‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 329 sur 352 · SDR LES CONVERSATIONS AVEC LE PROCHAIN · texte numérisé non relu

SDR LES CONVERSATIONS AVEC LE PROCHAIN

ries : mais ils ne reçoiveat pas de même ce qui vient de la bouche d*un religieux. Ils y font plus d'attention, et ils n'en ont que plus de respect pour lui, Toyant qu'il parle conformément à son état, et qu'il s'acquitte en cela de son devoir. 2<* Non-seulement ils ne s'en rebutent point, mais plusieurs même en sont touchés : ils s'y affectionnent et en profitent; et s'ils avaient à se scandaliser, ce serait plutôt qu'un homme aussi étroitement dévoué à Dieu que Test un religieux par sa profession, ne les fît jamais souvenir de leurs obligations envers ce premier maître , et du soin qu'ils doivent prendre de le servir et de se sauver. 3° Enfin, supposé que de sem? blables conversations ne les accommodent pas, ce qui s'ensuivra de là, c'est qu'on les verra moins, et c'était l'excellent principe de saint Ignace de Loyola. Ou les gens du monde, disait-il, m'écouteront volontiers quand je leur parlerai sur des sujets édifiants , et alors Dieu en sera glorifié, et j'aurai ce que je demande; ou , dégoûtés dételles matières, ils s'éloigneront de moi, et alors ils me feront moins perdre de temps, et j'en irai moins perdre avec eux.

Et qu'est-il nécessaire , en effet, d'être tant dans le monde et avec le monde, si toutes les visites qu'on lui rend ou qu'on en reçoit ne contribuent ni à sa sanctification ni à la nôtre? Est-ce à cela que des personnes religieuses doivent passer presque toutes leurs journées? Autant et beaucoup mieux vaudrait-il demeurer dans la retraite , et , selon Texpression de Jésus-Christ, laisser les morts ensevelir leurs morts, (MAtTH., 8. )Les apôtres parcouraient le monde, mais pour y enseigner, pour y catéchiser, pour y annoncer le royaume de Dieu. Voir autrement le monde, c'est , malgré le renoncement qu'on a fait au monde , être encore tout mondain, et plus peut-être qu'on ne Veut été dans le monde même.

Tboisibmb point. Conversations charitables et sans offense de personne. Le sage a dit en général , que celui qui ne pèche point dans ses paroles est un homme parfait : mais on peut dire en particulier au regard de la charité, que c'est une grande perfection et une vertu bien rare, de ne la blesser jamais dans les entretiens. Car voilà dans les maisons mêmes religieuses , le plus commun et le plus dangereux écueil qu'elle ait à craindre. Elle s'y trouve altérée en diverses manières, dont les plus ordinaires sont :

1. Les impatiences naturelles et les chagrins de certains esprits colères et brusques , qui ne savent s'exprimer sur rien en des termes de douceur. On ne peut presque leur parler, sans s'exposer à une réponse désagréable; et l'on a beau prendre toutes les précautions possibles , il y a toujours de leur part quelque rebut à essuyer.

Page 1