‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 297 sur 352 · SECOND JOUR · texte numérisé non relu

SECOND JOUR

PREMIÈRE MÉDITATION

DU PÉCHÉ MORTEL

Scito et vide quia fnalum est reliquisse te Dominum B tuum.

Sachez et voyez, que c'est un mal d'avoir abandonné la Seigneur votre Dieu. Jérém. , chap. 2.

PBEiiiBE POINT. Il est pour moi d'une absolue nécessité de bien connaître ce que c'est que le péché mortel. Or ce n'est pas seulement le plus grand de tous les maux; mais, à proprement parler, c'est le seul et unique mal , c'est le souverain mal , et ce qui actiève d'y mettre le comble , c*est le souverain mal de Dieu. C*est l'unique mal ; car tous les autres maux, hors le péché, ne sont point absolument des maux. Maladies, pauvreté, disgrâces , tout cela dans les vues de Dieu , et si j'en fais l'usage que Dieu prétend , sont plutôt des biens. Le péché seul est un mal que Dieu n'a point fait , ni ne peut fiiire, parce que c'est un mal essentiel , un pur mal. Cest le souverain mal , comme Dieu est le souverain bien; et par cette raison il doit être souverainement détesté , comme Dieu mérite d'être souverainement aimé. Voilà la mesure de la haine que je dois concevoir du péché mortel : le haïr autant que j'aime Dieu. S'il y avait quelque chose dans le monde que j'aimasse autant que j'aime Dieu, dès là je n'aimerais plus D ieu comme Dieu ; et si je craignais quelque autre mal , autant ou plus que le péché mortel, dès là je ne le haïrais pas ni ne le fuirais pas, autant que je suis obligé de le haïr et de le fuir.

Mais ce qui m'importe par-dessus tout de comprendre, c'est que le péché mortel est le souverain mal de Dieu , parce que c'est un mépris formel de Dieu , une préférence actuelle et véritable de la créature à Dieu. Préférence qui consiste en ce que le pécheur se trouvant dans la nécessité , ou de renoncer à son plaisir, ou de perdre la grâce de Dieu, aime mieux perdre la grâce de Dieu que de renoncer à ce plaisir criminel où sa passion le porte. Il ne laisse pas de savoir en spéculation que Dieu est infiniment au-dessus de tout être créé, maià c'est cela même qui le rend encore plus coupable , puisqu'il ne le sait que pour outrager Dieu avec plus d'indignité, en lui préférant néanmoins dans la pratique une vile créature.

DU PÉCHÉ MORTEL

Après cela, je ne dois point mV.tonner de quatre vérités, aussi constantes selon la foi, qu^elles sont effrayantes : 1» Que Dieu , pour un seul péché d'oi^ gueil, ait précipité du haut du ciel dans le fond de rabtme ses plus nobles créatures, qui sont les anges ; qu'il en ait fait des réprouvés et des démons; que sans leur donner le temps de se repentir, il les ait livrés pour jamais à toutes les rigueurs de sa justice. Quel exemple! et de cet exemple , quelle conséquence dois-je tirer? S*il n'a pas épargné ses anges, puisje me promettre qu'il m'épargnera ? 2* Que pour une seule désobéissance Dieu ait chassé le premier homme du paradis terrestre; qu'il lui ait été tous les privilèges de l'état d'innocence; qu'il l'ait condamné à la mort , lui et toute sa postérité ; qu'en punition de ce seul péché nous naissions tous enfants de colère , et que sans autre péché que celui-là , nous soyons, comme enfants de colère, sujets à toutes les calamités de cette vie , et même exclus du royaume de Dieu. Quel châtiment! quelle vengeance! Toutefois les jugements de Dieu sont équitables, et l'équité même. 8<> Que pour expier cette désobéissance, il ait fallu que le Fils éternel de Dieu s'incarnât, s'humiliât, s'anéantît, parce qu'il n'y avait que les humiliations d'un Dieu qui pussent réparer la gloire de Dieu , et compenser l'injure qui lui avait été faite par le péché. 4'' Que pour un péché qui se commet dans un moment, Dieu ait préparé une éternité de peines , et qu'entre ces peines éternelles et le péché il y ait une juste proportion. Voilà ce que la foi m'enseigne. S*il y a eu jusque dans le christianisme des incrédules qui n'ont pas voulu reconnaître ces vérités , c'est qu'ils n'ont point assez connu la malice du péché mortel , ni assez compris que ce péché est le souverain mal de Dieu. L'ai-je compris moi-même autant que je le devais? Si cela était , aurais-je été jusques à présent si sensible aux autres maux , et peut-être si indifférent à l'égard de celui-ci ?

Second point. Il ne m'est pas moins nécessaire de savoir et de bien considérer que le péché mortel est le souverain mal de l'homme , parce qu'il prive l'homme de l'amitié de Dieu; parce qu'il fait un divorce entier entre l'homme et Dieu ; parce qu'il rompt tous les liens qui attachaient l'homme à Dieu ; parce qu'en séparant l'homme de Dieu , il lui ôte la vie la plus précieuse, qui est la vie de la grâce ; et qu'il lui cause la plus funeste mort, qui est la mort de l'âme. Car c'est pour cela qu'il est appelé mortel. Cette grâce que le juste possédait était en lui le principe de la vie surnaturelle : du moment donc qu'il la perd cette grâce , il est mort devant Dieu , et selon Dieu.

De là je ne dois point encore être surpris de deux âutrv vérités , qui ne sont pas moins incontestables

ni moins terribles : r Que le péché mortel dépouille l'âme de tous les mérites qu'elle pouvait avoir acquis lorsqu'elle était dans l'état de la grâce Quand j'aurais amassé des trésors immenses de mérites pour le ciel , quand je serais aussi saint que les apôtres , si je viens à commettre un péché mortel , tout m'est enlevé. Ces mérites pourront revivre, lorsque je rentrerai en grâce avec Dieu. Jusque-là ils sont perdus pour moi ; et si je meurs dans cet état , Dieu ne m'en tiendra jamais compte : pourquoi? c'est que je suis alors son ennemi ,*et que de la part d'un ennemi il n'agrée rien ni n'accepte rf^n. 2** Que les actions les plus vertueuses et les plus saintes en elles-mêmes , faites dans l'état du péché mortel , ne sont d'aucun prix devant Dieu, ni d'aucune valeur pour l'éternité bienheureuse. Quand je passerais toutes les journées en prière, quand je ferais toutes les pénitences des plus austères anachorètes , quand je pratiquerais toutes les œuvres de la piété et de la charité chrétienne; tout cela ce sont des œuvres mortes , parce que je suis moi-même dans un état de mort; ce sont des oravres stériles, dont je ne dois attendre nulle récompense. Quelque miséricorde que Dieu puisse ensuite me faire , jamais ces œuvres mortes ne seront du nombre de celles qu'il' couronnera dans la gloire. Sont-ce néanmoins des œuvres tout à fait inutiles? non : car elles me sont au contraire très-utiles pour sortir de l'état dépêché; très-utiles pour me disposer à retourner à Dieu ; très-utiles pour disposer Dieu à m'accorder la grâce de ma conversion. Mais du reste , tant que le péché mortel n'est pas effacé, il est toujours vrai que je ne mérite rien en les pratiquant , et qu*elles ne me donnent aucun droit à l'héritage céleste. Quelle pauvreté! quelle misère!

N'est-ce pas là que j'en ai été réduit à certains* temps de ma vie , et peut-être pendant des temps considérables? N'est-ce pas là peut-être que j'en suis encore actuellement réduit? Je n'en sais rien : car qui sait s'il est digne d'amour ou de haine ? (Ecoles., 9.) Affreuse incertitude ! C'est un abime où l'esprit se perd , et qu'on ne peut regarder avec les yeux de la foi, sans être saisi d*horreur. Du moins puis-je prendre dans la suite de justes mesures pour me rassurer là-dessus , autant qu'il est possible , et pour m'établir, par une vie pénitente et agissante, dans une solide et sainte conOance.

TfioisiÈME POINT. Quelques avantages que j'aie dans l'état religieux, je n'y trouve point après tout de préservatif infaillible contre le péché mortel. Et comment y en trouverais-je? Le premier ange et ceux qui l'ont suivi n'en ont point trouvé dans le ciel. Le premier homme, malgré l'innocence où il avait été créé , s'est perdu dans le paradis terrestre. Judas est devenu un apostat dans la compagnie de

DU PÉCHÉ VÉNIEL

eu

Jésus-Christ. La maison où je suis est-elle plus sainte que le sacré collège des apôtres , que le paradis terrestre, que le ciel? N'a-t-on pas vu arriver dans les communautés les plus régulières des chutes très-scandaleuses? Ne le voit-on pas encore? Dieu le permet , et il a ses raisons pour le permettre. Que celui qui croU se tenir ferme, prenne garde de tomber, ( 1. Cor., 10.)

Il y a même des péchés mortels où Ton peut être, dans la religion , plus exposé que dans le monde. Tels sont, par exemple, les péchés qui blessent la charité; parce que dans la religion, les occasions de ces péchés sont d'autant plus fréquentes, que les objets sont plus présents. On y est plus à couvert de Tavarice et d'une certaine ambition ; mais on y est souvent plus sujet aux murmures et aux divisions. Or, qu'importe par quels péchés on se damne , si Ton est en effet assez malheureux pour se damner?

Ce qu'il y a de plus à observer, c'est que le péché mortel , dans la profession religieuse , est beaucoup plus grief que dans le monde, parce qu'il suppose alors un état plus saint. Ce qui n'est que simple péché pour un chrétien du siècle, est, en bien des matières, sacrilège pour un religieux. Dois-je conclure de là qu'il eût mieux valu demeurer dans le monde, que de m'engager dans la religion? Je conclurais donc aussi qu'il vaudrait mieux n'être pas chrétien , parce que les péchés d'un chrétien sont plus punissables que ceux d'un païen. A Dieu ne plaise que je raisonne de la sorte! Si la religion a ses dangers , le monde en a bien d'autres et de plus grands. Mais ce que je conclus , c'est de ne point présumer de mon état ; c'est de me défier non point de mon état, mais de moi-même dans mon état; c'est, malgré toute la sainteté de mon état, d'opérer, selon l'avis de l'Apôtre , mon salut avec crainte et avec tremblement.

Conclusion. Achevez, mon Dieu, par votre grâce , ce que vous avez commencé par votre miséricorde. Vous m'avez appelé à vous , vous m' avez retiré du monde pour me garantir du péché : ne permettez pas qu'il me poursuive jusque dans votre sanctuaire, et qu'entre vos bras je succombe à ses attaques. Quelle malédiction sur moi , si , dans la terre des saints, je commettais l'iniquité (Isai., 26), et si , parmi tant d'âmes justes , je devenais un anathème I

Ah! Seigneur, vous voyez le fond de mon âme, et je ne le vois pas comme vous. N'y a-t-il point dans mon cœur quelque poison secret qui l'infecte et qui le corrompt? N'y a-t-il point quelque péché qui m'éloigne de vous et qui vous éloigne de moi ? Daignez me ledécouvrir, ô mon Dieu ! il n'y a rien, pour le détruire, à qtioi je ne sois résolu. Quand même j'aurais eu jusques à présent le bonheur de me dé-

fendre de ce fatal ennemi, et de me préserver de ses mortelles atteintes, j'ai toujours tout à craindre de ma faiblesse : mais. Seigneur, ma vigilance, avec votre secours, y suppléera. Elle me fera sans cesse recourir à vous. Elle me tiendra dans une attention continuelle sur moi-même. Elle me rendra circonspect dans toute ma conduite , et clairvoyant sur les moindres dangers, afin de me mettre ainsi plus en assurance contre la transgression de vos divins commandements.

SECONDE MÉDITATION

DU PÉCHÉ VÉNIEL

Nolite ctmtristare Spiritum Sanctutn.

Ne contristez point le Saint-Esprit Aux Ephes. , chap. 4.

Pbemibr point. On ne compte communément pour rien le péché véniel ; mais si j'en avais bien conçu la nature, j'en jugerais tout autrement, et je prendrais tout un autre soin de l'éviter.

Quelque véniel que je le suppose, c'est une offense de Dieu. Cela me suffit, ou me doit suffire. En y tombant , je déplais à Dieu. Non pas que je rompe absolument avec Dieu ; mais je fais ce que je sais devoir causer entre Dieu et moi du refroidissement. Je n'éteins pas dans moi le Saint-Esprit, mais je le centriste. Or, dès que c'est une offense de Dieu, je dois donc le craindre plus que tous les maux temporels, qui ne s'adressent qu'à moi-même. Car le plus petit mal qui regarde Dieu est infiniment an-dessus de tout mal qui ne regarde que la créature.

Quelque véniel que je le^ppose, il n'y a point de raison imaginable pour laquelle il me puisse jamais être permis. Car s'il pouvait m'être permis, dès là il cesserait d'être péché. Quand il s'agirait de convertir et de sauver tout le monde. Dieu ne voudrait pas que je fisse un mensonge , quoique léger, et jusque dans cette circonstance, il s'en tiendrait offensé. Quand il s'agirait de procurer à Dieu toute la gloire qui lui peut être procurée , Dieu ne veut point de cette gloire à une telle condition. Il veut que j'abandonne même le soin de sa gloire, plut6t que de commettre le moindre péché.

Quelque véniel que je le suppose, il est de la foi que jamais il n'entrera avec moi , ni moi avec lui , dans le royaume des cieux : car rien de souillé ne sera reçu ni n'aura place dans ce royaume céleste. (Jpoc, 21.) En vain je serais d'ailleurs comblé de mérites : avec tous mes mérites et avec toute la sainteté que je pourrais avoir acquise, si mon ânie, sortant de cette vie, porte encore la tache d'un péché véniel que je n'aie pas effacé parla pénitence, cela seul doit être un obstacle à ma béatitude et à la possession de Dieu. Il faut que mon âme, quo^

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que juste, quoique sainte, quoique prédestinée et digne de Dieu , demeure séparée de Dieu , jusqu'à ce que ce péché soit expié. H faut qu*elle passe par le feu du purgatoire et qu'elle y soit puriflée , avant que d'être admise dans le sein de Dieu. Et dès ce monde même , avec quelle sévérité Dieu n'a-t-il pas puni le péché véniel? Il ût périr presque tout un peuple pour une simple vanité de David ; il fit tomber mort au pied de l'arche un lévite , pour l'avoir seulement touchée. Il est donc étrange que je commette si facilement un péché qui m'expose à de si rigoureux châtiments. Mais ce qu'il y a mille fois encore de plus condamnable et de plus indigne, c'est qu'étant redevable de tout à Dieu , et qu'ayant tout reçu de Dieu , au lieu de la reconnaissance et de l'amour que je lui dois, je me laisse si aisément aller à un péché dont il se tient blessé , et qui est en effet une injure pour lui.

Second point. Du moins si ces fautes vénielles que je commets n'étaient pas si fréquentes , ni si nombreuses. Mais leur multitude est infinie, et c'est ce qui affligeait David , et ce qui le jetait dans une désolation extrême , quand il disait à Dieu : Je suis, Seigneur, tout environné de maux, et mes iniquités m'accablent , jusqu*à ne pouvoir plus m'en tenir compte à moi-même, ni en faire le dénombrement. Elles se sont miUtipliées plus que les cheveux de ma télé, et la vue que f en ai, méfait tomber en défaillance. {Psalm 39.) Voilà comment parlait ce saint roi. Or, dans une vie lâche et imparfaite comme la mienne , si j'entreprenais de supputer tous les pé' chés qui m'échappent, et si Dieu m'éclairait là-dessus, où irait cette multiplication ? Je ne les vois pas : mais n'est-ce pas assez que Dieu les voie? N'est-ce pas assez que je sache qu'ils sont sans nombre , pour en être pénétré de douleur, et comme inconsolable ?

Combien de péchés d'ignorance , causés par l'oubli de mes devoirs , par ma négligence à m'en instruire , par mon indocilité à souffrir qu'on m'en avertisse , par ma présomption à ne vouloir croire que moi-même? Combien de péchés d'imprudence et d'inadvertance, causés par la dissipation de mon esprit , par la légèreté de mon humeur, par la Uberté de ma langue, par la témérité de mes jugements, par la malignité de mes soupçons? Combien de péchés de fragilité et de faiblesse , causés par l'habitude que je me suis faite de ne me contraindreen rien, et de ne m'assujettir à aucune règle, de suivre en tout les mouvements de la nature, de ne faire nulle violence à mes inclinations et à mon tempérament?

Combien même de péchés commis par malice, avec réflexion et de dessein formé, contre tous les remords de ma conscience, à toute occasion et pour

le plus faible sujet, sous ombre que ce ne sont que des péchés véniels, et que Dieu n'y a pas attaché une peine éternelle? En quoi je montre bien mon indifférence pour Dieu ; et que je ne suis sensible qu'à mes propres intérêts. N'es^ce pas là ma vie la plus ordinaire ? Il est vrai qu'il n'est pas moralement possible en ce monde de se préserver de tous les péchés véniels, et de n'en commettre aucun. Fatale nécessité, qui faisait gémir les saints , qui leur faisait désirer la mort, qui faisait dire à saint Paul : Malheureux que Je suis! qui me délivrera de de ce corps dont le poids m'appesantit? (Rom,, 7 ) Mais il n'y a pas un seul de ces péchés en particulier que je ne puisse prévenir, et dont il ne soit en mon pouvoir de me garantir. Combien donc, si je voulais et si je prenais plus garde à moi , en pourrais-je diminuer le nombre ? Hélas ! bien loin de le diminuer, je l'augmente tous les jours.

Tboisièmb point. Quelles sont les suites du péché véniel ? plus déplorables que je ne me le suis peut-être jamais persuadé. Il conduit au péché mortel , comme la maladie conduit à la mort. Par conséquent, si j'ai quelque zèle pour mon âme , je dois en user à l'égard du péché véniel comme j'en use à l'égard d'une maladie dont je suis menacé, ou dont je suis subitement attaqué. Que ne fais-je point pour l'arrêter dans son principe ? Que ne fais-je point pour la guérir ? Que ne fais-je point pour n'y pas retomber? Elle peut aboutir à la mort : il ne m'en faut pas davantage pour y apporter les remèdes les plus prompts, les plus efficaces, et même les plus violents. Pourquoi ne raisonné-je pas de la même sorte quand il s'agit d'un péché , qui , de toutes les maladies de l'âme, est la plus dangereuse, et qui me dispose à cette seconde mort, mille fois plus à craindre que la mort du corps?

Et en effet , quiconque néglige le péché véniel , et beaucoup plus quiconque le méprise, tombera infailliblement dans le mortel. Oracle du Saint-Esprit, qui ne se vérifie que trop par l'expérience. C'est par le mépris du péché véniel qu'on perd insensiblement l'horreur du mortel. Au commencement le seul nom de péché mortel faisait frémir : peu à peu l'on s'y accoutume et l'on s'y familiarise. D'autant plus que du péché véniel au mortel, il y a souvent peu de distance, et que l'intervalle entre l'un et l'autre est comme imperceptible : car il n'y va pour l'ordinaire que du plus et du moins ; or, entre ce plus et ce moins, il n'y a qu'un point qui décide de la vie et de la mort. Quel risque ne court-on pas alors, et n'est-on pas sur le bord du prépicice?

De cette proximité même entre le péché véniel et le mortel, il arrive très-naturellement que l'on confond l'un avec l'autre. Combien de fois m y suis* je trompé , et combien de fois ai -je estimé léger

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