DE LA PAUVRETÉ DE J. C. DANS SA NATIVITÉ
qui peuvent se présenter, et pour affermir dans tous les combats qu*il y a à livrer? Tel est le fruit de la présence de Dieu : Que les justes, dit rËcriture, soient remplis d'une sainte Joie; et comment ne le «eraient-ils pas, puïsqu'Wsenvisagent tot^ours Dieu, et qu'ils sont toujours eux-mêmes sous les yeux de Dieu? {PS. 67.)
Troisième point. Quant à la pratique , l'exercice de la présence de Dieu demande deux choses : Tune est d'éviter soigneusement tout ce qui peut être un obstacle à la présence de Dieu , et l'autre de s'assujettir avec fidélité à tout ce qu'on sait être un moyen pour Tacquérir et pour la conserver.
En éviter les obstacles. Ce sont, par exemple, les vains amusements du siècle ; certains divertissements où le cœur se répand trop au dehors; certaines joies déréglées qui dissipent l'esprit ; certaines sociétés qui nous détournent de nos devoirs; certaines liaisons d'amitié , qui nous attachent aux créatures, jusqu'à en être occupés; l'excès des désirs, qui nous agitent et qui nous partagent; la véhémence des passions , qui nous altèrent et qui nous troublent ; les conversations inutiles , qui nous remplissent l'imagination de bagatelles; les soins superflus, qui nous embarrassent; les occupations trop grandes et trop fréquentes, qui nous accablent; mille affaires où nous nous engageons ; mille sujets de distraction que nous nous attirons. Il faut retrancher tout cela , parce que tout cela est incompatible avec la présence de Dieu. Et il est bien raisonnable, 6 mon Dieu ! que j'en use ainsi : car puisque votre divine présence est pour moi un trésor si précieux , il n'y a rien que je ne doive quitter pour le posséder, et je ne l'achèterai jamais trop cher. Heureux si par là je parviens à l'obtenir; et si, renonçant à tout le reste , je me trouve uni à vous par cette bienheureuse présence, qui, dès cette vie, est une félicité anticipée.
S'assujettir aux moyens d'acquérir et de conserver la présence de Dieu : tels que sont , la prière : demandant tous les jours à Dieu ce riche don , et lui disant avec le Prophète royal , Seigneur, dirigez ma voix devant vos yeux ( Ps. 5 ), et faites que je ne m'éloigne jamais de votre présence. Le silence et la retraite : ayant chaque jour des heures réglées pour vaquer à Dieu , et pour se séparer du bruit et du tumulte du monde. L'ordre dans ses actions : n'en faisant aucune que par esprit d'obéissance à Dieu ; accomplissant en toutes la volonté et le bon plaisir de Dieu; chercliant Dieu jusque dans les plus indifférentes , et se le proposant pour fin ; ne considérant les créatures que comme elles doivent être considérées, c'est-à-dire, que comme les images de Dieu, que comme des miroirs qui nous représentent les perfections de Dieu ; le ciel, comme le palais de sa
gloire; la terre, comme l'escabeau de ses pieds; les hommes, comme les ministres de sa providence, les prospérités, comme les effets de sa libéralité; les adversités , comme les diâtiments de sa justice : voilà le secret de ne perdre jamais la présence de Dieu. Voilà par où saint Ignace de Loyola s'élevait sans cesse à Dieu. Il ne lui fallait que la vue d'une fleur pour le ravir hors de lui-même, et pour lui donner la plus haute idée du souverain Auteur de la nature. Puissions-nous de cette sorte , selon la maxime ds l'Apêtre, trouver Dieu partout et en tout!