SUR LE JUGEMENT
devant lui tout couverU, ou pour mieux dire , tout souillés de son sang. La tache alors en sera înefûçable : tous les feux de Tenfer ne la purifieront pas; sans cesse elle se présentera à leurs yeux, et sans cesseils s'écrieront pendant toute Tétemité, non plus en insultante ce Dieu sauveur, mais en se désespérant : Sanguis ^us supernos et super JUios nostros.
Or, mes frères , pour en venir à nous-mêmes , pour tirer de là une instruction qui nous retienne dans le devoir, ou qui nous engage fortement et promptement à y rentrer, il est certain, et c'est l'expresse doctrine du grand apôtre, que par le péché nous faisons outrage au sang de Jésus-Christ, comme si nous le répandions tout de nouveau et nous le foulions aux pieds. D'où il s'ensuit que nous Tattirons contre nous-mêmes, ce sang précieux ; que nous le faisons retomber sur nous-mêmes, et que par proportion nous nous exposons aux mêmes châtiments que les Juifs et aux mêmes vengeances du ciel.
Je n'exagère point, et ce que j'avance ici n'est que trop vrai et que trop solidement fondé. Car, quoique nous ne soyons plus à ces temps où Dieu , gouvernant un peuple grossier et tout charnel , faisait plus communément éclater contre lui sa justice par des maux temporels, comme il le récompensait par des prospérités humaines , nous ne pouvons néanmoins douter qu'il ne punisse encore de la même sorte bien des pécheurs , et qu'il ne les afflige des mêmes misères. Tant de malheurs publics qui désolent les États, tant de fléaux qui portent le ravage, guerres, pestes, famines, nesont-ce pas souvent les effets de la licence des peuples et de la corruption de leurs mœurs? Tant d'accidents particuliers et de revers qui renversent des familles, qui en dissipent les biens, qui en ternissent l'éclat, qui en troublent la paix , qui font échouer les desseins les mieux concertés, qui font évanouir les espérances les mieux établies , qui empêchent que rien n'avance , que rien ne réussisse et ne succède heureusement , ne sontoe pas souvent de justes punitions , ou des injustices d*un père, de ses fraudes et de ses mauvais tours, de ses excès et de ses débauches; ou des mondanités d*une mère, de son faste et de son orgueil , de ses intrigues et de ses scandales; ou de la conduite déréglée des enfants, les uns mal élevés et maîtres d'eux-mêmes, les autres rebelles à toutes les leçons qu'on leur fait, et emportés par le feu d^une jeunesse libertine et passionnée? Combien de décadences, de chutes, de disgrâces; combien d'humiliations, d'afflictions, de chagrins; combien de contre-temps fâcheux , de traverses, de contradictions; combien d'infirmités, de maladies, de morts subites; combien d'infortunes, et de toutes les espèces, que nous imputons, ou à la malice des hommes , ou aux caprices du hasard , sont des coups