‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 304 sur 352 · DE L'ABUS DES GRACES · texte numérisé non relu

DE L'ABUS DES GRACES

Hortamur vot ne in vacuum graUant Dei recipiatis.

Nous voiu exhortons de nepas recevoir en vain la grâce de Diea. I Cor,, chap.6.

Pbeiiier point. II est de la foi , que Dieu me demandera compte de toutes les grâces que j'ai reçues, et que je reçois continuellement de lui. Car

ces grâces sont des talents qu'il me confie, mais qu'il veut que je fasse profiter. Ce ne sont point des grâces sans retour; mais des fonds d'obligation que je contracte avec Dieu, et cela s'entend de toutes sortes de grâces , de quelque nature qu'elles soient. 11 est encore de la foi, que plus j'en reçois, plus j'aurai de comptes à rendre ; car chaque grâce, par l'usage que je suis obligé d'en faire, doit fructifier en moi , et rapporter à Dieu un degré de gloire, rous m'avez donné cinq talents, dit le bon serviteur à son maître; en voilà cinq autres que j'y aiajoiUés et que j'ai gagnés, ( Matth. , 25. )

De là il s'ensuit , que plus Dieu me favorise de ses grâces, plus je dois être humble et fervent dans son service. Humble, parce que je les reçois et que j'en dois répondre à Dieu : car peut-oh se glorifier d'un bien qu'on ne tient pas de soi , et dont on est comptable? Fervent, parce que c'est uniquement par là que je puis m'acquitter envers Dieu des dettes immenses dont je suis chargé, en conséquence des grâces infinies qu'il m'a faites. Or, il est évident, qu'en qualité de religieux j'ai reçu de Dieu plus de grâces, et des grâces plus abondantes, plus particulières , que les chrétiens du siècle. Je serais le plus aveugle et le plus ingrat des hommes, si je n'en convenais pas. II est donc vrai que je suis beaucoup plus redevable à Dieu que les chrétiens du siècle, et qu'il attend beaucoup plus de moi.

Je tremble quelquefois pour ceux d'entre les gens du monde à qui Dieu donne de grands biens de fortune , et qu'il élève à de grands honneurs. Hélas! je dois plutôt trembler pour moi-même, après tant de biens, non pas temporels, mais spirituels et d'un plus grand prix , que Dieu m'a mis dans les mains , et sur quoi il me jugera. Pourquoi Jésus-Christ pleura-t-il sur Jérusalem ? Ce ne fut point en vue du supplice qu'il y allait endurer, mais en vue de tant de grâces dont cette nation infidèle avait été pourvue , et dont elle avait abusé. Voilà ce qui le toucha de compassion , parce qu'il prévit de quelles calamités et de quels malheurs l'abus de ces grâces serait suivi. Ne lui ai-je pas donné plus de sujet encore de répandre sur moi des larmes ? Les réprouvés dans l'enfer pleureront éternellement les grâces qu'ils auront perdues : ils souhaiteront éternellement de pouvoir réparer cette perte, et leur désespoir sera de penser qu'elle est irréparable pour eux. II faut que leur exemple m'instruise, et que leur désespoir même serve à ranimer mon espérance. Tandis que par le bon emploi des grâces présentes , je puis réparer l'abus des grâces passées , il faut que mon espérance, soutenue de ma pénitence, soit ma ressource auprès de Dieu.

Second point. Il y a plus d'une sorte de grâces. Ily en a d'extérieures, et il y en a d'intérieures.

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