DEUXIEME SERMON
SUR
L'ÉTAT RELIGIEUX
LE CHOIX QUE DIEU FAIT DE L'AME RELIGIEUSE, ET QUE L'AME RELIGIEUSE FAIT DE DIEU.
Mémento f Israël, et ne obliviscaris : Dominum elegiiti hodie, ut sit tibi Deta; et Dominus hodie elegit tefUttitei populus peculiari»,
Soavenez-vo<u-«n, Israël, et ne l'oubliez Jamais : voas choisissez aqJoQ'd'bul leSeignear, afin qa*il soit votre Diea ; et le Seigneur vous choisit aujourd'hui , afin que vous soyez son peuple parUcalier. Deutêronome , chap. 26.
C'est ainsi que Dieu parla aux Israélites, lorsqu'àprès les avoir tirés de la servitude , et les avoir longtemps éprouvés dans le désert, il les fit entrer dans la terre promise , qu'ils avaient si ardemment désirée, et qui devait être pour eux une terre de bénédiction. Mais toutes ces choses , dit saint Paul, n'étaient encore que des figures ; et ce qui arrivait alors aux Israélites, selon le dessein de Dieu même, ^ rapportait essentiellement à nous : Hxc autem in figura fada sunt nostri, (1. Cor., 10.) En effet, c'est dans les parfaits chrétiens que ces figures ;de l'ancienne loi trouvent leur accomplissement; et, sans sortir du lieu où nous sommes , c'est dans cette cérémonie religieuse que l'on voit clairement et sensiblement la vérité de ce que le Saint-Esprit a prétendu nous faire entendre par ces divines paroles que j'ai prises pour mon texte , et qui renferment tout le sujet de ce discours. Car, dites-moi, une âme dans les dispositions où nous parait cette généreuse fille qui sert ici de spectacle aux anges et aux hommes, une âme que Dieu, par la vertu toutepuissante de sa grâce , tire aujourd'hui de l'esda-
ET DE L'AME RELIGIEUSE
vage da mmide , une ftme prédestinée , dont Theureux sort , après de saintes épreuves , est d*entrer dans la religion qu'elle regarde comme la terre des élus, et vers laquelle elle porte ses yœux les plus ardents; une vierge qui , à la face des autels , par «ne profession solennelle, choisit le Seigneur pour son Dieu, et que le Seigneur choisit réciproquement pour l'associer au nombre de ses épouses, c'est-àdire au nombre de ces vierges qui lui sont uniquement dévouées , et qui composent dans le christianisme ce peuple particulier dont il se glorifie d'être servi , n'est-ce pas à la lettre tout le mystère qu'exprime ce passage : Dominum elegisti hodie , ut sit tUÂ Deus; et Dominas hodie elegit te y ut sis ei popukis pecuUarisf C'est donc à vous, digne épouse de Jésus-Christ, que j'adresse ces paroles : écoutez-les avec respect, et n'en perdez jamais le souvenir : Mémento» etneobliviscaris. En vous consacrant à la vie religieuse , vous allez choisir le Seigneur, afin qu'il soit votre Dieu , Dominum elegisti hodie, ut sit Ubi Deus ; et par une insigne faveur, votre Dieu va vous choisir, afin que vous soyez particulièrement sa créature : Et Dominus hodie elegit te, ut sis ei populus pecuHam. Méditez bien ces vérités importantes, et qu'elles demeurent pour jamais profondément gravées dans votre cœur. Voilà ce que je vous propose , et ce que vous devez envisager comme le fonds de toutes vos obligations : le choix que vous faites de Dieu , et le choix que Dieu fait de vous. Le choix que vous faites de Dieu, source des mérites infinis que vous amasserez en le servant, et qui seront les fruits du sacrifice que vous allez lui offrir : c'est la première partie. Le choix que Dieu fait de vous, source des grâces abondantes qu'il vous prépare , et qu'il commence dès ce jour à répandre sur votre personne : c'est la seconde partie. Le choix que vous faites de Dieu, afin qu'il soit particulièrement votre Dieu : fondement solide du droit propre que vous aurez devons confier en lui et de tout attendre de lui. Et le chois^que Dieu fait de vous, afin que vous soyez spécialement sa créature : souverain motif de l'inviolable attachement que vous devez avoir pour lui. Que ne dois-je point me promettre de ces deux considérations , parlant ici à des âmes religieuses pleines de l'esprit de leur vocation, continuellement occupées du soin de le conserver, de le renouveler, de l'augmenter? Quel exemple pour les chrétiens du siècle qui m'écoutent! car pour votre édification , mes chers auditeurs, il n'y aura rien dans ce discours que vous ne puissiez et que TOUS ne deviez vous appliquer selon ce que vous êtes , et ce que Dieu demande de yous , dans la vie séculière et néanmoins chrétienne à laquelle il vous a appelés. Tout ce que je dirai vous instruira , ou , si vous n'en profitez pas , vous confondra. Mais
indépendamment du fruit que les chrétiens du siècle en tireront , voici encore une fois, fidèle épouse du Sauveur, les deux avantages dont la profession religieuse va vous mettre en possession, et dont le . devoir de mon ministère m'oblige à vous féliciter. En vertu de l'action que vous allez faire , le Dieu de Tunivers, parce que vous le choisissez, va devenir singulièrement votre Dieu; et vous, parce qu'il vous choisit lui-même, vous allez devenir sin gulièrement sa créature. C'est-à-dire, il va être vo tre Dieu avec toute la distinction qu^il le peut être dans l'ordre de la grâce ; et vous, avec la même distinction , vous serez sa créature d'une manière qui, dans l'ordre de la grâce, va dès maintenant vous combler de gloire. Avant que d'en venir à la preuve, ayons recours à la Mère de Dieu , et saluons-la en lui disant : Âve, Maria.