CARACTÈBE BE LA CHARITÉ CHRÉTIENNE
roÏTS de la charité évangélique. En second lieu , cette vue de Dieu que nous devons nous proposer dans Tamour du prochain, c'est ce qui consacre, pour ainsi parler, notre charité, et ce qui y attache le mérite le plus excellent. Nous y pouvons faire à Dieu bien des sacrifices, par la pénitence et les austérités, parla patience dans les adversités, par le renoncememtaainondeetà toutes ses vanités; mais de tous les sacrifices , j'ose dire qu'il n'en est point de plus méritoire devant Dieu que le sacrifice de notre cœur et de ses affections par la charité. Supporter le prochain pour Dieu, pardonner au prochain pour Dieu, modérer pour Dieu nos ressentiments, adoucir nos aigreurs , réprimer nos colères, surmonter nos répugnances, que c'est une vertu pea connue des personnes même qui font une plus haute profession de piété! ou, pour mieux dire, sans cette vertu y a-t-il une piété solide et de quelque prix auprès de Dieu ?
m. Je dois aimer mon prochain comme Dieu : c'estnà-dire que je dois l'aimer de la même manière, par proportion , que Dieu l'aime. Grand et divin modèle que Jésus-Christ lui-même nous a proposé -dans son Évangile, lorsque instruisant ses disciples sur la charité du prochain , et en particulier sur le pardon des injures et l'amour des ennemis, il conclut : Soyez donc parfaits comme votre Père ce' leste est parfait. (Matth. , 6.) Car, selon le texte sacré, cette perfection en quoi Dieu veut surtout que nous Timitions autant qu'il est possible à notre faiblesse aidée du secours de la grâce , c'est ta perfection de la charité, et c'est aussi conformément à cette même règle , et dans le même sens , que le Sauveur du monde disait aux apôtres : Je ^Hmsfais un eommandetnent nouveau, qui est de vous entr'aimer, comme je vous ai aimés. ( Joan., IS.) Commandement nouveau, non point que la charité n'ait pas été une vertii de tous les temps , mais parce qu'elle est singulièrement et plus excellemment la vertu du christianisme. Or comment Dieu, comment Jésus-Christ, Fils de Dieu et vrai Dieu, nous a-t-il aimés? d'un amour sincère , d'un amour efficace, et, pour m'exprim^r de la^ sorte, d'un amour salutaire et sanctifiant. D'un amour sincère, par une bienveillance et une affection véritable du cœur ; d'un amour efficace , et mis en œuvre jpar nulle bienfaits; enfin d'un amour que j'appelle salutaire et sanctifiant, parce que dans les vues de Dieu il ne tend qu'à notre sanctification et à notre salut , et que c'en est là le dernier et le principal objet : trois qualités de la vraie charité. Plût au ciel qu'elles fussent aussi communes qu'elles sont conformes à l'esprit de la religion, et à cette loi d'amour qu'un Diau^Homme est venu établir parmi les hommes!]
Charité sincère et du cœur. A juger par les de hors, jamais siècle n'eut plus l'extérieur et toutes les apparences de la charité. On est civil , honnête, poli; on a des airs affables, gracieux, insinuants; on affecte uue complaisance infinie dans la société; on sait , et l'on se pique de savoir se conformer aux goûts, aux inclinations, à toutes les volontés des personnes avec qui l'on est en relation. Voilà en quoi consiste la science du monde. Ce ne sont que promesses obligeantes, qu'expressions affectueuses, que protestations de service, et d'un dévouement sans réserve. Mais dans le fond qu'est-ce que tout cela, sinon un langage? Langage qui dit tout, et qui ne dit rien ;qui embrasse tout, et qui ne vaà rien; où le cœur paraît s'épancher dans les plus beaux sentiments, et ne sent rien; langage dont le monde n'est point la dupe. Car avec le moindre rayon de lumière , on perce tout d'un coup au travers de ces apparences, et l'on entend tout ce qu'elles signifient. On réduit les paroles à leur vrai sens, les empressements étudiés , les témoignages les plus spécieux à leur juste valeur. Ce sont, selon l'opinion commune, des compliments, ce sont des bienséances, des usagei^, des façons d'agir : rien davantage. De sorte que quiconque ferait fond sur cela , et voudrait tirer de là quelque conséquence en sa faveur, serait regardé comme un homme sans expérience, et dépourvu de toute raison.
En effet, si nous pouvions pénétrer dans le secret des âmes et en découvrir les dispositions intérieures, de quoi serions-nous témoins, et sous ce voile de charité que verrions-nous? l'indifférence la plus parfaite à l'égard de ceux-là mêmes pour qui il semble qu'on brûle de zèle. Encore est-ce peu que cette indifférence; et si du moins on s'en tenait là, ce serait un état plus tolérable, et le mal serait moins grand ; mais je dis plus , et sous cet extérieur charitable et officieux, que verrions-nous? les soulèvements de cœur, les mépris, les jalousies, les desseins de nuire, de traverser, d'abaisser, de perdre; les mesures prises à cette fin, les moyens imaginés, médités, préparés de loin et concertés; les intrigues formées en secret, conduites avec art, avancées peu a peu et sans bruit, soutenues jusqu'au bout, aux dépens de toute équité, et au préjudice de tout autre intérêt que le sien propre. Je n'exagère point, et, aulieu d'outrer la chose, peut-être en disje trop peu. Or, est-ce là charité, ou n'est-ce pas artifice, dissimulation, mauvaise foi? n'est-ce pas imposture et tromperie? De là vient qu'il n'y a presque plus de confiance entre les hommes, et que par sagesse on est obligé de se tenir toujours en garde les uns contre les autres : car à qui se fier, dit-on? On lé dit et on a bien sujet de le dire. Dieu voulait que la charité nous ubît tous. Il voulait