‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 298 sur 352 · DU PÉCEÉ DE SCANDALE · texte numérisé non relu

DU PÉCEÉ DE SCANDALE

ce qui ne Tétait pas ? Combien de fois m'aveuglant moi-même , et jugeant des choses selon les désirs de mon cœur, ai-je pris pour injustice vénielle, ce qui peut-être était devant Dieu une iniquité griève et mortelle? Le discernement en était difficile; et c'est pour cela qu'à l'égard même du péché véniel , je devais avoir une conscience timorée. Je n'étais pas assez éclairé pour en faire un jugement exact; et voilà pourquoi je devais m'en défier et me précautionner.

Mais quand je serais assuré de mes lumières, puis-je ignorer que je suis faible, et la faiblesse même? Or, le péché véniel et le mortel se touchant de si près, quelle présomption de me flatter qu'étant faible au point que je sais l'être, je m'en tiendrai précisément au véniel ; que je ne passerai pas outre, et que je serai assez maître de mon cœur pour lui prescrire telles bornes qu'il me plaira , surtout en certains péchés où Timpression de la nature est si forte et si puissante? Il me faudrait, pour me soutenir en de pareilles conjonctures, des grâces de Dieu toutes particulières ; mais ne m'a-t-on pas cent fois averti qu'une punition de Dieu très-commune est de nous refuser en conséquence d'un péché véniel, des grâces spéciales qu'il nous avait préparées, et avec lesquelles nous serions heureusement arrivés au terme du salut; au lieu que par la soustraction de ces grâces, nous en venons à des égarements et à des désordres pour lesquels fl nous réprouve. C'est ainsi que le péché véniel peut être , et est , pour bien des 4ines , la source de leur damnation.

Conclusion. Le remède, ô mon Dieu, est de m'attacher, non-seulement à votre loi , mais à toute la perfection de votre loi. Plus je m*efforcerai de m'élever, moins je serai en danger de déchoir ; et plus j'aspirerai à ce qu'il y a de plus saint dans l'observation de mes devoirs, moins je serai en disposition de les violer dans les points essentiels. Ce n'est pas , Seigneur, que malgré la résolution que je Eus en votre présence et par votre grâce , j'ose me répondre de me maintenir devant vous dans une innocence entière. Tant que je vivrai sur la terre , il ne m'échappera que trop de fautes; et tant que je serai revêtu d'un corps mortel, je ne ressentirai que trop les tristes effets de la condition humaine. Mais au moins, en me proposant d'aller toujours au delà de mes obligations, me mettrai-je plus en état de n'y pas manquer dans des matières importantes; et en travaillant à me sanctifier, serai-je plus hors de l'occasion et du péril de me pervertir.

Donnez-moi , mon Dieu , donnez-moi cette conscience tendre et délicate qui s'effraye de l'ombre même du péché. Formez en moi , ou m'aidez à y former cette conscience étroite et sévère qui ne se permet rien ni ne se pardonne rieo. C'est cette inflexible rigueur pour moi-même qui fera ma sûreté.

Il m'en coiltera; il faudra me retrancher lien des choses où le penchant me porterait, et m'interdire bien des satisfactions qui semblent même assez innocentes. Il faudra, en bien des rencontres, soumettre mon esprit, étouffer les sentiments de mon cœur, peser mes paroles, captiver mes yeux, mortifier mes sens : mais. Seigneur, puis-je acheter trop cher le double avantage, et de vous moins offenser, et de mieux garder mon âme? Le bonheur de vous plaire, la paix de ma conscience, l'un et l'autre me dédommagera de tout, 6 mon Dieu, et me tiendra lieu de tout.

TROISIÈME MÉDITATION

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