‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 294 sur 352 · PERFECTION DE NOS ACTIONS ORDINAIRES · texte numérisé non relu

PERFECTION DE NOS ACTIONS ORDINAIRES

dit

je demeure dans une vie lâche et inutile, où je ne profite de rien , parce que je m'acquitte de tout négligemment et sans esprit intérieur ? Si , bien loin de faire honneur au service de Dieu et à ma pro* fession, je les déshonore, et aujieu d'édifier le monde, je le scandalise? Il n'y a que trop de religieux à qui ces reproches conviennent : y en a-t-il à qui ils conviennent plus qu'à moi ? Quoi qu'il en soit, c'est à moi de me les appliquer utilement , et d'en tirer de justes conséquences pour mon instruction et ma sanctification.

CoNCLUSioif . Ah 1 Seigneur, je n'avais point encore con^ ce que c'est que d'être religieux. Je n en avais qu'une faible idée, et voila pourquoi je me suis si peu mis en peine de parvenir à la fin d'un état si saint. La vie religieuse «ne m'avait paru qu'une vie obscure et abjecte selon le monde , qu'une vie de oontrainte et de gène selon les sens ; mais je n'en comprenais pas Texcellence et la perfection. C'est aujourd'hui, mon Dieu, que vous me la faites connaître; c'est aujourd'hui que je commence à sentir mon bonheur et à le goûter, parce que c'est aujourd'hui que je conçois une toute autre estime de ma vocation.

Mais du reste. Seigneur, ce n'est point assez que je connaisse la perfection de mon état; il faut, qu'autant que je la connais , qu'autant que je l'estime , je la désire , et que je la désire comme elle doit être désirée. Or il n'y a que vous qui puissiez, par votre grâce, former en moi ce désir, accompagné de toutes les qualités nécessaires pour être conforme à mes obligations. Car vous le savez. Seigneur, ce qui m'a perdu , c'est que je n'ai jamais eu pour la perfection religieuse qu'un désir vague, qu'un désir oisif et languissant , qu'un désir borné et limité , qu'un désir passager et volage , qu'un de ces désirs qui tuent l'âme et qui ne la sanctifient pas, qu'un de ces désirs de pure complaisance dont l'enfer est plein ; au lieu que pour arriver à une fin si importante et si sublime , il me fallait un désir fervent, un désir efficace et pratique, un désir universel et sans mesure , un désir constant et ferme , un désir suivi et soutenu d'une sainte persévérance. Qu'ai-je donc à faire pour exciter désormais, et pour entretenir dans mon cœur un tel désir? C'est de me souvenir sans cesse de la fin pourquoi je suis religieux; c'est, à l'exemple de saint Bernard, de me demander sans cesse à moi-même : Pourquoi ai-je quitté le monde? pourquoi suh-je venu en religion? (Bebn.) Car voilà, mon Dieu, ce que j'ai cent fois oublié, et dans les occasions essentielles, où il était pour moi de la dernière conséquence d'y penser ; voilà à quoi je n'ai fait nulle attention.

Maïs , Seigneur, c'est ce que je me propose dans

la suite d'avoir toujours présenta l'esprit, et ae quoi je veux me faire une règle pour tout le reste de ma vie. Quand l'amour-propre me portera à rechercher mes commodités et mes aises au préjudice de la vie régulière que j'ai embrassée, je rentrerai en moi-même , et je me dirai : Est-ce pour cela que je me suis fait religieux? Quand il me prendra, ou quelque dépit secret d'une humiliation , ou quelque chagrin de voir les autres au-dessus de moi, oo quelque envie d'occuper certaines places et d'être employé à certafnes fonctions , ou quelque dégoût de mes observances et de mes exercices ordinaires, j'en reviendrai toujours à la même réflexion : Qu'ai* je eu en vue lorsque j'ai renoncé auwionde, et qu'ai-je prétendu en me consacrant à Dieu? Cette pensée m'animera, me fortifiera ; et pour me la rendre salu* taire, vous y ajouterez , Seigneur, l'onction de votre divin Esprit et de votre grâce.

CONSIDÉRATION

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