‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 320 sur 352 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

De tous les exercices delà vie chrétienne et religieuse, il n'en est point où les saints se soient plus adonnés , ni qu'ils aient plus recommandé, que celui de la présence de Dieu. Il est important d*en bien connaître Tobligation , Tutilité et la pratique.

Pbsuieb point. L'obligation de cet exercice est fondée sur ces deux principes de foi : Dieu est partout, et Dieu voit tout. Dieu est partout : donc je lui dois partout le respect, donc je dois partout me souvenir de la prééminence de son être et de ma dépendance. En effet , il n*y a point de lieu dans Tunivers qui ne soit consacré par la présence de la majesté de Dieu; et quelque part que je me trouve, je puis dire aussi bien que Jacob : Ce lieu est saint y et Je ne le savais pas ( Gènes., 28), ou plutôt je n'y pensais pas. Dieu est ici, et je l'oubliais, je n'y faisafB nulle attention. Ainsi l'exercice de la présence de Dieu est Thommage légitime, et le culte que je rends à l'immensité de Dieu. Saint Augustin se l'est figurée comme un vaste océan , où toutes les créatures sont, pour ainsi dire, abîmées dans Dieu, et pénétrées de l'essence de Dieu , sans pouvoir jamais sortir hors de lui , ni se détacher de lui , parce qu'elles lui sont présentes par la nécessité de leur être ! N'est-il donc pas juste que l'bomme, qui est une créature intelligente et raisonnable , se fasse un devoir de religion de lui être encore présent d'esprit et de cœur; se considérant sans cesse dans Dieu , et considérant Dieu dans soi-même , puisqu'il y a des liaisons essentielles entre Dieu et lui ?

En même temps que Dieu est partout, il voit tout, il observe tout : je dois donc , autant qu'il est en mon pouvoir, ne le perdre jamais de vue , et marcher toujours comme l'ayant pour témoin, non-seulement de mes actions, mais de mes plus secrètes intentions, ce Dieu dont la pénétration est infinie, à qui malgré moi je sers comme d'un continuel spectacle, et à la connaissance duquel rien ne peut se soustraire ni se dérober. Où irai-je. Seigneur, disait David, pour me cacher à votre entendement cU^ vin, et où fuirai-Je de devant votre face f Si je monte dans le ciel, je vous y rencontre; si je descends jusqu'aux en/ers , vous y êtes présent ; si je prends des ailes pour voler aux extrémités de la terre, c'est votre main qui m'y conduit. J'ai dit en moi-méme: Peut-être que les ténèbres me couvriront. Mais j'ai reconnu que la ntiit même la plus profonde devient toute lumineuse pour me montrer h vous. Car les ténéln'es , ô mon Dieu ! ne sont point obscures pour vous , etla nuit pour vous est aussi claire que le

plus grand jour. (Ps. 138. ) Voilà comment raisonnait ce saint roi , concluant de là l'obligation où il était de se tenir toujours en la présence de son Dieu. Pourquoi ne le conclurai-je pas moi-même et pour moi-même ?

Second point. L'utilité de ce même exercice de la présence de Dieu consiste en ee que c'est un souverain préservatif contre le péché; et de plus , une voie courte et abrégée pour arriver à la perfection. Préservatif contre le péché ; car rien n'est plus propre à me contenir dans l'ordre, que de pense que je suis devant Dieu. Rien de plus efficace pour réprimer les mouvements de mes passions, pour me faire triompher des plus violentes tentations , pour m'empécher de succomber dans les plus dangereuses occasions, que de me dire : Je suis en présence de mon juge, en présence de celui qui va me condamner, et qui est tout prêt à prononcer contre moi l'arrêt , si je suis assez téméraire pour commettre ce péché. Il n'y a point , dis-je , de tentation que cette réflexion ne surmonte , point d'emportement qu'elle n'arrête, point de fragilité ni de chute dont elle ne préserve. Nous ne péchons commuuément que parce que nous perdons la vue de Dieu ; et à peine pècherions-nousjamais, si nous avions toujours Dieu présent. Pécher contre Dieu, dit saint Augustin, c'est un crime ; mais pécher contre Dieu à la vue même de Dieu , c'est un monstre; et il y aurait peu de pécheurs qui en vinssent jusque-là, s'ils étaient prévenus de ce sentiment : Dieu me regarde. Aussi est-ce le reproche que se fit à soi-même l'enfant prodigue , quand il dit dans la douleur et dans l'amertume de son flme : Mon père, j'ai péché contre le ciel, et devant vous. (Luc, 15.)

Voie courte et abrégée pour arriver à la perfection : c'est ce que Dieu lui-même enseignait à Abraham, lorsqu'il lui disait : Marchezen ma présence, et vous serez parfait, ( Gènes. , 17. ) Car la vraie perfection de l'homme chrétien et du religieux est de bien faire tontes ses actions, de ne les point faire lâchement, de les faire avec application et avec ferveur. Or, qu'y a-t-il qui puisse plus m'inspirer cette ferveur dans mes actions, plus m'animer, et corriger en moi le désordre d'une vie négligente et lâche, que la vue et la présence de Dieu? Dieu m'examine, et je l'ai continuellement pour spectateur. Avec cela puis-je être tiède et languissant dans son service, el en ce que je fais pour lui ? Ajoutez que cette présence de Dieu est une source de consolation pour les âmes justes , et un soutien dans les efforts et les violences que leur coûte le soin de leur perfection. Qu'y a-t-il de plus doux que cette pensée : Dieu est avec moi ; tout Dieu qu'il est , il s'applique à moi , et est occupé de moi ? Cette pensée seule n'est-elle I pas plus que suffisante pour adoucir toutes les peines

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