‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 239 sur 352 · SUR LE BAPTÊME · texte numérisé non relu

SUR LE BAPTÊME

DieUy selon notre naissance, que des objets de haine et de colère ; mais ce même Dieu y qui est riche en miséricorde, lorsque nous étions morts, nous a vivifiés en JésuS'Christ et avec Jésus-Christ, par l'excès de sa charité. (Ephes., S.) C'est donc là que tout péché est effacé , que toute peine due au péché est remise ; là que Fâme est enrichie des trésors célestes, que la foi , l'espérance , la charité , que les habitudes des plus excellentes vertus lui sont infuses; là, pour ainsi dire, que le sceau de Dieu lui est imprimé, et qu'au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, elle reçoit un caractère ineffaçable , qui est le caractère de chrétien. Caractère plus glorieux mille fois que tous ces titres de noblesse dont le monde repaît son orgueil , et dont il tire tant de vanité. Caractère dont la dignité, si j'ose user du même langage que saint Léon, va jusqu'à nous rendre en quelque sorte participants de la nature divine. Caractère que nous porterons avec nous au tribunal de Dieu , pour y être reconnus comme les disciples de son Fils bien-aimé, comme son peuple , comme son troupeau.

Telle est, dis-je, la grâce du baptême; tels sont pour nous les avantages inestimables qu*elle renferme. Mais y pensons-nous ? est-ce par là que nous mesurons notre bonheur, et que nous nous^croyons favorisés du ciel? Si Dieu, par proportion, nous

Jvait autant élevés selon le monde; s'il nous avait élivrés des misères du monde , et comblés de ses prospérités et de ses honneurs, peut-être alors sertons-nous touchés de quelque reconnaissance. Du moins serions-nous sensibles et très-sensibles à l'éclat de cette fortune temporelle. Mais qu'il nous ait purifiés , mais qu'il nous ait réconciliés , mais qu*il nous ait sanctifiés, et que par cette sanctification du baptême nous soyons entrés dans nos droits à riiéritage éternel , ce sont des faveurs trop audessus des vues humaines, pour intéresser des mondains accoutumés à n'estimer les choses et à n'en juger que par les sens. O homme aveugle et tout terrestre ! ne prendrez- vous jamais des sentiments conformes à votre véritable grandeur? ne la reconnattrez- vous jamais? Rendez grâces à la divine Providence des autres qualités dont il lui a plu vous honorer à l'égard de cette vie mortelle et présente ; j'y consens, et vous le devez. Quoique ce ne soient que des qualités passagères , et que toutes les grandeurs qui y sont attachées doivent périr , ce sont toujours des dons du Seigneur ; mais de quel prix ces dons peuvent-ils être à vos yeux, dès que vous les mettrez en parallèle avec ce don parfait, comme parle l'apôtre , avec ce grand don qui descend spécialement du Père des lumières, et qui vous approche de votre Dieu par de ^ étroits et de si saints rapports? Avançons.

Non-seulement grâce de salut et de sanctification, mais grâce de choix et de prédilection. Ce choix ,

cette préférence nous plaît en tout et nous flatte. Or, elle est entière ici, et c'est une circonstance bien remarquable. On a formé jusques à présent et l'on forme tous les jours tant de raisonnements et de questions sur cette multitude d'enfants morts avant que de naître, et hors d'état, par cette mort prématurée, de parvenir à la grâce du baptême. On demande par quel malheur imprévu, ou quelle conduite de la Providence, d'autres heureusement nés et sur le point de recevoir la sainte ablution, ont été enlevés dans le moment qu'on s'y attendait le moins, et sans qu'on ait pu les pourvoir d'un sacrement si nécessaire. On demande pourquoi, dans des terres infidèles et dans les plus vastes empires , Dieu per-] met que des peuples entiers manquent de ce se-| cours, et soient privés de ces sources de vie qui nous sont ouvertes. On fait là-dessus bien des re-| cherches, on propose bien des difficultés, on ima-gine bien des convenances : et moi, sans prétendre m'ingérer dans les conseils de la sagesse éternelle, je me contente d'adorer la profondeur de ses jugements. Car à qui appartient-il de connaître les voies du Seigneur, et qui peut pénétrer dans ses pensées? Mais, du reste, le point capital à quoi je m'attache, c'est de faire un retour salutaire sur moi-même; c'est d'apprendre de l'infortune des au- ] très et du triste abandonnement où ils semblent être quel est donc le bien que je possède. Hé ! mon Dieu i où enserais-je, si vous m'aviez traité comme eux; el pourquoi, Seigneur, avez-vous jeté sur moi un regard plus favorable? Qu'avaient-ils fait contre vous? qu'avais-je fait pour vous? Mystère de grâce dont je suis redevable à votre miséricorde, et sur quoi je n'ai autre chose à dire, que de m'écricr avec le prophète royal , dans les mêmes sentiments d'admiration, d'amour et de gratitude: Le Dieu d'Israël, le Dieu de l'univers n'en a pas usé de même envers toutes les nations; il ne les a pas distinguées comme moi , et ne leur a pas révélé ses commandements, {Psalm, 147.) Heureux si je sais lui rendre ce qu'il attend de ma fidélité!

Secoxo point. Engagements du baptême. Le baptême est une grâce, nous n'en pouvons douter ; mais c'est en même temps une dette. Nous y avons contracté des engagements inviolables; et pour concevoir une juste idée de ces engagements du baptême, considérons-en, dans une courte exposition, et l'étendue, et la solennité. Engagements les plus étendus, puisqu'ils embrassent toute la loi. Engagements les plus solennels, puisque nous en avons pris Dieu même à témoin et toute son Église.

Je dis d'abord engagements les plus étendus : car comme Tapôtre, instruisant les Galates, leur déclarait , et afin de donner plus de force à ses paroles, leur protestait que quiconque, selon la pra-

SUR LE JUGEMENT UNIVERSEL

tique et l'esprit de l'ancienne loi, se faisait ciroondre, était dès lors , et en conséquence de cette circoncision légale , étroitement obligé de garder tous les préceptes de la loi judaïque, ainsi dois-jc, avec la même assiurance , non-seulement annoncer et déclarer, mais protester à tout homme honoré dans la loi nouvelle du caractère de chrétien, que du moment qu'il commença de renaître par l'eau et par le Saint-Esprit, il commença d'être soumis à la loi et à toute la loi du divin législateur dont la grâce lui fut communiquée; c'est-à-dire, que dès ce jour et dès cet instant il s'assujettit à l'indispensable obligation où nous sommes de professer cette loi , de ne rougir jamais de cette loi, de vivre selon cette loi , de persévérer jusqu'à la mort dans l'observation de celte loi, d'évitertoutce que cette loi défend et de ne rien omettre de tout ce qu'elle ordonne. Et parce que iVunemi commun de notre salut, parce que le monde , la chair, s'opposent continuellement dans nous à la pratique de cette loi , et qu'ils emploient tous leurs efforts à nous en détourner, c'est pour cela qu'en entrant dans la milice de Jésus- Çhrrst , nous avons renoncé à Satan et à toutes ses illusions, au monde et à toutes ses pompes, à la chair et à toutes ses cupidités. D'où vient que , selon Texcellente morale des apétres, et les enseignements qu ils nous ont laissés, avoir été baptisé en Jésus-Christ, c'est être mort au péché, mort -à soi-même, à ses passions, à ses sens , à tous les désirs du siècle, pour ne mener sur la terre qu'une vie céleste.

Saints engagements, aussi solennels qu'ils sont étendus. Je dis engagements solennels, c'est l'autre article que j'iijoute. En effet, ces engagements du baptême , ce sont des promesses , mais des promesses faites à Dieu, faites au ministre de Dieu , faites dans le temple de Dieu , à la face des autels , au milieu des fidèles, les uns simples spectateurs , les autres garants des paroles qu'ils ont données en notre nom , et que nous-mêmes dans le cours des temps nous avons confirmées. Quand donc, par le dérèglement de nos mœurs , nous démentons des promesses si authentiques et si dignes du maître auquel nous nous sommes dévoués, voilà ce que les Pères ont traité de parjure, de désertion, d'apostasie. Or, n'est-ce pas le désordre presque général du christianisme ? Où en sommes- nous, et que sommes-nous.' Sommes-nous chrétiens, sommes-nous païens } A le bien prendre, nous ne sommes ni l'un ni l'autre : ni païens , puisque nous croyons en chrétiens; ni chrétiens, puisque nous vivons en païens. Quoi qu'il en soit, la sainteté de notre caractère en qualité de chrétiens, et la corruption de notre vie en qualité de pécheurs, c'est une alliance monstrueuse; c'est un abus sacrilège et une profanation.

Elle ne demeurera pas impunie. Ce saint carac-

tère que nous aurons profané, nous le conserverons jusque dans l'enfer. Le réprouvé l'aura toujours devaut les yeux pour sa confusion et pour son désee» poir : et Dieu en aura toujours le souvenir présent pour allumer sa colère et pour exciter ses vengeances. Car c'est de là en effet que les péchés d'un chrétien ont un degré de malice tout particulier, et c'est de là même aussi qu'ils doivent être punis plu» rigoureusement. Nous mesurons la grièveté des péchés selon la sainteté des états ; et , suivant cette règle très-juste et très-bien fondée, nous disons qu'un prêtre qui pèche est plus coupable qu'un simple laïque , parce qu'il est plus obligé , comme prêtre, à honorer son sacerdoce par la pureté de ses mœurs et par une conduite exemplaire. Nous disons delà même action qu'elle est plus criminelle etplus^ condamnable dans un religieux que dans un homme du monde . parce que le religieux est appelé à une plus haute perfection que le séculier. Chr, nous devons raisonner de même c|'uh chrétien , par comparaison avec tant de peuples nés dans les ténèbres de l'infidélité et privés de la grâce du baptême. Malheur à vous, disait le Sauveur des hommes, parlant aux Juifs, et leur reprochant tout ce qu'il avait fait pour eux dans le cours de ses prédications évangéliques , malheur à vous : car au jugement dé Dieu vous serez traités avec plus de sévérité que ceux de Tyr et de Sidon ! pourquoi? parce que ces idolâtres se seraient convertis , et qu'ils auraient fait pénitence sous le sac et sous la cendre , s'ils avaient été éclairés comme vous et prévenus des mêmes secours. Appliquons-nous à nous-mêmes cette terrible menace , et prenons garde qu'elle ne s'accomplisse un jour dans nous-mêmes , quand Dieu nous demandera compte du précieux talent qu'il nous a mis dans les mains. Comme il eût mieux valu pour Judas de n'être point né, que d'avoir trahi et vendu son maître , il vaudrait mieux alors pour nous de n'avoir jamais été initiés au christianisme, que de n'en avoir pas rempli les devoirs, et d'avoir violé des engagements aussi indispensables et aussi sacrés que le sont les promesses de notre baptême.

Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme juge

de l'univers.

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