Les contestations qui naissent, et les disputes
où l'on s'échauffe de part et d'autre. Cela vient nirtout de deux sortes de caractères très-f&cheux dans le commerce de la vie. Les premiers sont controdisants, et les seconds sont opiniâtres. D'où il arriva que les uns par un esprit de contradiction, formant toujours les difficultés sur ce qu'on leur dit, et les autres par un esprit d'opiniâtreté, ne voulant jamais céder , ni reconnaître qu'ils se soient trompés , on s'échappe en bien des paroles dont les cœurs sont piqués et ulcérés.
3. Les railleries, soit qu'on soit trop libre à les faire, ou qu'on soit trop délicat à s'en offenser. Car il y a des esprits d'une telle faiblesse, qu'il nefout qu'un mot pour les choquer : comme fl y en a aussi qui se laissent tellement aller à une envie démesurée de railler de toutes choses et de quiconque, qu'ils le font sans ménagement et sans égard. Pourvu qu'ils se contentent , ils n'examinent rien davantage , et ne s'inquiètent guère si quelqu'un en a de la peine. Cette peine toutefois n'e^t que trop réelle; et quoiqu'elle puisse être mal fondée, et que souvent dans celui qui la ressent ce ne soit que l'effet d'une trop grande sensibilité, il y faudrait néanmoins prendre garde; et non-seulement la charité religieuse , mais la seule humanité le demanderait. Bien loin de cela, on prend plaisir à se jouer d^une personne. On en fait tout le sujet de l'entretien ; et à ses dépens , on se donne une récréation et un divertissement peu sortable.
4. Les jugements et les murmures, ou contre des supérieurs, ou contre ceux qui se trouvent chargés de quelque office dans la communauté, ou contre des particuliers. Dès qu'on n*approuve pas une chose, et combien y en a-t-il qui soient approuvées de tout le monde? Quoi qu*il en soit, dès qu'une chose déplaît, on ne peut s'en taire. Du moins si Ton en pariait dans la vue de quelque utilité qui en dât revenir : mais on sait assez que tout ce qu'on dira ne produira rien. Pourquoi donc eutre-t-on là-dessus en de si longues explications? par une maligne satisfaction qu'on gofite à déclarer ses sentiments, et par un secret penchant à condamner et à censurer.
5. Les médisances. Ce point est plus important, et les religieux n'ont pas moins à se précautionner là-dessus que les gens du monde. Sur tout autre article , on a communément dans la religion la conscience plus timorée et plus étroite ; mais sur l'article de la médisance , les plus réguliers et les plus sévères ont quelquefois une conduite et des principes bien larges. Il y a peu de conversations où il ne soit parlé du prochain ; et par un malheureux enchaînement, quand une fois on a commencé, on ne cesse point qu'on n'ait dit tout ce qu'on prétend savoir, et qu'on devrait tenir secret.
La charité doit corriger tout cela, et bannir tout cola des conversations chrétiennes , à plus forte rai-