‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 332 sur 352 · DE LA CHARITÉ DE JÉSUS-CHRIST DANS SA VIE AGISSANTE · texte numérisé non relu

DE LA CHARITÉ DE JÉSUS-CHRIST DANS SA VIE AGISSANTE

Hoe est praeepium nuum, ut diligatit invieem, tient dilextvot,

Yoilà mon oommandemeot : c^est que vous vous aimiez tes vos les aatrei, comme Je ▼oos ai aimés. Jean, chap. 16.

^ PmxMiSA POINT. Après avoir passé trente années

JÉSnS-GHRIST, BTG. 66S

dans Tobscurité de la retraite, Jésus-Christ enfin se fliontra au monde pour y prêcher son Évangile, el voiJà ce que nous appelons sa vie agissante. Il eut è traiter avec toutes sortes de personnes, et c*est là sans doute quMI trouva de quoi exercer toute sa charité. Car cette vertu est plus nécessaire qu*aucune autre pour converser avec les hommes, et sans elle il n'y a point de société qui puisse subsister. Or, la charité de Jésus-Christ dans le cours de sa prédication eut surtout trois qualités, qui doivent me servir de modèle. Car ce fut une charité douce , une charité bienfaisante, et une charité universelle. Telle doit être la mienne envers le prochain , et s'il y manque un seul de ces caractères , ce n'est plus une charité chrétienne ni religieuse.

Ce fut donc d'abord une charité douce que celle de Jésus-Christ , et cette douceur parut en tout dans ses manières extérieures , dans sa retenue et sa modération inaltérable. Que n'eut-il point à endurer de la part d'un peuple grossier et incrédule , à qui il annonçait ses divines vérités ! Avec quelle condescendance ménageait-il tant d'esprits opposés , et s'y accommodait-il pour les persuader et pour les gagner? Combien de rebuts essuya•^il sans se plaindre, combien de résistances et de contradictions? Qu'était-ce que ses apôtres ? de pauvres pêcheurs « des hommes sans nom, sans éducation, sans étude, sans intelligence. Que ne lui en coûta-t-il point pour les former ? Souvent ils ne comprenaient pas ce qu'il leur disait , et pour se faire mieux entendre à eux il leur répétait plusieurs fois les mêmes choses , et les leur expliquait tout de nouveau. Souvent ils avaient ensemble des contestations et des disputes, et il s'employait à les apaiser : vivant avec eux malgré le dégoût qu'ils lui devaient causer, se communiquant à eux, et bien loin de se tenir importuné de leur présence, voulant sans cesse les avoir auprès de lui*

Ainsi il a bien pu nous dire ce qu'il dit en effet dans son Évangile : Apprenez de moi combien je suis doux et pacifique {^âttb,, y 11 ); et en même temps apprenez comment vous devez l'être vousmêmes. L'ai-je appris jusques à présent? ai-jeappris à supporter les faiblesses de« autres? Il faut bien qu'ils supportent les miennes; et n'est-ce pas une des plus grandes injustices^ quand je veux qu'ils me fassent grâce sur une inûnité de choses qui m'échappent, et que je ne leur fais grâce sur rien ? Ce sont leurs mauvaises qualités qui doivent servir à perfectionner et à puriGer ma charité, au lieu de l'affaiblir. Car si je n'étais obligé d'avoir de la charité et de la douceur que pour des gens accomplis et à qui rien ne manque, tout ce que j'en aurais ne serait de nul mérite : ou pour mieux dire,je n'en aurais pour personne, puisqu'il n'y a personne sans défaut. Si je n'avais à vivre qu'avec des anges ou avec des hommes impeccables, cette charité douce et patients nt

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