'est-il pas , ou que pense-t-il ne pas être ? Il se vante de n'être pas semblable aux autres hommes , et surtout de n'être pas voleur comme eux, injuste comme eux, adultère comme eux. Mais étrange aveuglement de l'orgueil ! dit saint Augustin , non-seulement le pharisien est semblable aux autres hommes, mais il est pire que les autres hommes, puisqu'avec tous ses vices, qu'il se déguise h lui-même et qui égalent au moins ceux des autres hommes, il est encore le plus superbe des hommes. Semblable aux autres hommes : car onpeut bien juger qu'il n'était pas différent de ces autres pharisiens contre qui le Fils de Dieu s'est tant de fois déclaré , et à qui il reprochait en des termes si forts leur obstination, leur envie, leur animosité, leur ambition, leur intérêt, leurs intrigues, leurs cabales , leurs violences , leur mauvaise foi , leur hypocrisie. Pire que les autres hommes, puisqu'à tous ces vices il ajoutait la présomption et l'orgueil, qui en est le comble : par où il tombait encore justement dans les mâmes vices qu'il imputait à tous les hommes, en les traitant de voleurs , d'injustes, d'adultères. Car, sans savoir si réellement et dans le sens littéral il était tout cela , on peut toujours dire , continue saint Augustin , qu'il Tétait dans un sens plus spirituel et plus mauvais. Et en effet, c'était un voleur, puisqu'il dérobait h Dieu sa gloire ; c'était un injuste , puisqu'en se glorifiant lui-même au préjudice de Dieu , il usurpait un bien qui ne lui appartenait pas , et dont Dieu est jaloux par-dessus toute chose; c'était un adultère, puisqu'il abusait des dons de Dieu , et qu'il les profanait, en les faisant servir à son amour-propre et à sa vanité. Or voilà cequ'il n'apercevait pas, et sur quoi l'orgueil lui fermait les yeux : de sorte qu'avec toutes ses imperfections et tous ses défauts , il ne voyait rien en lui de répréhensible et de défectueux.

C'est ce qui nous arrive à nous-mêmes , et c'est le déplorable aveuglement oîi nous vivons. Nous avons des vices que nous ne connaissons pas : [et pourquoi ne les connaissons- nous pas? parce que notre orgueil nous fascine tellement la vue, que découvrant, selon la figure de Jésus- Christ jusqu'à un fétu dans l'œil d'autrui, nous ne remar-

quons pas dans le nôtre jusqu'à une poutre. Des vices que nous ne connaissons pas , parce que nous ne les voulons pas connaître : et pourquoi ne les voulons-nous pas connaître , pourquoi ne prenonsnous aucun soin de les connaître? pourquoi rejetons-nous même tous les moyens de les connaître? pourquoi n'écoutons-nous ni conseils , ni remontrances, ni remords intérieurs, ni réflexions capa^ bles de nous les faire connaître ? c'est que cette connaissance nous tracerait de nous-mêmes une image désagréable ; c'est qu'elle nous détromperait de la bonne opinion que nous avons de nous-mê-> mes, et où nous aimons à nous entretenir; c'est qu'elle nous apprendrait ce que nous ,ne voulons point savoir, qui est de nous humilier. Des vices que nous ne connaissons pas, mais que le monde connaît , et qui donnent lieu à ses railleries et à ses discours. Car il n'est rien qui pique davantage le monde, ni qui excite plus son indignation et son mépris, que la confiance d'un homme et l'estime qu'il témoigne de lui-même, lorsque chacun voit ses faiblesses, et qu'il n'y a que lui à qui elles soient cachées. On demande s'il ne se trouvera personne qui l'éclairé, et l'on attend , pour son bien et pour son instruction , que quelque occasion mortifiante le désabuse, et le tire de l'ignorance où il est. Des vices que nous ne connaissons pas, parce que nous ne jugeons de nous-mêmes que par comparaison avec d'autres qui semblent plus vicieux que nous. Le pharisien se comparait avec lepublicain, et nous nous comparons avec celui-ci, ou avec celui-là, gens scandaleux et décriés. Or , dans cette comparaison , nos vices disparaissent : mais bientôt ils se montreraient à nous dans toute leur difformité et toute leur laideur, si nous venions à nous mettre en parallèle avec tels et tels dont les exemples nous confondraient. Des vices que nous ne connaissons pas, parce que nous ne comptons pour quelque chose que certains vices grossiers qui corrompent les sens, que certaines actions basses qui portent leur honte avec elles, et avec leur honte leur remède.

Mais outre ces vices dont peut-être on a eu le bonheur de se garantir, il y a des vices de l'esprit, des vices du cœur, des vices de l'imagination , des vices du naturel , des vices de l'humeur; il y a des passions, des inclinations, des entêtements, des caprices, des légèretés, des inconstances, des aversions, des haines, des mensonges, des dissimulations , et le reste. Ce sont des vices ; mais parce que ce sont des vices secrets , ou parce qu'ils ont une apparence moins odieuse , on se les passe aisément, et Ton n'y fait qu'une attention très-légère. Aihsi 6es vices ne diminuent rien de l'idée qu'on a de soi-même. Mais si Ton ne se laissait pas aveugler par rorguéil, oh se dirait : Il est vrai, je né fais

CARACTÈRE DE L'ORGUEIL ET SES EFFETS

tort^ personne, non plus que le pharisien; je ne suis point un usurpateur, je ne suis point dans le désordre et la débauche; mais du reste j*ai un esprit difBciie, mais j'ai une imagination bizarre, mais j*ai un cœur indifférent , mais j'ai un naturel colère et brusque, mais j'ai une humeur dure et intraitable; je suis obstiné dans mes pensées , violent dans mes désirs, ambitieux dans mes projets, malin dans mes jugements , aigre dans mes ressentiments , piquant dans mes paroles , infidèle dans mes promesses, précipité dans mes résolutions, déguisé dans mes desseins , lâche et négligent dans la pratique de mes devoirs. Voilà ce qu'on se dirait et ce qu'on ne se dit pas , parce que notre orgueil en souffrirait, et qu'on ne veut rien voir en soi qui puisse lui donner la moindre atteinte. On se considère par le bon côté , et l'on s'arrête là , sans rien examineir de plus , ni tourner ailleurs ses regards. C'est pourquoi Dieu , par un trait de miséricorde , permet quelquefois qu'une âme s'oublie en certaines rencontres, et qu'elle s'abandonne à des fautes grièves , qui dans la suite lui deviennent plus utiles que l'état où elle était, quoique moins criminelle, parce que ces chutes lui apprennent à se connaître , et en se connaissant mieux, à ne plus tant présumer d'elle-même, mais à s'en défier.

1 7 V. Je Jeûne deux fois la semaine; Je donne la dime de tous mes biens. Autre aveuglement de i'orgueilleux : il croit avoir des vertus qu'il n'a pas. Qu'entend le pharisien quand il dit qu'il jeune deux fois la semaine, et qu'il donne la dîme de tous ses biens? il veut dire par là qu'il est fort mortifié et fort pénitent, qu'il est homme religieux et fidèle observateur de la loi. Mais avec tous les jeûnes qu'il pratiquait , et toutes les dîmes qu'il payait , il n'avait ni la vertu de pénitence ni la vertu de religion : comment cela? parce que la vertu ne consiste pas précisément dans les œuvres , mais dans l'esprit qui les anime et qui les sanctifie. Elle n'est vertu qu'autant qu'elle procède de Dieu et qu'elle tend à Dieu , qu'autant que Dieu en est le principe et que Dieu en est la fin , qu'autant que c'est un don de Dieu et un fruit de la grâce de Dieu. Mais si c'est l'orgueil qui la produit, si c'est l'orgueil qui l'inspire, qui la soutient, qui la fait agir, la grâce alors n'y a plus de part; Dieu n'en est plus le motif, et par conséquent ce n'est plus qu'un fantôme et une ombre de vertu. Le pharisien pouvait donc jeikier, et n'avoir pas la vertu de pénitence; il pouvait donner la dîme de tous ses biens , et n'avoir pas la vertu de religion : pourquoi? parce qu'il ne jeûnait et qu'il ne payait si abondamment la dîme que par orgueil.

Importante vérité dont nous pouvons et nous devons faire l'application à tant d'œuvres chrétiennes que l'orgueil empoisonne, et qu'il dégrade aux bouroaijoce. — T. m.

yeux de Dieu. Ce sont de bonnes œuvres, à les regarder en elles-mêmes , et à n'en considérer que la substance : on prie, on passe les heures entières devant les autels, on chante les louanges du Seigneur, on assiste à toutes les assemblées de piété, on y est le plus assidu , et Ton y paraît avec l'extérieur le plus composé et le plus dévot. Ce sont des œuvres utiles au prochain : on s'intéresse pour les pauvres , on les soulage par les aumônes qu'on leur fait et par celles qu'on leur procure ; on visite les malades ; on prend soin des hôpitaux , des prisons , de tout ce qu'il y a d'infirmes et de nécessiteux dans un quartier ; on contribue à des établissements de charité et l'on se retranche pour avoir de quoi y fournir. Ce sont des œuvres même tout apostoliques : on annonce la parole de Dieu , on instruit les peuples, on enseigne les ignorants, on dirige les consciences, on arrête les procès, on accommode les différends, on rapproche les cœurs et on les réconcilie. Ce sont des œuvres pénibles et laborieuses : on se consume de travaux dans une profession, dans un emploi , dans un ministère; on s'éloigne du monde et on se prive de toutes ses douceurs ; on se réforme dans les habits , dans le train, dans les ameublements, et l'on se réduit à un état simple et sans faste ; on s'assujettit à un genre de vie austère et de la plus haute perfection. Mais tout cela néanmoins, ce ne sont point des œuvres vraiment vertueuses , ni de quelque valeur auprès de Dieu, dès que l'orgueil s'y mêle, et qu'il y répand sa contagion. On fait le bien sans être homme de bien, et l'on pratique les devoirs du christianisme sans être chrétien. Car le bien qu'on fait, on le fait en mondain, et les devoirs qu'on pratique , on les pratique en païen , puisque c'est pour une gloire tout humaine.

Écueil de la vaine gloire, écueil le plus subtil et le plus dangereux. Il est à craindre pour toute sortes de personnes, mais on peut dire qu'il l'est singulièrement pour ceux-là même ou celles qui vivent dans une plus grande régularité , et qui semblent s'avancer avec plus de progrès dans le chemin de la vertu. Aussi est-ce à eux que le Fils de Dieu s'adresse spécialement, quand il nous exhorte à nous préserver des atteintes de l'orgueil : Gardez-vous défaire vos bonnes actions devant les hommes , afin d'en être vus (Matth., 6), et afin qu'ils conçoivent pour vous de Testime. Il leur est plus aisé de se défendre du piège de l'intérêt et de toutes les convoitises qui corrompent les sens : mais le piège de la vaine gloire est si délicat, si imperceptible, et d'ailleurs si engageant et si touchant, qu'il est d'une extrême difficulté de l'éviter. Difficulté qui croît selon que les exercices et les fonctions où l'on s'occupe ont plus d'apparence et plus d'éclat au dehors. Il est si doux de recevoir sans cesse

CARACTÈRE DB L'HUMILITE ET SES EFFETS

des éloges et d*étre honoré, respecté de tout le monde ; si doux de s'entendre nommer un modèle de piété , de charité, de zèle ; le refuge des pauvres , la consolation des affligés, la ressource de Tinnocence, l'appui de la justice, le mobile et l'âme de toutes les œuvres saintes, l'exemple de la cour, l'édification d'une ville , l'apôtre d'un pays , le maître de l'éloquence et le premier entre les ministres évangéliques, l'honneur du clergé , le défenseur de la religion, le soutien même et le chef d'une secte; tous ces noms , dis-je , sont si flatteurs , que les plus spirituels s'y laissent prendre , et qu'ils y trouvent un goût dont peut-être ils ne veulent pas s'apercevoir, mais qui ne se fait que trop sentir. Que ce goût, ou plutôt que cette fausse gloire qui le fait naître et qui les pique, vînt à leur manquer, c'est alors qu'ils seraient étrangement déconcertés : marque évidente qu'ils y étaient beaucoup plus sensibles qu'ils ne pensaient. Cependant on s'imagine amasser de grands trésors de mérites. On compte ses vertus , comme le pharisien : mais ce sont des vertus de pharisien ; Dieu ne les reconnaît point , et il ne les récompense point. Ces riches prétendus ^ ils se sont endormis ; toute leur vie se passe en d€S songes agréables et en de spécieuses illusions; mais au moment de la mort y où ils commenceront à s'éveiller, guelfe sera leur surprise de n'avoir rien dans les mains ( Psalm, 76 ), et de voir toutes leurs espérances s'évanouir! Le remède à un mal si pernicieux , c'est une sincère et profonde humilité, et c'est aussi ce que l'Évangile nous propose dans la pénitence du publicain.

GÀBÀCTEBE DB l'HUMILITB, ET SES EFFETS v SÀLUTAIBES DANS LE PUBLICAIN.

h Le publicain se tenant éloigné. Voici une image bien différente de l'autre. Cest un publicain et un pécheur, mais un publicain , mais un pécheur humble : et saint Chrysostôme ne craint point de dire que l'état même du péché avec l'humilité vaut mieux que l'état de justice avec Torgueil, parce que l'orgueil détruit dans peu toute la piété du juste, au lieu que l'humilité efface le péché et sanctifie le pécheur par une parfaite conversion. Quoi qu'il en soit , le publicain commence d'abord à s'humilier par la place qu'il choisit; c'est la plus éloignée de l'autel, c'est la dernière, parce qu'il se regarde comme le dernier de tous. Il se connaît lui-même, et cette connaissance qu'il a de lui-même est le fondement de son humilité. Il sait de quelle manière il s'est comporté pendant de longues années; il sait de combien d'injustices, de fraudes, de vexations, de crimes il s'est rendu coupable : il le sait, et c'est ce qui lui fait sentir toute son indignité. Or ce sentiment de son indignité, c'est en même temps ce qui le porte à se ravaler autant qu'il peut et à se

mettre au plus bas rang. Le pharisien 8*était plaoé jusqu'auprès de l'autel, le peuple s'était avancé dans le temple; mais lui, il ne se juge pas digne d'y entrer, ni de prier avec eux. Il demeure à la porte , les genoux en terre, la tête penchée, le corps prosterné. Ce n'est pas assez : mais , selon la remarque de saint Chrysostôme , dans cette disposition si humiliante, non-seulement il se méprise lui* même, mais consent qu'on le méprise. Le pharisien vient de l'insulter, et il ne répond rien à l'insulte qu'il a reçue. Il pouvait néanmoins user de récrî* mination , et de sa part il eût eu bien des reproches à faire à ce faux dévot qui l'outrageait si mal & propos et qui le condamnait avec tant de témérité. Mais il ne se récrie point contre lui , il ne se plaint point, il se tait; et dans le silence, il est prêt d'au* cepter les traitements les plus injurieux. Sont^a même des injures ? Il ne les prend point de la sorte ; au contraire , il est persuadé que toutes les humi* Hâtions lui sont dues, et il ne lui faut, pour l'en convaincre, qu'un retour sur sot-même, et que la vue des péch^ dont il est chargé.

Nous ne nous connaissons pas nousHSiémes , et de là vient que nous avons tant de peine à nous humilier ; et parce que nous n'aimons pas. à nous ha* milier, de là même encore il arrive que non-seuiemeut nous ne nous connaissons pas , mais que nous ne voulons pas nous connaître. Il ne faudrait qu'an regard sur nous-mêmes pour découvrir le fond de notre misère , et c'est dans ce fond de misère, dans' ce fumier, selon l'expression de saint Jérôme, que nous trouverions la perle précieuse, qui est l'humilité. Voilà pourquoi saint Augustin faisait si souvent à Dieu cette prière : Seigneur, que Je vom connaisse, parce quepltis je vous connaîtrai, pktê je vous aimerai; mais tout ensemble, 6 mon Dieu! que je me connaisse moi-même, parce que phm .je me connaîtrai, plus je me mépriserai. Il souhaitait ardemment d'acquérir une vertu qu'il savait être la base de toutes les vertus; et d'ailleurs, entre les moyens de l'acquérir, il n'en comprenait point de plus solide et de plus puissant que de s'ôter à soi-même le voile de dessus les yeux , de se représenter de bonne foi tout ce qu'on est , et de creuser profondément dans l'abîme de ses faiblesses.

Et en effet, dès que nous nous mettons à creuser cet abîme, quelle idée concevons-nous de nousmêmes, et quels sujets d'humiliation se présentent à nous? le détail en serait infini. Sans rien dire des infirmités du corps et de tout ce qui a rapport à cette chair terrestre et matérielle, sortie de la poussière et destinée à y retourner, quel est l'état de notre âme? Que d'erreurs et dMgnorance dans l'esprit! que de passions et de malignité dans le coeur! Que de corruption dans la volonté! quel penchant au mal! quelle inconstance dans le bien!

GARACTËRE DE L'UUMILITÊ ET SES ÊFPEtt;

quels égarements dans toute la conduite! Ceci est général ; mais si chacun voulait en particulier se rendre compte de toutes ses pensées, de toutes ses vues, de tous ses sentiments , de toutes ses inclinations vicieuses , de toutes ses paroles , de toutes ses actions , de tout ce qu'il a commis de péchés et de tout ce quMI en commet chaque jour, de ses fragilités sans nombre, de ses infidélité , de ses chutes et de ses rechutes continuelles, y a-t-il personne,. même parmi les plus spirituels , qui d'un premier mouvement ne s'écriât avec le prophète : Qu'est-ce que r homme. Seigneur? et pour ne parler que de moi, quesuis-je, mon Dieu, que suis-je devant vous? Mais que serais-je encore dans Topitiion du public, qui peut-être est prévenu de quelque estime pour moi, parce qu'il ne me connaît que par des dehors trompeurs, s'il pouvait me connaître, Seigneur^ comme vous me connaissez , et voir au dedans de moi ce qu'il y a de plus intime et de plus secret? Or une âme touchée de cette connaissance d'ellemême, et se jugeant avec les lumières de la grâce dans la droiture de la raison et de la religion , n'a garde d'ambitionner de vains honneurs, ni de chercher des prééminences qu'elle ne croit point luf appartenir. Que d'autres soient élevés au-dessus de sa tête ; que dans une cour, dans une compagnie, oh leur défère les premières dignités; que d'euxmêmes et de leur autorité propre , à l'exemple du pharisien, ils s'emparent de certains rangs et se donnent certaines distinctions : l'humble chrétien se tient à l'écart, reste volontairement en arrière, et se plaît dans son obscurité. Qui que ce soit qu'on lui préfèif'e et qui (tassé devant lui , il n'en conçoit ni jalousie ni chagrin. On ne l'entend point se répandre là-dessus en murmures, ni s'épancher en termes amers. Bien loin de cela, il semble, à Fentendre parler, qu'on ne lui fait jamais de tort, e?qu'à son égard, ce quî paraît oubli, délaissement, rebut, mépris, est moins une injure qu'une justice qui lui est rendue. Il ne lui faut donc point de consolations humaines , il ne lui faut point de réparations ni de satisfactions. 11 consent atout; quelque indifférence qu'on lui témoigne, fl est content de tout.

(Quelle morale pour le monde; et quelle morale surtout pour les grands du monde! quel étrange paradoxe! car voilà ce que toute la' philosophie païenne n'a jamais compris et ce que lé monde profane ne peut encore comprendre ; voilà ce qui le scandalise , et ce qu'il ose traiter de bassesse. Mais que ce qui est bas et méprisable selon le monde est sublime et relevé selon Dieu! Le miracle de l'humilité évangélique , et en quoi consiste son excellence, c'est d'avoir pu former de la sorte des hommes supérieurs à toutes les vanités du siècle et ses frivoles idées , des hommes incapables de se laisser éblouir par un faux lustre et par une grandeur ima-

ginaire, des hommes assez éclah^ pour savoir se priser au juste, et assez solides pour ne sej^itift estimer et ne vouloir point être estimés plus qu'ils ne valent, et que ne vaut tout homme comme eux; des hommes remplis de cette grande maxime de l'apôtre, que quiconque se figure être quelque chose, quoiqu'il ne soit rien, se trompe M-même {Galat., 6); des hommes par conséquent ennemis de toute ostentation, de tout faste, et mettant leur gloire et leur bonheur en cette vie à participer aux opprobres de Jésus-Christ. Tels sont les humbles du christianisme, je dis les vrais humbles. Ils sont rares , mais il y en a eu , et il y en a. Plaise aa ciel qu'il y en ait toujours dan» l'Église de Dieu! Or il y en aura tant que nous ne nous perdrons point nous-mêmes de vue , c'est-à-dire tant que nous ne perdrons point le souvenir de notre pau<« vreté , de notre insufiisance , et même de notre néant , soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce. Nous ne chercherons plus alors à nous produire ni à dominer.

11. // n'osait lever les yeux au ciel. Une sainte confusion lui faisait baisser les yeux. Tandis que le pharisien promenait avee audace ses regards dans toute l'assemblée, le publieain n'avait pas Tassarance de porter la vue ni vers le ciel , ni vers l'autel, ni vers aucun de ceux qui étaient présents. Touché des remords de sa conscience, tremblant et mterdit, il s'imaginait que tout lui reprochait ses iniquités et que tout se tournait contre lui : le ciel, dont fl avait tant de fois allumé la colère, efc de qui il ne pensait pas pouvoir mériter quelque grâce ; l'autel , du résidait le Dieu d'Israël , vengeur de la veuve et de l'orphelin qu'il avait opprimés , et de tous les droits qu'il avait violés; ceux qui étaient présents et qui assistaient à cette prière publique , lesquels avaient été si souvent témoins dé ses violences et de ses concussions, et dont plusieurs en avaient ressenti les effets. Il ne pouvait donc jeter nulle part les yeux qu'il n'y trouvât des accusateurs qui le confondaient, ou des juges qui le condamnaient ; et il ne lui restait que de regarder humblement la terre et de soutenir, sans entreprendre dé se justifier, toute la honte de son état.

Quand l'humilité est dans le cœur, elle se montre jusque sur le visage et paraît dans tout Textérieur.- Ce n'est pas qu'elle affecte de se montrer et de paraître : ce ne serait plus humilité, mais orgueil dé» guisé sous le masque de l'humilité. Un vrai humble est aussi soigneux de cacher son humilité que toutes ses autres vertus , ou plutôt il est humble sans savoir qu'il l'est , et il ne le serait pas du moment qu'il se flatterait de l'être. Néanmoins, de même que la gloire, selon la parole de saint Jérôme, suit la vertu, comme l'ombre suit le corps, de même y a-t-il des signes par où l'humilité se fait voir, tout

GABACrÈRE DE L'HUMILITE ET SES EFFETS.

attentiTe qu'elle est à se cacher; et c'est surtout par une pudeur modeste qui accompagne toutes les oeillades, tous les gestes, tous les mouvements, toutes les actions d'une personne. Elle ne s'en aperçoit pas ; mais on y fait réflexion sans qu'elle y pense, et on en est édiûé. D'où lui vient cette modestie, cette pudeur si engageante et si aimable? Il y en a deux principes : l'un est l'estime dont l'humilité nous prévient à l'égard du prochain, et l'autre est la défiance que l'humilité nous donne de nousmêmes. Car de cette estime du prochain, il s'ensuit que si l'on parle , si l'on s'entretient, si l'on traite avec quelqu'un , on ne sort jamais des termes du respect qu'on croit lui devoir ; et de cette défiance de soi même naît une espèce de timidité qui nous sert de frein pour mesurer nos discours , pour recueillir nos regards, pour régler toute notre contenance et composer toutes nos manières.

Mais où l'humilité devient encore plus respectueuse , et où elle inspire plus de retenue et plus de recueillement, c'est dans l'exercice de la pénitence et dans les pratiques religieuses qui appellent l'âme lidèle en la présence du Seigneur, et devant les autels du Dieu vivant. Comment un pénitent , j'entends un pénitent tel qu'il doit être , c'est-à-dire couvert de la même confusion que le publicain, pénétré des mêmes sentiments de douleur et des mêmes regrets , rougissant de ses ingratitudes envers Dieu, ne se dissimulant rien, ni de la multitude, ni de la grièveté de ses offenses, se considérant comme un objet de haine et se reconnaissant digne d'une damnation éternelle; comment, dis-je, ce pénitent approche-t-il du saint tribunal ? comment s'abaisse-t-il aux pieds du ministre de Jésus-Christ? Humilié, presque affaissé sous le poids âeses péchés, ose-t-il lever la tête? ose-t-il ouvrir la bouche? et, tout disposé qu'il esta découvrir les plaies de son âme par une humble confession , oserait-il s'énoncer et s'expliquer si le devoir ne l'y obligeait et s'il n'était soutenu des exhortations paternelles et des consolations qu'il reçoit du prêtre- à qui la Providence Ta adressé ? Pudeur et retenue qui , de tous les témoignages sensibles d'une sincère péni-

' tence , est un des plus apparents et des plus certains, au lieu que rien ne rend la pénitence plus suspecte que ces airs ou d'indifférence et de dissipation, ou même de hauteur et de présomption qu'ap-

' portent une infinité de mondains à un sacrement dont le caractère essentiel est d'humilier l'homme et de le réduire au rang d'un criminel sans excuse et sans défense, mais qui féclame la bonté du sou* Terain Juge et qui demande miséricorde.

De plus , comment l'âme fidèle entre-t-elle dans la maison de Dieu, et comment va-t-elle s'acquitter de ses pratiques de religion? Comment assistételle à l'aaorable sacrifice ? comment participe-t-elle

aux sacrés mystères ? comment prie-t-elie dans le sanctuaire? Frappée de la majesté suprême du Tout- Puissant et de la distance infinie qui relève le Créa» teur au-dessus d'une vile créature, que peut-ella faire autre chose que d'admirer, que d'adorer, que de s'anéantir autant qu'il lui est possible, et de trembler? Ces anges que vit le prophète auprès du trône du Seigueur se voilaient la face de leurs ailes, ne pouvant contempler la gloire du Très-Haut , ni soutenir l'éclat de sa grandeur. Or, la foi lui retrace toute cette gloire; et à cette grandeur divine, l'humilité lui fait opposer toute sa petitesse. Dans cette comparaison, plus Dieu lui paraît grand , plus elle se voit petite et abjecte. Hé! Seigneur, qu'êtes-vous, et que suis-je? Qu'êtes- vous. Dieu de l'univers? Et que suis-je, moi , ver de terre, moi , cendre et poussière? De là cette frayeur qui la saisit; et dans ce saisissement, dans cette frayeur, laisse-t-elle un moment ses sens se distraire et s'égarer? Le respect le plus profond les retient tous ; et tandis qu'elle s'abîme intérieurement , et, pour ainsi parler, qu'elle se concentre tout entière au dedans d'elle-même, on dirait au dehors qu'elle est immobile et sans action.

III. Mais il se frappait la poitrine. Ce n'était pas en secret, mais publiquement. Il ne se contente pas de confesser à Dieu ses offenses ; mais pour lui eu faire une réparation plus authentique et pour en lever le scandale, il les confesse devant une nombreuse assemblée. Car quand il se frappe la poitrine à la vue de tout le monde, c'est comme s'il disait : J'ai péché et j'en fais hautement l'aveu. Que cet aveu coûte à l'orgueil , et que c'est un grand triomphe pour l'humilité.

Pïous péchons tous, et nous sommes tous sujets à faire des fautes. Tel est le malheur de la condition humaine dans cette chair fragile dont nous sommes revêtus , et c'est de quoi les saints gémissaient , et ce qui leur faisait demander à sortir de cette vie. Mais si nous sommes tous pécheurs , c'est du reste un avantage qui n'est pas donné à tous de reconnaître les fautes où nous tombons, et d'en convenir de bonne foi , soit devant Dieu, dans le fond de la conscience, soit devant les hommes, selon les conjonctures et les occurrences. Il y a de ces esprits altiers, et tellement préoccupés de tout ce qu'ils pensent, de tout ce qu'ils disent , de tout ce qu'ils font , qu'ils se croient en quelque sorte impeccables. Il semble qu'ils soient infaillibles dans toutes leurs paroles et irrépréhensibles dans toutes leurs actions. Du moins ont-ils toujours des prétextes pour se persuader que la raison est de leur côté , qu'ils jugent bien des choses, qu'ils parlent bien, qu'ils agissent bien, et que ce serait très-injustement qu'on voudrait les censurer et les blâmer. D'autres sont avec eux-mêmes de meilleure foi , et ne s'avcuglonl

CARACTÈRE DE L'HUMILITÉ ET SES EFFETS

point assez pour ne pas remarquer dans les rencontres en quoi ils manquent, et ce qu*il y a dans leur procédé de défectueux et de condamnable. Ils se rendent sur cela, à leur propre tribunal, toute la justice quMls méritent, et ils ne peuvent ignorer qu*ils se sont mépris en telle affaire , quils se sont engagés mal à propos , qu*ils ont fait une fausse démarche , qu'il leur est échappé une proposition erronée, qu'ils ont embrassé un mauvais parti , en un mot , qu'ils ont tort. Ils le voient-, mais de s'en déclarer, maisde dire avec ingénuité : Je me suis trompé, je suis en faute, je me rétracte ou je me repens, ce sont des termes que l'orgueil ne connaît point. Plutôt que de les prononcer, on s'obstine à se défendre : bien ou mal , il n'importe. On a mille subtilités toutes prêtes et mille faux-fuyants; on ne passe condamnation sur rien , et en voulant se disculper et se tirer d'embarras , on ne fait que s'embarrasser davantage et qu'ajouter à la faute qu'on a commise de nouvelles fautes , ou à l'erreur qu'on a avancée de nouvelles erreurs.

Or, un des plus heureux efifets de l'humilité, c'est d'éclairer les uns et de les guérir des préjugés avantageux dont ils sont prévenus en leur faveur ; et une de ses plus belles victoires, c'est de fléchir l'obstination des autres et de leur faire surmonter le penchant naturel qu'ils ont à soutenir tout ce qui vient de leur part et à l'excuser. Car si l'humilité est clairvoyante , si elle est ingénieuse , c'est à découvrir dans nous jusques aux fautes les plus légères, et même à les grossir et à les exagérer, bien loin de les pallier à nos yeux et de nous les déguiser. Un homme humble n'a point de peine à porter la sentence contre lui-même , et n'a point de juge plus sévère qu'il l'est de lui-même. Tout ce qu'il fait, il croit ne le faire que d'une manière imparfaite; et jusque dans ses œuvres les plus saintes , il trouve toujours quelque chose à reprendre. Qu'estee donc toutes les fois qu'il lui arrive, comme il arrive aux plus justes, de manquer et de faillir véritablement en quelque point ? Cherche-t-il a étouffer le remords qu'il en sent? dispute-t-il là-dessus avec sa conscience, et s'efforce-t-il de répondre aux reproches de son cœur par des justiGcations étudiées ? imagine-t-il des circonstances qui rendent sa chute moins griève? dit-il que c'est surprise et inadvertance , que c'est légèreté et une vivacité pardonnable, que c'est une bagatelle? L'humilité lui fait prendre bien d*autres sentiments. Tout ce qui est offensede Dieu ou offense du prochain, toute faute, de quelque nature qu'elle soit , est un crime dans sa personne. C'est une tache dont il se représente toute la laideur; et en la considérant, il n'est attentif qu'à ne passer pas un seul trait de sa difformité. Au lieu donc de prétendre se disculper en aucune sorte, il est le premier et le plus zélé à s'ac-

cuser en la présence de Dieu : heureux , dans la douleur que lui causent les fautes dont il s'accuse, d'en tirer au moins cet avantage , d'avoir de qu<^ s'humilier de plus en plus, et de quoi concevoir pour lui-même un plus profond mépris.

Aussi est-ce par là que les saints sont parvenus à un tel degré d'humilité, que tout saints et grands saints qu'ils étaient, ils s'estimaient les plus grands pécheurs du monde. Témoin saint François d'Assise qui disait que sur la terre il ne connaissait point déplus méchant homme que lui. Témoin saint Rernard qui s'appelait la chimère de son siècle , voulant faire entendre que, dans la profession religieuse qu'il avait embrassée , il n'était rien moins que religieux. Témoin une infinité d'autres. Mais comment avaient-ils d'eux-mêmes de pareilles idées? N'était-ce point là de ces façons de parler |qui ne sont que dans la bouche? Pensaient-ils comme ils s'exprimaient, et le pouvaient-ils? Leurs sentiments ne démentaient point leurs expressions : ils savaient quelles grâces ils avaient reçues de Dieu, et que ces grâces particulières et si abondantes étaient autant d'obligations de s'attacher à lui plus étroitement et de le servir avec plus de fidélité et plus de zèle. Ils savaient que plus ils étaient redevables à Dieu , plus ils devenaient coupables, ou en négligeant d'accomplir une seule de ces volontés , fût-ce dans le sujet le moins important, ou en manquant d'acquérir un seul degré de la perfection à laquelle ils les appelait. Ils se persuadaient que le plus grand pécheur, s'il eût été prévenu de Dieu comme eux, en eût beaucoup mieux profité, et qu'il aurait mille fois plus glorifié Dieu qu'ils ne le glorifiaient. Ils étaient également convaincus que d'eux-mêmes ils n'étaient que péché, et que si Dieu les eût livrés à la corruption de leur cœur, il n'y eût point eu de pécheurs plus perdus et plus abandonnés à tous les vices. De cette sorte, n'attribuant qu'à Dieu tout le bien qui était en eux , et s'attribuent à eux-mêmes tout le mal qu'ils avaient commis ou qu'ils étaient capables de commettre, ils concluaient qu'il n'y avait personne à qui ils eussent droit de se préférer, ni personne au-dessous de qui ils ne dussent même s'abaisser.

L'humilité ne s'en tient pas encore là , mais elle va plus avant. Ce qu'elle nous fait penser de nousmêmes, elle nous le fait avouer avec ingénuité, quoique toujours avec discrétion et avec prudence. Une mauvaise honte ne nous retient point alors ; elle ne nous opiniâtre point à soutenir notre sens et notre conduite; elle ne nous engage point dans des contestations qui ne finissent jamais, et que notre docilité pourrait terminer dans un moment; elle ne nous précipite point d'égarements en égarements par une répugnance insurmontable et une inflexible résistance à céder et à se rendre. On se soumet sans

GABiCTÈRE DE L'HUMILITÉ ET SES EFFETS.

difficulté; on souscrit à son arrêt, on le ratifie, et, par cette soumissiou droite, sage, chrétienne, on efface tout; on le répare, et Ton se remet dans la bonne Toie.

C'est de là même que Thumilité est surtout une disposition si nécessaire pour la confession des péehé& dans le tribunal de la pénitence. Combien de pécheurs et de pécheresses n'ont pas le courage de révéler leur état à un confesseur, et de lui faire connaître les désordres où la passion les a entraînés ? Ils voudraient' se vaincre là-dessus; mais il semble qu-ils ne le puissent, tant ils sont dominés par la erainte qui les arrête. Ils laissent donc couler les années entières sans approcher du sacrement ; ou si , malgré eux , ils en approchent par certaines eonsidérations , ce n'est que pour le profaner par des confessions imparfaites et dissimulées. Avec plus d'humilité, qu'ils s'épargneraient de troubles, d'incertitudes, de combats, de remords , d'abus , de sacrilèges! L'humilité leur ouvrirait le cœur, leur délierait la langue , leur ferait subir une confusion salutaire, et serait ainsi le principe de leur réconciliation avec Dieu et de leur justification. Quand elle n'aurait point d'autre avantage, ne nous sufifirait-ii pas pour la chérir singulièrement, et pour Testimer comme une des vertus les plus importantes, non-seulement dans toutes les conditions du monde chrétien , mais dans le cloître même et la retraite religieuse? Car dans la retraite religieuse et jusque dans le cloître , comme partout ailleurs , il peut arriver qu'on ait à déclarer aux ministres de la pénitence d'étrangesfaiblesses, et qu'on se trouve obligé de former contre soi-même des accusations qui doivent coûter infiniment à notre orgueil.

rv. Mon Dieu, soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur. C'est ce que disait le publicain , et c'est toute la prière qu'il faisait. Prière courte, mais pleine de foi et animée de cette confiance à laquelle Dieu ne refuse rien. U sait, ce vrai pénitent, qu'il est un pécheur; mais il sait aussi que Dieu est encore plus miséricordieux. Le souvenir de ses péchés le confond, mais il ne le décourage point, parce qu'il ne lui ôte point le souvenir des miséricordes divines. Dans la vue de ces miséricordes infinies : Ah ! s'écrie-t-il, soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur ! Pour engager Dieu à lui être propice, comme il le demande, il devait à ce qu'il paraît, omettre cette qualité de pécheur; mais, au contraire, c'est justement parce qu'il reconnaît, en qualité de pécheur, ne mériter aucun pardon de la part de Dieu, qu'il mérite que Dieu lui pardonne et lui pardonne tout.

Exemple d'une grande instruction et d'une grande consolation pour tout ce qu'il y a de pécheurs. Us se sont retirés de Dieu , et Dieu les rappelle. Us se sont tournés contre Dieu, et Dieu leur tend les bras

pour les rapprocher de lui, et pour se rapprodier d'eux. Depuis longtemps ils se sont endurels contre les saintes impressions de l'esprit de Dieu, et Dieu néanmoins les attend encore , et est prêt à les recevoir. Qu'ont-ils donc à faire? c'est d'aller en effet à Dien^ et de loi dire avec la même confiance que le publicain , avec le même sentiment de contrition et la même humilité '.Seigneur, soyez-moi propice. Je me suis égaré, j^i quitté vos voies , le penchant m'a entraîné etprécipité d'abtme en abîme, le poids de mes habitudes m'accable, la multitude et la grièveté de mes offenses m'effraie; mais, mon Dieu, c'est pour cela même que j*ai recours à vous, et que je vous conjnre de m'être propice , à moi qui suis un pécheur. Oui, Seigneur, je le suis et je Tai été jusqu'à présent , il n'est que trop vrai : mais plus je Tai été, plus vous ferez éclater les richesses de votre miséricorde en Fexerçant sur moi. Tant de péchés pour lesquels vous pouviez me perdre > et que vous voudrez bien me remettre, serviront à faire voir combien vous êtes bon et indulgent. Vous me sauverez , et dans ce salut dont je vous serai redevable, vous trouverez votre gloire au même temps que j'y trouverai mon plus précieux intérêt. Dan» cette espérance , je me tiens à vos pieds , je lève les mains vers vous, je vous réclame et je ne me lasse point de vous redire : Seigneur, soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur; je dis , à moi qui suis un pécheur, mais qui ne veux plus l'être, mais qui ai horreur de l'être, mais qui gémis amèrement de l'avoir été, et qui dès là cesse de l'être. Car tel est le sentiment de mon cœur, et sans cette disposition je ne pourrais rien me promettre de vous : mais avec ce cœur contrit, avec ce cœur humilié, avec ce cœur déterminé à tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner désormais et à tout ce qui vous est dû pour une juste satisfaction , j'ai de quoi vous toucher, 6 mon Dieu! et j'ose compter que t)oHs me serez propice; à moi qui suis unpécheUr.

Au reste , ce serait un orgueil et utoe illusion, de croire que cette prière ne convient qu'à des pécheurs scandaleux, qui , par état et par un libertinage habituel et déclaré , se sont abandonnés au vice , et ont mené une vie licencieuse et déréglée. U n'y a point d'âme si sainte qui ne doive se l'appliquer, et ce sont même les plus saintes âmes qui en usent plus souvent et plus affectueusement , parce que ce sont les plus humbles. Quoi quMI en soit, un des plus solides exercices du christianisme en toutes sortes de professions , et pour toutes sortes de personnes, est de s'exciter chaque jour à une vive douleur de ses péchés, et de la renouveler par de fréquents actes de repentir. On ne manque point de matière pour cela, ou plutêt on n'en a que trop, c'esfà-dire on n'a que trop de péchés dont la conscience est chargée devant Dieu , et dont on ne peut s*as-

CARACTÈRE DE L'HUMILITÉ ET SES EFFETS

tarer d'avoir obttma la rémission. Péchés griefs qui ont donné la mort à Tftme , et péchés plus légers dans leur espèce, mais toujours très dangereux; péchés d'action , et péchés d*omission ; péchés d'ignorance, de négligence, de fragilité , et péchés de malice et d'une pleine volonté ; péchés certains , et péchés douteux ; péchés personnels, et péchés d'autrui; péchés de la jeunesse, et péchés actuels et présents : en voilà plus qu'il ne faut pour avoir lieu de s'écrier à toutes les heures de la journée, et à toute occasion : Mon Dieu , soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur. On le dit partout et en tout temps, le matin , le soir, avant le repos de la nuit, au réveil , de cœur, de bouche , au pied de l'autel , dans le secret de l'oratoire, en public, en particulier, entrant, sortant, marchant, travaillant, agissant. Plus on a fait de progrès dans l'humilité, plus on le répète , parce qu'on se croit plus digne de la colère du ciel, et qu*on sent plus le besoin où l'on est de l'apaiser. On n'a point de sujet plus ordinaire de ses entretiens intérieurs avec Dieu, et, sans cherdier toujours des points de méditation si relevés et li subtils, onemptoiequelquefois tout le cours d'une oraison à repasser en soi-même ces paroles, h les pénétrer, à les goûter, à les prononcer : Mon Dieu, soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur.

y. Celui-ci s'en retoumaJust\fié dans sa maison, tout au contraire de l'autre. Car quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera élevé. r^ous Pavons déjà remarqué avec saint Chrysostôme, et dans un sens , c'est une maxime constante , qu'un pécheur humble vaut mieux , malgré tous les péchés dont il est coupable , qu*un juste orgueilleux avec toutes les vertus et toutes les bonnes œuvres qu'il pratique. Car l'humilité du pécheur lui attire des grâces qui le convertissent et l'élèvent à l'état de juste , et l'orgueil du juste l'expose , par un châtiment de Dieu , à des chutes qui le pervertissent et le réduisent à l'état de pécheur. Nous en voyons la preuve dans le pharisien condamné , et le publicain justifié. L'un et l'autre vérifient parfaitement cet oracle du Saint-Esprit , que Dieu résiste aux superbes, et qu^il se communique aux humbles, et leur fait part de ses plus riches dons, (Jac, 4.) Dons célestes par oii il les éclaire , il leur découvre ses voies, il les ramène de leurs égarements, il les perfectionne, il les sanctifie. Nous ne devons donc pas nous étonner, conclut saint Augustin, que Dieu ait pardonné au publicain , puisqu'il ne se pardonnait pas à lui-même et qu'il s'humiliait en se reconnaissant pécheur. Il s'éloignait de l'autel ; mais plus il semblait par l'humilité s'éloigner de Dieu , plus Dieu par sa miséricorde s'approchait de lui. Il n'osait lever les yeux , et voilà pourquoi Dieu attachait sur lui ses regards, et l'écoutait plus attentivement et plus favorablement. U se frappait la

poitrine , comme ayant mérité les plus rudes coups de la justice de Dieu et ses phis rigoureuses vengeances; et c'est pour cela même que Dieu le rassura!^, le fortifiait , et répandait dans son ân^e les plus douces consolations.

Ainsi Dieu en a-^il usé de tout temps : car il est înattre de sa grâce , et il la donne d'autant plus volontiers aux humbles, qu'ils en retiennent seulement le fruit et lui en rendent toute la gloire, au lieu que l'orgueilleux , voulant en retenir la gloire , en perd tout le fruit et n'en retire nul avantage. Ainsi Achab, ce roi sacril^e, impie, idolâtre, ce roi barbare et homicide, ce roi vendu au péché et l'objet de la haine de Dieu, dès qu'il s'humilia, devint un objet de complaisance aux yeux du Seigneur : si bien que Dieu , voulant en quelque sorte s'en glorifier, disait à son prophète : N'avez-vous pas vu Açhab couché par terre, suppliant et soumis? Or, parce qu'il s'est abaissé devant moi ,Je l'épargnerai, et je ne ferai point tomber sur sa personne les maux dont il était menacé. (3. Reg., 22.) Ainsi Nabqchodonosor avait abusé de sa puissance et s^était élevé contre Dieu ; Dieu l'humilie , le réduit à la condition des bêtes , l'oblige de manger l'herbe qui croît dans la campagne : mais enfin , sept ans écoulés dans un état si vil et si misérable, ce prince, profitant de son humiliation, revient à lui, rend hommage au Dieu du ciel, et Dieu le rétablit sur le trône, lui donne un règne plus florissant que jamais , et le remplit des sentiments les plus religieux. Ainsi le Sauveur deS hommes a-t-il tant de fois opéré des miracles de miséricorde et de grâce en faveur de ceux qui se sont adressés à lui avec humilité. C'est par là que la Chananéenne obtint, non-seulement la guérison de sa fille , mais la guérison de son âme; c'est par là que ce seigneur de l'Évangile obtint, outre la santé de son serviteur, sa conversion à la foi et celle de toute sa maison ; c'est par là que Madeleine, cette fameuse pécheresse, et cette pénitente aussi célèbre, obtint l'entière absolution de tous les dérèglements de sa vie., et qu'elle parvint à un degré si éminent de sainteté.

Heureux donc les humbles de cœur, parce que Dieu les comblera de ses bénédictions , et qu'il les élèvera ; mais, par une règle tout opposée, malheur aux âmes hautaines et présomptueuses , parce que Dieu les confondra , et qu'il les rejettera. Ce que le Fils de Dieu est venu particulièrement nous enseigner, c'est l'humilité; et en quoi par-dessus tout il s'est proposé à nous comme notre modèle , c'est dans la pratique de l'humilité. Il ne nous a pas dit : Apprenez de moi à faire des œuvres extraordinaires et toutes miraculeuses, à chasser les démons, à délivrer les possédés, à guérir les malades, à ressusciter les morts ; mais apprenez, nous dit-il, que je suis doux et humble, (Mâtth., 11.) Leçon gé-

Page 1